Textes courts pour alimenter la réflexion des Québécois sur le projet de charte de la laïcité de leur gouvernement (charte des valeurs québécoises)

Le 7 novembre 2013, à la télévision de Radio-Canada :

Une Québécoise de 25 ans, dont les parents sont d’origine égyptienne et qui porte le foulard islamique depuis l’âge de 15 ans, a déclaré : « Ottawa, Ontario, « ça leur[sic] dérange pas c’qu’on porte sur la tête. L’important, c’est pas c’que j’ai sur la tête ».

Une enseignante québécoise d’origine algérienne a déclaré : « Le voile, c’est le porte-étendard de l’islam politique. »

(Source : http://www.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/6879288)

L’ISLAM, LE POLITIQUE ET LE RELIGIEUX

[…] le choc culturel provoqué par une nouvelle immigration. Car, c’est bien la première fois que, dans ce vieux pays d’immigration qu’est la France, certains groupes revendiquent ouvertement le droit de ne pas s’intégrer et contestent une laïcité fruit de plusieurs siècles de combats souvent sanglants. L’historien Pierre Nora (Recherches de la France, Gallimard) le disait récemment en d’autres mots : « L’islam dans son principe, ne faisant guère de différence entre le politique et le religieux, repose le problème que l’on avait cru résolu pour le christianisme. » Il y a de cela plus d’un siècle !

Comment dès lors reprocher aux Français de ne plus se sentir chez eux, sous les pressions conjuguées de la mondialisation et d’une immigration mal contrôlée ? À moins de croire que l’ouverture à l’Autre (avec la majuscule !) consisterait à piétiner sa propre appartenance pour mieux se dissoudre dans le magma multiculturel européen ou nord-américain. Un pas que certains ont allègrement franchi, en France comme au Québec. (Christian Rioux, Par Toutatis! Le Devoir, 1 novembre 2013 – http://www.ledevoir.com/international/europe/391535/par-toutatis)

REGAIN DE RELIGIOSITÉ CHEZ LES JEUNES MUSULMANS D’EUROPE

CRITIQUE DE L’ISLAM

Littéralement, islamophobie ne désigne pourtant rien d’autre que la « peur de l’islam ». […] comment ne pas ressentir de crainte à l’égard d’une religion où l’intégrisme le plus virulent a été en progression constante depuis un demi-siècle ?

[…] Critiquer la religion de quelqu’un, ce n’est pas critiquer sa race, mais ses choix spirituels et idéologiques. […]

L’intolérance religieuse demeure évidemment exécrable et aucune société démocratique ne saurait souffrir d’atteinte à la liberté de conscience. […]

Mais, pour le reste, l’islam fait partie du monde des idées et demeure à ce titre sujet à toutes les critiques. […]

En d’autres mots, si la ségrégation fondée sur la race ou la religion est exécrable, il est encore permis d’avoir peur d’une religion, de la critiquer, d’en rire ou de la détester. […] Si l’islam doit devenir une religion européenne et nord-américaine, il devra s’y faire et cesser de crier au racisme chaque fois qu’on le met en cause.

[…] Récemment, plusieurs études, dont celles du politologue Gilles Kepel et du sociologue Hugues Lagrange, ont montré que les jeunes musulmans de France (et d’Europe) vivaient un véritable « revival » religieux alors même que leurs parents s’accommodaient d’une foi aussi discrète que celle des catholiques et des protestants.

À la lumière de ces données nouvelles, il apparaît aujourd’hui évident que ce regain de religiosité ne pouvait manquer de provoquer un choc sur un continent aussi sécularisé que l’Europe. D’autant plus que ces mêmes enquêtes démontrent, chiffres à l’appui, l’existence d’un fort bloc de musulmans intégristes qui représenteraient entre le tiers et le quart des musulmans français. Même s’ils sont la plupart du temps nés en France, ceux-ci se considèrent d’abord comme musulmans. Dans toutes les enquêtes d’opinion, ils revendiquent l’application de la charia, refusent la séparation de la religion et de l’État, condamnent le mariage exogame, l’homosexualité et réclament même l’autorisation de la polygamie.

L’intégration de l’islam dans nos sociétés reste un défi et il ne sert à rien de se le cacher en qualifiant tout et n’importe quoi d’islamophobe. Les premiers à payer le prix de cet égarement seraient justement ces musulmans modérés et discrets qui, eux, font l’effort de s’intégrer. (Christian Rioux, Islamoquoi?, Le Devoir, 8 novembre 2013, http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/392160/islamoquoi

RESPECT DE L’AUTRE

J’ai souhaité que chrétiens et musulmans s’engagent pour promouvoir le respect réciproque, en particulier à travers l’éducation des nouvelles générations.

(Jean Paul II, Dépêche de l’Agence France-Presse reprise dans le quotidien québécois Le Devoir, 12 août 2013, p. B 6)

LA LAÏCITÉ DE L’ÉTAT

Mais ceux qui veulent que la laïcité de l’État soit inscrite noir sur blanc dans une déclaration d’ordre politique – rendant ainsi explicite ce qui n’est actuellement qu’implicite – indiquent cependant une voie à prendre qui permettrait, en grande partie, d’apaiser un débat qui se déroule bien souvent sur fond d’insécurité. Le politique ne doit pas se défiler pour ne laisser place qu’à des considérations juridiques. Reste à savoir quel serait le meilleur médium pour le faire : le préambule de la Charte des droits et libertés du Québec, une charte de la laïcité, ou même une Constitution du Québec, ou encore une déclaration gouvernementale? Cette question est à suivre. La laïcité devrait être une valeur cardinale de notre société. Elle est au cœur du projet démocratique. Nous sommes en démocratie dans la contingence des affaires humaines et dans l’espace symbolique d’hommes et de femmes tous égaux du simple fait d’être des êtres humains qui sont aussi des êtres de parole. Aucun absolu, aucune vérité éternelle n’y a sa place à demeure. Là se jouent la liberté, l’égalité et la responsabilité qui nous incombent en tant qu’habitants de la parcelle du monde qui nous est impartie. Et c’est dans cette parole partagée que se construit la Cité où nous sommes tous conviés à devenir ce que nous voulons être ensemble. Cet espace politique laïc est fondamental, et doit être défendu et renforcé, particulièrement en ces temps où il est assailli de toutes parts par les forces du marché et ses diktats qui font figure de dogmes. Comme il est un sacrilège, en d’autres lieux, pour les intégristes et leurs pouvoirs pastoraux aspirant plutôt à des pâturages pour troupeaux broutant religieusement la vérité édictée – à moins de vouloir goûter à la houlette pesante du bon pasteur! Mais que l’État et l’espace politique soient laïcs, cela ne signifie en rien qu’il faille que ceux qui s’y meuvent en citoyens se dépouillent de leur croyance ni des signes qui pourraient en témoigner – sauf pour les fonctionnaires de l’État ayant pour fonction de gérer les conflits et ce, pour des raisons évidentes. Le contraire relève à la fois d’une méprise et d’un mépris. La méprise vient de la confusion entre ces lieux à forte symbolique laïque et ceux qui les occupent. Ceux-ci n’ont pas à étouffer leurs convictions, leurs valeurs, leurs croyances, religieuses ou pas. Le simple fait d’être dans ces lieux invalide toute prétention à la Vérité. C’est aussi vrai pour les fonctionnaires de l’État, sauf à considérer qu’une conviction est incapable d’être au service d’une compétence. Ni l’espace public, ni l’espace politique et étatique ne sont composés de citoyens désincarnés, sans attaches, dépouillés de toute histoire et d’identité, dépourvus d’une vision du monde, d’une conception de la vie et de l’humanité – au contraire, ils sont enracinés dans la diversité des appartenances à travers lesquelles se conjugue le bien commun.

(Jean-Claude Ravet, Vous avez dit État laïc?Revue Relations numéro 745, 2010

http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=96)

SITUATION DE L’ISLAM MODERNE

Autour des pays à société musulmane existe ainsi une large frange de minorités islamisées. Tantôt elles restent stationnaires (Chine, Indonésie), tantôt au contraire elles progressent grâce à la simplicité de leur monothéisme et aux effets d’une propagande religieuse que soutiennent les riches pays arabes producteurs de pétrole. De Pékin à Dakar l’islam revêt d’ailleurs des aspects divers : plus on s’éloigne du centre syro-égyptien, moins, en général, il est pur; moins l’observance est stricte (Pèlerinage, sauf en Indonésie); plus il tolère d’usages locaux, souvent magiques, dans la vie religieuse ou sociale (Chine, Indonésie, Berbérie, Afrique noire), tandis qu’au contact de l’hindouisme, il s’imprègne de mystique, voire de syncrétisme. Mais partout une tendance rigoriste vient combattre ces amalgames et se réclamer d’un « islamisme » propre à armer des groupes rebelles.

Le Proche-Orient lui-même ne laisse pas d’être partagé entre des mouvements divers.

(Dominique Sourdel, professeur honoraire à l’Université de Paris-Sorbonne, L’Islam, Paris, Presses Universitaires de France, 22e édition, août 2009, collection Que sais-je?, p. 118)

Malgré le morcellement du monde musulman actuel et la diversité des solutions pratiques adoptées par chaque pays, l’islam continue à s’affirmer, sinon comme une communauté, du oins comme un ensemble de nations ayant à faire face au même problème : adaptation aux conditions de vie nouvelle d’une société ne distinguant pas en principe entre temporel et spirituel. L’édifice religieux tout entier s’en trouvant ébranlé, c’est vers le Coran qu’aussitôt les musulmans se retournèrent comme à la source première de toute vérité, pour y trouver – non parfois sans quelque innocence – justification des usages et des théories modernes. D’où un essai de renouvellement de l’apologétique islamique, réalisé le plus souvent aux moyen de l’exégèse rationaliste lorsque la tendance moʽtazilite tendit à prévaloir (Égypte, Indes). Mais la libre critique historique en matière religieuse fut loin d’être admise (incidents en Égypte) et les quelques efforts personnels de réinterprétation du Coran n’ont encore abouti à aucun résultat positif : le modernisme continue à s’inscrire seulement dans les faits, en provoquant périodiquement de vives réactions de l’opinion musulmane, tandis qu’un retour au fondamentalisme s’affirme d’autre part dans les milieux musulmans les plus divers et le plus souvent sans modération.

(Dominique Sourdel, professeur honoraire à l’Université de Paris-Sorbonne, L’Islam, Paris, Presses Universitaires de France, 22e édition, août 2009, collection Que sais-je?, p. 123-124)

LE SEXISME DES RELIGIONS

On a récemment beaucoup fait valoir que c’est librement que des femmes portent le voile et il n’y a, bien entendu, aucune raison de remettre cela en question. Il ne s’ensuit toutefois pas qu’on devrait en autoriser le port pour les fonctionnaires. Ici, il y a un vrai débat. À l’heure actuelle, il ne semble plus concerner que l’extension de cet interdit, la plupart des gens convenant qu’il doit s’appliquer aux fonctionnaires qui incarnent l’autorité régalienne de l’État (juges ou policiers, par exemple).

Pour les autres (enseignantes et éducatrices, notamment), de bons arguments sont avancés de part et d’autre. Je penche vers l’interdiction, comme je l’ai déjà dit, en particulier parce qu’enseignantes et éducatrices sont en situation d’autorité, cette autorité étant celle de la formation des citoyennes et des citoyens. Mais on peut en discuter.

Je trouve cependant qu’on s’interdit beaucoup, dans ce débat, de rappeler que toutes les religions sont d’un sexisme si affolant qu’il invite à penser que Dieu, s’il existe (ou du moins un de ces innombrables dieux au nom desquels l’humanité n’a cessé de se déchirer), est un sacré misogyne. Et je soupçonne que les crétins susnommés sont pour quelque chose dans cet interdit, qui fait craindre d’être assimilé à eux.

(Normand Baillargeon, On peut se le dire? Dieu, s’il existe, hait les femmes, hebdomadaire québécois Voir, 16 octobre 2013, http://voir.ca/chroniques/prise-de-tete/2013/10/16/on-peut-se-le-dire-dieu-sil-existe-hait-les-femmes/)

LES MUSULMANS ÉTABLIS EN OCCIDENT

« Cela nous amène au problème des musulmans qui ont émigré en Occident, en quête d’une vie convenable et d’un avenir meilleur. La plupart les ont effectivement trouvés, mais certaines communautés musulmanes ont transformé leur religion en une identité importée et se sont isolées de leur environnement social. Je dis « identité importée » car il ne s’agit pas de la religion telle qu’elle est vécue dans la société d’origine, mais de celle qui emprunte des modes de pensée venant des pays du Golfe. Le plus grave, c’est que la pensée islamiste, dans toutes ses composantes – Frères musulmans, salafistes, djihadistes -, s’est développée parmi les diasporas musulmanes. Elle est enseignée aux enfants dans les mosquées, diffusée au sein des cercles religieux, par les livres distribués et les prêches de la prière du vendredi. Le résultat est que les jeunes musulmans se comportent avec agressivité et haine envers les pays occidentaux où ils résident -comme s’il s’agissait de vaches à lait dont on profite avant de les égorger. Le problème est que la tendance, répandue dans les pays musulmans, à accuser l’extérieur de tous nos malheurs s’étend parmi ces communautés. On trouve toujours ce sentiment que les musulmans sont victimes de l’ »islamophobie » – le mot est de plus en plus courant. Je connais les dangers des mouvements d’extrême droite présents dans nombre de pays européens, mais il faut reconnaître que la plupart des communautés musulmanes ont affaire à des gouvernements qui s’emploient à respecter les droits des minorités. Dire que les musulmans sont des victimes revient à ignorer les très graves problèmes sociaux dont souffrent les fils et filles des diasporas musulmanes, tels le mariage forcé des mineures, les crimes d’honneur, l’excision, etc. En outre, le développement de l’islam politique parmi ces communautés influe sur leur attitude à l’égard de leurs nouvelles patries, puisque leur allégeance va plutôt à l’oumma (nation musulmane) et qu’elles vivent dans des ghettos. Cette situation donne des arguments aux mouvements d’extrême droite occidentaux, qui soutiennent que ces gens-là demeurent des étrangers. » (Elham Maneh, propos recueillis par Hamid Zinaz, et reproduit dans l’article Questionner le Corandaté du 7 avril 2013 et reproduit dans le Courier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 45, http://www.actualite24h.com/actualites/islamisme-questionner-le-coran)

LES ISLAMOPHOBES

« Malgré tout le mal incontestablement causé par les tenants du discours islamophobe usuel, les pires islamophobes – et, en fait, à bien des égards, les vrais islamophobes – sont les extrémistes musulmans violents qui semblent déterminés à fournir au discours islamophobe des faits sur lesquels s’appuyer. Il est ridicule d’assimiler l’islam au terrorisme, comme si les deux étaient synonymes. Il existe une infinie variété de terroristes et de pratiquants de l’assassinat politique. Et, cela va sans dire, les musulmans extrémistes violents ne sont pas seulement une minorité dans le monde islamique, mais une minorité dans une minorité. Pourtant, leurs actes sont extrêmement néfastes, faisant planer la menace et parfois même réussissant à exacerber la peur et la haine des musulmans en Occident et partout dans le monde. » (Hussein Ibish,L’islamisme fait le lit de l’islamophobie, article daté du 4 juin 2013 reproduit dans le Courrier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 41, http://www.courrierinternational.com/article/2013/10/23/l-islamisme-fait-le-lit-de-l-islamophobie?page=all)

DJIHAD

« Le cœur du problème est le djihad, l’idée islamique de la guerre sainte. Même les visions les plus moyenâgeuses du djihad ne peuvent justifier le terrorisme d’aujourd’hui. Car les juristes ont toujours fait une distinction entre combattants et non-combattants, et ont respecté la vie de ces derniers.

« Mais, au cours des deux dernières ­décennies, Al-Qaida et consorts ont rejeté cette distinction et justifié la violence gratuite contre quiconque se met en travers de leur route. Le fanatisme virulent auquel nous sommes confrontés est le produit d’un mélange toxique de fondamentalisme religieux, d’indigence culturelle et de mécontentement politique. » (Mustafa Akyol, Le silence nous tue, article daté du 26 septembre 2013 reproduit dans le Courrier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 41, http://www.actualite24h.com/actualites/islamisme-kenya-le-silence-nous-tue)

POUR UN ISLAM TOLÉRANT, ÉCLAIRÉ, LIBRE ET OUVERT (Tunisie)

« Notre pays [la Tunisie] a besoin d’un islam véritable – tolérant, éclairé, libre et ouvert -, qui, lui, est porteur des solutions de la modernité. Tout le reste n’est que populisme, mensonge et démagogie. » (Hatrem Bourial, Moins d’islam, plus de solutions, article daté du 5 juillet 2013 reproduit dans le Courrier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 42)

LES MUSULMANS MODÉRÉS

« Où en sont les musulmans modérés par rapport à la minorité criminelle qui se revendique de leur religion pour justifier un terrorisme inqualifiable ?

Car à cause d’eux nous sommes collectivement associés au terrorisme. Certes, c’est une minorité qui commet ces crimes, mais la majorité se contente de dire : « On n’a rien à voir avec ceux-là » ou on dénonce « les médias occidentaux », qui « créent l’amalgame entre islam et terrorisme ».

En réalité, « les médias occidentaux » n’ont pas besoin de chercher très loin. Il leur suffit de montrer sans commentaire ce que font ces groupes qui se réclament de nous. Nos beaux discours sur la tolérance de l’islam et sur la cohabitation pacifique [entre communautés] dans un lointain et glorieux passé ne convainquent personne. Cela ne fait pas le poids face à la mère qui voit ses enfants tués par balle, face à des enfants orphelins, face à des dizaines de personnes exécutées ici ou là, ou à des hommes et à des femmes violés ailleurs.

Il ne suffit pas de tenir de beaux discours pour annuler des actes. Il faut que la majorité des musulmans -et en premier lieu les Arabes, qui ont fondé et dirigent le terrorisme islamique -réagissent par des actes. Les intellectuels doivent se préoccuper de la façon d’arrêter la propagation de la culture du sang, de la mort et de la violence gratuite. Ils doivent se demander comment redonner ses titres de gloire à un islam différent, un islam des gens normaux, en paix avec lui-même et avec les autres. Il s’agit de questions pressantes face à un problème que nous laissons s’aggraver en raison de notre paresse intellectuelle et de notre incapacité à innover sur le plan des idées. » (Khaled Al-Hroub,Dédommager nos victimes, article daté du 30 septembre 2013 reproduit dans le Courrier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 42, http://www.actualite24h.com/actualites/islamisme-dedommager-victimes)

LA CULTURE LA PLUS RÉPANDUE CHEZ LA PLUPART DES MUSULMANS

« […] la culture la plus répandue chez la plupart des musulmans est celle de la « primauté du droit de la majorité », de la « défense de la religion », de la « mécréance » des non-musulmans, l’identité religieuse primant sur l’identité nationale. Ainsi l’application de la charia [dans ses interprétations anciennes ou modernes] est-elle considérée comme préférable au droit civil. On peut le constater à travers les débats sur les Constitutions qui ont cours actuellement en Tunisie, en Egypte et au Pakistan.

« L’islam « modéré », qui condamne les attaques contre les chrétiens, se limite à un rejet de la violence sans en combattre les causes ou les sources. Il hésite même à exclure de l’islam les auteurs des actes terroristes qui tuent des innocents (souvent en majorité des musulmans) en se référant à des textes anciens, non remis en cause jusque-là, pour justifier leurs actions. Car ils s’appuient sur une tradition qui n’a pas été réformée ni réinterprétée. » (Youssef Bazzi, L’hostilité antichrétienne jusqu’à la haine,article daté du 29 septembre 2013 reproduit dans le Courrier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 43, http://www.actualite24h.com/actualites/islamisme-l-hostilite-antichretienne-jusqu-la-haine)

LE NIQAB : SOUMISSION ET PROVOCATION

« La robe qui couvre tout le corps, le foulard, le masque : tous ces éléments vestimentaires confortent la croyance que les femmes sont dangereuses pour l’homme et pour la société. Leur port repose sur des valeurs iniques et inacceptables, imposées par les oppresseurs talibans, saoudiens et iraniens, et qui n’ont pas leur place dans notre société. Alors, pourquoi autant de femmes britanniques envoient-elles ce message sur elles-mêmes ?

[…]

Responsabilités. La tolérance est une bonne chose, mais elle empêche de se poser les questions pertinentes et de formuler des arguments solides. […]

Aucun de nos textes sacrés ne nous enjoint de nous voiler le visage. Certaines branches de l’islam n’exigent même pas le port du foulard. Ce sont des ordres donnés par des hommes et suivis par des femmes soumises. On nous ordonne toujours d’accepter les règles des pays dans lesquels nous vivons et celles de leurs institutions, à condition qu’elles soient raisonnables. Pour la sécurité, la justice, les voyages, l’éducation et la santé, l’identification est vitale. Pourquoi ces femmes devraient-elles en être exemptées ? Les musulmans sont déjà injustement perçus comme l’ennemi de l’intérieur. Le niqab nous fait paraître encore plus ­étrangers, dangereux et suspects. Si c’est par provocation que les membres du Ku Klux Klan se couvrent de manière à ne pas être reconnus, il en va de même pour les musulmanes.

En Grande-Bretagne comme dans les pays islamiques, une bataille oppose la lumière de la foi à des forces obscures. Les vêtements incarnent une tentative de prise de contrôle de la religion au moment même où les fidèles sont en quête de liberté, d’autonomie, de démocratie et d’égalité des sexes. [La jeune Pakistanaise devenue le symbole de la lutte contre l’obscurantisme taliban] Malala Yousafzai ne cache pas son visage. » (Yasmin Alibhai Brown, journaliste britannique d’origine pakistanaise, Le niqab : soumission et provocation,article daté du 15 septembre 2013publi dans The Independent (Londres) et reproduit reproduit dans le Courrier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 44, http://www.actualite24h.com/actualites/islamisme-le-niqab-soumission-et-provocation)

HIJAB

« Le hidjab reflète une transformation sociale insinuée dans les esprits par une idéologie politico-religieuse désignant la femme comme source de vice dont il faut protéger l’homme et la rendant responsable de la séduction qu’elle exerce sur ce pauvre être faible. C’est pourquoi elle doit se couvrir les cheveux et le corps, voire, dans l’idéal, porter un niqab avec une seule ouverture pour l’œil gauche afin qu’elle n’attire pas par son regard ! C’est une idéologie qui considère l’homme comme un animal enragé, avide de chair féminine et incapable de maîtriser ses pulsions. Je n’ai jamais compris en quoi la femme était libre de son choix quand le discours qu’on lui tient dit en substance : « Si tu ne portes pas le voile, tu iras en enfer. A toi de choisir ! » (Elham Maneh, propos recueillis par Hamid Zinaz, et reproduit dans l’article Questionner le Coran daté du 7 avril 2013 et reproduit dans le Courier international, numéro 1199 du 24 au 30 octobre 2013, p. 45, http://www.actualite24h.com/actualites/islamisme-questionner-le-coran)

IMMOBILE, L’ISLAM?

Dernier reproche enfin, et qui n’est pas le moindre : l’immobilisme de l’islam. – Ici s’exerce à plein le contresens qui veut définir l’islam par les scléroses subies durant les derniers siècles. Et l’islam d’apparaître alors comme une religion figée qui maintient ses fidèles dans un moyen âge révolu, les rendant inaptes à s’adapter aux conquêtes techniques et aux conditions nouvelles d’existence.

L’histoire de l’âge classique d’une part, l’esprit même de l’actuel renouveau de l’autre, s’inscrivent contre ce soi-disant « immobilisme ». Il fut peut-être bien l’une des notes des sociétés traditionnelles que le monde musulman affaibli secréta comme une mise en garde contre l’envahissement occidental. […] rien, dans une mentalité musulmane comme elle, ne porte à un durcissement figé de normes sociales établies une fois pour toutes. Ce n’est point l’acquisition des techniques qui conduirait à une désislamisation; nais l’engouement non contrôlé pour des idéologies occidentales. (Louis Gardet, Les Hommes de l’islam. Approche des mentalités, © Librairie Hachette 1977, Bruxelles, Éditions Complexe, collection Historiques, 1984, p. 323-324)

CHARIA

9. Aujourd’hui, la charia est souvent devenue un slogan politique. Il ne s’agit pas tant de la voir convertie en droit musulman que de s’en revendiquer contre des régimes dont la légitimité, entre autre religieuse, est contestée. Le plus souvent, les formations politiques qui demandent l’application de la charia n’ont pas de programme détaillant le contenu de celle-ci et, partant, ce qu’il y aurait lieu d’abroger et de remplacer dans les systèmes juridiques en place. Appliquer la charia, c’est une revendication d’éthique politique, avant tout, la mise en avant d’un référentiel plutôt que l’exécution d’un programme précis.

10. La présence musulmane dans des pays qui ne le sont pas majoritairement a fait émerger de nombreuses questions. Certaines sont d’ordre juridique et portent sur la reconnaissance de droits inspirés par la Loi islamique dans des États largement séculiers. D’autres touchent à l’exercice de la religion et à la possibilité de vivre sa foi dans des sociétés où prédomine la référence aux droits humains et le principe de neutralité religieuse de l’État. Pour l’essentiel, la question de la normativité islamique n’est pas d’ordre juridique, mais de nature éthique et déontologique, c’est-à-dire morale. Il s’agit de savoir comment vivre en conformité avec ses convictions dans des situations où l’on ne partage pas nécessairement ces dernières avec la majorité de la population.

S’il y a une idée que je voudrais laisser en conclusion de mon intervention, c’est que l’erreur principale est de penser la charia et le fiqh comme un droit, au sens où nous entendons le mot « droit » aujourd’hui dans une assemblée comme la nôtre, et non pas comme une normativité, pouvant avoir, bien sûr, une dimension juridique mais ayant surtout une dimension déontologique, éthique, morale, et celle-là est fondamentalement plus importante.

(Baudouin Dupret, directeur du centre Jacques Berque (Rabat), directeur de recherche au CNRS, au séminaire « La Charia : qu’est-ce à dire ? » du 15 avril 2013, Fondation Res Publica, http://www.fondation-res-publica.org/La-Charia-en-dix-points-et-quelques-raccourcis_a724.html)

LES MUSULMANS ET LE QUÉBEC

L’IMMIGRATION MUSULMANE AU QUÉBEC

L’immigration musulmane au Québec s’est accélérée ces dernières années. Elle crée une situation totalement inédite. Les questions nouvelles qui surgissent ne trouveront de réponses que dans une recherche commune, menée au Québec et non à l’extérieur du pays.

La première mention de l’existence de musulmans au Canada remonte aux années 1870. […] Quand le Canada a aboli les lois qui sélectionnaient les immigrants selon la religion et l’ethnie, le nombre des musulmans a commencé à augmenter. Ils sont passés de 40 000 au début des années 1970 à 100 000 en 1981 et à un peu plus de 250 000 en 1991. Actuellement leur nombre dépasse les 600 000 dans l’ensemble du Canada.

Cette arrivée s’est faite par vagues, en lien direct avec des points chauds du monde : la vague européenne de l’Est, l’indo-pakistanaise, l’égyptienne et la libanaise. Nous en sommes actuellement à la vague algérienne. […]

Au Québec, ce n’est que dans les années 1960 que leur nombre va croissant et qu’ils commencent à s’organiser. […]

À partir des années 1970, l’immigration musulmane est montée en flèche : 45 000 en 1991 selon Statistique Canada, dont 41 000 à Montréal; 100 000 en 1995 selon certaines sources non officielles; plus de 200 000 actuellement selon leurs leaders. La présence des musulmans n’est donc plus marginale.

(Ali Daher, Les musulmans du Québec, texte publié dans la revue québécoise Relations, numéro 685, juin 2903, p. 29-32. On trouve le texte au http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=2449.)

LA SPÉCIFICITÉ DE L’ISLAMITÉ QUÉBÉCOISE

Ces changements en nombre nous permettent d’affirmer qu’une islamité québécoise est en train de se construire. L’immigration musulmane représente une part non négligeable des arrivants de la  » Belle Province  » qui vise une immigration francophone pour combler ses besoins démographiques et consolider ses assises au sein de la Confédération. […]

Sous certains aspects, l’islamité québécoise ne diffère pas beaucoup de celle qui se construit en Europe. Ici aussi, les musulmans actualisent les références islamiques dans leur vie quotidienne, travaillent à mettre sur pied des organismes et régulent l’image de l’islam qu’ils rendent visible sur la scène publique québécoise.

Mais l’islamité québécoise diffère aussi, par certains aspects, de celle qui se construit dans les autres pays occidentaux, à cause de l’implantation récente de la communauté musulmane au Québec, l’absence de domination d’un groupe ethnique sur les autres groupes (comme c’est le cas des Maghrébins en France, des Turcs en Allemagne et des Indo-Pakistanais en Grande-Bretagne), la faiblesse et la dépendance du leadership. Le fait que les politiciens soient très sensibles au pouls électoral des minorités donne à ces dernières une bonne marge de négociation en matière de droits collectifs et de revendications. Elles ont plus de latitude pour défendre leurs particularités et se cantonnent donc davantage dans leur identité collective. Ces éléments spécifiques engendrent un rapport particulier à l’intégration. Il s’agit d’une intégration communautaire plutôt que d’une intégration individuelle.

La grande majorité de ces immigrants musulmans s’est installée dans le Grand Montréal.

(Ali Daher, Les musulmans du Québec, texte publié dans la revue québécoise Relations, numéro 685, juin 2903, p. 29-32. On trouve le texte au http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=2449.)

LES MUSULMANS AU QUÉBEC : UNE GRANDE DIVERSITÉ

Les musulmans, au Québec, sont loin de constituer une communauté homogène. Outre leur appartenance sunnite ou chiite, ils se différencient par leurs nationalités, leurs pays d’origine, leurs ethnies. Leur communauté est multiethnique et multilingue. Ils se différencient aussi par les classes d’âge, les statuts socioprofessionnels, leurs orientations politiques, etc. On distingue, entre autres, les musulmans pratiquants, sociologiques et politisés. Les musulmans croyants et pratiquants peuvent ne pas être politiques. Les musulmans sociologiques sont désignés ainsi parce qu’ils appartiennent à l’islam par leur naissance et leur origine, sans pour autant être pratiquants. Enfin, les musulmans politiques peuvent ne pas être pratiquants, mais sont engagés politiquement pour défendre l’Islam.

Une grande majorité des musulmans qui ont immigré au Québec adhère aux principes de tolérance, de vie en harmonie avec les autres, de respect de la loi. Quelques éléments bruyants et intolérants, de type intégriste, attirent l’attention et occupent la une de certains médias. Mais cette couverture médiatique voile l’islam de la majorité paisible et accorde à l’islam des intégristes une visibilité démesurée.

Depuis le 11 septembre 2001, se manifeste un bouillonnement dans la communauté arabo-musulmane. Une nouvelle lecture de l’islam commence à émerger, même parmi les intellectuels ou les leaders de la communauté. Cette nouvelle lecture concerne la participation citoyenne dans la société. Après le 11 septembre, les musulmans se sont trouvés acculés au pied du mur. Cet événement les a forcés à réfléchir à leur situation. Certains concepts comme la oumma (la communauté), le Jihad et l’utilisation de la force, ont été mis en relation avec ceux de citoyenneté, de recherche de paix et de justice, de promotion du bien et d’interdiction du mal. Les musulmans qui vivent ici essaient de concilier l’islam avec cette ouverture dans la lecture du Coran. Certains responsables s’engagent dans la défense des droits de la personne.

(Ali Daher, Les musulmans du Québec, texte publié dans la revue québécoise Relations, numéro 685, juin 2903, p. 29-32. On trouve le texte au http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=2449.)

MÉCONNAISSANCE DE L’ISLAM AU QUÉBEC

Un des grands problèmes qui entravent les liens entre les Québécois non musulmans et les Québécois de religion musulmane est l’image de ces derniers qui est véhiculée dans la société. Trop d’amalgames, de préjugés et de raccourcis circulent à leur propos et provoquent chez ces derniers une réaction de repli. Le pire obstacle à l’ouverture de l’autre est le stéréotype que la société d’accueil lui associe. Un discours simplificateur affirme que les musulmans du Québec ne s’intègrent pas à la société québécoise et rejettent les valeurs occidentales. Il faudrait donc soit les rejeter soit les assimiler. Et ces propos leur font peur, les poussent à s’éloigner ou à se replier.

[…]

La majorité québécoise se réfère à une morale, à une culture et à une mentalité judéochrétiennes. Cela est particulièrement sensible lorsqu’on étudie l’histoire de la science et de la culture : on passe de la Grèce à la Renaissance sans évoquer l’époque arabo-islamique. Les musulmans ne supportent pas d’entendre dire que l’Occident se résume  » à la Bible et aux Grecs « . Cette omission de l’apport de la civilisation islamique à la Renaissance et à la civilisation mondiale les met sur la touche.

(Ali Daher, Les musulmans du Québec, texte publié dans la revue québécoise Relations, numéro 685, juin 2903, p. 29-32. On trouve le texte au http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=2449.)

LES MUSULMANS AU QUÉBEC : QUEL PACTE AVEC LEUR NOUVEAU PAYS ?

Mais les difficultés viennent aussi des musulmans eux-mêmes. Leur implantation est récente au Québec. Leurs responsables, qui dans leur grande majorité sont nés à l’extérieur du Québec, s’intéressent davantage à ce qui passe dans leurs pays d’origine qu’au Québec et laissent de côté la question identitaire. Ils n’ont pas encore réussi, sauf pour une petite minorité d’entre eux, à trouver un équilibre entre leur appartenance au peuple québécois et leur appartenance à l’islam. Pour beaucoup de musulmans, ces deux appartenances sont antinomiques et non complémentaires. Selon eux, être Québécois signifie s’éloigner de l’islam. Et la formule :  » Nous sommes des Québécois de confession islamique  » n’est pas très répandue. […]

Les questions de citoyenneté québécoise et de participation citoyenne ne sont pas encore claires, non plus, pour les Québécois de foi musulmane. Plusieurs musulmans optent pour la promotion de la communauté spirituelle musulmane. La communauté géographique les intéresse moins. Ils sont éloignés mentalement du cadre local. Ils ne vivent pas le Québec, ils vivent au Québec. Ils s’intéressent peu aux événements sociaux, culturels et politiques de la société québécoise. Ils apprécient ce que la société québécoise offre à ses citoyens en termes de droit à la liberté, à l’égalité et de pluralisme, mais ils restent critiques par rapport à cette société. Peut-être parce qu’elle est laïque et que la laïcité est pour eux synonyme d’athéisme? Athée est pour eux synonyme d’infidèle, d’impie, de païen ou simplement d’opposé à l’islam. Une vraie et juste compréhension de la conception de la laïcité leur manque. N’importe quel incident montre rapidement la fragilité des musulmans par rapport la société québécoise.

[…]

Comment les Québécois de foi islamique doivent-ils se comporter dans la nouvelle société à majorité non islamique dans laquelle ils ont immigré? Doivent-ils revoir leurs comportements, laisser tomber certaines coutumes héritées qui ne sont pas liées aux dogmes et aux éléments de la foi pour faciliter l’intégration et non l’assimilation?

À de telles questions, l’islam est capable de donner des réponses qui découlent de la notion d’alliance ou de pacte. Dans ce domaine, l’islam va très loin. Le pacte est sacré et a la priorité sur les autres liens. Un visa, la permission de s’établir dans un pays, un passeport sont des pactes qui imposent des engagements et demandent le respect des lois et des éléments essentiels sur lesquels la société d’accueil est établie. Une fois que le musulman a accepté le visa et la citoyenneté, il conclut un pacte avec le nouveau pays. Il devient donc de son devoir religieux de respecter son engagement envers les lois de son nouveau pays.

(Ali Daher, Les musulmans du Québec, texte publié dans la revue québécoise Relations, numéro 685, juin 2903, p. 29-32. On trouve le texte au http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=2449.)


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