Le démographe Jacques Henripin parle de l’immigration au Canada au vingtième siècle et des phénomènes démographiques majeurs que le Canada a connus pendant ce siècle.

 » D’une façon assez soudaine et relativement précise, il y eut deux ruptures, vers 1970, qui ont entraîné le Canada dans une ère nouvelle :

 

1) D’une part, la provenance des immigrants a fait volte-face : les continents sous-développés ont remplacé l’Europe […]. [Dans le passage non reproduit ici, Henripin énumère les quatre facteurs dont la conjonction, pense-t-il, explique ce résultat.]

 

 » À long terme, poursuit Henripin, c’est la texture ethnique du Canada qui pourrait être transformée et, à plus long terme encore, ce pourrait être le cas d’éléments fondamentaux de la civilisation occidentale qui prédominent dans ce pays. Mais cette conséquence éventuelle est rarement évoquée par les politiques, les commentateurs et même les scientifiques. Moins, semble-t-il que l’enrichissement culturel résultant de l’arrivée massive de ces porteurs de philosophies et moeurs nouvelles.

 

2) Deuxième rupture, une bonne partie des principes, coutumes, règles de conduite et objectifs qui entourent la famille ont commencé à se dissiper à une vitesse étonnante, compte tenu de l’ancrage séculaire de cette institution. Ce fut un véritable bouleversement des moeurs :

 

remplacement du mariage légal par l’union libre;

fréquence du divorce et ruptures encore plus fréquentes des mariages sans papiers;

enfants ne vivant qu’avec un parent, souvent dans la pauvreté;

non-respect des obligations alimentaires;

remodelage conjugal à répétition;

et pour terminer le tableau, insuffisance du fruit essentiel de la famille : la mise au monde et l’éducation des générations futures.

 

« Un sociologue-psychologue aussi intrépide que pénétrant vient de publier un livre qu’il a intitulé La Fin de la famille moderne [Daniel Dagenais, La Fin…, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2002]. Il n’est pas sûr qu’il exagère.

 

« Ajoutons que ces deux traits (remodelage de la composition ethnique et de la famille) ne sont pas, eux non plus, particuliers au Canada et que la majorité des pays occidentaux en sont affectés à divers degrés. […]

 

« Nous avons utilisé le terme « métamorphose » pour titrer ce livre. Cette métamorphose a été constante, sans doute, mais pour le long terme, ce sont peut-être ces deux remodelages, tout récents, qui justifieront le mieux ce terme. Métamorphose lente, comme toutes les modifications des populations humaines, mais tout de même passablement soudaine et dont les médias ne parlent guère. »

 

(Jacques Henripin, La Métamorphose de la population canadienne, Montréal, Les Éditions Varia, Collection « Histoire et Société », © 2003, pages 50-51)