Le monde regorge de beautés. La paix, par exemple.

L’Hymne de la paix, texte d’Antoine de Baïf (poète français, Venise 1532 – Paris 1589)

 

Source : Claude Francis, Divertissements littéraires, Moyen Âge et Renaissance, Trois-Rivières, Les Éditions trifluviennes, Québec, Les Presses universitaires Laval, © 1954, p. 381; et http://archive.org/stream/lespotesfran04augu/lespotesfran04augu_djvu.txt

EXTRAIT 

Je veux louer la Paix : c’est la Paix que je chante,
La fille d’Amitié, dessus tout excellente.
Amitié nourrit tout : tout vit par amitié;
Et rien ne peut mourir que par inimitié.
La Concorde et l’Amour sont l’appui de la vie,
Et l’effroyable Mort vient de haine et d’envie.
Paix , fille d’Amitié, tout par toi refleurit;
 
[…]
 
Quand Saturne fut roi, sous une saison telle,
La Paix avoit son règne, et le nom de querelle
Pour lors n’estoit connu : ni l’homicide fer
N’avoit été tiré des abymes d’enfer.
[…]
 
Mais Erynnis commande, on obéit au vice;
L’ambition des grands, et la gloute avarice,
Font qu’il tente les rois, de rancueur animés,
Pour se trouver aux champs, camp contre camp armés.
O la pitié de voir la flamme qui saccage,
Dévorant sans merci les maisons d’un village !
De voir dans le fauxbourg, le pauvre citoyen,
Qui ne pardonne pas au logis qui est sien !
O la pitié de voir les mères désolées,
De leurs piteux enfants tendrement accolées,
àS’en aller d’huis [porte] en huis leur vie quémander,
À qui, bien peu devant, l’on soulait [avait coutume de] demander.
O la pitié de voir labourer une ville!
O la pitié de voir la campagne fertile,
Faite un hideux désert ! voir hommes et chevaux ,
Pesle-mesle entassés î voir de sang les ruisseaux !
 
Et quel plaisir prends-tu, race frelle et chétive,
De te hâter la mort, qui jamais n’est tardive;
Sinon, quand te donnant mille maux envieux,
Tu fais le vivre tel, que le mourir vaut mieux ? T
a sotte outrecuidance, et ta folle avarice,
Redoublent ton malheur, faisant de vertu vice.
O de la bonne terre inutile fardeau.
Qui dois en peu de jours t’engloutir au tombeau !
O rois ! pensez à vous; et puisque Dieu vous donne
Le beau don de la paix, chacun de vous s’adonne
A l’aimer et garder […]