Ce que je dirais à un immigrant. Par Boucar Diouf, Sénégalais devenu Québécois en 1991.

LA PRESSE, https://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/boucar-diouf/201402/21/01-4741330-ce-que-je-dirais-a-un-immigrant.php

Publié le 22 février 2014 

Ce que je dirais à un immigrant        EXTRAITS

BOUCAR DIOUF      L’auteur est humoriste, conteur, biologiste et animateur. 

Avant de partir du Sénégal pour le Québec, en 1991, on m’avait parlé de choc culturel, de température, de liberté, d’ouverture, d’humour et de bien d’autres aspects de l’identité et de la culture des gens d’ici. Mais personne ne m’a informé de cette singulière relation que la majorité des Québécois entretiennent avec la religion. Pourtant, à mon avis, il est plus qu’important de mentionner aux gens qui veulent venir ici que s’expatrier au Québec n’est pas la même chose que de s’installer dans le reste du Canada. Le Québec a un rapport avec la religion, et l’égalité des sexes, que même l’Ouest du pays peine à comprendre. (…)

L’extrémisme religieux ne peut en aucun cas s’amalgamer avec la culture québécoise francophone. En fait, si je devais entretenir un candidat à l’immigration sur le sujet, je lui dirais ceci:

«Monsieur, avant de partir, vous devez savoir que depuis la désertion massive des églises, provoquée par la Révolution tranquille, les Québécois ont majoritairement un rapport particulier avec la religion. Le Québec afficherait peut-être même le plus haut taux de citoyens agnostiques en Amérique du Nord. Si bien qu’aujourd’hui, ce sont des missionnaires du Sud, principalement de l’Amérique latine et de l’Afrique, qui tentent timidement de rallumer la foi dans certaines contrées de la belle province.

«Autrefois très pieuse, cette nation est devenue le territoire des plus grands blasphémateurs de la galaxie. Ici, non content d’avoir transformé des églises en condos, on a aussi recyclé les accessoires liturgiques en autant de jurons et sacres qui rythment le langage populaire (…)

«Vous vous préparez à aller dans la nation la plus ouverte et pacifique de l’Amérique du Nord. Vous allez dans la nation où les femmes sont parmi les plus affirmées et égalitaristes du monde occidental; où la simple évocation de la droite religieuse provoque une crise générale d’urticaire; où le droit à l’avortement est un acquis non négociable; où les hommes ont droit à des congés de paternité; où le mariage n’est plus une institution sacrée et un couple sur deux divorce quand ça ne marche plus; où les adolescents, à la puberté, sont autorisés à s’embrasser et à se fréquenter; où gais et lesbiennes manifestent ostensiblement leur identité et ont le droit de se marier; où changer de sexe pour retrouver son homéostasie existentielle est aussi bien accepté.

«C’est toutes ces qualités qui font aussi du Québec, sans être parfait, une terre de liberté, d’ouverture et de tolérance, pour celui qui accepte de s’ouvrir. Si je vous raconte tout ça, c’est que certains de ces acquis sociaux très progressistes, qui cimentent fièrement notre identité collective, sont incompatibles avec une lecture rigoriste des dogmes religieux. Ce qui pourrait amener des extrémistes à nous regarder comme des représentants de Satan sur terre.

(…)

Oui, Fatima Houda-Pepin, vous avez raison de penser que les intégristes sont les véritables ennemis de la laïcité! Je rajouterai qu’ils sont aussi les ennemis de la grande majorité de croyants, à qui ils font beaucoup de tort par ricochet.

La charia. Demande au président du conseil d’administration du Tremplin de Lévis.

Lévis, le 13 juin 2019

Monsieur Elhadji Mamadou Diarra, président du Conseil d’administration

Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

Côte du Passage, Lévis (Québec)

Monsieur,

En 2017, Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, dont vous étiez (vous l’êtes encore) le président du conseil d’administration, a organisé avec la Mosquée de Lévis, dont l’imam était (et est encore) M. Karim Elabed, une « soirée d’échange » publique, à Lévis, au cours de laquelle M. Elabed a fait l’éloge (éloge très très chaleureux) de la charia, la fameuse charia qui est, affirme le monde musulman des croyants, une « loi » venant du dieu des croyants musulmans lui-même, une « loi » que tous les adeptes de l’islam doivent absolument suivre, à laquelle ils doivent absolument se soumettre.

L’application de la charia dans un état comme le Canada

« Les États du monde occidental où les populations identifiées comme musulmanes sont minoritaires, d’implantation récente, mais en forte progression démographique, sont de plus en plus régulièrement confrontés à des problématiques juridiques et des revendications qui mettent un jeu une normativité islamique. Ces États, de tradition laïque ou séculière, paraissent plus ou moins bien armés pour répondre à cette demande de normativité islamique, dans un contexte général de défiance à l’égard de la charia, entretenu par des représentations réductrices et simplificatrices du droit islamique, auxquelles les musulmans ne manquent d’ailleurs pas de contribuer eux-mêmes.

[…]

l’arrangement est impossible quand l’application de la charia (tout du moins celle qui découle de représentations que s’en font les acteurs communautaires du droit) conduit à des violations explicites du droit positif * , ce qui renvoie au cas de figure des mariages forcés, des mariages exclusivement religieux, sans procédures civiles, des mariages polygames, des répudiations ou des crimes d’honneur. Mais c’est dans les zones grises que surgissent de la manière la plus vive les affaires publiques, quand la liberté contractuelle est susceptible de constituer le défaut de virginité de l’épouse en cause d’annulation du mariage (l’affaire du mariage de Lille), quand les sharia councils britanniques sont suspectés de n’être rien d’autre que des sharia courts, formant un isolat judiciaire communautaire, avec les conséquences attendues sur la condition juridique des femmes et des enfants. Et d’en appeler au retour de la loi, à la restriction des libertés contractuelles ou du champ de l’arbitrage…

* Droit positif « … ensemble des règles applicables dans un espace juridique déterminé qu’il s’agisse d’un Etat unitaire comme la France, ou d’un ensemble d’États comme la Communauté Européenne. »

(Serge Braudo, Définition de Droit positif, https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/droit-positif.php)

Source : Jean-Philippe Bras*, in La charia aujourd’hui. Usages et référence au droit islamique, sous la direction de Baudoin Dupret **, Paris, La Découverte, 2012, p. 287 et 289-290)

* Professeur de droit à l’Université de Rouen. Ancien directeur de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain

** Baudouin Dupret est le directeur du centre Jacques-Berque à Rabat (Maroc), directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (France) (http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_charia-9782707174246.html )

Pourriez-vous tenter de démontrer aux citoyennes et citoyens de Lévis, M. Diarra, qu’il n’y a rien dans la charia qui la rend incompatible avec les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants?

ECJL = European Center for Law and Justice

L’ECLJ est titulaire du statut consultatif spécial auprès des Nations Unies / ECOSOC depuis 2007. L’ECLJ agit dans les domaines judiciaires, législatifs et culturels et défend en particulier le droit à la liberté religieuse, la vie et la dignité des personnes devant la Cour européenne des droits de l’homme et à travers les autres mécanismes offerts par les Nations-Unies, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Voudriez-vous dire aux gens de Lévis ce que vous pensez, M. Diarra, de la déclaration de l’imam de Drancy (France) : « Si vous êtes pour la charia, partez! »

[La Libre Belgique, http://www.lalibre.be/actu/international/imam-de-drancy-si-vous-etes-pour-la-charia-partez-51b8fdbde4b0de6db9cac59e, 7 juin 2013]

Hassem Chalghoumi, imam de la mosquée de Drancy, en banlieue de Paris, est « connu pour son hostilité à l’intégrisme et sa volonté d’apaiser les tensions entre musulmans et Juifs » (revue Le Monde des religions, 20-06-2012, http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/des-musulmans-appellent-a-la-demission-de-hassen-chalghoumi-20-06-2012-2548_118.php. – Entretien à France 24 : https://www.france24.com/fr/20100914-drancy-mosquee-imam-freres-musulmans-france

L’Assemblée nationale du Québec a dit non à la charia, à l’unanimité.

J’imagine, M. Diarra, que vous pensez que tous les députés ont eu tort. Les gens de Lévis aimeraient vous entendre leur faire connaître les raisons pour lesquelles les députés du Québec auraient dû, selon vous, dire oui à la charia.

Source : Radio-Canada

Si les captures d’écran reproduites ci-dessous ne vous laissent pas sans mots, M. Diarra,

pourriez-vous dire aux gens de Lévis ce que vous pensez

des informations qu’elles transmettent,

de l’image horrible qu’elles donnent de la charia?

 

 

M. Diarra, puis-je vous inviter à lire la déclaration suivante :

 

6. Les personnes qui viennent légalement vivre dans un pays

ne devraient pas avoir à abandonner des éléments de leur identité

(croyance, langue, culture, etc.).

Elles devraient toutefois se montrer disposées

à s’intégrer dans la société du pays d’accueil,

en apprenant la langue de ce pays,

mais aussi en acquérant une connaissance

et une compréhension de la culture locale;

elles doivent respecter la démocratie,

les droits de l’homme,

y compris les droits des femmes,

et l’Etat de droit.

Ceux qui choisissent de changer de foi ou de culture

ne devraient pas être mis au ban de leur communauté d’origine.

Conseil de l’Europe, http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/Xref-DocDetails-fr.asp?FileId=18010

La déclaration ci-dessus n’est pas diffusée par des xénophobes, des christianophobes, des islamophobes, des francophobes, des anglophobes, des bouddhistophobes. Elle porte la signature du Conseil de l’Europe, qui est

« la principale organisation de défense des droits de l’homme du continent [Europe]. Il comprend 47 États membres, dont les 28 membres de l’Union européenne. Tous les États membres du Conseil de l’Europe ont signé la Convention européenne des droits de l’homme, un traité visant à protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit.La Cour européenne des droits de l’homme contrôle la mise en œuvre de la Convention dans les États membres. » – Source : https://www.coe.int/fr/web/about-us/who-we-are

Êtes-vous d’accord avec cette déclaration, M. Diarra? Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui sont venues vivre légalement au Canada et qui trouvent ladite déclaration inacceptable, qui, en particulier, refusent de respecter la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes, et l’Etat de droit? Leur diriez-vous qu’il serait plus honnête de leur part de quitter le Canada? Traiteriez-vous de xénophobes les Canadiennes et les Canadiens qui préféreraient que les ennemis de la démocratie, des droits de l’homme, de la femme et des enfants et de l’État de droit aillent vivre dans un pays qui leur conviendrait mieux?

Quand on parle à des musulmans croyants établis au Québec de choses répréhensibles, condamnables, dont sont coupables certains musulmans ou une communauté musulmane, ils répondent souvent, toujours, pourrais-je peut-être dire : « ces musulmans ne sont pas des vrais musulmans ». Pourtant, ils s’appellent musulmans, ces « autres » musulmans, ils vénèrent le même livre dit sacré (le Coran) que les musulmans vivant au Québec, ils disent trouver la justification de leurs actions dans le même Coran, y compris les obscurantistes et les partisans de l’islamisme radical. Si, par exemple, les musulmans du Canada trouvent abominables les châtiments corporels imposés dans des pays musulmans, s’ils réprouvent l’infériorisation des femmes, s’ils condamnent l’interdiction de construire des églises catholiques, pourquoi ne le disent-ils pas avec vigueur, avec force?

Si vous voulez bien me répondre par écrit, c‘est avec joie que je vous publierais au www.lepasseurdelacote.com, M. Diarra,

J’espère, M. Diarra, que vous allez profiter de la prochaine assemblée générale annuelle du Tremplin, qui aura lieu le mardi 18 juin 2019 (à compter de 17 h 30, au Centre de plein-air de Lévis, 65, rue Monseigneur-Bourget),

pour renseigner les gens de Lévis, pour leur dire clairement :

A) que les musulmans qui s’installent au Canada le font en sachant qu’ils doivent absolument, au Canada, respecter la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants, et l’Etat de droit,

B) et acceptent sincèrement de respecter la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants, et l’Etat de droit,

C) et comprennent qu’ils subiront la réprobation de leurs concitoyennes et concitoyens s’ils ne respectent pas la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants, et l’Etat de droit,

Vous pourriez profiter aussi de l’assemblée générale, le 18 juin 2019, pour répondre à ce courriel, à l’autre courriel que je vous ai transmis plus tôt aujourd’hui et aux autres messages que je pourrais vous envoyer ces jours-ci.

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis

La charia n’est pas une loi, les législateurs canadiens ne doivent pas en tenir compte. Qu’en pense Elhadji Mamadou Diarra, prés. du CA du Tremplin, à Lévis?

Lévis, le 13 juin 2019

M. Elhadji Mamadou Diarra, président

Conseil d’administration

Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, Lévis

presidence@letremplinlevis.com

Monsieur,

Comme Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, dont vous présidez le conseil d’administration depuis quelques années, a présenté, en collaboration avec la Mosquée de Lévis et son imam, une activité publique au cours de laquelle l’imam Karim Elabed a présenté un très chaleureux éloge de la « loi » dite divine de sa religion, « loi » appelée charia, il serait bon que vous fassiez savoir aux Québécoises et Québécois, ainsi qu’aux autres Canadiennes et Canadiens, si vous êtes entièrement d’accord avec l’article 6 de la recommandation Vivre ensemble dans l’Europe du XXIe siècle adoptée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe en 2011, et si vous donnez l’assurance à vos concitoyennes et concitoyens que vous vous conformerez toujours à cet article et que vous insisterez toujours pour que les autres personnes de religion musulmane s’y conforment entièrement elles aussi.  Il est entendu que votre adhésion à l’article 6 susmentionné signifie que vous comprenez que la charia ne peut pas être considéré comme une loi applicable aux Canadiennes et Canadiens et que les législateurs, au Canada, ne doivent pas en tenir compte.

Je ne doute pas que vous serez heureux de rassurer vos concitoyennes et concitoyens.

La présente et votre réponse seront publiées au http://www.lepasseurdelacote.com.

Si vous décidez d’ignorer la présente demande, vous donnerez une autre raison aux femmes et aux hommes de trouver l’islam inquiétant.

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. On trouve la recommandation Vivre ensemble… au http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/Xref-DocDetails-fr.asp?FileId=18010.


CE QU’EST LE CONSEIL DE L’EUROPE

Conseil de l’Europe, http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/Xref-DocDetails-fr.asp?FileId=18010

Le Conseil de l’Europe est la principale organisation de défense des droits de l’homme du continent. Il comprend 47 États membres, dont les 28 membres de l’Union européenne.

Tous les États membres du Conseil de l’Europe ont signé la Convention européenne des droits de l’homme, un traité visant à protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit.

La Cour européenne des droits de l’homme contrôle la mise en œuvre de la Convention dans les États membres.


 

La religion dans l’espace public

 

Texte de Louise Mailloux, philosophe, essayiste québécoise

La religion dans l’espace public

Publié le 16 janvier 2010, https://louisemailloux.wordpress.com/2011/01/16/la-religion-dans-lespace-public/

Allocution présentée au Colloque sur la laïcité, Université du Québec à Montréal (UQAM), 22 janvier 2010

EXTRAITS

(…)

S’il est une question importante dans la préservation de nos institutions publiques et qui passionne les Québécois depuis quelques temps, c’est bien celle de la laïcité. Peut-être même plus que la langue et l’indépendance, celle-ci est devenue un sujet brûlant qui nous préoccupe au plus haut point. Nous avons cru à tort que la religion était derrière nous. Mais aujourd’hui, nous devons à nouveau la regarder en face.

(…)

S’appuyant sur le principe de laïcité qui suppose la séparation de l’Église et de l’État, nos sociétés modernes ont pu contenir jusqu’ici les ambitions hégémoniques des religions en les cantonnant dans la sphère privée. Ce qui a permis aux femmes d’être autre chose que la reine du foyer. Les religions n’ont jamais digéré d’être confinées à l’espace privé pas plus qu’ils n’ont accepté l’émancipation des femmes. De sorte que la résurgence et la persistance du religieux dans nos sociétés doivent être comprises comme une tentative politique pour les religions de vouloir reconquérir l’espace public et contrer la révolution féministe.

Ne nous laissons pas distraire par l’argument d’un regain de ferveur spirituelle qui viendrait combler un vide moral et existentiel produit par nos sociétés modernes, pas plus que par celui d’un retour à la pudeur (toujours féminine, bien sûr) pour contrecarrer l’hypersexualisation des filles de même que par celui d’un besoin d’affirmation identitaire dont le religieux serait une composante incontournable.

Ce retour du religieux, qui vient cogner aux portes de nos institutions publiques ou privées, n’est pas propre au Québec, et il doit être envisagé dans un contexte international où les fondamentalismes religieux, particulièrement celui de l’islam radical, exercent des pressions et des menaces éhontées sur les institutions de l’ONU et y mènent une offensive soutenue et concerté. C’est dans cette perspective plus globale qu’il faut envisager la laïcité au Québec et pour bien en cerner les enjeux, il conviendrait de changer de langage et d’arrêter de parler «d’ouverture à l’autre» comme si nous étions dans le petit Prince de St-Exupéry.

L’islamisme politique n’est pas un club de boys scouts. C’est un mouvement intégriste politico-religieux qui s’attaque au fondement même de la démocratie en faisant la promotion d’une idéologie violente, sexiste, raciste et homophobe. Parmi «l’autre», il y a, au Québec, des femmes et des hommes qui sont des militants islamistes et qui défendent des valeurs rétrogrades contraires à celles que nous estimons. (…)

Au CCIEL (Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité), la laïcité que nous défendons est celle de la complète neutralité de l’État et de ses représentants. Cela signifie que tous les employés de l’État qui actuellement sont tenus à un strict devoir de réserve pour ce qui est de leurs opinions politiques doivent être tenus aux mêmes obligations pour ce qui est de leurs opinions religieuses. En conséquence, ils ne doivent pas arborer de signes religieux ostentatoires dans l’exercice de leurs fonctions. En clair, cela veut dire pas de voile, pas de croix, pas de kippa, pas de turban, ni de kirpan dans nos institutions et services publics québécois.

Vouloir vivre dans un Québec laïque, ce n’est pas simplement vouloir vivre dans un Québec d’où on aurait décroché le crucifix de l’Assemblée nationale et mis fin aux prières des assemblées municipales. Vouloir vivre dans un Québec laïque, c’est aussi avoir le courage de dire non à tous les signes religieux, y compris au hidjab et à l’intégrisme politico-religieux dont il est l’emblème.

La liberté de conscience qui est garantie par la laïcité est une liberté qui permet à tous de choisir ou non une option religieuse ou humaniste, d’en changer ou d’y renoncer. Cela n’autorise absolument pas les religions à envahir les institutions publiques.

Une laïcité ouverte aux religions dans nos institutions publiques, ce n’est pas de la laïcité. C’est un cheval de Troie qui nous ramène par la porte de derrière ce que nous avons sorti par la porte d’en avant.

Une laïcité ouverte, nous disent ses défenseurs, c’est une laïcité où l’État est neutre mais pas les individus, qui eux, évidemment, profitent de l’ouverture. Ce n’est pas pour rien que c’est le modèle préféré des intégristes.

Vous n’êtes pas sûr de bien comprendre? Alors entrez dans une école primaire, dans une salle de classe dont on a retiré le crucifix du mur avec une enseignante portant le hidjab et des élèves, des filles de dix ans portant le hidjab aux couleurs de l’uniforme de l’école et des garçons portant le turban et le kirpan. Ça c’est la laïcité ouverte telle que recommandée par le rapport Bouchard-Taylor.

Voilà pour l’ouverture. Grande comme des portes de grange. Bienvenue les religions, dégréiez-vous mais entrez-donc! On l’as-tu l’hospitalité depuis l’Expo ‘67! Une laïcité où les murs doivent être laïques mais pas les individus! Parce que l’État, ça va de soi, ce sont les murs, la brique, les statues et le chauffage qui doivent s’astreindre au devoir de réserve. De la brique, comme neutralité, c’est béton! Alors que les individus sont invités à l’affirmation multiconfessionnelle qui s’inscrit directement dans la logique du multiculturalisme canadien. On peut comprendre que les Québécois soient en colère, après tous les efforts qu’ils ont mis pour déconfessionnaliser leurs écoles.

La laïcité ouverte, c’est une arnaque pour semer la confusion et affaiblir la laïcité. C’est une position anti-laïque qui ne vise qu’à permettre aux religions de retrouver une légitimité dans nos institutions publiques.

(…)

les contribuables, les syndicats, le Conseil du Statut de la Femme et les partis d’opposition réclament une Charte de la laïcité, d’inspiration française, qui définirait clairement les droits et les devoirs de chacun dans les institutions publiques, une Charte dans laquelle le port de signes religieux serait interdit pour les agents de l’État et où aucun accommodement religieux ne remettrait en question le statut des femmes. La grande majorité des Québécois ne veulent pas d’une telle ouverture aux religions. (…)

Les accommodements religieux consentis jusqu’à maintenant ont provoqué avec raison la grogne des Québécois parce que bon nombre d’entre eux remettait en question le statut des femmes, heurtant ainsi de front l’une des valeurs les plus fondamentales de notre identité. (…)

S’il existe une universalité entre toutes les religions, c’est bien celle du mépris partagé à l’égard des femmes. Femmes au corps second, au corps raté, au corps impur, au corps sensuel et menaçant que l’on doit tenir à l’écart de la vie publique qui n’appartient qu’aux hommes, au point d’enfermer leurs femmes sous le voile lorsqu’elles vont au dépanneur ou à l’université.

Sur ce refus de la mixité et dans le but de protéger l’égalité des femmes et des hommes, la position de notre Collectif est que les usagers des services publics ne peuvent récuser un agent public ou d’autres usagers, ni exiger une adaptation du fonctionnement du service public ou d’un équipement public pour des motifs religieux.

Au Québec, les hommes et les femmes vivent et travaillent ensemble et sont considérés comme des partenaires égaux. Et nous sommes assez grands pour faire cela tous seuls, sans que le diable ou le bon dieu s’en mêlent.

Concernant les signes religieux, l’offensive vient surtout du voile. C’est la raison pour laquelle au printemps dernier des militantes de Présence musulmane ont décidé de rejoindre leurs sœurs de la Fédération des Femmes du Québec alors que celles-ci devaient prendre position sur cette question. Plus que la soutane et les cornettes que nos religieux ont abandonné depuis Vatican II, c’est le voile qui est au cœur de toutes les controverses. Et il en est ainsi dans le monde entier, y compris dans les pays musulmans. Parce qu’il est l’emblème politique le plus manifeste d’une idéologie sexiste et totalitaire qui veut imposer sa loi religieuse, la charia, qui consacre l’inégalité entre les hommes et les femmes de même qu’entre le musulman et le non-musulman.

Ce voile que l’on ne fait porter qu’aux femmes est tout, sauf neutre. Symbole sexiste par excellence, il viole la neutralité des institutions publiques. Et le fait que certaines femmes le portent de leur plein gré ne légitime pas pour autant l’État québécois à cautionner pareille aliénation.

Quel message, pensez-vous, qu’une enseignante voilée envoie à ses élèves, en particulier aux petites filles? «Maman, pourquoi les filles doivent cacher leurs cheveux et pas les garçons?» Ceci se passe aujourd’hui dans un Québec, qui il y a quarante ans, a travaillé très fort pour désexualiser les rôles sociaux et faire disparaître des manuels scolaires les stéréotypes sexuels. Va-t-on tourner le dos si facilement aux acquis du féminisme et renier les efforts de milliers de québécois et de québécoises?

Contrairement à ce que prétend Québec solidaire, un État laïque qui interdit le voile ne légifère pas sur le corps des femmes mais sur le port de signes religieux ostentatoires afin de préserver la neutralité de ses institutions.

Mais que dire, par exemple, des petites filles de 7 et 8 ans qui portent le voile? Que c’est leur choix d’être marquée ainsi à cause de leur sexe? Québec solidaire et la Fédération des Femmes du Québec sont contre l’obligation du port du voile mais rien que sur le terrain des idées. «Débrouillez-vous les filles, nous on est juste pour les idées!» La gauche parfaite, vertueuse, qui interdit d’interdire. J’aimerais bien qu’ils nous expliquent comment on peut être contre l’obligation si on est en même temps contre l’interdiction. Une chose et son contraire. Le ciel et l’enfer en même temps.

Une telle position est d’une incroyable incohérence car quels moyens concrets offrir à ces jeunes filles qui ne veulent pas porter le voile si on ne l’interdit nulle part? Puisque l’école tolère le voile, ces filles n’ont donc aucune raison de refuser de le porter et se retrouvent ainsi à la merci des pressions familiales et communautaires. Alors qu’il faudrait les appuyer et donner aussi des armes à tous les parents musulmans qui haïssent les intégristes. Abandonner les jeunes musulmanes à partir de l’âge de sept ans, est-ce ainsi que Québec solidaire et la Fédération des Femmes du Québec entendent se porter à la défense de toutes les femmes?

La position de notre Collectif est que l’État doit interdire aux élèves des écoles publiques primaires et secondaires tout port de signes religieux ostentatoires. Parce que l’école laïque doit être le lieu d’une mise à distance des ancrages familiaux, un espace neutre, un lieu de rassemblement où les jeunes font l’apprentissage de la citoyenneté et des valeurs communes qui définissent notre identité. Ceci ne peut se faire qu’en dépassant les particularismes religieux qui isolent et divisent.

Seule une telle position peut protéger les jeunes filles musulmanes de la stigmatisation de leur sexe et leur donner un appui concret parce que rien ne les prédestine à devoir vivre dès leur enfance en cachant leurs bras, leurs jambes et leurs cheveux.

Et pour dissiper tout malentendu sur les accusations de racisme et de xénophobie que nous avons très bien entendu, j’ajouterais ceci : le racisme véritable, c’est d’accepter pour l’autre ce que l’on refuserait pour soi-même. Si l’enjeu était plutôt de voiler des petites québécoises de souche, jamais notre ministre libéral de la condition féminine, Québec solidaire et la Fédération des Femmes du Québec ne défendraient la même position.

Quant aux accusations d’intégrisme laïque dont les défenseurs de la laïcité font régulièrement les frais de la part des partisans de la laïcité ouverte, je dirais qu’il n’y a pas d’intégriste dans notre Collectif citoyen. Ni dedans, ni autour. En revanche, il y a des femmes musulmanes qui sont féministes, laïques et progressistes, je pense notamment à ma collègue Djemila Benhabib et d’autres, qui ont goûté à la médecine des islamistes, et qui travaillent d’arrache-pied à nous mettre en garde contre ces fous d’Allah. Je me permets de citer Djemila : « La bataille contre le voile islamique n’est que le début d’une guerre ouverte contre les intégristes, dont l’issue dépendra de notre capacité à le disqualifier des institutions publiques, y compris l’école. » Ce sont ces femmes-là que nous devons écouter et qui méritent notre appui, ces femmes musulmanes qui partagent nos valeurs et qui ont choisi le Québec pour y vivre en femmes libres, ces femmes dont je salue aujourd’hui bien haut le courage et la détermination.

Au lieu d’accuser les militants laïques d’intégrisme, les défenseurs de la laïcité ouverte feraient mieux de regarder ceux et celles qui bourdonnent autour d’eux parce que ce n’est pas nous qu’il faut éradiquer mais plutôt les intégristes religieux.

(…)

Il y a quelques années, le Québec déconfessionnalisait ses écoles, amorçant ainsi un processus de laïcisation. Il est temps maintenant d’aller de l’avant dans la préservation de nos droits, notamment celui de l’égalité entre les femmes et les hommes, qui ne peut être garanti que par la laïcité. Le temps est maintenant venu de parachever notre cheminement collectif en nous dotant d’une Charte de la laïcité et de consolider comme nous l’avons déjà fait avec notre langue, les valeurs fondamentales auxquelles nous sommes profondément attachés comme peuple.

Et même si aujourd’hui l’intégrisme religieux cogne aux portes de nos institutions publiques, la religion aura dans notre société la place que nous voudrons bien lui donner. Parce que c’est à nous de décider collectivement du Québec dans lequel nous voulons vivre. Cet avenir-là nous appartient.

Montréal, 22 janvier 2010

Québec – Projet de loi sur la laïcité. Dans la loi, faut-il énumérer et décrire des objets religieux?

Lévis, le 28 mai 2019

Certains reprochent au projet de loi 21 sur la laïcité de ne pas définir les signes religieux.

Est-il obligatoire ou nécessaire ou préférable que la future loi contienne une énumération de symboles, signes et vêtements religieux, ainsi que la description de chacun de ces objets? Je dirais non.

Imaginez que la loi renferme une description de chacun des objets religieux dont le port serait interdit (en milieu scolaire, par exemple). Des personnes pourraient porter en milieu scolaire des objets qui manifestent leur appartenance à une religion, mais qui ne sont pas décrits dans la loi; elles ne contreviendraient pas à la loi puisque leur objet ne serait pas l’un de ceux décrits dans la loi. D’autres pourraient modifier plus ou moins un objet religieux décrit dans la loi et le porter en milieu scolaire; elles ne conviendraient pas à la loi puisque leur objet ne serait pas l’un de ceux décrits dans la loi.

Je pense que le législateur doit dire tout simplement, dans sa loi, « est un symbole, signe ou vêtement religieux tout objet visible qui manifeste l’appartenance de la personne qui le porte à une religion, secte ou groupe ayant des traits communs avec les religions ou sectes  ».

 

« Les énumérations sont un grand écueil dans la rédaction des lois, parce qu’elles sont la source de nombreuses difficultés d’interprétation, et qu’elles préparent, pour ainsi dire, le terrain à l’esprit de chicane. »

(Achille Richard, Législation française sur les mines, minières, carrières…, volume 1,

https://books.google.ca/books?id=0D9bAAAAcAAJ&dq=les+%C3%A9num%C3%A9rations+dans+les+lois&hl=fr&source=gbs_navlinks_s)

Roger Martel, citoyen de Lévis

EXTRAITS DE :

SPARER, Michel et SCHWAB, Wallace, Rédaction des lois : rendez-vous du droit et de la culture, 2e éd., Québec, Éditeur officiel, Conseil supérieur de la langue française, 1984, en ligne : http://www.cslf.gouv.qc.ca/bibliotheque-virtuelle/publication-html/?tx_iggcpplus_pi4%5bfile%5d=publications/pubb101/b101ch2.html#ch2d4a

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Il est heureux de pouvoir constater que les auteurs anglais notamment ont perçu et dénoncé le phénomène des énumérations dans la loi. Les principales manifestations de ce phénomène se situent dans les « définitions ». Toutefois, on en trouve également hors des définitions.

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… à la suite de nombreux auteurs, tous les rédacteurs [juridiques] au Québec dénoncent et essaient d’éviter les définitions par énumération.

Les auteurs :

Michel SPARER – Juriste et linguiste, professeur de traduction juridique, Michel SPARER est chargé de recherches en droit linguistique et en linguistique juridique auprès du Conseil de la langue française du Québec. On lui doit notamment un important ouvrage sur la rédaction des lois (en collaboration avec Wallace Schwab).

(http://www.cslf.gouv.qc.ca/bibliotheque-virtuelle/publication-html/?tx_iggcpplus_pi4%5bfile%5d=publications/pubf104/f104p1ch3.html#1)

Wallace SCHWAB – Auteur des ouvrages suivants :

Traduction et terminologie juridiques = Legal translation and terminology, Les Presses de l’Université de Montréal, 2002

Rédaction des lois. Rendez-vous du droit et de la culture (en collaboration avec Wallace Schwab), Conseil de la langue française, 1984

Les anglicismes dans le droit positif québécois, Éditeur officiel du Québec, 1984

Les locutions latines et le droit positif québécois : nomenclature des usages de la jurisprudence, Conseil de la langue française, 1981

L’aménagement de la traduction au Québec : problèmes théoriques et pratiques, Office de la langue française, 1977

Port d’objets religieux visibles : Afficher pour vendre sa religion. L’habit fait le moine.

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/554561/afficher-c-est-vendre

Afficher, c’est vendre

Lucien Morin, Professeur émérite à l’Université Laval

17 mai 2019

Afficher pour vendre son produit. McDonald’s, son Big Mac. Subaru, sa voiture Crosstrek. Afficher pour vendre sa marque, son groupe. La pomme d’Apple, le crocodile de Lacoste. L’éléphant des républicains et l’âne des démocrates.

Afficher pour vendre ses valeurs. En plantant un drapeau du Canada dans le creux de son grand M, McDonald’s ne vend pas seulement des Big Mac, il vend aussi un choix politique et un pays. Acheter un Big Mac, c’est acheter le Canada. La Crosstrek est à l’avant-scène. Derrière, des forêts et des montagnes enneigées. « Notre terrain de jeu », dit l’affiche. Subaru affiche ses valeurs : une voiture est un jouet, son terrain de jeu, la planète vierge est à exploiter en char. Si le drapeau du Canada sur mon Big Mac m’apparaît indigeste, j’évite McDonald’s. Si j’ai une conscience écologique, je n’achète pas de Subaru.

Afficher, c’est parfois obliger à acheter. La Constitution du Canada de 1982 ne reconnaît pas l’existence de la nation québécoise. J’ai beau exister, être Québécois, de la nation québécoise, je ne peux pas ne pas respecter les lois du Canada, pour le moment. Mais si, pour les commanditaires canadiens des Jeux olympiques de Pyeongchang, les Canadian Tire, Ritz Crackers Canada, etc., « nous sommes tous de la nation canadienne », comme ils l’affichaient, le Québécois insulté que j’étais pouvait toujours se savoir obligé de respecter les lois du Canada sans pour autant se sentir obligé d’acheter ni les produits ni le Canada vendus par Canadian Tire et Ritz Crackers Canada.

Afficher pour vendre sa foi, sa religion. En ces matières de croyance religieuse, l’habit fait le moine. La musulmane avec son voile enseigne peut-être la chimie, elle vend aussi in vivo sa foi en la religion de l’islam. Le juif avec sa kippa, le curé avec son col romain font de même. Que la femme qui porte le voile soit croyante ou pas, enseignante ou pas, qu’elle le porte pour des raisons personnelles, peu importe, le voile est un signe religieux. Comme le col romain et la kippa. On peut vouloir y voir des symboles non religieux, ce sont des signes religieux. Et tout le monde n’est pas obligé d’acheter la religion « vendue » par les afficheurs de signes religieux. Si on veut une école laïque et un État laïque, on a le droit d’y interdire le port de signes religieux ostentatoires par les travailleurs de l’État et les pédagogues à l’école. Sans s’opposer à la religion.

Faire des choix

Certes, c’est difficile. Les passions, ses croyances… Mais dans une démocratie, c’est la responsabilité du législateur de faire des choix. C’est même encore plus difficile qu’on le croit. Dans son préambule, la Constitution du Canada affirme « la suprématie de Dieu ». Et toutes nos chartes des droits de la personne remontent aux lois d’Antigone, ces « lois non écrites et inébranlables qui viennent des dieux et nul ne sait le jour où elles ont paru ». Alors, la question se pose : au nom de quoi un État fondé sur « la suprématie de Dieu », et des chartes « qui viennent des dieux », peut-il interdire le port d’un signe religieux ? Mieux, au nom de quelle loi « non religieuse » le Canada qui affiche « la suprématie de Dieu » pourrait-il condamner une loi du Québec interdisant le port de signes religieux ?

Il n’y a pas de réponse « scientifique » à ces questions. Mais au nom de valeurs comme la dignité, la liberté et le respect mutuel, des personnes peuvent y apporter des réponses adéquates. D’ailleurs, « la science » invoquée par certains pour justifier leur position en ces matières non scientifiques ne découle-t-elle pas d’un choix de valeur plutôt que d’un théorème scientifique ?

RELIGIONS et CROYANCES : la société ne peut pas tout accepter !

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/555330/vacciner-contre-les-religions

Vacciner contre les religions

 

«La tolérance de la diversité des croyances ne doit pas mener à accepter, voire à encourager,

des comportements qui contribuent à balkaniser la société.»

Yves Gingras, Historien, sociologue, professeur et auteur de L’impossible dialogue, sciences et religion

27 mai 2019

Dans le débat qui fait rage actuellement autour du projet de loi sur la laïcité, les opposants ne cessent de promouvoir la liberté de religion et de conscience des individus, comme si une société n’était qu’une somme arithmétique de personnes sans autres liens collectifs. Dans leur défense des croyances religieuses, ces critiques semblent aussi considérer que les « croyances sincères » ne peuvent avoir aucun effet néfaste sur la vie en société. Une telle opinion paraît curieuse, car comment croire que l’attachement à des convictions religieuses ne puisse pas avoir des effets sociaux ?

 

Que des croyances religieuses puissent mettre des sociétés en danger, cela a été rappelé récemment par la décision de la Ville de New York d’imposer la vaccination obligatoire à la suite de l’éruption d’une épidémie de rougeole dans certains quartiers. Il appert, selon la revue Science (19 avril 2019, p. 216) que les 329 personnes infectées, étaient presque toutes des juifs orthodoxes non vaccinés du quartier Williamsburg de Brooklyn. Considérant comme sacré tout choix individuel, certaines familles ont aussitôt poursuivi le Commissaire à la santé de la Ville de New York afin de faire annuler l’obligation de vaccination en invoquant, entre autres arguments, le droit au libre exercice de leur religion ! On a là un cas patent de conflit entre la sécurité d’une communauté et les croyances religieuses d’individus. Suffit-il de croire « sincèrement » que Jésus, Jéhovah ou n’importe quel autre Dieu est le meilleur des médecins et que les prières peuvent empêcher la circulation des maladies, pour que cela justifie de mettre en danger toute une communauté, et tout spécialement des enfants en bas âge, plus susceptibles de porter les séquelles d’une épidémie de rougeole ?

 

Cet épisode dramatique permet de rappeler que les promoteurs du droit à la libre pratique des religions ne peuvent se contenter d’énoncés de principe généraux et généreux, mais doivent tenir compte des conséquences sociales de ces croyances.

 

La laïcité — sans adjectif comme le rappelait récemment le président français, Emmanuel Macron, dans son grand débat avec des intellectuels —

est le meilleur garant de la vie en société, et les croyances religieuses doivent demeurer dans le domaine privé

et céder le pas quand la vie collective est en jeu.

La tolérance de la diversité des croyances ne doit pas mener à accepter, voire à encourager,

des comportements qui contribuent à balkaniser la société en créant des ghettos religieux au sein desquels,

comme le cas de New York le montre, des normes sociales alternatives se mettent en place.

Et encore moins à tolérer la propagation d’épidémies engendrées par l’ignorance ou la superstition.

 

Certes, il n’existe pas de « vaccins » contre les religions, mais les croyances religieuses ne peuvent, dans le monde contemporain, justifier de mettre des individus à l’abri des vaccins.