Hélas, la chronique de Jean-Claude Leclerc dans Le Devoir ne paraît plus.

Les derniers mots de Jean-Caude Leclerc dans Le Devoir, le 19 septembre 2016 : « À tous votre chroniqueur souhaite bon courage. Il ne saurait partir toutefois sans s’excuser des peines qu’il a pu causer, ni remercier de leur attention les lecteurs qui l’ont suivi depuis l’an 2000. »

Je lisais M. Leclerc dans Le Devoir. Il m’ouvrait les yeux. Je lui dois beaucoup.

Pour rendre hommage à M. Leclerc, j’ai rassemblé des passages de quelques textes qu’il a publiés dans Le Devoir. Lisez-les donc : il vous instruira peut-être, vous aussi.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

 

Extraits de textes de Jean-Claude Leclerc,

chroniqueur, professeur de journalisme à l’Université de Montréal

19 septembre 2016

La relève et les défis d’aujourd’hui

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/480286/la-releve-et-les-defis-d-aujourd-hui

Quel contraste entre l’indignation d’alors et la résignation d’aujourd’hui. En l’an 2000, un mariage dans une église pleine de motards avait choqué le Québec. En 2016, des Hells sont sortis triomphants d’un palais de justice. Cette déconfiture judiciaire, la pire du siècle, laisse une industrie du crime récupérer ses fonds et ses « affaires ». Est-ce là un revers isolé, une faille réparable ? Ou le résultat d’une décomposition sociale, sinon morale, qui touche de plus en plus d’institutions ? Le bilan ne laisse guère de doute.

Depuis une quinzaine d’années, en effet, en dépit des prétentions déontologiques, quel domaine aura échappé aux turpitudes ? Quelle profession n’a pas fermé les yeux plutôt que d’oser agir, y compris dans des services fondés sur un engagement hautement social ? Certes, favoritisme, négligence, abus divers sont « humains ». Mais que des fautes soient érigées en système, ainsi que des enquêtes publiques l’ont révélé, et qu’il semble impossible d’en venir à bout, voilà qui demande un plus profond diagnostic.

[…]

Ces régressions tranquilles ne s’expliquent pas seulement par la sclérose des institutions. Partout la ruée vers l’argent se répand, dans les services financiers, le marché immobilier, les produits et services de santé, au sommet comme à la base. Ni crise économique ni crash financier n’ont modéré les appétits, comme l’attestent les traitements mirobolants des patrons d’entreprises au Canada ou les petites fraudes de simples employés chez Fargo aux États-Unis.

[…]

Bref, au pays comme à l’étranger, les enjeux de moralité publique et de justice tout court sont plus importants que jamais. Aux discriminations historiques s’ajoutent désormais des inégalités nouvelles dans l’accès aux biens et aux services essentiels. Dans ces chantiers collectifs où l’action politique tarde à trouver des solutions et où la population est souvent divisée, l’information du public est encore plus nécessaire.

4 avril 2016

Quand Ottawa pactise avec la promotion du terrorisme

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/467205/quand-ottawa-pactise-avec-la-promotion-du-terrorisme

À en croire le chef des Affaires étrangères, Stéphane Dion, il serait futile de rompre le contrat d’armement signé avec l’Arabie saoudite. Riyad, le cas échéant, trouverait, notamment aux États-Unis, les blindés en question. Et le Royaume-Uni, déclarant que nul ne lui dictera sa politique, confirme qu’il peut s’en procurer ailleurs. Et ce contrat de 15 ans donnant du travail à quelques milliers de Canadiens vise d’abord, dit-on, à resserrer les liens d’affaires avec le Canada.

Justin Trudeau avait déjà évoqué la « réputation » du pays, le caractère sacré d’un contrat, la parole d’un gouvernement. Il ne semblait guère instruit des conventions internationales interdisant de fournir des armes aux régimes qui violent les droits de leurs citoyens ou qui, en cas de conflit, massacrent des populations civiles. C’était pourtant le cas de l’Arabie saoudite, chez elle, et récemment, au Yémen voisin. Or, depuis les attentats de Paris et de Bruxelles, une autre question se pose.

20 septembre 2010

La déchéance parlementaire – Discipliner partis et députés ne suffira pas

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/296515/la-decheance-parlementaire-discipliner-partis-et-deputes-ne-suffira-pas

La «période de questions» télédiffusée du Parlement visait, à ses débuts, non seulement à mieux informer le public des enjeux débattus par les députés, mais aussi à rehausser l’estime des citoyens envers le pouvoir législatif et la démocratie politique. Expérience faite, le bilan n’est pas reluisant. Des gens informés de la chose jugent ce rituel peu efficace, et le commun des mortels y voit une farce.

Un sondage récent du Forum des politiques publiques le confirme: pour la majorité des gens, cette période-là est devenue, au mieux, une simple joute pour gagner des votes et, au pire, un piètre concours de popularité frisant la bouffonnerie. Personne n’en propose l’abolition, certes, mais la plupart estiment qu’une telle reddition des comptes doit être réformée. Malheureusement, les changements suggérés ne sont pas tous appropriés ou suffisants.

15 juin 2015

Le pape François et les autochtones du Canada

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/442750/verite-et-reconciliation-le-pape-francois-et-les-autochtones-du-canada

L’Église catholique, il y a une vingtaine d’années, et d’autres confessions chrétiennes ont reconnu leurs torts et présenté des regrets. Mais ces gestes de réconciliation n’ont pas réparé les conséquences dramatiques des politiques d’assimilation forcée sur les enfants arrachés à leurs familles. Malnutrition et agressions sexuelles s’y sont ajoutées, dont les survivants et leurs enfants allaient aussi subir de graves séquelles.

[…]

L’Afrique du Sud s’est libérée de l’apartheid. Mais le Canada n’a pas encore renoncé à la dépossession tranquille des populations aborigènes. La terre, l’agriculture, les forêts, la pêche, presque tout ce qui a fait la richesse des gens et des entreprises aura été une expropriation sans compensation. Les traités et le partage des terres qui devaient établir l’exploitation équitable des ressources ont été piétinés. Après un siècle d’assimilation avortée, les autochtones n’auront trouvé de justice qu’en Cour suprême.

6 janvier 2014

L’année 2014 ne sera pas de tout repos non plus

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/396545/l-annee-2014-ne-sera-pas-de-tout-repos-non-plus

Plus d’un chroniqueur a qualifié 2013 d’annus horribilis, et cette année-là, en effet, n’aura pas manqué d’horreurs. Pourtant, 2014 pourrait connaître de non moins graves secousses, au pays comme à l’étranger. […]

Après ces ingénieurs détrônés au Québec par la commission Charbonneau, voilà que des pharmaciens, ailleurs au pays, s’adonnent à des pratiques frauduleuses aux dépens de l’assurance maladie et s’en tirent encore par des « ententes privées » avec leur ordre professionnel. […]

Les ordres professionnels, il est vrai, ne protègent guère le public contre les arnaques de leurs membres. Mais la palme de la négligence revient à des entreprises — et à ces gouvernements qui leur ont cédé devoirs et pouvoirs — en matière de sécurité.

7 mars 2016

Sauvegarder la planète

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/464770/sauvegarder-la-planete

Comment une réduction substantielle du gaspillage énergétique serait-elle accueillie par Hydro-Québec, grand employeur de la province, et par le gouvernement qui en tire des revenus de plus en plus importants?

La lettre du pape François sur la « maison commune » que menacent — en plus des injustices de l’époque — le réchauffement du climat et la pollution aura connu tout un succès. Toutefois, entravés par la corruption et les intérêts en place, les gouvernements de la planète adopteront-ils les lois et les normes qui s’imposent ? Et le feraient-ils que les ravages du « modèle de développement » actuel vont continuer, à moins que les entreprises et surtout les consommateurs ne modifient radicalement leur « mode de vie ».

Emprunter de « justes milieux », croit le pape, ne ferait que ralentir la marche à l’abîme. Au reste, pourquoi de nouvelles lois seraient-elles respectées alors que les mesures présentes, même timides, sont bafouées […]

Plusieurs pouvoirs autres que politique ou religieux sont mis en cause dans la tragédie planétaire appréhendée. Nombre de scientifiques prédisaient déjà cette catastrophe, bien que dans les universités maintes disciplines n’en soient pas toujours conscientes. À en juger par les luttes intestines en haut lieu, les enjeux environnementaux n’y paraissent guère plus prioritaires que les préoccupations sociales. Pourtant, droit, médecine, gestion publique devraient, autant que le génie, être à l’avant-garde.

7 mars 2011

L’ex-commissaire à l’intégrité – Les failles d’un système vulnérable aux pressions politiques

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/318200/l-ex-commissaire-a-l-integrite-les-failles-d-un-systeme-vulnerable-aux-pressions-politiques

Pendant des décennies, les libéraux fédéraux se sont maintenus au pouvoir en soudoyant des minorités. En racolant aujourd’hui des votes ethniques, les conservateurs adoptent le même clientélisme. Il n’y a donc rien de neuf dans la récente sollicitation préélectorale qui leur vaut les hauts cris de l’opposition. Leur chef n’a pas, non plus, innové en promettant une ère d’intégrité: Brian Mulroney, son prédécesseur, en avait promis autant.

Non, le génie de Stephen Harper se cachait dans la suppression feutrée des institutions chargées de protéger le public contre les méfaits de l’appareil d’État. […]

On fait grand cas de l’approbation de tous les partis, mais est-ce une garantie de nomination de haute qualité? Au Québec, en tout cas, où une majorité des deux tiers de l’Assemblée nationale est même nécessaire pour certaines grandes nominations «indépendantes», les choix partisans pleuvent. Et les candidats venus de la fonction publique brillent rarement par leur leadership ou leur compétence.

Faut-il se surprendre, dans ces conditions, que la corruption triomphe encore impunément?

27 juin 2011 |

Conrad Black en prison – Rares sont les chaînes qui font honneur au journalisme

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/medias/326265/conrad-black-en-prison-rares-sont-les-chaines-qui-font-honneur-au-journalisme

L’ancien magnat de la presse Conrad Black à son arrivée au tribunal de la Cour fédérale de Chicago, la semaine dernière.

Non seulement Conrad Black a-t-il clamé jusqu’à la fin son innocence, mais devant la cour qui allait, vendredi dernier, le renvoyer au pénitencier, il a osé s’en prendre aux procureurs publics, qui n’auraient guère eu de cause contre lui, et aux investisseurs rapaces qui ont, prétend-il, détruit son œuvre. […]

On aurait tort, cependant, d’attribuer au maître déchu d’Hollinger [Conrad Black] la décrépitude de ses journaux. La plupart avaient appartenu à des chaînes déjà mal en point et aujourd’hui disparues. De nouvelles sont nées, plus tentaculaires encore, certaines rentables, d’autres pas. Ainsi, au Canada anglais, CanWest a laissé des ruines; le National Post survit de peine et de misère à Black, son fondateur. Bref, rares sont les chaînes au pays, y compris au Québec, qui font honneur au journalisme.

Or, quand un journal devient une coquille plus ou moins vide, il est trop tard pour que ses journalistes, ses lecteurs et les simples citoyens aillent en cour réclamer le respect du «droit du public à l’information». Bien avant Black, la Cour suprême du Canada avait livré les quotidiens anglais du Nouveau-Brunswick à l’empire Irving. Le Telegraph Journal a tenu le coup à St. John. Mais à Moncton, le Time & Transcript fait pitié. Depuis, Ottawa n’a plus osé contrecarrer la formation de ces quasi-monopoles.

Au Québec, Le Soleil devait avec Black devenir le Washington Post de la capitale! La province aura plutôt été peuplée d’hebdos, contrôlés par Quebecor et Transcontinental, qui laissent les élus locaux s’affairer discrètement à leurs travaux. À cet égard, ce n’est pas d’abord le «modèle d’affaires» qui explique la crise des journaux. (Les hebdos gagnent de l’argent en publiant une foule d’annonces et peu de nouvelles). C’est plutôt le «modèle politique» qui empêche, dans une grande partie de la province, la présence d’une presse vigoureuse.

27 février 2012 |

Fraude électorale – Le Canada à l’heure du télé-tripotage

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/343713/fraude-electorale-le-canada-a-l-heure-du-tele-tripotage

Dans une démocratie, ce n’est ni l’argent ni la technologie qui devrait décider de l’issue d’une élection. Statistique Canada vient de publier une étude démontrant que les classes instruites votent davantage que les classes populaires, souvent moins scolarisées. Autant dire que les milieux aisés et bien organisés décident du pouvoir dans le pays. Il n’est qu’un remède efficace à cette dichotomie: maximiser la participation électorale. C’est-à-dire rendre à toute la population le sentiment que son vote compte.

L’ultime fraude, en effet, n’est pas dans le télé-tripotage qui fera bientôt les délices de l’opposition et de la presse. Elle est dans un système électoral qui permet à un parti de monopoliser le pouvoir avec moins de 40 % des suffrages exprimés et de laisser sans représentation significative des millions de jeunes, de pauvres et de nouveaux citoyens, même quand ils votent. Moins d’argent aux partis réduirait l’achat des électeurs. Mais une représentation plus équitable des citoyens dans les parlements réduirait aussi le scandale chronique des magouilleurs au pouvoir.

2 juillet 2013

Les religions et les femmes – Un appel à lutter contre les inégalités sexuelles

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/381966/un-appel-a-lutter-contre-les-inegalites-sexuelles

Les chefs religieux actuels sont responsables du traitement inférieur encore fait aux femmes dans leurs communautés et de la violence envers elles que cette discrimination cautionne dans le monde. À l’invitation de l’ex-président américain Jimmy Carter, soixante leaders de confessions, de défense des droits et d’experts venus de quinze pays pressent les religions de réviser les interprétations fautives des écritures sacrées et de faire cause commune avec les autres organisations vouées à la lutte pour l’égalité et la dignité de tous.

Cette déclaration clôture un forum tenu du 27 au 29 juin, au Carter Center, relativement à la violence faite aux femmes, à la part des religions dans les discriminations à leur endroit et à l’urgence de mobiliser religions et autres croyances dans l’avancement de l’égalité entre les femmes et les hommes.

10 mars 2014

Drôle de démocratie que celle de ce pays

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/402162/drole-de-democratie-que-celle-de-ce-pays

Ce n’est plus le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, pourraient prétendre les cyniques, c’est le gouvernement de quelques-uns, élus par quelques-uns, pour quelques-uns. Quand le peuple va aux urnes, en effet, ce n’est plus pour choisir le gouvernement que la majorité des citoyens souhaite avoir. C’est pour permettre à un parti d’exercer seul le pouvoir, au nom de tous les citoyens, même s’il n’a l’appui que d’une minorité d’entre eux.

Ainsi Stephen Harper gouverne-t-il contre le voeu d’une majorité de Canadiens. Et ce n’est pas autrement que Pauline Marois ou Philippe Couillard espèrent obtenir le pouvoir, quel que soit le souhait de la plupart des Québécois. Héritage britannique, un cabinet minoritaire au Parlement serait instable, risquant d’être renversé par l’opposition. Mais un cabinet majoritaire pourrait faire la loi à son gré même si ses députés ne représentent aucunement la majorité des citoyens.

Mais ce système est-il encore démocratique ? Pour le défendre, d’aucuns répliquent qu’il ne tient qu’à la classe politique de ne plus se diviser en trop de partis. Ou même aux électeurs mécontents de prendre la rue au lieu d’obéir à un rituel qui se moque de la volonté populaire. Au reste, dira-t-on, une campagne électorale libre et honnête n’est-elle pas un exercice fort utile par les critiques qu’on y exprime et les idées qu’on peut y faire valoir ?

Si telle fut déjà la situation, il en va autrement aujourd’hui. Sondage après sondage, on mesure l’appui des électeurs en pourcentages de plus en plus faibles. Aucun des chefs voulant devenir premier ministre ne jouit guère de la confiance des gens. Or, au lieu de tirer les leçons d’un tel verdict, les « machines électorales » s’en tiennent à des « plans de match » qui font fi des électeurs. Candidats et programmes sont là, mais l’enjeu est ailleurs.

24 octobre 2011

Commission Charbonneau – Rarement a-t-on vu pareil cynisme d’un chef politique

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/334318/commission-charbonneau-rarement-a-t-on-vu-pareil-cynisme-d-un-chef-politique

Rarement au Québec un chef de gouvernement a-t-il fait montre, comme Jean Charest, d’autant de cynisme envers les institutions — y compris la justice — et les fournisseurs de l’État, voire son propre groupe politique. Chose non moins inquiétante, parmi ses mandarins, nul ne s’est opposé, quitte à démissionner, au simulacre d’enquête qu’il a jeté en pâture au peuple. Que reste-t-il donc, en haut lieu, de la conscience professionnelle, du respect du public et du souci de la réputation du Québec?

Quels conseillers, en effet, ont pris part à l’élaboration et à la validation du décret 1029 créant la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction? Fourberie, incompétence, pleutrerie? Comment a-t-on pensé leurrer les gens en inventant une formule qui, sous prétexte d’«enquêtes policières», n’allait ni blanchir les maires et entrepreneurs honnêtes ni démasquer les profiteurs des «stratagèmes» appréhendés?

Cour supérieure, Barreau du Québec, services de police ont failli tomber dans le piège. Mains juges n’ont pas été, il est vrai, dupes de la manoeuvre, mais leur devoir de réserve les empêchait de la fustiger. Heureusement, juge retraitée de la Cour d’appel, Louise Otis était libre de débusquer cette commission «sur mesure». Elle l’a fait en termes clairs, à l’honneur de la magistrature.

«Si on m’avait donné le décret 1029, a-t-elle commenté, j’aurais tout de suite dit « mais ce n’est pas une commission d’enquête! ». Les deux tiers des pouvoirs de la Loi sur les commissions d’enquête ont été émasculés.» Elle n’aurait pas présidé un «comité de recherche des faits». Car, dit-elle, il lui aurait été impossible d’accomplir la mission que les Québécois auraient attendue d’elle: «connaître le système qu’on dénonce et savoir s’il y a moyen de le démanteler».

3 décembre 2012

Classe politique et corruption – La mafia a encore un bel avenir au Québec

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/365417/la-mafia-a-encore-un-bel-avenir-au-quebec

Ce n’est pas par hasard si un gouvernement libéral, tout comme un patron de SNC-Lavalin, s’opposait à une enquête publique sur la corruption dans les contrats de l’État. Une classe politique mais aussi économique a contribué à développer une sous-culture de collusion mafieuse. Tous ses bénéficiaires n’auront pas été démasqués par les enquêtes en cours. D’aucuns, craignant de l’être, vont tout faire pour neutraliser les réformes qui pourraient sortir du rapport Charbonneau.

Les conditions politiques sont présentement propices à la survie, sous une forme ou une autre, de ces accointances mafieuses. La population est dégoûtée, il est vrai, mais les gens honnêtes et compétents voudront de moins en moins aller en politique tant que les organisations partisanes et les administrations en place seront suspectes, au mieux d’aveuglement volontaire, au pire de connivence.

La voie est donc libre pour les arrivistes en chômage, les ambitieux peu scrupuleux et les professionnels de la manipulation.

[…]

Aucun des candidats à la succession de Jean Charest n’incarne, il est vrai, la lutte contre la corruption. Mais la branche affairiste du parti, toujours présente, ne voudrait pas non plus d’un chef qui ferait le ménage dans le PLQ et, au pouvoir, dans les affaires publiques. La mafia a encore un bel avenir au Québec.

1 août 2016

Le pape à Auschwitz. Faut-il avoir tout perdu pour comprendre les horreurs actuelles?

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/476753/le-pape-a-auschwitz-faut-il-avoir-tout-perdu-pour-comprendre-les-horreurs-actuelles

[…] le droit peut aussi autoriser le pire. Sous l’Allemagne nazie, des juges s’en tinrent à la lettre de la loi par crainte des autorités. En Afrique du Sud, les tribunaux avalisèrent l’apartheid. Aux États-Unis, la ségrégation s’est établie conformément à la loi. Bref, les juges qui s’en tiennent aux lois sans égard à la justice font aussi le jeu de parlements arbitraires et de gouvernements iniques.

[…]

[…] l’histoire d’Auschwitz enseigne […] qu’une justice complaisante permet non seulement le massacre des innocents, mais aussi la destruction de sociétés entières.

2 mai 2016 |

Les médias québécois dans la tourmente mondiale

Jean-Claude Leclerc

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/469684/sommet-a-quebec

Pourtant, l’Assemblée nationale ne manque pas de pouvoirs pour défendre le droit des Québécois à une information digne de ce nom. Ce droit est même reconnu dans la Charte des droits et libertés de 1975. « Toute personne a droit à l’information », stipule son article 44, « dans la mesure prévue par la loi. » Hélas, Québec en est encore à restreindre l’accès à ses propres informations. Rien n’empêche toutefois de prendre enfin au sérieux « le droit du public à l’information ».

La presse libre en Occident a résulté d’une lutte historique contre les pouvoirs en place. Mais cette victoire aura trop souvent succombé à la liberté néfaste d’entrepreneurs visant le profit plus que le service. Face aux grands prédateurs qui ont confisqué les médias dans la plupart des démocraties, quel contre-pouvoir peut rétablir les droits du public, sinon l’État ? Encore faut-il que les « élus » aient avant tout à coeur les droits du « peuple » qu’ils représentent.

[…]

Indépendance des journalistes

Il serait déplorable sinon scandaleux que l’État subventionne des entreprises de presse dont la mission, l’indépendance ou le professionnalisme laissent à désirer. De même, des organisations culturelles largement subventionnées par l’État pour le grand public devraient s’abstenir de toute entente exclusive avec une entreprise de presse. À l’inverse, l’État devrait exclure de ses budgets publicitaires, les médias parasitaires n’ayant pas d’équipe de rédaction au service du public.

La prétendue chapelle miraculeuse de Lévis. Le ministre Luc Fortin n’a pas répondu; manquera-t-il encore à son devoir?

Lévis, le 21 septembre 2016

Monsieur Luc Fortin, ministre de la Culture et des Communications

Cabinet du ministre
Ministère de la Culture et des Communications
225, Grande Allée Est, 1er étage, bloc A


Québec, G1R 5G5

Monsieur,

Le 19 août 2016 je vous ai envoyé le message reproduit ci-dessous. Ne serait-il pas normal et bien que vous me répondiez?

Le message que je vous ai transmis le mois dernier :

Ce mois-ci, j’ai trouvé à Lévis, au Bureau d’accueil touristique de Tourisme Lévis, près de la gare fluviale, un feuillet dans lequel apparaît la « signature » du ministère de la Culture et des Communications (MCCQ) ainsi que celles de la ville de Lévis et de la Société d’histoire régionale de Lévis. Les signataires de ce feuillet affirment que des miracles ont eu lieu en 1893, à Lévis, dans la chapelle Sainte-Anne de la rue Saint-Joseph. (Tourisme Lévis relève de la Direction du développement économique et de la promotion de la ville de Lévis. – La Société d’histoire régionale de Lévis a annoncé qu’elle sera rebaptisée Société d’histoire de Lévis.)

Pouvez-vous me dire sur quoi se base votre ministère pour dire qu’il est exact, démontré, indéniable, que des miracles ont eu lieu dans la chapelle Sainte-Anne?

La chapelle Sainte-Anne de la rue Saint-Joseph figure dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec; dans l’espace qui lui est consacré dans le site web de votre ministère, à l’adresse suivante : http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=92531&type=bien#.V7ZS50uK_6g, il n’est pas question de miracles. Les responsables de la production du feuillet induisent-ils la population en erreur quand ils affirment que le MCCQ a cosigné le feuillet?

Pourriez-vous me dire aussi si le MCCQ juge conformes à la vérité les paroles des croyants qui affirment que des faits qui se sont ou se seraient produits sont attribuables à l’intervention d’un être supérieur, d’un dieu, d’un saint, d’un maître spirituel, et caetera?

Je vous prie, Monsieur, d’agréer l’expression de mes sentiments distingués.

Roger Martel, citoyen de Lévis

La Société d’histoire régionale de Lévis induit encore les gens en erreur !

Lévis, le 21 septembre 2016

Monsieur Vincent Couture, président

Société d’histoire régionale de Lévis

Lévis (Québec)

 

Monsieur,

Il y a peu, à Lévis, au Bureau d’accueil touristique de Tourisme Lévis (une organisation de la Ville de Lévis) situé près de la gare fluviale, j’ai trouvé un feuillet qui porte la « signature » de la Société d’histoire régionale de Lévis, ainsi que celles de la Ville de Lévis et du ministère de la Culture et des Communications du Québec. Selon ce feuillet, deux miracles sont survenus dans la chapelle Sainte-Anne de la rue Saint-Joseph, à Lévis, en 1893.

Le feuillet s’intitule « Une chapelle miraculeuse. La chapelle Sainte-Anne ». On y trouve ces mots :

« Saviez-vous que : Deux miracles ont eu lieu dans cette chapelle

lors de la fête de Sainte-Anne [sic] en 1893? »

On y lit aussi cette autre phrase :

« Saviez-vous que : Suite à ces miracles, cette chapelle est devenue un lieu unique au Québec? »

Je n’avais jamais entendu dire, moi qui suis un citoyen de Lévis depuis plus de trente-cinq ans et qui ai été membre du conseil d’administration d’une société d’histoire lévisienne et principal artisan de la production de la revue de cette société pendant deux ans, que l’Église catholique avait reconnu que deux miracles avaient eu lieu dans la chapelle Saint-Anne. Pour vérifier, j’ai appelé le curé de la paroisse où se trouve la chapelle Sainte-Anne, M. Paolo Maheux; il ne savait rien des prétendus miracles; c’est tout dire! D’ailleurs, si des miracles étaient tombés du Ciel à Lévis il y a 125 ans, toute la ville le saurait depuis longtemps, le reste du Québec aussi, et bien d’autres lieux du monde, et des pèlerinages auraient lieu régulièrement dans le lieu saint, et beaucoup de marchands se seraient installés le plus près possible de la « chapelle miraculeuse », on s’en doute!

Autre chose : la chapelle Sainte-Anne de la rue Saint-Joseph figure dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec; dans l’espace qui lui est consacré dans le site web du ministère de la Culture et des Communications du Québec, à l’adresse suivante : http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=92531&type=bien#.V7ZS50uK_6g, il n’est pas question de miracles. Les responsables de la production du feuillet induisent-ils la population en erreur quand ils affirment que le MCCQ a cosigné le feuillet? 

Pouvez-vous me dire, Monsieur Vincent Couture, sur quoi vous vous basez, vous, M. Clément Samson et les autres membres du conseil d’administration de la Société d’histoire régionale de Lévis, pour affirmer que des miracles ont eu lieu dans la chapelle Sainte-Anne de la rue Saint-Joseph, à Lévis, en 1893?

La présente sera publiée au www.lepasseurdelacote.com, comme votre réponse, si vous me répondez.

Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments distingués.

 

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

P.-S.

« Il n’est pas rare que des chrétiens considèrent comme périmée la notion même de miracle,

et qu’à l’inverse, d’autres se montrent friands de fausses merveilles. »

 

(Vocabulaire de théologie biblique publié sous la direction de Xavier Léon-Dufour et de Jean Duplacy, Augustin George, Pierre Grelot, Jacques Guillet, Marc-François Lacan, Paris, Les Éditions du Cerf, 1962, p .618)

 

Le feuillet :

chapelle-sainte-anne-miraculeuse-2-shrl-brochure-miracle-2016b

chapelle-sainte-anne-miraculeuse-shrl-brochure-2016a29062016

Le maire de Lévis s’abritera-t-il encore une fois dans le silence? Avec ses miracles, cette fois.

Lévis, le 21 septembre 2016

Monsieur Gilles Lehouillier, maire

Ville de Lévis (Québec)

Monsieur,

Le 9 juillet dernier, je vous ai envoyé un courriel auquel vous n’avez pas encore répondu. Cette communication avait trait à un feuillet publicitaire qui contient une information inexacte concernant la prétendue réalisation de deux miracles dans une chapelle catholique à Lévis, en 1893; la ville de Lévis, dont vous êtes le maire, est l’un des signataires du feuillet mensonger, un feuillet offert au bureau d’information touristique tenu par la Ville de Lévis près de la gare fluviale (on le trouve probablement ailleurs aussi). Si vous êtes incapables, vous, Monsieur Lehouillier, et les membres du conseil municipal, de prouver que lesdits miracles ont eu lieu, vous devez vous excuser auprès des citoyennes et des citoyens induits en erreur et faire le nécessaire pour que le feuillet cesse d’être diffusé. En passant, Monsieur le maire, les miracles dont parle votre feuillet ne font pas partie de la liste des miracles reconnus par l’Église catholique.

Permettez-moi de reproduire un passage du courriel que je vous ai transmis le 9 juillet 2016 :

« Vous savez sans doute que la ville de Lévis est cosignataire, avec le ministère de la Culture et des Communications du Québec et la Société d’histoire régionale de Lévis, d’un feuillet intitulé « Une chapelle miraculeuse. La chapelle Sainte-Anne » (ce lieu se trouve rue Saint-Joseph, à Lévis). Il est incroyable qu’on ait pu rédiger et répandre à Lévis et probablement ailleurs au Québec un document publicitaire basé sur une affirmation infondée et trompeuse, que je vous rappelle, Monsieur le maire : « Saviez-vous, lit-on dans le feuillet, que : Deux miracles ont eu lieu dans cette chapelle lors de la fête de Sainte-Anne en 1893? »; « Saviez-vous, lit-on encore dans le feuillet, que : Suite à ces miracles, cette chapelle est devenue un lieu unique au Québec? » J’ai appelé le curé de la paroisse où se trouve la chapelle Sainte-Anne, Monsieur Paolo Maheux; il ne savait rien des prétendus miracles; c’est tout dire! Il est incroyable que la Ville de Lévis, le ministère de la Culture et des Communications et la Société d’histoire régionale de Lévis se soient unis pour diffuser un feuillet publicitaire mensonger, un document qui trompe les gens. »

Ce message sera publié au www.lepasseurdelacote.com; votre réponse aussi, Monsieur Lehouillier, si vous me répondez.

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

Mokaïesh et Lavilliers: avec les ouvriers, les précaires et les migrants en chanson | Le Club de Mediapart

La vidéo d’une chanson interprétée par Cyril Mokaïesh et Bernard Lavilliers, qui prend aux tripes : « La loi du marché » inspirée du film de Stéphane Brizé, avec un clip tourné par le réalisateur et mettant l’accent sur les migrants…

Mokaïesh et Lavilliers: avec les ouvriers, les précaires et les migrants en chanson | Le Club de Mediapart

 

La loi du marché (chanson)

Un bel exemple de raison critique sensible ! Une belle leçon d’internationalisme des opprimés contre la pénétration à gauche d’imaginaires nationaux-étatistes!

Paroles de La loi du marché

On vous laisse la tribune

Les honneurs du pouvoir

On vous laisse voler la victoire

On vous laisse le soin de bien ingurgiter

Notre part de votre marché

On vous laisse notre âme sur le bas-côté

Endetté, endetté, en détresse

A genoux de chagrin

D’avoir fait le baisemain

A l’austérité, son altesse

On vous laisse nos hivers

On vous laisse nos étés

De quoi vous distraire

Et nous faire tomber

On vous laisse libéral démocratisé

Chômage à volonté

On vous laisse nos destins s’ouvrirent les veines

En commission européenne

On vous laisse s’allonger la peur dans votre lit

Mais faut pas toujours croire ce qu’on dit

A Athènes Apollon a raison de chanter

Ma liberté

On vous laisse nos hivers

On vous laisse nos étés

De quoi vous distraire

Et nous faire tomber

On vous laisse nos hivers

Et notre dignité

De quoi vous distraire

Pour quelques années

On vous laisse Arcelor Mittalisés

Par Florange, l’or et l’acier

On vous laisse cet étrange capitaliser

Sur la précarité

On vous laisse à vos super hyper profits

Oh la belle vie

Chez Lidl le pack de bières

A des pulsions suicidaires

On vous laisse nos hivers

On vous laisse nos étés

De quoi vous distraire

Et nous faire tomber

On vous laisse nos hivers

Et notre dignité

De quoi vous distraire

Pour quelques années

On vous laisse nos frontières

Se refermer

Homme à la mer, émigré

Cap sur l’Angleterre

Depuis la Guinée

T’as le temps d’apprendre à nager

On vous laisse nos frontières

Se refermer

Sur la Méditerranée

Enfant de la guerre

Cherche un bout de terre

Pour apprendre à marcher

De quoi vous distraire

Pour quelques années

De quoi vous distraire

Et vous en aller

De quoi vous distraire

Et vous en aller

De quoi vous distraire

Et vous en aller

La loi du marché est une chanson de Cyril Mokaïesh, tirée de son nouvel album Blanc cassé qui devrait sortir en janvier 2017. Elle est inspirée du film du même nom de Stéphane Brizé et aussi de la situation des migrants. Elle est interprétée avec Bernard Lavilliers, dans ce clip réalisé par Stéphane Brizé et mis sur YouTube le 9 septembre 2016. Ce clip a déjà été mis en ligne sur Mediapart par Gabas le 12 septembre 2016 : https://blogs.mediapart.fr/gabas/blog/120916/la-loi-du-marche.

Source : https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/150916/mokaiesh-et-lavilliers-avec-les-ouvriers-les-precaires-et-les-migrants-en-chanson