Au Canada, Loi de l’impôt sur le revenu contient une disposition générale contre l’évitement fiscal.

MULTINATIONALES AU LUXEMBOURG

Et si la légalité aussi était douteuse?

Au Canada, la Loi de l’impôt sur le revenu contient une disposition générale contre l’évitement fiscal

Pascale Cornut St-Pierre – Doctorante à l’École de droit de Sciences Po, Paris, Association des juristes progressistes

LE DEVOIR, 23 décembre 2014 – http://web2.ledevoir.com/politique/canada/427424/multinationales-au-luxembourg-et-si-la-legalite-aussi-etait-douteuse

EXTRAITS

La zone financière du Luxembourg est le théâtre d’un scandale depuis novembre.

Tout à fait légal, mais tout à fait immoral » : devant les scandales qui éclatent lors de la révélation des planifications fiscales auxquelles se livrent aujourd’hui la plupart des entreprises multinationales, même les plus indignés concèdent qu’il s’agit de stratagèmes conformes aux lois.

Or, la légalité de ces montages complexes, par lesquels une entreprise se sauve de l’impôt en se démultipliant en des dizaines, voire en des centaines d’entités juridiques distinctes situées dans plusieurs pays, est-elle si bien établie ? Cela semble moins clair que ce qu’on laisse généralement entendre.

Au Canada, la Loi de l’impôt sur le revenu contient une disposition générale contre l’évitement fiscal, qui permet de ne pas conférer un avantage fiscal prévu par la loi lorsque des opérations sont effectuées principalement dans le but d’obtenir un tel avantage. Autrement dit, les opérations juridiques ou financières des contribuables devraient avoir une raison d’être qui ne se limite pas à l’évitement d’impôts ; lorsque leur principale motivation est liée à la fiscalité, la loi considère qu’elles sont dépourvues d’objet véritable et que le fisc devrait supprimer l’avantage obtenu si elles détournent la loi de ses objectifs. Il s’agit d’une variante du vieil adage juridique selon lequel il faut respecter non seulement la lettre, mais aussi l’esprit de la loi.

(…)

La capacité qu’ont acquise les entreprises de choisir leur lieu d’imposition indépendamment du lieu de leur activité économique réelle, grâce à la multiplication d’entités juridiques existant uniquement sur papier, est devenue l’un des problèmes majeurs de notre époque. Les stratégies de planification fiscale des multinationales détournent l’esprit de nos lois sur l’impôt de façon si grave qu’il sera difficile de maintenir longtemps l’illusion de leur légalité.

Metanoïa (conte)

Metanoïa

Conte

 

Ce dix-neuf décembre, M. Charles-Edmond de Linquerre prit lui-même le volant de sa luxueuse voiture pour se rendre à l’école de son jeune garçon, Pierre-Paul. C’était la première fois qu’il y allait, sa vie d’entrepreneur, trépidante, l’ayant toujours empêché de s’occuper de la vie scolaire de sa progéniture. Il pensait trouver l’établissement en deux temps, trois mouvements; mais son parcours s’avéra labyrinthique. Son déplacement le fatiguait pour une seconde raison : dans toutes les rues qu’il découvrait les décorations de Noël lui paraissaient extrêmement banales, parfois d’un ridicule grotesque. Par contre, immobilisé par un camion pendant plusieurs secondes, il put observer un couple en train de construire une patinoire dans leur petite cour, probablement une surprise pour leur postérité, et il trouva très vaillants cette femme et cet homme. Gagné par l’impatience, l’entrepreneur regrettait d’avoir accepté de donner congé à son chauffeur. Il demeurait toutefois conscient qu’il devait conduire prudemment : les rues étaient enneigées, plusieurs étaient dépourvues de trottoir, les gens marchaient donc dans l’une ou l’autre des voies, parmi eux des enfants, bien sûr. M. de Linquerre eut cette réflexion : « On dit aux enfants de ne pas marcher dans la rue et on fait des rues sans trottoir… ». Voyant une fillette, il s’arrêta pour lui demander le chemin de l’école. L’accoutrement de l’enfant le fit grimacer. Mais son visage épanoui et joyeux l’éblouit, ce qui le surprit. L’écolière répondit à la demande de M. Linquerre, puis ajouta : « C’est vous qu’on voit souvent à la télévision, je vous reconnais. Mes parents ne vous aiment pas. » D’abord interloqué, l’entrepreneur finit par rire, ravi, vraiment ravi, par la franchise, par le comportement sincère de l’enfant.
La petite école, enfin. En la voyant, M. de Linquerre oublia son manque de patience de tantôt. Une quarantaine d’enfants, des grands et des petits, les premiers aidant les autres, étaient fort occupés à ériger des constructions de neige. Il y en avait déjà, très colorées, notamment des bonhommes, cela va de soi, une carriole tirée par un animal très difficile à reconnaître, un cerf dont les bois menaçaient de tomber, et un poteau dressé à la verticale sur lequel était écrit le mot poteau. M. de Linquerre salua la logique des enfants: il n’aurait pas compris qu’ils baptisent cure-dents un objet qui ne pouvait être qu’un poteau.
La porte de l’école était verrouillée. M. de Linquerre sonna; un employé vint ouvrir. On vérifia l’identité du visiteur, dont la venue avait été annoncée par Mme de Linquerre, puis on l’invita à prendre un siège : les élèves allaient être libérés dans un quart d’heure, lui dit-on. M. de Linquerre était à peine assis que des enfants surgirent d’un corridor, enjoués, volubiles, quelques-uns sautillaient même, jusqu’à l’enseignante qui faisait des petits bonds désopilants et qui riait de bon coeur. M. de Linquerre se figea, complètement séduit par la beauté du tableau qui se créait devant lui, comme foudroyé par les jeunes visages. « Ces enfants, ces enfants ! mais qu’ils sont beaux », se dit-il intérieurement. « Comment croire qu’ils puissent penser à mal ! »
L’enseignante entra dans un bureau; les écolières et les écoliers attendaient debout, M. de Linquerre en face d’eux. Le papa, le regard toujours attiré par les jeunes, s’étonnait et se réjouissait de les voir se parler avec plaisir, avec liberté, avec sincérité, était-il convaincu. On aurait dit que M. de Linquerre n’avait jamais rien vu d’aussi émerveillant. Soudain, dans un coin, une petite bande d’écolières et d’écoliers entonna Bonhomme hiver; M. de Linquerre tourna la tête vers eux. Quand il aperçut son fils, qui le regardait, il pleura. Il lui sembla n’avoir jamais été aussi heureux.
La veille du jour ouvrable suivant, M. de Linquerre réunit ses administrateurs, ses fiscalistes et ses conseillers financiers. Il leur livra un message clair, invraisemblable pour la plupart, que tous comprirent séance tenante : « Pour les Entreprises de Linquerre, je désire entendre sonner le glas de l’optimisation fiscale et de l’évitement fiscal ! De Linquerre doit payer des impôts là où la loi et la morale l’exigent ! Pourquoi ? Parce que nous le devons à nos enfants ! Nos enfants sont beaux, ils sont très beaux ! C’est nous qui les avons créés, vous vous en souvenez ? Nous avons des responsabilités très importantes envers eux. Nous devons nous préoccuper de leur bien-être moral et matériel. Il est de notre devoir de les aider à s’épanouir, regardez plus loin que le bout de votre nez et vous comprendrez que c’est dans l’intérêt de tous de les aider à grandir (j’exclue ici les égoïstes indécrottables…). Nous devons payer les impôts dont notre État a besoin pour donner à la société ce qui est souhaitable pour elle. Jour après jour, il ne faut rien négliger pour que le monde soit vivable pour les jeunes, il faut les instruire, pour qu’un monde vivable soit toujours possible, nous devons leur inculquer les valeurs requises pour qu’un monde vivable soit toujours possible. » Il ajouta : « Vous devez vous dire que je suis tombé sur la tête… Ce n’est pas la cas : le dix-neuf décembre, je suis allé à l’école… »
Le 25 décembre, Mme de Linquerre donna à M. de Linquerre un vieux livre estropié intitulé Metanoïa.

 

Roger Martel, Lévis (Québec), 19-23 décembre 2014

 

 

Supplément

« Mencius dit : Tout homme a un coeur qui réagit à l’intolérable. […] Supposez que des gens voient soudain un enfant sur le point de tomber dans un puits, ils auront tous une réaction d’effroi et d’empathie qui ne sera motivée ni par le désir d’être en bons termes avec les parents, ni par le souci d’une bonne réputation auprès des voisins et amis, ni par l’aversion pour les hurlements de l’enfant.
« Il apparaît ainsi que, sans un coeur qui compatit à autrui, on n’est pas humain; sans un coeur qui éprouve la honte, on n’est pas humain; sans un coeur empreint de modestie et de déférence, on n’est pas humain; sans un coeur qui distingue le vrai du faux, on n’est pas humain. Un coeur qui compatit est le germe du sens de l’humain; un coeur qui éprouve de la honte est le germe du sens du juste; un coeur empreint de modestie et de déférence est le germe du sens rituel; un coeur qui distingue le vrai du faux est le germe du discernement. L’homme possède en lui ces quatre germes, de la même façon qu’il possède quatre membres. Posséder ces quatre germes et se dire incapable [de les développer] , c’est se faire tort à soi-même; en dire son prince incapable, c’est faire tort à son prince.
« Quiconque, possédant en lui les quatre germes, saura les développer a maximum, sera comme le feu qui prend ou la source qui jaillit. Fût-il seulement capable de les développer qu’il pourrait se voir confier le monde; en fût-il incapable qu’il ne saurait même pas servir son père et sa mère. »

 

Livre de Mencius, II, A, 6, traduction Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Paris, Éditions du Seuil, 1997, p. 161-162; cité par Christine Barbier-Kontler dans Le Livre des sagesses. L’aventure spirituelle de l’humanité (ouvrage publié sous la direction de Frédéric Lenoir et Ysé Tardan-Masquelier) , Paris, Bayard, 2002, p. 1527-1528)

Mencius ou

« Mengzi (mot chinois signifiant maître Meng)

Nom du philosophe confucéen connu sous la forme latinisée Mencius (vers 371-289 avant J.-C.).

Ses enseignements, qui se trouvent dans un texte portant le même nom, révèlent une conception très optimiste de la nature humaine. Pour lui, les hommes ont de nombreuses qualités morales à leur naissance, bonté et équité en particulier, que l’éducation développe ou inhibe ».

(Encyclopédie Larousse,http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Mengzi/132732)

La chosification et la mutilation de la vie humaine.

Source : Relations, http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=3471 vu le 19-11-2014 Relations no 775,  novembre-décembre 2014

 

 

Des chemins d’humanité

Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de la revue québécoise Relations

 

« Qui nous enseigne par la mort

le sens dévorant de la vie?

Une vie est plus qu’une raison

le sang est plus qu’un théorème

que vaut-elle la vérité

la plus pure, la plus troublante

auprès d’une goutte de sang? »

Benjamin Fondane, Job

 

En 1946, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, Camus s’envolait aux États-Unis pour donner une conférence qu’il intitula La crise de l’Homme. Son constat était implacable : « la bête était morte » mais « le venin n’a pas disparu », il continue à pervertir la société. Il poursuit : « tous vivent avec l’angoisse plus ou moins précise d’être broyés d’une façon ou l’autre par l’Histoire ». Ses paroles sont encore actuelles, mais il conviendrait sans doute de remplacer Histoire par Progrès. De fait, la dignité humaine n’a pas beaucoup de poids devant les impératifs techniques et financiers du progrès, devenu un bulldozer aux dimensions du monde qui écrase sur son passage autant de vies, de cultures et de sociétés que nécessite l’avancée de la globalisation. Les États en sont des pilotes bien dociles. Au service de qui? de quoi? Certainement pas des communautés humaines. Un monde inquiétant qui se fonde sur la loi des plus riches et des plus puissants techniquement. En plus de dévaster la Terre par leur avidité et leur démesure, un petit nombre d’ « adorateurs » modernes du dieu Mammon – pour qui tout se vend et s’achète –, enseigne que les nouveaux noms de la liberté, de la culture et de la paix sont la servitude, l’insignifiance et la guerre.
Ainsi d’une tendance que l’on observe de plus en plus dans le milieu universitaire : la fabrique de techniciens sans âme qui modèlent la réalité à l’idéologie néolibérale et aux inventions technologiques, sans tenir compte des conséquences sur la vie et, encore moins, sur la condition humaine. Nous n’aurions pas d’autres choix que de nous adapter… Ce « réalisme d’adaptation », Bernanos le qualifiait déjà de « bonne conscience des salauds », car dans cette perspective, « soyez réalistes » ne signifie pas autre chose que « soyez lâches ». On nous invite désormais à vivre en baissant la tête. Qui résiste ou questionne est d’emblée un réac impénitent. La douleur humaine, l’humiliation, la perte de sens, la médiocrité, le dégoût, ne sont que des inconvénients, certes ennuyeux, mais le prix à payer pour être de son temps. Toutes les valeurs sont d’ailleurs passées à la moulinette du « progrès » et jugées à l’aune de leur « utilité » dans le bon fonctionnement d’un système qui ne se gêne pas pour écraser l’humain ou ravager la Terre. Même la torture et la terreur se couvrent d’un vernis de normalité.
Si beaucoup sont tétanisés devant le déploiement sans précédent de la puissance technique et financière, il reste que « nous sommes nombreux à n’être pas nombreux » (Béla Tarr), à penser encore que ce qui peut nous «sauver de ce monde désespérant est la dure fraternité des hommes en lutte contre leur destin », selon les mots de Camus. En effet, depuis des siècles, cette solidarité autour de valeurs cardinales telles que la dignité inaliénable de l’être humain, la liberté, l’égalité, les droits humains – qu’évoque particulièrement l’humanisme – caractérise quantité de luttes contre les tentatives de chosification et de mutilation de la vie humaine. Une parole de l’Évangile exprime bien l’esprit subversif qui anime encore aujourd’hui les artisans – croyants et non croyants – d’une société véritablement humaine : « La Loi (le shabbat) a été faite pour l’être humain et non l’être humain pour la Loi » (Marc 2, 27). Encore ici, nous pouvons remplacer Loi, sans trahir sa signification radicalement subversive, par Nation, Histoire, Progrès, Capitalisme, etc., au nom desquels on a cherché et cherche encore aujourd’hui à réduire les humains à l’état de moyens ou de marchandises.
Aujourd’hui, les chemins d’humanité qui s’ouvrent à nous devraient cependant pouvoir se dégager de certains aspects de l’humanisme des Lumières qui ont permis à de nouveaux maîtres de se revendiquer les héritiers de l’humanisme, mais qui ont engendré en réalité des formes nouvelles de servitude. Pensons, notamment, à la primauté donnée à la raison abstraite, instrumentale, calculatrice, comme l’expression par excellence de l’humain, marginalisant des dimensions essentielles que sont l’expérience sensible, l’imagination et les émotions, jugées secondaires, voire « parts animales » de l’humain à mettre en cage. Cette primauté a contaminé jusqu’aux idées mêmes de liberté et d’autonomie, les mettant au service de l’atomisation de la société en agrégat d’individus autosuffisants et de la réduction du monde à un pur réservoir de ressources exploitables à souhait jusqu’à la dévastation.
Le déploiement d’une telle rationalisation n’est pas étranger à ce que Hannah Arendt appelle, dans Condition de l’homme moderne, « l’aliénation du monde ». Cette notion cherche à rendre compte du fait que, de plus en plus incités à nous arracher, au nom de la raison, à ce qui nous relie intimement et symboliquement au monde – la culture, le langage, la mémoire, les récits –, nous avons fini par nous considérer comme lui étant étrangers. Les limites de la condition humaine, inhérentes au fait d’être des « habitants de la Terre », en viennent à être perçues comme des contraintes méprisables qu’il faut transgresser par tous les moyens techniques à notre disposition.
Chercher des chemins d’humanité conduit dès lors à remettre en cause cette coupure, toujours prévalente à notre époque, entre l’être humain et son monde, entre la raison et l’émotion, entre l’esprit et le corps. C’est établir un nouveau rapport au monde qui n’est plus caractérisé par une volonté de mainmise absolue sur l’environnement et par une obsession de contrôle, mais par une relation de respect et d’attachement à l’égard de la vie et de la Terre. Enfin, c’est ramener l’abstraction dans l’orbite de l’existence concrète et la fragilité au cœur de la compréhension de la condition humaine. Une place centrale est ainsi laissée au dialogue, au partage, à la sollicitude dans les rapports humains et, particulièrement, à l’attention aux voix de la souffrance qui nous appellent à répondre de la vie : « Je suis le gardien de ma sœur, de mon frère ». La liberté murit en responsabilité.
Emprunter les chemins d’humanité, c’est par ailleurs réenchanter un monde aplati, obsédé par l’inessentiel, en y réintroduisant la quête et la profondeur du sens. La transcendance peut exprimer l’« ouverture à l’abyssalité de l’humanité » (Karel Kosik), « l’insaisissable dans l’immanence » (Merleau-Ponty), qui conduit à habiter aussi le mystère, l’obscurité intérieure. Elle est Présence d’un manque – Dieu pour certains – qui met l’existence en mouvement, en devenir. Soif de justice avivée. Personne ou Rien, la transcendance évoque le tragique de la vie et sa beauté, faisant barrage à l’insignifiance et au trop-plein de vide qui ont pris possession du monde. Elle n’est pas synonyme d’oppression ni d’aliénation. Portée par l’humain, elle est fragile, comme la beauté et la bonté qui dépouillent et émerveillent.
Ces chemins d’humanité, à travers lesquels nous habitons poétiquement le monde, nous ramènent au cœur de l’existence comprise comme résistance et chant.

 

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Mesdames, rejetez l’agressivité, mais n’hésitez pas à être entreprenantes.

 

« Dear Abby a déclaré dans un « Courrier du coeur » [] : « Why can’t a girl be the agressive one if she chooses? … and many girls are agressors … ». Le francophone qui lit ces lignes suppose immédiatement que le Women’s Lib [Mouvement de libération des femmes] a dépassé ses objectifs et qu’un matriarcat guerrier, à la façon des Amazones, s’est instauré ici. Mais ce n’est pas ce que Dear Abby veut dire. Si « agressive » signifie « batailleuse, combative, malveillante, insolente », on n’imagine guère, dans le contexte du « Courrier du coeur », que ce comportement soit celui des jeunes filles. […] ce signal d’alarme doit inciter à consulter un bon dictionnaire anglais. Et l’on trouve qu’un autre sens d’agressive est « entreprenant ». La phrase de Dear Abby devient donc : « Pourquoi la fille ne prendrait-elle pas l’initiative, si elle le désire?. .. et beaucoup de filles sont entreprenantes … »

(Continuons la leçon de traduction, car c’en est une.)

L’auteur écrit : « Nous en tirons une première règle : Lire soigneusement le texte que l’on traduit [] avant de commencer la traduction, et consulter un dictionnaire anglais pour tout mot dont la résonance n’est pas en harmonie avec son contexte. »

Claude Lécrouart, De la résonance des mots, L’Actualité terminologique (bulletin du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada), volume 8, numéro 5, mai 1975, p. 1

L’Américaine Pauline Phillips (1918-2013) signait Dear Abby dans 1 400 journaux, dit Wikipedia.

Dans son article, M. Lécrouart met en exergue ce passage de Through the looking glass [De l’autre côté du miroir] de Lewis Carroll :

« When I use a word », Humpty Dumpty said, in a rather scornful tone, « it means just what I choose it to mean – neither more nor less ».

Le maire de Lévis est muet comme un poisson dans une tombe.

Lévis (Québec)

Les bonnes relations entre le maire de Lévis et un petit organisme privé local

On dirait qu’il a perdu l’usage de la parole, le maire de Lévis; on lui écrit, il ne répond pas, sa langue est passée de vie à trépas, on dirait. Répondrait-il si pour lui, pour lui faciliter la tâche on attachait les monèmes avec des tirets ? Parlerait-il si nous allions dialoguer dans une mosquée, lui et nous vulnérables comme les plantes chatouilleuses de nos pieds nues, peut-être qu’il parlerait, vulnérable; parlerait-il si nous allions dans une église réfléchir les yeux tournés vers le confessionnal, peut-être qu’il parlerait, craintif de Dieu. Si on allait lui causer dans un camp de nudiste, peut-être qu’on verrait se relever le voile qui cache la vérité. Mais… Inutile tout ça : tout a été essayé déjà, rien n’y fait : contrairement à la mer Morte, la langue du maire de Lévis n’est habitée par aucun organisme microscopique vivant, selon toute apparence.

Il n’y a pas longtemps, j’ai dit clairement à M. le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, que je ne trouvais pas acceptable la manière dont des subventions de la Ville de Lévis avaient été utilisées par un organisme privé local, la Société d’histoire régionale de Lévis; j’ai même ajouté clairement qu’il devait protester. Le maire Lehouillier n’a pas répondu. (On peut lire ma lettre au https://lepasseurdelacote.com/2014/12/.)

Il n’y a pas longtemps, j’ai posé les questions suivantes à M. Gilles Lehouillier, maire de Lévis :

Combien a coûté à la Ville de Lévis sa contribution à la préparation de l’exposition La Corriveau Au-delà de la légende et à sa présentation à la Gare intermodale de Lévis par la Société d’histoire régionale de Lévis, en 2013? Combien a coûté à la Ville de Lévis sa contribution à la préparation de l’exposition La Corriveau Au-delà de la légende et à sa présentation au Centre de congrès et d’expositions de Lévis par la Société d’histoire régionale de Lévis, en 2013. Le maire Lehouillier n’a pas répondu. (On peut lire ma lettre au https://lepasseurdelacote.com/2014/12/.) (L’amour que le maire de Lévis porte à la transparence va me donner l’occasion d’apprendre à utiliser la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. J’en remercie le maire devant tout le monde, je ne ne le fais pas en cachette.)

Aujourd’hui, j’écris de nouveau au maire muet comme un poisson dans une tombe. (Vous ne trouvez pas que le silence du maire est éloquent?)

Lévis, le 17 décembre 2014

Monsieur le maire,

La Ville de Lévis et ses citoyens subissent un certain laxisme financier. En 2013, Monsieur Lehouillier, vous avez utilisé de l’argent des Lévisiens pour aider un organisme privé local, la Société d’histoire régionale de Lévis (SHRL), à présenter deux expositions au cours desquelles elle a induit en erreur presque tout le monde en affirmant, sans pouvoir le prouver, qu’elle avait découvert la « cage de la Corriveau » ou, si vous préférez, la structure dans laquelle la célèbre criminelle a été montrée en public en 1763. Vous ne protestez pas, Monsieur Lehouillier; vous acceptez l’inacceptable, l’utilisation inappropriée de fonds publics. Vous venez d’en rajouter, Monsieur Lehouillier : le 8 décembre dernier, le conseil de Ville siège en séance extraordinaire et accorde à la SHRL, sans dire pourquoi, une subvention de 2 325 $ qui s’ajoute aux dizaines de milliers de dollars que la Ville lui a donnés ces dernières années et qui ont augmenté son compte bancaire. Bien sûr, la Ville doit vérifier la situation financière d’un organisme avant de le subventionner, vous le savez, Monsieur Lehouillier ; pour la SHRL, la Ville n’a manifestement pas fait cette vérification – ou a choisi de fermer les yeux sur la richesse de la SHRL, ce drôle d’organisme sans but lucratif. Richesse ? À la fin d’avril 2012, l’actif total de la SHRL, s’élevait à 48 574 $, vous avez bien lu, Monsieur Lehouillier : 48 574 $; depuis, l’actif total n’a pas dû diminuer beaucoup, s’il a diminué, il a peut-être même augmenté (au cours de l’exercice financier 2011-2012, l’actif total de la SHRL s’est accru de 8 282 $, de l’argent provenant entre autres, principalement ? de subventions municipales inutilisées, selon toute vraisemblance, et que la Ville n’aurait pas dû donner, par conséquent.) Jusqu’où va le laxisme financier de la Ville de Lévis, Monsieur Lehouillier ? Le laxisme financier va toujours trop loin et coûte toujours trop cher, vous devriez le savoir, Monsieur Lehouillier.

Je vous prie, Monsieur le maire, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, Lévisien

Cette lettre sera publiée au lepasseurdelacote.com; la réponse du destinataire aussi.

Sauvons la revue Les Débrouillards !

 

Pendant que la ministre Francine Charbonneau emménage dans un nouveau bureau de circonscription dont le loyer est deux fois plus élevé que celui de son ancien bureau et que 278 000 $ sont dépensés pour aménager le nouveau bureau de circonscription du ministre délégué Jean D’Amour, le gouvernement du Québec décide de ne plus subventionner trois magazines pour les jeunes : Les Débrouillards, Les Explorateurs et Curium. Mes enfants lisaient Les Débrouillards dans les années 1980-1990 (à l’époque il s’appelait Les Petits débrouillard, si ma mémoire est bonne). J’estime que la lecture de cette revue a été l’un des facteurs de leur réussite scolaire; des milliers et des milliers de parents pourraient dire la même chose à propos de leurs enfants. La décision du gouvernement du Québec fâche l’éditeur infatigable des Débrouillards, des Explorateurs et de Curium, M. Félix Maltais. Qui sait si elle n’entraînera la disparition des trois revues. Chose certaine, on peut craindre que l’éditeur ne dispose plus d’assez de moyens pour continuer d’offrir aux Québécois d’âge scolaire des revues dont la lecture les aide autant à acquérir des connaissances et à développer des valeurs scientifiques. Il serait bien que les parents qui ont aimé Les Petits Débrouillards autrefois et qui ont hâte d’offrir demain Les Débrouillards à leurs petits-enfants, demandent au gouvernement de renverser sa décision.

 

Roger Martel (le Passeur de la Côte)

 

Les Debrouillards dec 2014

Les Débrouillards, décembre 2014