Olivier Jacques, marbrier de Lévis (Québec)

OLIVIER JACQUES, MARBRIER (1854-1936)

Par Henriette Martel

Jacques Olivier Marbrier de Lévis - 01

Certes, la Préhistoire a eu ses tailleurs de pierre qui façonnaient les outils de tous les jours, les dolmens et les menhirs; certes, l’Antiquité et ses grands artistes tailleurs et sculpteurs de marbre nous ont laissé, entre autres, les sept merveilles du monde; certes, le Moyen Âge et la Renaissance ont foisonné de bâtisseurs de cathédrales, de palais, d’hôtels de ville que nous admirons encore aujourd’hui; cependant, l’Époque moderne n’est pas en reste : elle a eu et a toujours ses amoureux de la pierre aux gestes précis dans le maniement des outils, ses sculpteurs, garants de la beauté de la pierre. À Lévis, plusieurs membres d’une même famille se sont adonnés à la taille de la pierre pendant près de 80 ans; il s’agit de la famille Jacques qui a tenu boutique sur la rue Shaw, aujourd’hui la rue Dorimène-Desjardins.

Arrivée en Nouvelle-France vers la fin du XVIIe siècle, la famille Jacques, originaire de Picardie, s’installe à Charlesbourg, première paroisse limitrophe de Québec érigée vers 1668. Le premier ancêtre au pays, Louis Jacques, n’était pas marbrier; il faut attendre la septième génération avant de rencontrer le premier tailleur de pierre, Frédéric (1829-1901), qui vivra d’abord à Québec, puis à Deschambault et plus tard à Lévis à compter de 1868. Notons qu’à cette époque, le métier de tailleur de pierre nécessitait de nombreux voyages; l’artisan devait se déplacer pour aller réaliser son travail sur place, pour s’approvisionner en pierre ou tout simplement pour être là où il y avait de l’ouvrage.

Frédéric eut un fils Olivier, né à Québec en 1854. Ce dernier apprend le métier de son père dans les carrières de Saint-Marc et dès l’âge de quatorze ans, il part avec lui : à Saint-Arsène dans le Témiscouata, ils taillent la pierre pour l’église; dans la Baie des Chaleurs, ils travaillent à la construction du chemin de fer Intercolonial; quelques années plus tard, en 1870 et 1871, à Deschambault, ils taillent la pierre qui servira à la construction du Bureau de Poste de Québec. Frédéric Jacques est le contremaître.

En 1873, ne trouvant pas de travail dans la région, la famille se dirige vers l’Ontario, à Little Rideau, où Frédéric et Olivier taillent de la pierre tout l’hiver, dans les carrières de Robert Ross, pour le canal de Carillon.

De 1875 à 1878, Olivier doit s’exiler pour vivre. Il rejoint ses oncles au Kansas (États-Unis) et taille de la pierre de sable à Independence, puis à Sedan pour le Palais de Justice. De retour au pays en 1876, il s’engage à Lachute pour le CPR et revient finalement à Québec travailler avec son père, au Parlement, pour les tailleurs de pierre Châteauvert & Bocage et au pont de la rivière Saint-Maurice, à Trois-Rivières. À la fin d’août 1877, il part avec deux amis tailler de la pierre à Saint-Jean, Nouveau-Brunswick, où ils resteront quelques mois.

 Jacques Olivier Marbrier de Lévis - 02

Dans le document ci-dessus, Olivier Jacques facture entre autres des travaux relatifs au monument Painchaud de La Pocatière. Le 12 mai 1892, Antoine Gauvreau, curé de Lévis et membre du «comité Painchaud», écrit ceci : « […] une magnifique palissade en fer reposant sur des bases en pierre de taille entoure le bâtiment. ». (Archives de la Côte-du-Sud et du Collège de Sainte-Anne)

C’est en 1878 qu’Olivier tente un premier établissement à Lévis. Il s’engage à Saint-Joseph de Lévis chez un marbrier français du nom de Wingender avant de tenir une boutique de pierre et de marbre, en société avec son cousin Ovilda Maisonneuve (ce dernier mourra un an plus tard à l’âge de 21 ans), chez Geo. & Ed. Couture dans la Côte du Passage. Le travail étant rare, il doit chercher ailleurs : il ira travailler à Saint-Alban, aujourd’hui Saint-Marc, au service de Châteauvert & Bocage pour le bassin de radoub de Québec et, plus tard, au service des entrepreneurs Morin & Audet dont il avait obtenu le contrat pour la construction de l’église de Saint-Lazare.

De 1883 à 1886, nouvel exil. Il part avec sa famille pour un séjour à Independence (Kansas) où d’autres membres de sa famille sont aussi retournés en 1881. Il travaillera à la construction d’une église catholique et, avec son père et ses frères, il taillera la pierre pour la tour de l’aqueduc. À son retour, en mai 1886, il obtient, du curé Antoine Gauvreau, le contrat de l’entourage du carré Déziel pour la somme de 400 $; il réalisera ce contrat avec son frère Michel. L’année suivante, avec un nommé Jean Turgeon, il construit le perron en pierre, en face de l’église paroissiale à Lévis. Bientôt, les cimetières de toutes les paroisses environnantes sont ornés de ses monuments funéraires de bon goût et encore bien solides aujourd’hui.

Jacques Olivier Marbrier de Lévis - 04

En 1886, Olivier Jacques revient au Canada. Dans son journal, il écrit : : «Le premier ouvrage que j’entreprends est l’entourage du carré Déziel. Le révérend Antoine Gauvreau me donne $400.00 pour ce contrat. » La statue de Mgr Déziel a été inaugurée en 1885.

En 1891, Olivier fournit la pierre de taille pour le monument Painchaud à Sainte-Anne-de-la-Pocatière; il obtient 875 $ pour ce travail et 550 $ pour la clôture qui entoure le monument.

La Pocatiere cimetiere Painchaud 6-6-2004 b_2

 Monument Painchaud, à La Pocatière, le 10 août 2006 (photo signée Roger Martel)

Au printemps et à l’été 1901, il travaille à Sainte-Anne-de-Beaupré, sous la conduite du Père Allard, rédemptoriste, à la construction du perron de l’ancienne église; il doit se rendre à Proctor, dans le Vermont, y chercher un char de marbre pour le dessus du perron et pour chaque bout. Il ira ensuite à Terrebonne chercher ce qu’il faut pour les marches. Dix ans plus tard, en 1911, il obtient un autre contrat à Sainte-Anne-de-Beaupré pour construire un mur et le perron du presbytère en pierre de taille. Il reçoit 2 000 $ pour cet ouvrage.

En juillet 1912, il réalise le piédestal, en pierre de taille, du monument de Saint-Georges, en face de l’église à Saint-Georges de Beauce; cet ouvrage lui rapporte 1 500 $. Détail intéressant : la statue de Saint-Georges est l’œuvre de Louis Jobin, statuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. Olivier va ensuite à Saint-Ferdinand de Mégantic, poser un monument en granit avec entourage en pierre de taille pour une statue du Sacré-Cœur de Jésus; c’est un contrat de 500 $. En septembre de la même année, il érige à Sainte-Flavie et à Cedar Hall deux marbres funéraires : un, pour Monseigneur Bossé et l’autre, pour le révérend père Brillant, curé pendant plusieurs années à Cedar Hall. Nombre d’autres travaux sont exécutés par lui ou sur sa surveillance au fil des ans.

Sa dernière grande réalisation est l’installation du chemin de croix dans la partie nord du cimetière Mont-Marie. Ce chemin de croix, un don de mademoiselle Caroline Lagueux, remplace le vieux en bois, érigé dans l’allée principale du cimetière. Chaque station est gravée sur une élégante plaque en cuivre encastrée dans un bloc de granit blanc, avec le nom du donateur empreint sur le granit. Le chemin de croix sera béni le 7 octobre 1928.

 Jacques Olivier Marbrier de Lévis - 06

Station VII du chemin de croix du cimetière Mont-Marie installé par Olivier Jacques en 1928. (Inscription sur la plaque :  » Don de Mesdemoiselles Ernestine et Marie-Louise Marmet et M. Albert Marmet à la mémoire de leur père et mère M. et Madame Siméon Marmet. « ) (Photo signée Roger Martel)

Après le décès d’Olivier Jacques en 1936, ses fils Joseph et André continuent activement l’œuvre de leur père.

 Jacques Olivier Marbrier de Lévis - 07

Maison d’Olivier Jacques, rue Shaw (maintenant appelée Dorimène-Desjardins), à Lévis. Extrait du journal d’Olivier Jacques : « Le 15 mai 1886, ma femme, Marie-Anna, mon frère Michel et moi-même revenons au Canada […] nous venons demeurer à Lévis dans une maison appartenant à M. Napoléon Lavoie, rue Shaw. »

___________________

N.B. Les renseignements donnés dans cet article ont été fournis par la petite-fille d’Olivier Jacques, Sœur Rollande Jacques, s.c.q., qui a produit un document familial renfermant, entre autres, le journal personnel de son grand-père.

Répondez

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.