L’Amérique latine : boussole des temps présents

Printemps arabe, Afghanistan, Iran, Union européenne… Il me semble qu’on n’entend pas souvent parler de l’Amérique latine dans nos gros médias. Pourtant, nous pourrions tirer des leçons utiles de ce qui s’y passe. Pour vous en convaincre, lisez le numéro de février 2012 de la revue québécoise Relations; ce numéro contient un dossier passionnant intitulé :

L’AMÉRIQUE LATINE : BOUSSOLE POUR LES TEMPS PRÉSENTS

« Alors que le néolibéralisme se consolide dans plusieurs pays, à la faveur de la crise, l’Amérique latine se distingue. On y trouve des gouvernements de gauche, on y invente de nouvelles formes de citoyenneté, on reconquiert de diverses façons les leviers nécessaires pour réaliser une plus grande justice sociale. Quel contexte a permis à ces initiatives d’émerger? Quelles difficultés, contradictions et luttes rencontre-t-on? Et surtout, quelle inspiration tirer de ces expériences? » (Texte tiré de http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/index.php)

L’Amérique latine : boussole pour les temps présents , Catherine Caron

Sur les traces du virage à gauche latino-américain , Pierre Mouterde

Des initiatives économiques émancipatrices , Dorval Brunelle

Audits de la dette : un exemple à suivre , Maria Lucia Fattorelli

La reconquête d’une destinée , Entrevue avec Franck Gaudichaud

La souveraineté dans la rue , Ricardo Peñafiel

Imaginaires religieux dans les luttes sociales , Marie-Christine Doran

L’étincelle écosocialiste , Luis Martínez Andrad

La nationalisation du pétrole , José Luis Fuentes

Extraits de l’un des articles susmentionnés

L’étincelle écosocialiste

Relations numéro 754, février 2012

http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/impr_article.php?ida=2817

Par Luis Martínez Andrad [L’auteur, doctorant en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, a récemment publié Religión sin redención. Contradicciones sociales y sueños despiertos en América latina (Éd. de Medianoche, Zacatecas, 2011)]

L’Amérique latine se réveille, se soulève même. En cherchant à rompre avec le mode de production et de consommation dominant, elle brise le continuum de l’histoire et réclame la création d’un autre monde. Pour beaucoup, l’écosocialisme représente cette voie alternative.

Durant trois décennies (1970-2000), l’Amérique latine a souffert de l’expérience d’un système capitaliste à visage néocolonial. Certes, partout le système capitaliste se caractérise par le fétichisme du marché, l’accumulation du capital comme but en soi, l’appât du gain, la domination de la valeur d’échange de la marchandise, le productivisme et la logique du profit. Mais à la périphérie, comme en Amérique latine, la domination du capital prend des allures tragiques et grotesques, par le bouleversement des traditions et des identités, la rupture des liens sociaux et l’extinction des peuples et des cultures.

La modernité hégémonique masque le vrai visage du capitalisme : la marchandisation de la vie, le saccage des ressources naturelles, la pollution accrue des fleuves, des rivières et des mers, la déforestation – notamment l’agression de l’Amazonie –, bref, la destruction de la nature et la continuité sous bien des formes de l’exploitation humaine.

Mais en même temps, les groupes opprimés et les mouvements paysans et indigènes ont appris, essayé et développé des méthodes de résistance, voire des alternatives au modèle hégémonique. Ces pratiques à contre-courant se nourrissent non seulement d’éléments progressistes de la tradition (le respect de la nature, le primat du bien commun sur l’intérêt individuel, le lien avec la terre, l’éthique de la solidarité, l’économie morale), mais aussi des dimensions libératrices de la modernité. Parmi celles-ci, il y a la démocratie au sens non bourgeois du terme, c’est-à-dire la participation et la délibération populaires, et l’utilisation de la technologie en fonction des besoins de la société.

[…]

[Conclusion de l’auteur.]

Telles sont donc, brossées à gros traits, les étincelles écosocialistes des mouvements sociaux latino-américains. Il va sans dire que ces mouvements ne capituleront pas devant « l’eau glaciale du calcul égoïste » (Marx), dès lors que leurs rêves éveillés continueront à esquisser une société plus égalitaire, plus juste, plus démocratique. En ce sens, l’écosocialisme comme projet sociopolitique interpelle tous ceux et toutes celles qui rêvent d’un autre monde.

Car si on prend le cas du Brésil, en dépit de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement « de gauche » comme celui du Parti des travailleurs de Lula, la réforme agraire reste une demande non satisfaite alors que la production d’éthanol ne cesse de croître. L’alliance que le gouvernement de Lula a établie avec l’agrobusiness a provoqué non seulement une hausse du prix des denrées alimentaires (en raison de la production de carburants à base de soja ou de sucre), mais aussi de terribles conséquences sur l’environnement. D’où l’urgence de pratiquer une démocratie radicale qui aura pour but de rompre avec le système hégémonique et de libérer la nature et les peuples opprimés.

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