La femme. Les femmes.

Elles

Par Marie-Hélène Méthé

Elles sont noires, blanches, autochtones, asiatiques, indiennes, arabes. Elles sont enfants, adolescentes, adultes, aînées. Elles sont filles, soeurs, conjointes, compagnes, mères, en couple ou pas. Elles sont lesbiennes, transgenres, hétéros, bisexuelles. Elles sont petites, grandes, minces, enrobées, grosses, maigres. Elles sont flamboyantes, introverties, fonceuses, réservées, douces, brusques, rieuses, tristes, drôles, arrogantes, fragiles, fortes… Elles sont riches, à l’aise, pauvres. Elles sont ingénieures, militantes, auteures, infirmières, politiciennes, danseuses, itinérantes, comédiennes, vendeuses, médecins, écrivaines, femmes de ménage, psychologues, étudiantes, serveuses, pilotes d’avion, caissières, économistes, actrices, peintres, poètes, éducatrices, chercheuses, ouvrières… Elles sont femmes. Elles sont la moitié du monde.

Elles sont objectivées, violentées, violées, armes de guerre, vendues, mutilées, achetées, salies, tuées, piétinées, agressées, insultées, battues, niées, effacées. Elles portent toutes tous les outrages, comme autant de tatouages invisibles sur leur corps et de douleurs sourdes dans leurs tripes.

Elles ne sont pas une race ; elles sont toutes les races. Elles ne sont pas une culture ; elles sont toutes les cultures. Elles ne sont pas une religion ; elles sont toutes les religions. Elles ne sont pas une lutte ; elles sont toutes les luttes. Elles ne sont pas Charlie ; elles sont tous les Charlie. Elles meurent, sur tous les continents, tous les jours, assassinées du seul fait de leur condition de femmes. Et tous les jours, partout dans le monde, elles subissent la haine, la négation de leur sexualité, de leur intégrité, de leur essence.

Nécessairement féministes. Il en va de leur survie… Et de celle du monde. Elles mettent aussi des hommes au monde.

Je suis une femme. Je suis toutes ces femmes.

(Marie-Hélène Méthé, Lettre, Montréal, le 7 août 2015; Le Devoir, 11 août 2015)

_________________________________________

Par André Comte-Sponville

Qu’il y ait une beauté moderne, cela ne me paraît guère contestable. Il suffit de regarder les femmes, dans la rue, pour s’en rendre compte : la beauté est toujours là, plus que jamais peut-être, et d’une modernité sans faille…

Car les femmes ne sont pas les mêmes qu’il y a cent ans. Leur corps n’est pas le même, ni, surtout, leur façon de l’habiter. Leurs vêtements ne sont pas les mêmes, ni leur façon de les porter. Leurs regards, leurs sourires sont différents. Leur démarche est différente, leur allure, ce mélange étonnant, du moins dans les cas les plus favorables, de simplicité et d’audace, d’élégance et d’humour, de grâce et de sensualité… Les hommes d’aujourd’hui ont beaucoup de chance : les femmes n’ont jamais été aussi belles sans doute, en tout cas aussi conformes à notre goût, ni aussi libres, ni aussi désirables… Quel bonheur d’être leur contemporain !

(André Comte-Sponville, philosophe français né en 1952, Y a-t-il une beauté moderne ? In La sagesse des Modernes. Dix questions pour notre temps (livre coécrit avec Luc Ferry), Paris, Éditions Robert Laffont, © 1998, p. 367)

___________________________________________

Par Pierre Morency

toi tu es belle de partout de l’autre côté de la peau

(Pierre Morency, vers du poème Toi qui me dures publié dans le recueil Quand nous serons, poèmes 1967-1978, Montréal, L’Hexagone, © 1988, p. 124) (Pierre Morency est né en 1942 à Lauzon, municipalité devenue un secteur de Lévis en 1989.)

_________________________________________