Questions aux travailleurs

Travailleuse, travailleur,

Si tu vaux 10 $ l’heure, que penses-tu d’un salaire de 300 $ l’heure?

Si tu vaux 300 $ l’heure, que penses-tu d’un salaire de 10 $ l’heure ?

Tu es témoin d’un accident. Deux hommes sont blessés gravement. Pour déterminer qui tu vas secourir en premier, est-il important que tu saches lequel des deux blessés gagne le plus d’argent? Peux-tu te dire : « Celui qui reçoit 300 $ l’heure doit être un citoyen beaucoup plus important et utile que celui qui gagne 10 $ l’heure. Est-ce que je devrais m’assurer qu’il ne mourra pas avant de m’occuper du blessé qui ne touche que 10 $ l’heure? »

Quel devrait être le salaire du carrier aujourd’hui?

métier G. Courbet-casseurs-de-pierre 1315x800Gustave Courbet, Les casseurs de pierre, 1849

Sa figure a des rides creuses

Ses mains sont rêches et calleuses

Il est de velours habillé

Et son cou toujours débraillé,

Laisse voir un torse d’hercule

Où la vie intense circule.

D’un pas automatique et lourd

Il s’en va faire sa journée.

A l’inconduite il reste sourd

D’un bout à l’autre de l’année.

C’est un carrier, chien de métier,

Par tous les temps faut travailler

Se faire mouiller, se faire griller,

Chien de métier qu’être carrier !

( Paroles de Charles d’Avray )

 

Roger Martel, le Passeur de la côte

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LE TRAVAILLEUR

Quand l’anthropologue Marcel Mauss a publié son Essai sur le don, en 1923, la morale des marchands, comme il se plaisait à l’appeler, faisait déjà ses ravages dans la société. Cette morale réduit la vie sociale au calcul, à l’intérêt, au profit, traduisant les rapports sociaux en termes strictement abstraits, marchands et techniques, comme s’il s’agissait de rouages d’une machinerie sociale. La valeur monétaire s’imposait déjà comme l’étalon à l’aune duquel devait être jugée la vitalité de la société : « le triomphe de l’animal économique ». Mauss avait conscience du caractère subversif de la notion du don héritée des sociétés dites primitives, sans laquelle il ne peut y avoir de société humaine. Ce faisant, il soutenait « théoriquement » les brèches qui se creusaient dans la société capitaliste grâce aux luttes en faveur d’une solidarité sociale fondée sur le devoir du don. « Le travailleur a donné sa vie et son labeur à la collectivité d’une part, à ses patrons d’autre part, et, s’il doit collaborer à l’œuvre d’assurance, ceux qui ont bénéficié de ses services ne sont pas quittes envers lui avec le paiement du salaire, et l’État lui-même, représentant la communauté, lui doit, avec ses patrons et avec son concours à lui, une certaine sécurité dans la vie, contre le chômage, contre la maladie. Contre la vieillesse, la mort[1]. » Mauss appréhendait avec lucidité l’offensive néolibérale actuelle consistant à privatiser les services publics et à brader le bien commun.

  1. Marcel Mauss, Sociologie et anthropologie, Paris, PUF, 1950, p. 261

(Jean-Claude Ravet, La promesse du don, Relations, décembre 2013, p.12)

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