Le maire de Lévis (Québec), l’Union des municipalités du Québec et les citoyens bien ordinaires

Lévis, le 12 août 2015

Madame Suzanne Roy, présidente de l’Union des municipalités du Québec et mairesse de Sainte-Julie

Union des municipalités du Québec

680, rue Sherbrooke Ouest, Bureau 680

Montréal, H3A 2M7

Téléphone : 514 282-7700 – Télécopieur : 514 282-8893

Madame,

Ainsi donc, l’Union des municipalités du Québec (UMQ), organisation dont la mission consiste essentiellement à « représente[r] les municipalités de toutes tailles, dans toutes les régions du Québec », veut créer pour ses membres un « programme d’assurance pour couvrir leurs frais d’avocats s’ils veulent poursuivre des citoyens pour atteinte à leur réputation »; l’UMQ jure aux citoyens que « la démarche n’a pas pour but de museler les citoyens ou les médias » (Le Soleil, 11-08-2015). Je ne discuterai pas de ce programme ici, si ce n’est pour vous inviter, Madame, à demander avec insistance au gouvernement du Québec de créer un programme pour protéger et aider les citoyens que les élus municipaux menacent de poursuivre ou poursuivent. Pour que la justice règne, il faut que les bons et les méchants disposent de moyens suffisants pour attaquer et se défendre.

Dans la section Mission et orientations de l’UMQ du site web de l’UMQ (à noter qu’on ne trouve pas le mot citoyen dans cette section), nous lisons que l’UMQ doit contribuer à « l’amélioration continue de la gestion municipale », qu’elle « exerce […] un leadership pour des gouvernements de proximité efficaces et autonomes », qu’elle « valorise le rôle fondamental des élues et élus municipaux ». Ces belles paroles ne permettent pas d’être sûr que l’UMQ prend les moyens pour favoriser le respect des citoyens par les municipalités et leurs élus, pour favoriser la gestion responsable des fonds publics confiés aux élus municipaux. Pouvez-vous, Madame Roy, me garantir et me démontrer (énumérez des moyens que l’UMQ prend, des actions qu’elle fait) que l’UMQ attache beaucoup d’importance au respect des citoyens par les municipalités et leurs élus, qu’elle attache beaucoup d’importance à la gestion responsable des fonds publics confiés aux élus municipaux.

Je suis un citoyen de Lévis. Mon maire, M. Gilles Lehouillier, agit comme s’il refusait que j’émette des opinions, des critiques ou des suggestions concernant l’administration de notre ville; il voudrait bien me bâillonner, ça se sent. Quand je lui écris ou quand j’écris à d’autres élus municipaux (oui, d’autres élus utilisent eux aussi le silence, arme des faibles, dit-on), on ne me répond pas, jamais on ne me répond.

Exemple 1 : Je signale au maire que les habitants de Lévis ne sont pas des clients de la ville, qu’ils sont des citoyens. Le maire ne me répond pas. Je reviens à la charge : le maire ne me répond pas. Les habitants de Lévis doivent donc, s’ils veulent communiquer avec leur ville, s’adresser à son Service à la clientèle.

Exemple 2 : Je signale au maire que l’on trouve dans le site web de la ville Lévis un texte de l’archiviste Pierre-Georges Roy digne de figurer dans un bêtisier. Aujourd’hui, 12 août 2015, longtemps plus tard, donc, la bêtise « agrémente » toujours le site web de Lévis (vous irez voir au https://www.ville.levis.qc.ca/developpement-planification/planification-urbanisme/toponymie-levis/). (Voici le texte de M. Roy : « Les noms de rues dans une ville ont plus d’importance qu’on le croit généralement. À ceux qui ne veulent pas ou qui n’ont pas le temps de lire, ils sont une leçon d’histoire qu’ils apprennent d’autant plus facilement qu’elle est toujours sous leurs yeux. » Dans mon message à la ville, j’ai écrit : « Il suffirait donc de lire « Rue de la Bataille-de-Carillon »‘ sur une plaque odonymique pour apprendre qu’une bataille eut lieu en 1758 pendant une guerre qui sera appelée Guerre de Sept Ans, dans un espace n’appartenant pas encore aux Américains, et que cette bataille porte aujourd’hui le nom de Bataille de Carillon, qu’un général français appelé Montcalm savoura la victoire au déplaisir d’un général anglais appelé Abercrombie, et que le vainqueur planta une croix portant ce message : Quid dux? quid miles? quid strata ingentia ligna?
En signum! en victor! Deus hic, Deus ipse triumphat! Que les enseignants d’histoire libèrent leurs élèves de leurs tablettes et les amènent lire les plaques odonymiques de la ville! »)

Autre exemple, spectaculaire, très éloquent (vous en jugerez, Madame Roy) :

En 2013, la ville de Lévis et l’une de ses créations, Tourisme Lévis, aident financièrement (et peut-être autrement aussi) un organisme de Lévis à monter deux expositions et à les présenter dans deux lieux importants de Lévis : le Centre de congrès et d’expositions de Lévis et la Gare maritime de Lévis (il vaut la peine de noter que la ville de M. Lehouillier a baptisé Gare de Lévis – c’est écrit dans le béton – la nouvelle gare maritime de Lévis, ignorant qu’une gare, en français, est l’ensemble, dit Larousse, des « installations de chemin de fer permettant d’assurer les opérations relatives à la circulation des trains, au service des voyageurs et/ou des marchandises »). Or, ces expositions reposent sur une affirmation tout à fait infondée de l’organisme, la Société d’histoire régionale de Lévis. Voici de quoi il en retourne :

(Vous me permettrez, Madame Roy, de reproduire ici un extrait du courriel que j’ai envoyé à l’honorable Gilles Lehouillier le 21 mai 2014, oui, vous avez bien lu : 2014.)

Il est déplorable que la ville de Lévis ait été mêlée à l’exposition La Corriveau Au-delà de la légende pour la raison suivante : l’exposition a véhiculé une affirmation importante absolument infondée. Cette affirmation apparaît dans la photo 1 ci-jointe, prise sur les lieux de l’exposition; je la reproduis : « à l’automne 2011, Claudia Mendez, vice-présidente de la Société d’histoire régionale de Lévis, avec l’aide des administrateurs, a retrouvé la trace de la cage en fer (exosquelette) ayant servi à exhiber le corps de Marie-Josephte Corriveau en effectuant une recherche sur Internet. »

Dire que la Société d’histoire régionale de Lévis a trouvé la cage « ayant servi à exhiber le corps de Marie-Josephte Corriveau », c’est induire tout le monde en erreur, c’est induire les citoyens de Lévis en erreur. Je vous le démontre :

I

Les Musées de la civilisation ont contredit Claudia Mendez. Le 14 février 2014, on trouve en effet le texte suivant dans le site web du Musée de la civilisation de Québec :

« Une cage pouvant être celle de la Corriveau expertisée par les Musées de la civilisation. Au cours des prochains mois, les Musées de la civilisation à Québec, par le biais de son Centre national de conservation et d’étude des collections, se pencheront sur une pièce qui pourrait se révéler être la cage dans laquelle le corps de Marie-Josephte Corriveau fût exhibé, à Lévis en 1763, après sa pendaison. »

(Musée de la civilisation, http://www.mcq.org/fr/presse/presse.php?idEx=w3899 consulté le 14-02-2014)

II

Les auteurs d’un livre sur Marie-Josephte Corriveau contredisent Claudia Mendez. Ces auteurs, Dave Corriveau et Catherine Ferland, écrivent ceci :

« Des analyses [de la « cage »] seront effectuées dans les prochains mois » et, naturellement, on ignore encore « Si les expertises [parviendront] à démontrer qu’il s’agit bien du gibet de la Corriveau ».

(http://mariejosephtecorriveau.com/videos/devoilement-de-la-cage/)

III

La conservatrice Sylvie Toupin contredit Claudia Mendez : le 2 octobre 2013, le quotidien Le Devoir, qui a interrogé Madame Toupin, parle de « la présumée cage » de Madame M.-J. Corriveau. Voici un extrait de l’article :

« le gibet (cage) a été prêté pour deux ans aux Musées de la civilisation afin qu’il en confirme l’authenticité .

« C’est un travail à la Sherlock Holmes qui nous attend, avec des preuves à amasser, des liens à faire, c’est vraiment un beau défi de conservateur », raconte la conservatrice Sylvie Toupin. »

(Louise-Maude Rioux Soucy, L’esprit de la Corriveau refait surface, Le Devoir, 2 octobre 2013, http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/388942/l-esprit-de-la-corriveau-refait-surface)

IV

Un hebdomadaire de Lévis, Le Peuple Lévis, contredit très clairement tous ceux qui affirment que la « cage » trouvée à Salem est bien celle dans laquelle le cadavre de Madame Corriveau a été exposé. Le Peuple Lévis écrit en effet ceci le 4 octobre 2013 :

« Il n’est pas encore démontré hors de tout doute que cette cage de métal soit celle dans laquelle Marie-Josephte Corriveau a été exhibée pendant 40 jours ».

(Le Peuple Lévis, 4 octobre 2013; cet article a été repris au http://www.lepeuplelevis.ca/2013/10/04/la-cage-de-la-corriveau-de-retour-a-levis)

V

Un article du quotidien Le Devoir contredit Claudia Mendez; il dit : « nul ne sait avec certitude si le gibet a vraiment accueilli le corps refroidi de la Corriveau ». On ne peut pas être plus clair!

(Le Devoir, 1er août 2012, http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/355784/la-cage-de-la-corriveau-retrouvee)

La ville de Lévis a l’obligation de demander des explications à la Société d’histoire régionale de Lévis. J’ajouterais ceci : j’imagine, vous aussi sans doute, Monsieur le maire, qu’aucun Lévisien ne tolérerait que sa ville favorise la réalisation d’activités qui, pour une raison ou une autre, induisent en erreur, et qu’elle ne s’en explique pas à ses citoyens, et ce, même si elle n’est pas en faute.

Quelle forme a pris la contribution de la ville de Lévis à la réalisation de l’exposition La Corriveau Au-delà de la légende? Avant l’inauguration de l’exposition La Corriveau Au-delà de la légende, la ville de Lévis avait-elle été informée que cette exposition véhiculerait une affirmation non fondée? Après l’inauguration de l’exposition, la ville de Lévis a-t-elle appris que l’exposition véhiculait une affirmation non fondée? La ville de Lévis a-t-elle contribué à la réalisation de l’exposition sur la « cage de la Corriveau » tenue au Centre de congrès et d’expositions de Lévis en 2013? Si oui, quelle a été sa contribution? La ville de Lévis a-t-elle contribué à la réalisation d’autres activités relatives à la « cage de la Corriveau »? Si oui, quelle a été sa contribution dans chaque cas? À ma connaissance, la ville de Lévis a toujours un conseiller en histoire à son service; a-t-elle pris la peine de le consulter avant de décider de contribuer à la réalisation de l’exposition La Corriveau Au-delà de la légende?

Veuillez, Monsieur le maire, agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Si vous n’êtes pas convaincue, Madame Roy, que l’affirmation de la SHRL était et demeure infondée et que la ville de Lévis n’aurait pas dû dépenser de l’argent et utiliser des ressources municipales pour la tenue des deux expositions de la SHRL basée sur cette affirmation infondée et trompeuse, auriez-vous la bonté de me dire pourquoi, c’est-à-dire de démontrer que l’affirmation de la SHRL est parfaitement fondée et que la ville de Lévis a indéniablement eu raison de dépenser de l’argent et d’utiliser des ressources municipales pour la tenue des deux expositions de la SHRL basée sur cette affirmation.

Pour terminer, Madame Roy, vous serait-il possible de me faire savoir :

a) comment le citoyen d’une municipalité, au Québec, peut forcer un maire à répondre à une question légitime qu’il lui pose;

b) quelle est, au Québec, l’instance habilitée à recevoir les plaintes des citoyens relativement au refus d’un maire de répondre à des questions légitimes des citoyens;

c) quelle est, au Québec (province d’un État démocratique), l’instance qui peut prononcer la destitution d’un maire et quels sont les raisons qui peuvent justifier la destitution d’un maire.

Vous aurez compris, Madame Roy, que je pense qu’il est plus urgent ces temps-ci de régler le problème que pose aux Lévisiens la conduite de certains élus de leur municipalité dans l’affaire des expositions tenues en 2013 par la Société d’histoire régionale de Lévis, que d’offrir aux maires et conseillers municipaux du Québec un « programme d’assurance pour couvrir leurs frais d’avocats s’ils veulent poursuivre des citoyens pour atteinte à leur réputation », un programme payé par les citoyens , un programme que les citoyens risquent fort de voir utilisé d’une manière inappropriée par des élus.

Je vous prie, Madame Roy, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. Ce message sera publié au lepasseurdelacote.com; votre réponse aussi, Madame Roy, si vous me répondez.