Mesdames, rejetez l’agressivité, mais n’hésitez pas à être entreprenantes.

 

« Dear Abby a déclaré dans un « Courrier du coeur » [] : « Why can’t a girl be the agressive one if she chooses? … and many girls are agressors … ». Le francophone qui lit ces lignes suppose immédiatement que le Women’s Lib [Mouvement de libération des femmes] a dépassé ses objectifs et qu’un matriarcat guerrier, à la façon des Amazones, s’est instauré ici. Mais ce n’est pas ce que Dear Abby veut dire. Si « agressive » signifie « batailleuse, combative, malveillante, insolente », on n’imagine guère, dans le contexte du « Courrier du coeur », que ce comportement soit celui des jeunes filles. […] ce signal d’alarme doit inciter à consulter un bon dictionnaire anglais. Et l’on trouve qu’un autre sens d’agressive est « entreprenant ». La phrase de Dear Abby devient donc : « Pourquoi la fille ne prendrait-elle pas l’initiative, si elle le désire?. .. et beaucoup de filles sont entreprenantes … »

(Continuons la leçon de traduction, car c’en est une.)

L’auteur écrit : « Nous en tirons une première règle : Lire soigneusement le texte que l’on traduit [] avant de commencer la traduction, et consulter un dictionnaire anglais pour tout mot dont la résonance n’est pas en harmonie avec son contexte. »

Claude Lécrouart, De la résonance des mots, L’Actualité terminologique (bulletin du Bureau de la traduction du gouvernement du Canada), volume 8, numéro 5, mai 1975, p. 1

L’Américaine Pauline Phillips (1918-2013) signait Dear Abby dans 1 400 journaux, dit Wikipedia.

Dans son article, M. Lécrouart met en exergue ce passage de Through the looking glass [De l’autre côté du miroir] de Lewis Carroll :

« When I use a word », Humpty Dumpty said, in a rather scornful tone, « it means just what I choose it to mean – neither more nor less ».