Remarques concernant les élections du 4 septembre 2012 au Québec

Rermarques du rédacteur en chef de la revue Relations concernant les élections du 4 septembre 2012 au Québec

ARTICLE – REVUE RELATIONS, septembre 2012, numéro 759

L’urne démocratique

Par Jean-Claude Ravet

 

[]il faudrait instaurer des élections à date fixe. La prérogative du premier ministre de déclencher les élections à la date qui lui convient n’a pas de sens. Au printemps, à la question de journalistes lui demandant si la rumeur d’élections avant les vacances était plausible comme voie de sortie de la crise étudiante, Jean Charest avait répondu que cela aurait été « ignoble » et « grotesque »! Ce qui est ignoble et grotesque, n’est-ce pas plutôt de les avoir déclenchées le 1er août, en pleines vacances d’été alors qu’une bonne partie de la population se repose loin des médias d’information? Ce choix par contre n’est pas surprenant de sa part. Depuis longtemps Jean Charest nous a accoutumé au mépris qu’il affecte pour la démocratie (voir, entre autres, mon édito de février 2009, « L’intrus »). La diabolisation de « la rue » en est aussi un flagrant exemple. Il est vrai qu’il l’a opposée à la majorité silencieuse. Celle-ci, pense-t-il, lui serait acquise et, telle qu’il la conçoit, c’est lui faire une aubaine que de tenir des élections en été : elle lui évite la corvée des débats qu’elle exécrerait. Un simple vote, conquis grâce à des boniments dans lesquels excelle le chef libéral, suffit amplement. Or, si celui-ci devait avoir réussi ce pari, ce serait un triste jour pour la démocratie québécoise.

 

[] le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour devrait être changé pour un mode proportionnel adéquat qui mette un terme à l’opposition viciée entre le vote dit stratégique et le vote de conviction. Le mode actuel, valable dans un contexte de bipartisme, ne fait que renforcer le conservatisme et le conformisme, en plus d’être en porte-à-faux avec la pluralité politique et l’effervescence démocratique. Il étouffe les rêves essentiels au souffle de l’action politique.

 

Enfin, une dernière remarque. Peut-être la plus fondamentale. Le résultat du vote, quel qu’il soit, ne doit surtout pas signer la déresponsabilisation des citoyens et des citoyennes. Dans une manifestation nocturne, on pouvait lire récemment sur une pancarte : « Vos urnes sont trop petites pour contenir nos rêves ». Il faudra s’en souvenir. Ce qui ne veut pas dire se détourner des élections : il faut au contraire investir le processus électoral pour ne pas le laisser aux mains des opportunistes et des mesquins. Les élections demeurent une modalité importante dans l’exercice de la citoyenneté, mais celle-ci ne s’arrête pas là, contrairement à ce que voudraient nous le laisser croire ceux qui y cherchent leurs intérêts privés afin de permettre à la dictature du profit de se maintenir et à la servitude volontaire de se légitimer.

 

Plus qu’à toute autre époque, nous avons des défis immenses à relever pour contrecarrer la marchandisation effrénée du monde et du vivant livrés à la prédation maffieuse et boursière. L’approche affairiste des Charest, Legault et consorts ne permet pas de les affronter, pis encore, elle nous embourbe dans une impasse. L’économisme au service des transnationales et des financiers soutient la société comme la corde le pendu, pour paraphraser Bernanos. Il nous faut trancher cette corde et accoucher d’alternatives. Mais surtout ne pas cesser de créer des espaces de délibération, de questionnement, de libération de la parole et de l’imagination. Cette tâche radicale demande de la détermination et du courage. Il se peut que la convoitise revienne au pouvoir, mais elle rencontrera des hommes et des femmes pour défendre le bien commun et la solidarité sociale. Et pas seulement une fois aux quatre ans…

 

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