Une mosquée et l’islam à Lévis (Québec). Les religions et la violence.

(Cette page n’a pas été créée par un adepte de l’islam.)

 

al-Qaida, Daech, État islamique, des noms familiers de nos jours, des noms synonymes de violence; des noms que le commun des mortels associe malheureusement à une religion, l’islam.

Sont-ils appelés à la violence par leur religion les quatorze millions de juifs, les cinq cent millions de bouddhistes, le milliard d’hindouistes, le milliard et demi de musulmans, les deux milliard deux cent millions de chrétiens?

 

LES RELIGIONS APPELLENT-ELLES LEURS ADEPTES À LA VIOLENCE?

 

« À regarder les actuelles zones de conflit, on serait tenté de déduire que la plupart sont de nature religieuse. Les faits sont cependant plus complexes. Les religions ne constituent souvent qu’un des facteurs de ces conflits : politique, montée des nationalismes et interventions étrangères représentent également des facettes importantes, voire primordiales, dans les zones d’affrontement. « Toutes les religions sont susceptibles d’être violentes dans un contexte national, régional ou local particulier », explique le sociologue des religions Jean-Louis Schlegel.

Aujourd’hui, les projecteurs sont braqués sur l’islam, en particulier sur les atrocité commises par des groupes terroristes comme Daech et Al-Qaïda. Pour autant, les autres religions ne sont pas en reste. En Israël, les juifs extrémistes qui colonisent les Territoires palestiniens pour reconstituer le « Grand Israel » biblique marquent clairement le conflit territorial israélo-palestinien du sceau religieux. Et même les traditions a priori les plus pacifistes peuvent faire preuve de violence, à l’instar de certains moines bouddhistes birmans qui s’attaquent à la minorité musulmane Rohingya. Depuis une trentaine d’années, l’Inde est le théâtre de violents affrontements entre hindous et minorités religieuses. Chrétiens et musulmans sont régulièrement la cible d’attaques, voire de lynchages. L’accession au pouvoir du nationaliste hindou Narendra Modi – surnommé « la terreur des musulmans «  après avoir laissé cours à des émeutes dans lesquelles 2 000 personnes, majoritairement des musulmans, ont péri en 2002 – a renforcé les inquiétudes des minorités. » (Louise Gamichon, Ils tuent au nom de leur foi, article publié dans Le Monde des religions, janvier-mars 2016, numéro 75 intitulé Le Mal au nom de Dieu. Les religions sont-elles violentes, p. 36)

On le voit : les pratiquants des religions peuvent faire preuve de violence. Y compris les adeptes du christianisme : « .. au nom de la défense de son dogme ou en manipulant ses Écritures, le christianisme a nourri la haine du juif, brûlé des hérétiques sous l’Inquisition, saccagé des villes, tué des hommes lors des croisades, des conquêtes évangélisatrices et coloniales. (…) Elle [l’église romaine] a déclaré la guerre aux idées libérales, aux développement de la science, de la liberté, de la démocratie. » (Henri Tincq, Les religions incitent-elles à la violence. Lectures sauvages, article publié dans Le Monde des religions, janvier-mars 2016, numéro 75 intitulé Le Mal au nom de Dieu. Les religions sont-elles violentes, p. 30)

 

Pourtant…

Pourtant, selon la Thora juive (dont le christianisme s’est inspiré), Dieu a donné ce commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Pourtant, selon un principe des Hindous, « Le monde entier est une famille unique ».

Pourtant, selon le Coran, livre sacré des musulmans, Dieu a dit  : «  Ô vous qui croyez, entrez tous dans la paix ».

 

POURQUOI ARRIVE-T-IL QUE DES ÊTRES HUMAINS DEVIENNENT VIOLENTS AU NOM DE DIEU?

 

« Parce que toute religion a ses contradictions. Toutes les religions sont traversées par un idéal de paix. Mais toutes peuvent être porteuses de violence. […] Les religions? Elles sont ce qu’en font leurs adeptes à une certaine époque et à un endroit donné. Et ces derniers sont loin d’être toujours d’accord, notamment sur la façon de comprendre et d’interpréter les textes sacrés. Aujourd’hui, une petite minorité de musulmans en France et dans le monde justifie par le Coran son intolérance envers les « non-musulmans » ou même les « mauvais musulmans ». Le Coran, en effet, comme d’ailleurs la Bible, contient aux côtés de multiples paroles de paix, des passages guerriers. Mais selon de nombreux penseurs musulmans, il faut remettre ces passages dans le contexte où ils ont été écrits : Mohammed, le prophète fondateur de l’islam, qui vécut au Ve et VIe siècle de notre ère, était aussi un chef politique et militaire. » (Pourquoi tant de violences au nom de Dieu? Dossier publié dans Okapi, revue éditée par Bayard Presse et destinée à la jeunesse , numéro 1001, 1er mai 2015, p. 12)

 

« Parce que la religion souffre de ses fanatiques. Toutes les religions ont leurs partisans d’une application ultra-stricte de leurs principes. Quand ces « fondamentalistes » sont prêts à imposer LEUR vérité par la violence, ils deviennent des « fanatiques ». Le fanatisme prolifère sur le terrain de la misère, de la frustration, de l’ignorance… Comme chez nous, lorsque des jeunes gens désorientés basculent dans un islam radical tes les auteurs des attentats de janvier [2015] à Paris contre le journal Charlie Hebdo […] Comme en Syrie et en Irak, lorsqu’au nom d’une soi-disant « guerre sainte » les combattants de l’organisation terroristes Daesh commettent des crimes affreux. Mais l’islam n’est pas la seule religion à devoir faire face au fanatisme : le christianisme, le judaïsme et même le bouddhisme et l’hindouisme y sont confrontés! » (Pourquoi tant de violences au nom de Dieu? Dossier publié dans Okapi, revue éditée par Bayard Presse et destinée à la jeunesse, numéro 1001, 1er mai 2015, p. 12-13)

 

« Parce que la religion aggrave certains conflits. La guerre est rarement uniquement religieuse… mais elle l’est souvent un peu. Une fois la discorde installée, la religion peut venir la « sacraliser » et l’envenimer. […] L’homme, contrairement à l’animal, ne se bat pas seulement pour obtenir quelque chose. Il combat aussi par fierté, par désir d’héroïsme ou de vengeance, pour défendre son honneur et celui des siens. C’est pourquoi elles sont utilisées comme un instrument de pouvoir, un levier. Rien de tel pour un dirigeant qui veut entraîner son pays dans une folie guerrière collective que de le convaincre qu’il se bat au nom de Dieu! » (Pourquoi tant de violences au nom de Dieu? Dossier publié dans Okapi, revue éditée par Bayard Presse et destinée à la jeunesse, numéro 1001, 1er mai 2015, p. 14)

 

« Parce que la religion sert souvent de prétexte. Si la religion se mêle à de nombreux conflits, beaucoup ont, en réalité, d’autres origines : enjeux de pouvoir, problèmes de frontières, questions de richesses, luttes ethniques… […] En 2012, un chercheur américain a publié une étude affirmant que seules 123 des 1 763 guerres déclarées sur Terre depuis 3 500 ans avaient la religion comme point de départ. » (Pourquoi tant de violences au nom de Dieu? Dossier publié dans Okapi, revue éditée par Bayard Presse et destinée à la jeunesse, numéro 1001, 1er mai 2015, p. 15)

 

« Pourtant… le dialogue interreligieux existe. Heureusement, certains responsables religieux, tout comme de simples croyants, oeuvrent pour la paix. […] Suite aux récents attentats de février [2015] à Copenhague, au Danemark, où des juifs ont été attaqués par un fanatique musulman, un millier de musulmans et de juifs de sont rassemblés pour former une chaîne humaine autour d’une synagogue… Ces gestes symboliques comptent : les religions ne peuvent semer la paix que si leurs adeptes acceptent de ne pas être seuls à détenir la vérité. Et laissent les autres prier tranquillement le Dieu qu’ils veulent. Ou même ne pas prier du tout. » (Pourquoi tant de violences au nom de Dieu? Dossier publié dans Okapi, revue éditée par Bayard Presse et destinée à la jeunesse, numéro 1001, 1er mai 2015, p. 15)

 

NOTES

Les auteurs du dossier Pourquoi tant de violences au nom de Dieu? ont tenu à remercier M. Philippe Gaudin, directeur adjoint de l’Institut européen en sciences des religions et auteur de La Violence, ce qu’en disent les religions (Éditions de l’Atelier)

Bayard Presse est un groupe de presse catholique; ses principaux associés sont la Congrégation de l’Assomption, S.A. Saint-Loup, Association Notre-Dame de Salut.

Bayard jeunesse Canada propose plus de 40 magazines et livres numériques pour les enfants de 1 à 18 ans. Site web : https://bayardjeunesse.ca.

Le créateur de cette page web remercie infiniment ses indispensables sources.

 

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Les deux documents suivants ont aussi été publiés dans le site web du Passeur de la Côte.

 

Une mosquée et l’islam à Lévis (Québec). Les valeurs de l’islam.

Extrait de Soumission à la paix, texte de Tahar Ben Jelloun publié dans le livre 20 clés pour comprendre l’islam, Paris, Éditions Albin Michel, 2013 (format de poche), p. 147 (première édition : Hors-série numéro 4 du Monde des religions, Malesherbes Publications)

« Les valeurs essentielles de l’islam sont celles-là mêmes propagées par les deux autres monothéismes, avec cependant quelques variantes plus ou moins importantes. Allah dans le Coran demande aux croyants de reconnaître et de respecter les prophètes qui ont précédé Mohamed, comme il insiste sur la diversité et les différences entre les peuples, les incite à se connaître et à échanger leurs savoirs.

« L’islam bien compris a permis au monde arable de connaître son âge d’or entre le IXe et le XIIe siècle. Le Coran fait l’éloge de la raison, de la modération et de la patience. Mais tout texte religieux se prête à de multiples interprétations. Tout dépend du niveau de développement intellectuel de celui qui l’interprète. Il fut un temps où l’islam était la principales source d’inspiration de grands poètes, les soufis notamment. Aujourd’hui, il est malmené par des gens dont la principale caractéristique est l’ignorance, doublée de confusion, ce qui arrange bien leurs affaires. »

( Tahar Ben Jelloun, écrivain marocain d’expression française, a écrit L’islam expliqué aux enfants, publié par Le Seuil en 2002. )

Une mosquée et l’islam à Lévis (Québec). Des artisans de paix. 

« Selon le spécialiste Christian Mellon, «  à tort ou à raison, bien des croyants pensent que leur tradition religieuse interdit la violence, même pour de justes causes ». C’est pourquoi tant « d’acteurs non-violents trouvent leur inspiration dans ces traditions ». Ainsi, « c’est du jaïnisme, confession indienne très minoritaire, que Gandhi a reçu son concept clé, l’ahimsa (litt. « non-nuisance ») ».

« Autre racine de la non-violence, le bouddhisme […]

« Et l’islam dira-t-on? Bien que moins connus, ses artisans de paix existent aussi. Du côté du soufisme tout d’abord, de certains grands maîtres médiévaux – Al Allaj et Ibn Arabi, par exemple – au chef de la résistance algérienne face à la conquête française, l’émir Abd el-Kader (1808-1883), qui devint une star (honorée à la fois par le pape et les francs-maçons!) pour avoir protégé, au péril de sa vie, les chrétiens persécutés à Damas en 1860. Et plus près de nous, le célèbre (en Inde) Abdul Ghaffar Khan (1890-1988), ami et disciple de Mahatma Gandhi; ou le théologien démocrate Mahmoud M. Taha (1909-1985), « le Gandhi soudanais », qui relativisait les extraits coraniques violents et infériorisant les femmes ou les « infidèles ». Les Balkans ont également « leur » Gandhi, avec l’écrivain non-violent Ibrahim Rugova (1944-2006), le premier président du Kosovo. »

(Éric Vinson, Quand les religions font (aussi) la paix, article paru dans la revue Le Monde des religions, janvier-février 2016, numéro 75, p. 53)

Christian Mellon a écrit La non-violence (Presses Universitaires de France, 1994) en collaboration avec Jacques Semelin.