Message adressé au directeur des Musées de la civilisation (Québec). Objet : la « cage » dite de La Corriveau et un drôle de comité scientifique

Lévis, le 10 novembre 2014

 

Monsieur Michel Côté, directeur

Musées de la civilisation

Québec

 

Monsieur le directeur,

 

Il y a un certain temps, les Musées de la civilisation ont créé un comité scientifique (c’est ainsi que le service des relations de presse des Musées l’appelle) pour qu’il essaie de déterminer si la « cage » dite de La Corriveau trouvée aux États-Unis par Mme Claudia Mendez Ishii, membre de la Société d’histoire régionale de Lévis, est un artefact authentique. (Note 1) Selon Mme Catherine Ferland, docteure en histoire, la mission du comité consiste plus précisément à réaliser une « analyse combinée de l’histoire, de l’archivistique, de la chimie et des techniques de forge anciennes ». (Note 2)

 

Avant d’aller plus loin, je rappelle que la SHRL, en particulier deux de ses membres les plus importants : Mme Claudia Mendez Ishii et M. Claude Genest, soutient que la cage trouvée aux États-Unis par Mme Mendez Ishii à l’époque où elle était la vice-présidente de la SHRL, est un artefact authentique, la « vraie » cage, celle où Marie-Joseph Corriveau a été montrée en public en 1763. L’affirmation de Mme Mendez Ishii et de M. Genest est parfaitement infondée; à preuve : les Musées de la civilisation ont mis sur pied un comité scientifique pour établir si la « cage » américaine est un artefact authentique ou non…

 

Comme moi, Monsieur le directeur, vous devez penser que science et rigueur intellectuelle vont de pair et que la définition suivante du mot scientifique est correcte : « Qui, dans le domaine de la connaissance, présente les caractères de rigueur, d’exigence, d’objectivité caractéristiques de la science ou des sciences : Une enquête vraiment scientifique. » (Note 3) Vous ne vous étonnerez donc pas que je vous prie d’expliquer comment il se fait que les Musées de la civilisation aient commis l’erreur de choisir comme membres du comité scientifique Mme Claudia Mendez Ishii, M. Claude Genest et M. Clément Samson (ces deux derniers sont membres du conseil d’administration de la SHRL). La raison de ma demande? Mme Mendez Ishii et M. Genest se sont dérobés aux exigences de rigueur intellectuelle en faisant leur affirmation infondée (M. Genest, historien, a même montré son insuffisance professionnelle), et l’impartialité de M. Clément Samson peut être mise en doute raisonnablement comme je le démontrerai plus bas.

 

Parlons donc de la présence dans le comité scientifique de Mme Claudia Mendez Ishii, de M. Claude Genest et de M. Clément Samson.

 

Mme Mendez Ishii détient un diplôme en sociologie, on ne sait pas si elle a déjà travaillé longuement comme sociologue, on sait qu’elle exerce à Lévis le métier de guide touristique et qu’elle est la copropriétaire d’une entreprise qui organise des visites touristiques à Lévis, j’ai bien dit visites touristiques (l’autre propriétaire a déjà été membre du conseil d’administration de la SHRL); on sait aussi, on vient d’en parler, que Mme Mendez Ishii peut faire montre d’un manque de rigueur intellectuelle; et on comprend qu’il serait avantageux pour son entreprise et pour elle que la « cage » américaine soit déclarée artefact authentique étant donné qu’elle attirerait des visiteurs à Lévis (la notion de conflit d’intérêts transparaît).

 

M. Genest a un diplôme en histoire; il travaille pour une entreprise, la Société historique Alphonse Desjardins, qui est un élément du Mouvement Desjardins. On l’a vu : M. Genest a fait preuve de laisser-aller intellectuel en répandant une affirmation infondée. Dans son cas comme dans celui de Mme Mendez Ishii, la notion de conflit d’intérêts se montre : il serait en effet avantageux pour l’employeur de M. Genest, la Maison Alphonse Desjardins, située à Lévis, que la « cage » américaine soit déclarée artefact authentique étant donné qu’une partie des visiteurs qu’elle attirerait à Lévis prendrait certainement le temps de visiter cette maison historique, véhicule des résultats d’une partie du travail de l’historien Genest et bon instrument de propagande pour le Mouvement Desjardins, auquel la Maison Alphonse Desjardins appartient.

 

Notre nez est de nouveau agacé par un parfum de confit d’intérêts : M. Genest tirerait indirectement profit de l’exposition permanente à Lévis de la « cage » comme artefact authentique parce qu’il est le compagnon de vie de Mme Mendez Ishii, guide touristique pour qui la présence de la cage à Lévis serait indéniablement avantageuse. (Le conseil d’administration actuel de la SHRL comprend un autre guide touristique, M. Xavier Chambolle. Le parfum de conflit d’intérêts est insistant.)

 

Vous conviendrez avec moi, Monsieur Côté, que l’existence des conflits d’intérêts mentionnés ci-dessus interdisait la présence de Mme Mendez Ishii et de M. Genest au sein du comité scientifique. Les Musées de la civilisation n’auraient-ils pas pu découvrir ces conflits d’intérêts?

 

M. Clément Samson, enfin. – Qu’attend-on de la présence de cet avocat dans le comité scientifique? A-t-il des connaissances en histoire qui l’aideraient à déterminer si la cage trouvée par la Société dont il est l’un des dirigeants est un artefact authentique? Ou des connaissances en archivistique? Ou des connaissances en chimie? Ou des connaissances en techniques de forge anciennes? Il m’apparaît évident que les Musées de la civilisation auraient pu trouver facilement une personne beaucoup plus qualifiée que le juge Samson. Pourquoi l’avoir choisi? Et M. Samson, juge, n’a-t-il pas manqué de jugement en acceptant, en mai 2014, de devenir membre du conseil d’administration d’une société d’histoire controversée, la SHRL? (Note 4)

 

Autre chose : comment les Musées de la civilisation parviendraient-ils à convaincre les Lévisiens et les autres Québécois que M. Samson peut être un membre objectif du comité scientifique? M. Samson n’est-il pas un dirigeant de la société d’histoire qui a crié sur tous les toits que la cage trouvée par elle est un artefact authentique? M. Samson n’est-il pas un dirigeant de la Société qui refuse de se rétracter même s’il lui a été démontré que son affirmation est infondée et qu’elle a induit en erreur ses membres, les Lévisiens, tous les Québécois, le Canada anglais même?

 

Comment M. Clément Samson peut-il être objectif, lui qui a déjà présidé le conseil d’administration de la Caisse Desjardins de Lévis et qui a tenté d’accéder à la présidence du Mouvement Desjardins en 2008; peut-il être objectif quand l’image du Mouvement Desjardins ne peut que souffrir de l’affaire de l’affirmation infondée de la SHRL pour la raison suivante : plusieurs des acteurs de cette affaire sont des employés d’éléments du Mouvement Desjardins, et la caisse Desjardins de Lévis a été l’un des partenaires de la SHRL pour la réalisation et la présentation des deux expositions sur la « cage » de Marie -Josephte Corriveau tenues en 2013 (un partenaire qui, soit dit en passant, semble n’avoir rien de mieux à faire que de fermer les yeux devant la conduite de la SHRL). (Note 5)

 

Vous aurez beaucoup de mal, Monsieur le directeur, à empêcher les gens de penser que le comité dit scientifique ne peut pas être pris au sérieux, avec dans ses rangs des personnes qui ont démontré qu’elles peuvent manquer de rigueur intellectuelle, avec dans ses rangs des personnes qui ont la possibilité de favoriser leurs intérêts personnels plutôt que les intérêts de la collectivité.

 

Tentez, Monsieur Côté, de démontrer que les membres suivants du comité scientifique mentionnés dans la présente : Mme Claudia Mendez Ishii et M. Claude Genest, n’ont pas manqué de rigueur intellectuelle en soutenant que la « cage » trouvée par la première est l’authentique « cage » dite de La Corriveau.Tentez de démontrer que rien ne laisse penser ou craindre que le membre suivant du comité scientifique mentionné dans la présente : M. Clément Samson, pourrait être partial et favoriser la Société d’histoire régionale de Lévis.

 

Le comité scientifique créé par les Musées de la civilisation ne me semble pas plus crédible que le comité formé vers 2005 pour définir le contenu de la Fresque Desjardins de Lévis voulue par la Commission de la capitale nationale du Québec, la Ville de Lévis et la Caisse Desjardins de Lévis, à l’époque où le conseil d’administration de cette dernière était présidé par M. Clément Samson. (Note 6)

 

Je vous prie, Monsieur le directeur, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

 

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

 

NOTE 1_Évidemment, les Musées n’auraient pas créé ce comité scientifique s’ils avaient eu la preuve que la « cage de fer » trouvée aux États-Unis est un artefact authentique. Conclusion : la Société d’histoire régionale de Lévis a commis une faute en présentant la « cage » comme un artefact authentique, et cette faute est grave.

 

NOTE 2_ Catherine Ferland, … et la cage de la Corriveau? Texte daté du 27 septembre 2014 et publié au http://mariejosephtecorriveau.com/2014/09/. Mme Ferland a dû obtenir son information des Musées eux-mêmes. Elle a écrit, avec M. Dave Corriveau, le livre La Corriveau, de l’histoire à la légende paru en 2014.

 

NOTE 3_Dictionnaire de français Larousse, http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/scientifique/71473?q=scientifique#70684).

 

Note 4_Le Conseil canadien de la magistrature, dans ses Principes de déontologie judiciaire, écrit ceci : « La confiance et le respect que le public porte à la magistrature sont essentiels à l’efficacité de notre système de justice… » (p. 7); « les juges doivent s’efforcer d’avoir une conduite qui leur mérite le respect du public et ils doivent cultiver une image d’intégrité, d’impartialité et de bon jugement. » (p. 14); « Les juges évitent toute participation à des causes ou à des organisations susceptibles d’être impliquées dans un litige. » (p. 28); « Avant d’accepter un poste d’administrateur [dans des « organismes à caractère philanthropique, charitable, religieux ou éducatif »] le juge doit peser avec soin les risques inhérents à la situation concernée.) (p. 38)

 

Note 5_Entre parenthèses, Monsieur Côté, vous ne devez pas être content de découvrir que trois personnes choisies par les Musées pour faire partie de votre comité scientifique ont violé la clause de confidentialité qu’elles s’étaient engagées à respecter. Vous vous demandez peut-être comment il se fait que je connaisse ladite clause? C’est simple : l’un des employés de votre service des relations de presse m’en a parlé (je suppose qu’il était autorisé à le faire). Vous vous demandez peut-être comment il se fait que je sache que Mme Claudia Mendez Ishii, M. Claude Genest et M. Clément Samson sont membres de votre comité scientifique? C’est simple : c’est écrit dans le numéro 133 (été 2014) de la revue de la SHRL; lisez : « Les membres du comité scientifique multidisciplinaire du projet d’authentification et de rapatriement de la « cage de la Corriveau » poursuivent leurs travaux cet été. Les représentants de la SHRL au comité sont Clément Samson, Claude Genest et Claudia Mendez. Des informations supplémentaires suivront cet automne [2014]. ». Vous ne devez pas être content de découvrir que trois des membres de votre comité scientifique se montrent incapables, devant l’affriolante « cage » américaine, de faire preuve de rigueur intellectuelle, l’indispensable rigueur intellectuelle.

 

NOTE 6_Le 19 septembre dernier, j’ai envoyé à la Société d’histoire régionale de Lévis un courriel destiné à M. Clément Samson; en voici un extrait (à noter que M. Samson n’a pas répondu à ce message) :

 

« Savez-vous comment il se fait que le comité ait oublié, « presque jusqu’à la dernière minute », de représenter dans la Fresque le premier colon de Lévis, Guillaume Couture, qui a été un personnage exceptionnel à plusieurs titres dans la seigneurie de Lauzon et ailleurs en Nouvelle-France, et dont la ville de Lévis vient de décider de rappeler la mémoire en rebaptisant son boulevard de la Rive-Sud boulevard Guillaume Couture (on ne saurait imaginer que le comité a délibérément écarté Guillaume Couture). C’est la personne qui présidait la SHRL à l’époque, M. Gilbert Samson, qui a sonné l’alerte : « Sans l’intervention de son président, écrit la SHRL, on aurait oublié de représenter le premier habitant de notre région, Guillaume Couture, sur la fresque ».

 

« Savez-vous pourquoi le comité a décidé que, dans la Fresque, le Mouvement Desjardins devait être représenté par deux personnages et trois édifices et que l’apport des ouvriers à la construction de Lévis, apport d’une importance capitale, devait être suggéré faiblement plutôt que représenté avec éclat. Savez-vous si ces choix sont ceux du comité, ou s’ils lui ont été imposés? Quand on sait que le comité chargé de choisir le contenu de la Fresque comptait des personnes comme l’historien professionnel Roch Samson, sous la direction de qui les 800 pages de l’Histoire de Lévis-Lotbinière ont été écrites, l’historien Jacques Lemieux et Madame Esther Normand, qui a autrefois occupé le poste de conseillère en conservation et administration à la Société historique Alphonse-Desjardins, n’est-il pas légitime que l’on doute que le comité ait eu le dernier mot dans la détermination du contenu de la Fresque? N’est-on pas justifié d’en douter quand on constate que le Mouvement Desjardins est représenté par deux personnages et trois édifices dans la Fresque? Il semble légitime d’être dans l’embarras devant les interrogations de celles et ceux qui se demandent si le comité censément chargé de l’élaboration du contenu de la Fresque a réellement travaillé librement, s’il n’a pas été qu’un comité bidon. »

 


Cette lettre sera publiée au lepasseurdelacote.com.

Le destinataire verra sa réponse publiée au même endroit, s’il répond.