Les inégalités de revenus au Canada, au Québec et dans le reste du monde

Les inégalités, l’un des grands tabous de notre époque

Journal montréalais Le Devoir, 7 février 2013 | http://www.ledevoir.com/societe/justice/370261/les-inegalites-l-un-des-grands-tabous-de-notre-epoque – Texte de Michel Venne (directeur général de l’Institut du Nouveau Monde) et Nicolas Zorn (chargé de projet, Institut du Nouveau Monde)

Les inégalités sont en hausse constante dans presque tous les pays développés.

Les inégalités tuent. Elles rendent malade, méfiant et malheureux. Elles frappent toute la population d’une société inégalitaire, qu’on soit riche ou pauvre. Plusieurs études confirment qu’elles poussent à se surendetter simplement pour maintenir son statut social. Le Fonds monétaire international considère qu’un niveau élevé d’inégalités est dangereux pour la stabilité économique et qu’il minerait la reprise économique.

Les inégalités en hausse chez nous

Mauvaise nouvelle : selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), les inégalités de revenus sont en hausse constante dans presque tous les pays développés. Le Canada connaît l’une des augmentations les plus fortes, a montré une étude du Conference Board.

Au Québec, les revenus du 1 % de la population le mieux nanti ont connu une croissance cinq fois plus importante que celle du 99 % restant depuis 1985 []

L’espérance de vie d’un enfant naissant dans Hochelaga-Maisonneuve est toujours de 11 ans inférieure à celle de l’enfant qui naît à Westmount.

Les inégalités sociales se transforment en inégalités scolaires. L’analphabétisme et le décrochage scolaire creusent les écarts.

On reste là, les bras croisés…

L’attitude la plus convenue par rapport aux inégalités est le laisser-faire. Les inégalités croissent depuis dix ans dans l’indifférence. []

 Les inégalités ne sont pas une fatalité. Tous les pays ont subi les effets de la mondialisation du commerce et des innovations technologiques. Pourtant, les inégalités n’ont pas crû de la même manière partout.

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Les inégalités de revenus : causes, évolution et situation québécoise

Texte de Jean-M. Cousineau publié au http://blogue.economistesquebecois.com/2011/10/20/les-inegalites-de-revenus-causes-evolution-et-situation-quebecoise/ ( Jean-Michel Cousineau est le président du Comité des politiques publiques, Association des économistes québécois, ainsi que professeur titulaire, École de relations industrielles, Université de Montréal. )

20 octobre 2011

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 Du côté de l’évolution des inégalités à travers le temps, on considère que la mondialisation, les changements technologiques et l’affaiblissement des institutions propres au marché du travail (salaire minimum, syndicalisme) sont les principaux facteurs explicatifs de leur agrandissement depuis le début des années 1980.

 De 1996 à 2006, nous avons pu trouver que les inégalités de marché ont diminué mais que les inégalités de revenus après impôts ont augmenté. Le coefficient de Gini après impôt est passé d’une valeur de 0,363 en 1996 à 0,376 en 2006. Deux raisons expliquent ce résultat. D’une part, les coupures qui ont été opérées au niveau fédéral en matière de transferts sociaux auprès des provinces et, deuxièmement, la baisse des impôts qui a fait que les plus hauts revenus ont payé moins d’impôts alors que la situation n’a pas changé pour les plus bas revenus.

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Écart entre riches et pauvres: le fossé se creuse

 Texte de Stéphanie Grammond publié dans le quotidien québécois La Presse le 14 mai 2011 – http://affaires.lapresse.ca/economie/canada/201105/13/01-4399274-ecart-entre-riches-et-pauvres-le-fosse-se-creuse.php

  (Montréal) Vingt-six dollars: c’est le prix d’une entrée de fruits de mer dans un chic steak house du centre-ville de Montréal. Mais 26$, c’est aussi ce qu’il reste à plusieurs assistés sociaux pour faire l’épicerie du mois au complet. Les études le confirment: le fossé entre les riches et les pauvres ne cesse de se creuser depuis 20 ans, emportant même une partie de la classe moyenne. Le Canada et le Québec n’échappent pas à ce phénomène mondial. «Danger!», prévient l’OCDE.

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 Une série d’études en arrivent à la même conclusion: depuis les années 80, une large part de la croissance économique a profité aux riches, tandis que les pauvres et la classe moyenne ont vu leurs conditions s’étioler.

 «Les inégalités de revenus augmentent sans cesse depuis deux décennies», a déclaré Angel Gurria, secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économique, lors d’un forum sur les inégalités qui s’est déroulé à Paris la semaine dernière.

 Selon l’OCDE, la polarisation économique devient carrément dangereuse. On n’a qu’à penser aux troubles sociaux au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. «Il est plus urgent que jamais de mettre fin à l’inégalité grandissante», insistait M. Gurria.

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 Au Canada, le revenu après impôt des familles qui font partie des 10% les plus fortunées a augmenté de 24% entre 1989 et 2004. Durant la même période, le revenu des familles les moins fortunées a reculé de 8%, selon les données les plus récentes de Statistique Canada.

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Au Québec, le constat est semblable. La croissance de la richesse s’est concentrée entre les mains des plus riches, au détriment du reste de la population, conclut l’IRIS dans une étude approfondie de la période 1976-2006.

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 Mais la situation est encore plus décourageante pour les familles à faibles et moyens revenus: elles gagnent 10% de moins, alors qu’elles travaillent 13% de plus.

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En fait, seules les familles les plus riches – les 10% les mieux nanties – sont réellement gagnantes. Elles gagnent 24% de plus, tout en travaillant 5,7% moins d’heures.

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