DES CENTAINES DE MILLIERS DE CANADIENS FRANÇAIS DEVINRENT DES ÉTRANGERS AUX ÉTATS-UNIS.

L’ÉTRANGER

DES CENTAINES DE MILLIERS DE CANADIENS FRANÇAIS DEVINRENT DES ÉTRANGERS AUX ÉTATS-UNIS.

Etranger_Quebecois travaillant à Lowell Hosiery Company v 1880

Une usine de Lowell, au Massachusetts (États-Unis). Des Canadiens français y travaillent.

Le XIXe siècle a connu de très grandes migrations.

« Les migrations massives, s’alimentant essentiellement en Europe, sont un trait saillant du XIXème siècle. Ces flux migratoires se dirigent vers les pays neufs, aujourd’hui les pays sous-développés, et les territoires coloniaux. Ce phénomène s’inscrit dans le jeu économique international où la fuite de la misère, la recherche de fortune et de terres “ vierges ” font de l’Europe occidentale une région exportatrice de main-d’œuvre.

« A partir du milieu du XIXème siècle, les mouvements trans-atlantiques entre l’Europe et les Amériques s’intensifient. La migration massive que nous abordons ici, concerne principalement la période 1860-1878, lorsque ces mouvements humains se maintiennent à un niveau élevé et que les migrations européennes vers l’Amérique du Sud deviennent importantes pour l’installation des agences Havas-Reuter » (Rhoda Desbordes, Migrations et réseaux d’information au XIXème siècle : Les agences Havas-Reuter en Amérique du Sud, 1874-1876, https://alhim.revues.org/412#tocto1n1).

En Amérique du Nord

« [J]usqu’au second quart du XXe siècle, la frontière entre l’Amérique du Nord britannique et les États-Unis d’Amérique n’a pas fait obstacle à la libre circulation des personnes à l’intérieur du continent nord-américain. Le développement de l’industrialisation s’étant effectué au sud du 45e parallèle, en Nouvelle-Angleterre, des centaines de milliers de travailleurs du monde atlantique devaient y converger, tantôt seuls, tantôt par grappes familiales, attirés par la prospérité des centres manufacturiers » (Yolande Lavoie, L’émigration des Québécois aux États-Unis de 1840 à 1930, ouvrage reproduit au http://www.cslf.gouv.qc.ca/bibliotheque-virtuelle/publication-html/?tx_iggcpplus_pi4%5bfile%5d=publications/pubd101/d101ch1.html).

Les Canadiens français

« L’émigration des Canadiens français prend des proportions si considérables dans la seconde moitié du XIXe siècle que, durant plusieurs générations, elle polarise l’inquiétude des élites […] » (Jean Hamelin et Yves Roby, Histoire économique du Québec 1851-1896, Montréal, Fides, ©1971, p. 51).

« Dès 1850, environ 100 000 Canadiens français d’origine québécoise vivent aux États-Unis. […] En 1870, 510 000 Canadiens français vivent aux États-Unis, plus de 1 200 000 en 1900 » (Jean Hamelin et Yves Roby, Histoire économique du Québec 1851-1896, Montréal, Fides, ©1971, p. 67-68).

Etranger travailleur photo Gouv du Can

Cet homme est venu s’installer au Québec pour travailler.

Comme des centaines de milliers de Québécois sont allés gagner leur vie aux côtés des Américains aux dix-neuvième et vingtième siècles.

LES MIGRANTS AU XXIe SIÈCLE

« Avec 214 millions de migrants internationaux et 740 millions de millions de migrants internes », la migration demeure un phénomène modeste puisqu’elle ne concerne que 3,1 % de la population mondiale. Mais ce nombre a triplé en quarante ans et les migrations qui n’impliquaient que quelques zones géographiques touchent désormais toute la planète avec des pays de départ, des pays d’accueil mais aussi des pays de transit, les frontières entre les trois catégories s’estompant peu à peu. » (http://europe-liberte-securite-justice.org/2010/12/19/les-migrations-la-question-du-xxieme-siecle-un-enjeu-mondial-une-nouvelle-forme-de-citoyennete-a-construire/

Des vertus pour bien vivre ensemble

« Les vertus sociales » par Alain Thomasset sj

Justice, solidarité, compassion, hospitalité, espérance

Alain Thomasset sj   Coll. Donner raison   Éditions Lessius

source : http://www.jesuites.com/2015/04/les-vertus-sociales-alain-thomasset-sj/

EXTRAITS

L’idée de ce livre est partie de mon intérêt pour la question des vertus qui est en plein renouvellement dans la théologie et l’éthique contemporaines. Après une éclipse notable où les vertus étaient considérées comme peu attrayantes, elles refont aujourd’hui un retour très remarqué, en particulier aux Etats-Unis, en Allemagne et plus récemment en France. André Comte-Sponville disait déjà en 1995 dans son livre Petit traité des grandes vertus : « Quel livre plus urgent, pour chacun, qu’un traité de morale ? Et quoi de plus digne d’intérêt, dans la morale, que les vertus ? » L’intérêt des vertus tient au fait de se préoccuper non pas d’abord ou seulement du mal à éviter mais du bien à réaliser. Les vertus sont en effet ce qui nous prédispose de manière stable à AGIR SELON LE BIEN, à orienter notre action de manière ajustée au bonheur recherché, en particulier vis-à-vis des autres. Elles nous obligent à nous poser la question du bonheur à rechercher ensemble. Par ailleurs les vertus mettent le doigt sur l’insuffisance des morales du devoir, sur l’incapacité des seules règles et des principes à fournir la motivation pour leur mise en œuvre ou pour résoudre les conflits de devoir. LA MORALE N’EST PAS FAITE QUE DE NORMES ET DE DEVOIRS. ELLE EXIGE D’ÉDUQUER LES SUJETS ET LES CITOYENS À UNE VIE DROITE ET BONNE ET DE DONNER UN HORIZON DE SENS ET DE MOTIVATION POUR LA VIE ENSEMBLE. Enfin l’éthique des vertus est une éthique de l’apprentissage, elle nous met dans une perspective de croissance humaine. A l’heure où la question éthique fondamentale devient celle de la formation des sujets libres et responsables, de leur accompagnement dans un chemin de progression, les vertus sont très précieuses. L’éducation aux vertus dépend de traditions particulières de la vie bonne. Le christianisme est l’une d’elles et il peut beaucoup apporter à ce qui façonne en profondeur les individus et la vie sociale elle-même.

Ce livre parle des vertus sociales, c’est-à-dire celles qui sont en jeu dans les relations avec autrui et plus spécialement dans le fonctionnement de la société dans son ensemble. Si toutes les vertus sont potentiellement susceptibles d’acquérir une dimension sociale (l’estime de soi, le courage ou l’humilité par exemple), certaines ont un objet plus directement lié à la vie en société. Les vertus sociales ici étudiées, à l’aide d’exemple concrets et de leur enracinement dans la Bible, manifestent des visages particuliers de la charité. Ce sont les vertus du Royaume à vivre dès aujourd’hui. D’abord, la vertu de justice, qui traditionnellement oriente toute la vie sociale ; la vertu de solidarité, qui reprend un concept important de nos sociétés laïques ; les vertus de compassion et d’hospitalité, très présentes dans la Bible, dès qu’il s’agit des pauvres ou des étrangers ; enfin, l’espérance, qui apparaît aujourd’hui comme l’une des attitudes les plus nécessaires dans une société en proie à la désillusion et menacée de désespoir.

[…]

La place de l’hospitalité dans l’éthique actuelle

Comment percevons-nous l’étranger et comment allons-nous réagir à sa présence? avec hostilité ou avec hospitalité ? Il est remarquable de constater que ces deux mots ont la même racine : hostis (en latin) et xenos (en grec) qui dit à la fois l’étranger et l’ennemi. Face à ce qui nous est étranger ces deux réactions sont possibles. Notre regard et notre imagination conditionnent en partie notre manière de réagir.

En général, l’hospitalité se définit comme une action ou d’une pratique qui consiste à accueillir chez soi des visiteurs ou des étrangers, avec générosité et bonne volonté. Mais le visiteur peut être un ami intime ou un parfait inconnu. Il n’est pas ici question de l’hospitalité entre amis, mais de l’accueil de ceux qui sont d’abord des inconnus.

Etranger 06-05-2015 Migrants syriens Photo ONU

Dans nos sociétés, l’hôte accueilli ou non prend la figure de l’étranger, du migrant ou du réfugié, mais aussi celle de l’étrangeté des opposants politiques, ou des croyants d’autres religions.

Lorsqu’on y songe, l’hospitalité est à la racine de notre comportement éthique et de notre relation aux autres : « être moral c’est être hospitalier envers l’étranger » (Ogletree). Levinas, Ricœur insistent sur l’importance de se laisser déplacer, surprendre par l’altérité, d’être remis en question dans notre auto-centrage, pour nous ouvrir à la relation. Habermas nous dit qu’il ne

peut y avoir de dialogue démocratique sans cette vertu d’hospitalité à l’opinion d’autrui.

Nous sommes marqués par la présence de l’étranger dès notre naissance, puis dans les surprises des rencontres. L’hospitalité est une dimension essentielle de notre vie.

Dans les civilisations antiques, l’hospitalité est une grande vertu, une convention sociale codifiée par des rites (accueil, repas, cadeau, échange des histoires, logement, rites religieux, soin des animaux, etc.). C’est toujours le cas dans les cultures arabo-musulmanes ou indoues, par exemple.

[…]

Comme toute vertu, la solidarité a besoin d’être éduquée. Il s’agit d’effectuer « le passage d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt ou de marginalisation – qui, en fin de compte, correspond à la ‘culture du rejet’ – à une attitude qui ait comme base la ‘culture de la rencontre’, seule capable de construire un monde plus juste et fraternel, un monde meilleur » (Pape François, Message pour la journée mondiale du migrant et du réfugié, 2014)

Alain Thomasset, sj

Etranger Photo UNICEF 6S41


Page conçue par le Passeur de la Côte (Roger Martel), 14 septembre 2015