Les religions, outils de paix ou de guerre ?

I

Mathieu Ricard, docteur et ancien chercheur en génétique cellulaire, adepte du bouddhisme :

« Les religions […] doivent faire des efforts particuliers en faveur de la paix. Historiquement, elles n’ont guère été les instruments de paix que leurs idéaux prônent pourtant. Elles sont devenues des ferments de division et non d’union. »

(Mathieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme. La force de la bienveillance, Paris, NIL éditions, © 2013, page 517) (Docteur et ancien chercheur en génétique cellulaire, Mathieu Ricard est devenu un adepte du bouddhisme.)

II

Jean-Claude Breton, doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal :

Toutes les religions, à ma connaissance, se disent en faveur de la paix. Mais cela n’empêchent pas, dans les faits, les guerres et les conflits de se multiplier au nom même des appartenances religieuses. Il semble donc y avoir une contradiction entre ce que les religions veulent faire en principe et ce qu’elles réalisent dans les faits. Comment cela se fait-il? Est-ce parce que les religions sont hypocrites, menteuses ou tout simplement pas très préoccupées par la question de la paix? Est-ce qu’elles ne parviennent pas à contrôler leurs membres ou est-ce qu’elles s’en servent à des fins cachées et inavouables? Ou est-ce parce que les religions ne s’entendent pas sur le sens du mot paix.

[…]

C’est bien beau de dire que la paix veut favoriser la bonne entente, l’harmonie et le progrès, ou que je crois que la bonne entente, l’harmonie et le progrès sont des facteurs de paix. Encore faut-il s’entendre sur quelques principes; sur ce qu’on appelle souvent les valeurs. Les religions ont en effet des convictions et même des propositions de foi sur lesquelles elles ne sont pas toutes d’accord et surtout qui leur apparaissent non négociables. Il y a déjà là une première occasion de conflits et on sait que dans l’histoire ces conflits ont souvent pris le chemin de la guerre ou de la persécution. Pensons ici aux conflits entre juifs et chrétiens, mais aussi avec les musulmans et même entre chrétiens. C’est un premier cas de guerres de religions, mais pas toujours le plus sanglant, même s’il y a eu parfois pas mal de carnage.

Mais quand on pense aujourd’hui aux conflits favorisés ou entretenus par les religions, on a moins en tête les querelles doctrinales que je viens d’évoquer. Ce qui nous frappe surtout, ce sont les conflits entre pays ou entre parties de pays au nom de l’appartenance religieuse. Les exemples ne manquent pas autour de nous et dans un passé pas si lointain. En Irak, on observe des conflits entre chiites et sunnites deux groupes différents de musulmans. Au Pakistan, en Indes, des groupes se font aussi la guerre au nom de leur appartenance religieuse. Au Liban, les religions ont amené des conflits internes et externes au cours des dernières décennies. Je passe par-dessus le conflit apparemment permanent entre Israël et la Palestine, qui dévoile une autre situation, et je reviendrai sur ce qu’on appelait la guerre d’Irlande du Nord. Souvent en effet, on parle de guerres de religions pour identifier des conflits qui sont d’abord d’origine politique, historique ou économique, mais où la religion ne joue qu’un second rôle. Par exemple, le sionisme à l’origine de l’état d’Israël a été soutenu et défendu par des juifs incroyants, qui peuvent difficilement se faire les artisans d’une guerre religieuse. Il ne faut jamais oublier qu’il est parfois facile d’utiliser les religions pour légitimer des conflits qui n’ont pas grand-chose de religieux. Mais comme on dit chez nous; «La religion a le dos large!»

Je pourrais résumer mes propos comme ceci. La paix apparaît comme un bien hautement recherché par à peu près tout le monde. Mais la paix est aussi un bien fragile, qui est exposé aux règles que les religions se donnent et veulent observer à tout prix. Quand je parle de règles ici, je pense aux explications, aux interdits, aux condamnations qui naissent de l’existence des conflits et que les religions viennent couvrir ensuite de la volonté de Dieu. Enfin, la paix ne pèse pas lourd aux yeux de certains leaders qui ne se gênent pas pour utiliser la religion pour légitimer ou entretenir des conflits qui satisfont leurs ambitions. Alors est-ce que les religions sont pour la paix ou pour la guerre?

[…]

Si les religions, qui sont en faveur de la paix, ont souvent servi à entretenir des guerres, c’est en raison de l’utilisation qu’on a fait d’elles. En soi, appartenir à une religion devrait plutôt rendre pacifiste, mais il arrive qu’on assiste à un mouvement contraire et que les membres d’une religion deviennent belliqueux. Pourquoi?

[…]

Enfin, il faut aussi dire que les religions ont eu tendance à régler les rapports de leurs membres avec le monde. Si on regarde comment cela s’est vécu dans notre propre tradition, on voit que les choses ont bien changé à travers les siècles et qu’elles peuvent donc changer encore. […] Les intérêts politiques et surtout économiques, sans oublier les coutumes rattachées aux convictions religieuses (je pense ici à des pratiques alimentaires, mais aussi à des visions du monde), font souvent manquer les occasions de rapprochement et les transforment plutôt en lieux de conflits et parfois même de guerre, surtout quand le pétrole entre en jeu!

On voit donc par ces brèves évocations, que la vocation même des religions les expose à devenir facteurs de paix ou de guerre selon la façon dont on gère cette vocation. Ces considérations sont par ailleurs très générales et pourront donner des conséquences bien différentes selon la façon dont une religion établira ses priorités, mais aussi selon les pratiques des individus au coeur de l’une ou l’autre religion. Dans le premier cas, il est facile de constater que toutes les religions ne vivent pas le même équilibre, ni les mêmes objectifs dans les rapports qu’elles proposent avec Dieu, entre leurs membres et à l’égard du monde. La place de la foi et la qualité des oeuvres ne sont pas comprises de la même manière dans toutes les religions. Ces différences sont encore multipliées par les attitudes personnelles des membres. Dans ce cas-ci, on devine que la dynamique psychologique des personnes, leur éducation personnelle et les contextes culturels dans lesquels elles se sont développées influent profondément leur manière d’appartenir à leur religion et de la pratiquer. Comment imaginer qu’on va réussir à orienter les religions à bon escient et à en faire des artisans de paix? Comment y voir clair et ajuster les moyens aux objectifs poursuivis?

(Jean-Claude Breton, doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, Religions pour la paix ou la guerre ? Conférences Notre-Dame. Basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec, 4 mars 2012)

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Conquête musulmane

« Dans les siècles qui ont suivi la prédication de Mahomet, le monde musulman s’est d’abord constitué par la conquête militaire. »

(Encyclopédie Larousse, http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/islam/62732#Fi3cRbYXATZeW8sR.99)

 

Croisades chrétiennes

« Une fois les villes conquises, les troupes chrétiennes et leurs chefs, se livraient à des atrocités qui faisaient frémir les chroniqueurs chrétiens qui en avaient été les témoins, certains se plaisaient à pratiquer le cannibalisme. »

(Histoire-France, http://www.histoire-france.net/moyen/croisades)