À Lévis (Québec), on a fait d’une gare deux gares.

À Lévis , on ne fait pas les choses à moitié (il le faut bien : Lévis est l’une des villes les plus populeuses du Québec…); par exemple, quand le conseil municipal trompe la population, il n’y a pas un, pas trois, il n’y a pas la moitié des conseillers municipaux élus par la population qui tentent de prouver à la population que la tromperie qui leur est reprochée n’est pas fondée, non! ce sont tous les membres du conseil qui se jugent incapables de prouver que la tromperie reprochée n’est pas fondée : tous se taisent!

Et quand arrive à Lévis un nouveau bâtiment destiné à accueillir des voyageurs, on ne lui donne pas un nom, on lui en donne deux, parce que ne lui en donner qu’un serait faire les choses à moitié, vous avez compris…

 

gare et gare-fluviale de Lévis 27-06-2016_b

Photo prise par Roger Martel le 27 juin 2016

Mais il y a un problème : le premier nom du bâtiment flambant neuf désigne une chose, le second désigne une autre chose, une chose très-très différente de l’autre. C’est comme si le gros Hôtel Hilton de Québec portait aussi le nom de Gîte touristique Hilton…1

Ayant appris que les autorités compétentes avaient décidé d’appeler Gare de Lévis le bâtiment en construction qui allait accueillir les utilisateurs des traversiers qui font la navette entre Québec et Lévis, je me suis adressé au président du conseil d’administration de la Société des traversiers du Québec, M. François Désy. Je lui ai écrit ceci : « Le mot gare désigne, selon la Commission de toponymie du Québec, un « Emplacement où se trouvent les installations ferroviaires et les bâtiments nécessaires au transit des voyageurs et des marchandises » (http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/normes-procedures/terminologie-geographique/entite.aspx). Le Dictionnaire de l’Académie française définit ainsi le mot gare : « Ensemble des bâtiments et installations établis à chaque station d’une ligne de chemin de fer » (http://www.cnrtl.fr/definition/academie9/gare). Dans un dictionnaire Larousse il est écrit qu’une gare est l’ensemble « des installations de chemin de fer permettant d’assurer les opérations relatives à la circulation des trains, au service des voyageurs et/ou des marchandises » (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/gare/36151) ». Je lui ai aussi dit ceci : « Il serait impossible de comprendre que l’autorité compétente refuse de changer le nom que porte aujourd’hui le bâtiment de Lévis qui accueille les passagers des traversiers qui font la navette entre Québec et Lévis, loin de toute voie ferrée. Le nom gare fluviale devrait remplacer gare. Gare fluviale est le nom utilisé par les quotidiens Le Soleil et Le Journal de Québec, par l’hebdomadaire Le Journal de Lévis, par IciRadio-Canada, par Tourisme Chaudière-Appalaches2. Étonnamment, Monsieur Désy, on trouve aussi le terme gare fluviale dans le site web de votre Société : « La traverse Québec – Lévis relie à longueur d’année les quartiers historiques des deux municipalités […]. Localisées à proximité de pistes cyclables sur les deux rives du Saint-Laurent, nos gares fluviales [de Lévis et de Québec] offrent en plus une liaison directe avec les réseaux de transport en commun » (https://www.traversiers.com/fr/nos-traverses/traverse-quebec-levis/accueil/). Permettez-moi, Monsieur Désy, de mentionner aussi que dans sa Liste complète des types d’entités et leurs définitions, la Commission de toponymie du Québec donne la définition suivante du terme gare maritime : « Bâtiment ou ensemble de bâtiments situé dans un port et destiné à accueillir les passagers des navires, avant l’embarquement ou après le débarquement. Notes. – 1. Il peut s’agir, notamment, des passagers d’un traversier, d’une navette ou d’un navire de croisière. 2. Le terme gare fluviale est employé lorsque la gare est située dans un port fluvial » (http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/normes-procedures/terminologie-geographique/entite.aspx).

Le Société des traversiers du Québec m’a répondu franchement, me semble-t-il. « J’ai […] donné instruction, m’a écrit le président-directeur général de la STQ, M. Jocelyn Fortier, pour que, dorénavant, on prenne soin de n’utiliser que l’expression « Gare fluviale ». J’ai également demandé qu’on fasse l’inventaire des gares fluviales ne portant que le nom de « Gare », et qu’on prépare un plan de correction. La mise en œuvre de ce plan de correction sera évidemment sujette aux disponibilités budgétaires de la STQ. »

À mon avis, il faut que le nom Gare de Lévis, inscrit aujourd’hui sur le bâtiment, soit supprimé ou caché très vite. Parce qu’il est inacceptable d’utiliser un terme qui signifie ensemble « des installations de chemin de fer permettant d’assurer les opérations relatives à la circulation des trains » pour désigner un « Bâtiment ou ensemble de bâtiments situé dans un port et destiné à accueillir les passagers des navires ». Comme il serait inacceptable que l’on débaptise la Société des traversiers pour l’appeler Société des navires traversiers, les navires traversiers étant des navires « dont la route est perpendiculaire à celle que l’on suit » (http://www.cnrtl.fr/definition/traversier).

Une majorité de Lévisiennes et de Lévisiens seront heureux de voir disparaître ou voiler le nom Gare de Lévis tracé sur le bâtiment qui est une gare fluviale. Et le chef de gare fluviale ne risquera pas de devoir jouer des bielles3 devant des voyageurs furieux de découvrir une gare fluviale là où il s’attendait à pouvoir monter dans un train.

Roger Martel, citoyen de Lévis

NOTES

1 – Selon l’Office québécois de la langue française, le gîte est un « Établissement d’hébergement touristique d’un maximum de cinq chambres où le propriétaire occupant offre, pour un prix forfaitaire, le coucher et le petit déjeuner servi sur place », et l’hôtel est un « Bâtiment ou partie de bâtiment aménagé pour loger une clientèle de passage ou non ».)

2 – Sources – Le Soleil (http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/transports/201506/22/01-4880200-la-gare-fluviale-de-levis-ouvre-ses-portes.php); Le Journal de Québec (http://www.journaldequebec.com/2015/04/10/du-retard-dans-le-chantier-de-la-gare-fluviale-a-levis); Le Journal de Lévis (http://www.journaldelevis.com/1120/9255/Nouvelle_gare_fluviale_le_contrat_est_attribue.journaldelevis); iciRadio-Canada (http://ici.radio-canada.ca/regions/quebec/2013/12/20/003-nouvelle-gare-fluviale-levis.shtml); Tourisme Chaudière-Appalaches (https://www.chaudiereappalaches.com/fr/actualites/2013/12/20/devoilement-du-concept-architectural-de-la-nouvelle-gare-fluviale-de-levis/).

3 – Jouer des bielles (jargon ferroviaire) : s’enfuir à toutes jambes.

 

Scène surprenante à Lévis

Levis Parcours-des-anses 28-06-2016 boxeurs-amis 2

 

Nous sommes devant la Gare de Lévis aussi appelée Gare fluviale. À gauche, le laudateur du nom Gare de Lévis; son adversaire arbore les couleurs du camp du nom Gare fluviale. Qui va gagner? Si l’on en juge par l’allure lourde et maladroite des antagonistes, l’affrontement sera très long. 

La scène s’est retouvée par miracle dans l’appareil photo de Roger Martel.

A Villeurbanne (France), le temps du ramadan, Radio Salam dénonce  la radicalisation islamiste

La radio lyonnaise invite toutes sortes d’intervenants chaque soir avant la rupture du jeûne pour dénoncer l’interprétation violente de l’islam.

Source : A Villeurbanne, le temps du ramadan, Radio Salam dénonce  la radicalisation islamiste

 

Source : http://www.lemonde.fr/societe/article/2016/06/28/a-villeurbanne-le-temps-du-ramadan-radio-salam-denonce-la-radicalisation-islamiste_4959587_3224.html vu le 28 juin 2016

A Villeurbanne, le temps du ramadan, Radio Salam dénonce la radicalisation islamiste

LE MONDE | 28.06.2016 à 11h33 |

Par Richard Schittly (Lyon, correspondant)

Dénoncer les dangers de la radicalisation à un auditoire musulman, tous les soirs pendant le ramadan : c’est le pari de Radio Salam, basée à Villeurbanne. Chaque soir, entre 17 heures et 21 h 30, juste avant la rupture du jeûne, la radio associative aborde la religion ou la vie quotidienne, avec pour fil conducteur la volonté de déjouer l’utilisation violente de l’islam. « Méfiez-vous des enfants qui ne parlent pas, là où il n’y a pas de paroles, il y a de la violence », dit par exemple Saïda Douki, psychanalyste, à propos des adolescents qu’on croit sans problème, alors qu’ils sont des « proies idéales pour tous les dealers, de drogue ou de djihad ».

Treize chroniques se succèdent à l’antenne, entrecoupées de musique, de poèmes, de recettes de cuisine et de quelques publicités incitant aux dons. « Nous n’avons pas la prétention d’éradiquer la radicalisation, c’est un phénomène complexe, un jeune ne devient pas terroriste en trois jours. Nous cherchons à donner des outils aux familles pour déceler les signaux précurseurs », explique Wafa Dahman, directrice de la radio. « Nous touchons la sphère familiale, nous dépassons les grandes campagnes des pouvoirs publics, nous ressentons ce qui pose problème, nous sommes dans l’action de terrain. »

« Réfléchir à un contre-discours »

Pour s’adresser aux jeunes qui pourraient céder aux apprentis sorciers de la parole divine, Ghaleb Bencheikh cite à l’antenne le verset 59 de la sourate 4 : « Vous qui avez cru, obéissez à Dieu, au Prophète et au détenteur de l’ordre parmi vous. » Avec ce « et », qui induit une simultanéité du religieux et du politique, l’islamologue s’amuse à voir un signe de laïcité dans le Coran même.

Le choix des invités fait le pont entre cultures arabe et française. Quand elle constate le déclin de la figure paternelle dans la plupart des profils des terroristes impliqués dans les derniers attentats, la psychanalyste Saïda Douki explique à l’antenne les particularités de l’autorité paternelle dans les mentalités arabo-musulmanes et dénonce avec plus de pertinence le piège tendu par les islamistes à travers une autorité de substitution.

Créée voici vingt-cinq ans, Radio Salam veut démontrer que la donne a changé chez les Français musulmans, depuis les attentats de 2015. Elle affiche une volonté de regarder les choses en face. Au lendemain de l’assassinat d’un couple de policiers à Magnanville (Yvelines), Azzedine Gaci traduit ce verset : « L’homme n’est pas sur Terre pour détruire la vie mais pour la donner, la préserver. »

Désolé de voir sa religion mal perçue, à cause des concepts religieux dévoyés par l’idéologie islamiste, le recteur de la mosquée Othmane de Villeurbanne affirme, lundi 27 juin sur les ondes de Radio Salam : « Il est urgent d’étudier les moteurs de la radicalisation, ses lieux de production, il faut réfléchir à un contre discours en provenance des responsables religieux et des imams en particulier. »

Richard Schittly (Lyon, correspondant), Journaliste au Monde

Juin, juillet, août, les écoliers sont en vacances; encourageons-les à lire de beaux textes. Savoureux comme LE CHAT QUI S’EN VA TOUT SEUL.

INTRODUCTION

Dans Le chat qui s’en va tout seul, Kipling imagine comment les animaux ont été domestiqués par l’homme aux temps ancestraux. Il y a d’abord eu le chien qui, grâce à ses talents de chasseur et sa capacité à garder le logis, a été accepté dans la grotte. Ensuite, ce fut au tour du cheval et de la vache, amadoués par le foin fraîchement coupé. Le premier devint un fidèle destrier tandis que la seconde fournit chaque jour son lait frais et onctueux. Seul le chat resta sauvage. Vagabond dans l’âme, il ne devint jamais un ami ou un serviteur de l’homme. Mais quand il décida d’entrer dans la caverne pour profiter du feu et du bon lait, il dut se montrer plus malin que les humains pour devenir le roi du foyer tout en gardant son indépendance et cette petite dose d’ingratitude qui le caractérise.

(http://litterature-a-blog.blogspot.ca/2011/12/le-chat-qui-sen-va-tout-seul-calendrier.html)

————————————————————————-

 

Source : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Chat_qui_s’en_va_tout_seul

Rudyard Kipling, Le Chat qui s’en va tout seul, 1902

Traduction de Robert d’Humières et Louis Fabulet, 1903

Hâtez-vous d’ouïr et d’entendre ; car ceci fut, arriva, devint et survint, ô Mieux Aimée, au temps où les bêtes Apprivoisées étaient encore sauvages. Le Chien était sauvage, et le Cheval était sauvage, et la Vache était sauvage, et le Cochon était sauvage — et ils se promenaient par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, tous sauvages et solitairement. Mais le plus sauvage de tous était le Chat. Il se promenait seul et tous lieux se valaient pour lui.

Naturellement, l’Homme était sauvage aussi. Il était sauvage que c’en était affreux. Il ne commença à s’apprivoiser que du jour où il rencontra la Femme, et elle lui dit qu’elle n’aimait pas la sauvagerie de ses manières. Elle s’arrangea, pour y coucher, une jolie caverne sèche au lieu d’un tas de feuilles humides ; elle poudra le sol de sable clair et elle fit un bon feu de bois au fond de la caverne ; puis elle pendit une peau de cheval, la queue en bas, devant l’entrée de la caverne, et dit :

— Essuie tes pieds, mon ami, quand tu rentres ; nous allons nous mettre en ménage.

Ce soir, Mieux Aimée, ils mangèrent du mouton sauvage cuit sur les pierres chaudes et relevé d’ail sauvage et de poivre sauvage ; et du canard sauvage farci de riz sauvage et de fenouil sauvage et de coriandre sauvage ; et des os à moelle de taureaux sauvages et des cerises sauvages, avec des arbouses de même. Puis l’Homme, très content, s’endormit devant le feu ; mais la Femme resta éveillée, à peigner ses cheveux. Elle prit l’épaule du mouton — la grande éclanche plate — et elle en observa les marques merveilleuses ; puis elle jeta plus de bois sur le feu et fit un Sortilège. Ce fut le premier Sort qu’on eût fait sur la terre.

Là-bas, dans les Bois Mouillés, tous les Animaux sauvages s’assemblèrent où ils pouvaient voir de loin la lumière du feu, et ils se demandèrent ce que cela signifiait.

Alors Cheval Sauvage piaffa et dit :

— Ô mes Amis, et vous, mes Ennemis, pourquoi l’Homme et la Femme ont-ils fait cette grande lumière dans cette grande Caverne, et quel mal en souffrirons-nous ?

Chien Sauvage leva le museau et renifla l’odeur du mouton cuit et dit :

— J’irai voir ; je crois que c’est bon. Chat, viens avec moi.

— Nenni ! dit le Chat. Je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi. Je n’irai pas.

— Donc, c’est fini nous deux, dit Chien Sauvage. Et il s’en fut au petit trot.

Il n’avait pas fait beaucoup de chemin que le Chat se dit : « Tous lieux se valent pour moi. Pourquoi n’irais-je pas voir aussi, voir, regarder, puis partir à mon gré ? » C’est pourquoi, tout doux, tout doux, à pieds de velours, il suivit Chien Sauvage et se cacha pour mieux entendre.

Quand Chien Sauvage atteignit l’entrée de la Caverne, il souleva du museau la peau du cheval sauvage et renifla la bonne odeur du mouton cuit, et la Femme, l’œil sur l’éclanche, l’entendit, et rit, et dit :

— Voici le premier. Sauvage enfant des Bois Sauvages, que veux-tu donc ?

Chien Sauvage dit :

  • Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, qu’est-ce qui sent si bon par les Bois Sauvages ?

Alors la Femme prit un os du mouton et le jeta à Chien Sauvage et dit :

— Sauvage enfant du Bois Sauvage, goûte et connais.

Chien Sauvage rongea l’os, et c’était plus délicieux que tout ce qu’il avait goûté jusqu’alors, et dit :

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, donne-m’en un autre.

La Femme dit :

— Sauvage enfant du Bois Sauvage, aide mon Homme à chasser le jour et garde ce logis la nuit, et je te donnerai tous les os qu’il te faudra.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes, voici une Femme très maligne ; mais elle n’est pas si maligne que moi.

Chien Sauvage entra, rampant, dans la Caverne et mit sa tête sur les genoux de la Femme, disant :

— Ô mon Amie, Femme de mon Ami, j’aiderai ton Homme à chasser le jour, et la nuit je garderai la Caverne.

— Tiens, dit le Chat aux écoutes, voilà un bien sot Chien !

Et il repartit par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, en remuant la queue et tout seul. Mais il ne dit rien à personne. Quand l’Homme se réveilla, il dit :

— Que fait Chien Sauvage ici ?

Et la Femme dit :

— Son nom n’est plus Chien Sauvage, mais Premier Ami ; car il sera maintenant notre ami à jamais et toujours. Prends-le quand tu vas à la chasse.

La nuit d’après, la Femme fut couper à grandes brassées vertes de l’herbe fraîche aux prés riverains et la sécha devant le feu. Cela fit une odeur de foin, et la Femme, assise à la porte de la Grotte, tressa un licol en lanières de cuir et regarda l’éclanche — le grand os de mouton plat — et fit un Sortilège. Elle fit le Second Sort qu’on eût fait sur la terre. Là-bas, dans les Bois Sauvages, tous les animaux se demandaient ce qui était arrivé à Chien Sauvage. À la fin, Poulain Sauvage frappa du pied et dit :

— J’irai voir et rapporter pourquoi Chien Sauvage n’est pas revenu. Chat, viens avec moi.

— Nenni ! dit le Chat. Je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi. Je n’irai pas.

Mais, tout de même, il suivit Poulain Sauvage, tout doux, tout doux, à pas de velours, et se cacha pour mieux entendre.

Quand la Femme entendit Poulain Sauvage qui butait en marchant sur sa longue crinière, elle rit et dit :

— Voici le second. Sauvage enfant du Bois Sauvage, que me veux-tu ?

Poulain Sauvage dit :

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, où est Chien Sauvage ?

La Femme rit, ramassa l’éclanche et le regarda, puis dit:

— Sauvage Enfant du Bois Sauvage, tu n’es pas venu pour Chien Sauvage, mais pour le foin qui sent bon.

Et Poulain Sauvage, qui butait en marchant sur sa longue crinière, dit :

— C’est vrai ; donne-m’en à manger. La Femme dit :

— Sauvage Enfant du Bois Sauvage, courbe la tête et porte le présent que je te donne ici ; à ce prix, mangeras-tu l’herbe merveilleuse trois fois le jour ?

  • Ah ! dit le Chat aux écoutes, voici une Femme très maligne ; mais elle n’est pas aussi maligne que moi.

Kipling_Le chat-qui-s'en-va-tout-seul_Image de la Caverne où l'Homme et la Femme habitaient au commencement de tout

Ça, c’est l’image de la Caverne où l’Homme et la Femme habitaient au commencement de tout. C’était vraiment une Caverne très bien et beaucoup plus chaude qu’elle n’en a l’air. L’Homme a une pirogue. Elle est sur le bord de la rivière et trempe dans l’eau pour gonfler le bois. La chose en ficelles, en travers de la rivière, est le filet dont l’Homme se sert pour prendre du saumon. Il y a de jolies pierres propres pour aller de l’entrée de la Caverne à la rivière, afin que l’Homme et la Femme puissent descendre chercher de l’eau sans se mettre du sable entre les doigts de pied. Les affaires qui ressemblent à des cafards, plus loin, le long de la rive, sont vraiment des troncs d’arbres morts qui ont descendu la rivière, venus des Bois Sauvages. L’Homme et la Femme les tiraient de l’eau afin de les sécher, puis de les couper avant de les brûler. Je n’ai pas dessiné la peau du cheval qui fermait l’entrée de la Caverne, parce que la Femme vient de la décrocher pour la laver. Toutes ces petites taches sur le sable, entre ta Grotte et la rivière, sont les marques des pieds de l’Homme et de la Femme. L’Homme et la Femme sont ensemble dans la Grotte, en train de dîner. Ils prirent une Caverne plus commode après l’arrivée du Bébé, parce que le Bébé avait pris l’habitude de s’en aller à quatre pattes jusqu’à la rivière et de tomber dedans, après quoi il fallait que le Chien le repêche.

Poulain Sauvage courba la tête et la Femme glissa par-dessus le licol de cuir tressé, et Poulain Sauvage souffla sur les pieds de la Femme et dit :

— Ô ma Maîtresse, Femme de mon Maître, je serai ton esclave à cause de l’herbe merveilleuse.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes, voilà un sot Poulain. Et il s’en retourna par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, en remuant la queue et tout seul. Mais il ne dit rien à personne.

Quand l’Homme et le Chien revinrent de la chasse, l’Homme dit :

— Que fait le Poulain Sauvage ici ?

Et la Femme dit :

— Il ne s’appelle plus Poulain Sauvage, mais Premier Fidèle ; car il nous portera de place en place, désormais et toujours. Monte sur son dos, quand tu vas à la chasse.

Le jour après, la tête haute pour que ses cornes ne se prennent pas aux branches des arbres sauvages, Vache Sauvage vint à la Caverne, et le Chat suivit, se cachant comme avant ; et tout arriva tout à fait comme avant ; et le Chat dit les mêmes choses qu’avant ; et quand Vache Sauvage eut promis son lait à la Femme tous les jours, en échange de l’herbe merveilleuse, le Chat s’en retourna par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, en remuant la queue et tout seul, juste comme avant. Mais il ne dit rien à personne. Et quand l’Homme, le Cheval et le Chien revinrent de la chasse et demandèrent les mêmes questions qu’avant, la Femme dit :

— Son nom n’est plus Vache Sauvage, mais Nourricière du Logis. Elle nous donnera le bon lait tiède et blanc, désormais et toujours, et je prendrai soin d’elle, pendant que toi, Premier Ami et Premier Fidèle vous serez à la chasse.

Le jour après, le Chat attendit voir si quelque autre Chose Sauvage s’en irait à la Caverne ; mais rien ne bougea dans les Chemins Mouillés du Bois Sauvage. Alors le Chat s’en fut tout seul, et il vit la Femme qui trayait la Vache, et il vit la clarté du feu dans la Caverne, et il sentit l’odeur du lait tiède et blanc.

Chat dit :

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, où Vache Sauvage est-elle allée ?

La Femme rit et dit :

— Sauvage Enfant du Bois Sauvage, retourne au Bois d’où tu viens, car j’ai rattaché mes cheveux, j’ai serré l’éclanche magique, et nous n’avons plus besoin, dans notre Caverne, d’amis ni de serviteurs.

Chat dit :

— Je ne suis pas un ami et je ne suis pas un serviteur. Je suis le Chat qui s’en va tout seul, et je désire entrer dans votre Grotte.

La Femme dit :

— Alors, pourquoi n’es-tu pas venu la première nuit avec Premier Ami ?

Chat se fâcha très fort et dit :

— Chien Sauvage a-t-il fait des contes sur moi ? Alors la Femme rit et dit :

— Tu es le Chat qui s’en va tout seul, et tous lieux se valent pour toi. Tu n’es ami ni serviteur. Tu l’as dit toi-même. Va-t’en donc, puisque tous lieux se valent, te promener à ton gré.

Alors Chat fit semblant de regretter et dit :

— N’entrerai-je donc jamais dans la Grotte ? Ne m’assoirai-je jamais près du feu qui tient chaud ? Ne boirai-je jamais le lait tiède et blanc ? Vous êtes très sage et très belle. Vous ne devriez pas faire de mal, même à un Chat.

La Femme répondit :

— Je savais que j’étais sage ; mais belle, je ne savais pas. Soit. Nous ferons un marché. Si jamais je prononce un seul mot à ta louange, tu pourras entrer dans la Grotte.

— Et si tu en prononces deux ? dit le Chat.

— Cela n’arrivera jamais, dit la Femme ; mais si je prononce deux mots à ta louange, tu pourras t’asseoir près du feu dans la Grotte.

— Et si tu dis trois mots ? dit le Chat.

— Jamais cela n’arrivera, dit la Femme ; mais si je dis trois mots à ta louange, tu pourras laper le lait tiède et blanc trois fois le jour, à jamais.

Alors le Chat fit le gros dos et dit :

— Que le rideau qui ferme la Grotte, le Feu qui brûle au fond et les pots à lait rangés près du Feu soient témoins de ce qu’a juré mon Ennemie, Femme de mon Ennemi.

Et il s’en alla par les Chemins Mouillés des Bois Sauvages, remuant la queue et tout seul.

Cette nuit-là, quand l’Homme, le Cheval et le Chien revinrent de la chasse, la Femme ne leur parla pas du marché qu’elle avait fait avec le Chat, parce qu’elle avait peur qu’il ne leur plût point.

Chat s’en alla très loin et se cacha parmi les Mousses Mouillées des Bois Sauvages, tout seul, à son gré, pendant très longtemps, si long que la Femme n’y pensa plus. Seule, la Chauve-Souris, la petite Souris-Chauve, qui pendait tête en bas à l’intérieur de la Grotte, sut où il se cachait, et, tous les soirs, s’en allait voletant lui porter les nouvelles.

Un soir, Chauve-Souris dit :

— Il y a un Bébé dans la Grotte. Il est tout neuf, rose, gras et petit, et la Femme en fait grand cas.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes ; et le Bébé, de quoi fait-il cas ?

— Il aime les choses moelleuses, douces et qui chatouillent. Il aime des choses tièdes à tenir dans les bras en s’endormant. Il aime qu’on joue avec. Il aime tout cela.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes ; alors mon temps est venu.

La nuit après, Chat s’en vint par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage et se cacha tout contre la Grotte jusqu’au matin où l’Homme, le Cheval et le Chien partirent pour la chasse. La Femme faisait la cuisine, ce matin-là, et le Bébé pleurait et l’empêchait de travailler. C’est pourquoi elle le porta hors de la Grotte et lui donna une poignée de cailloux pour jouer. Mais le Bébé continua de pleurer.

Alors le Chat avança sa patte pelote et toucha la joue du Bébé, qui fit risette ; et le Chat se frotta contre les petits genoux dodus et chatouilla du bout de la queue sous le petit menton gras, et le Bébé riait. Et la Femme, l’entendant, sourit.

Alors la Chauve-Souris — la petite Souris-Chauve qui pendait la tête en bas — dit :

— O mon Hôtesse, Femme de mon Hôte et Mère du Fils de mon Hôte, un sauvage enfant des Bois Sauvages est là qui joue très bellement avec votre Bébé.

— Béni soit-il, quelque nom qu’on lui donne, dit la Femme en se redressant. J’avais fort à faire ce matin et il m’a rendu service.

À cette même minute et seconde, Mieux Aimée, la Peau de cheval séchée qui pendait, la queue en bas, devant la porte de la Caverne, tomba — wouch… à cause qu’elle se rappela le marché conclu avec le Chat ; et quand la Femme alla pour la raccrocher — vrai comme je le dis —, voilà qu’elle vit le Chat installé bien aise dans la Grotte.

Kipling Le-chat-quI-s'en-va-tout-seul_Just_So_Stories_(c1912)

Ça, c’est le portrait du Chat qui s’en va par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, remuant la queue et tout seul. Il n’y a pas autre chose dans l’image, excepté des champignons. Ils ne pouvaient pas faire autrement que de pousser là, à cause que les Bois étaient si mouillés. La chose comme une motte sur la branche du bas n’est pas un oiseau. C’est de la mousse qui poussait là, parce- que les Bois Sauvages étaient si mouillés.

Au-dessous de l’image pour de vrai, il y en a une autre de la Caverne commode où l’Homme et la Femme s’installèrent après la venue du Bébé. C’était la Caverne d’été, et Us plantèrent de l’orge devant. L’Homme part sur le dos du Cheval chercher la Vache, afin de la ramener à la Grotte pour se faire traire. Il lève une main pour appeler le Chien qui a traversé à la nage pour courir après des Lapins.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, c’est moi ; car tu as prononcé un mot à ma louange, et maintenant je puis rester dans la Grotte, désormais et toujours. Pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul, et tous lieux se valent pour moi.

La Femme fut très en colère et serra les lèvres et prit son rouet et se mit à filer.

Mais le Bébé pleurait que le Chat fût parti et la Femme n’arrivait plus à le faire taire, car il gigotait et se débattait et devenait violet.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, prends un bout du fil que tu files, attache-le à ton fuseau et laisse-le traîner par terre, et je te montrerai une Magie qui fera rire ton Bébé aussi fort qu’il pleure à présent.

— Je vais le faire, dit la Femme, parce que je suis à bout, mais je ne te dirai pas merci.

Elle attacha le fil au petit fuseau d’argile et le fit traîner par terre ; alors le Chat courut après et lui donna des coups de patte et fit des culbutes et l’envoya par-dessus son épaule et le poursuivit entre ses pattes de derrière et fit semblant de le perdre, et fonça dessus de nouveau jusqu’à ce que le Bébé rît aussi fort qu’il avait pleuré et jouât d’un bout de la grotte à l’autre tant qu’il fut las et s’installa pour dormir avec le Chat dans ses bras.

— Maintenant, dit Chat, je chanterai au Bébé une chanson qui l’empêchera de s’éveiller d’une heure.

Et il se mit à ronronner tout bas, tout doux, tout doux, tout bas, jusqu’à ce que le Bébé s’endormît.

La Femme sourit et les regarda tous deux et dit :

— Voilà qui fut très bien fait. Nul doute que tu sois très habile, ô Chat.

À la minute, à la seconde, Mieux Aimée, la fumée du Feu au fond de la Grotte descendit tout à coup de la voûte — poff ! — parce qu’elle se rappelait le marché fait avec le Chat, et quand elle se dissipa, vrai comme je le dis, voici le Chat installé bien aise auprès du feu !

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, et Mère de mon Ennemi, c’est moi ; car pour la seconde fois tu as parlé à ma louange, et maintenant j’ai droit de me mettre auprès du feu qui tient chaud, désormais et toujours. Pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul, et tous lieux se valent pour moi.

Alors la Femme fut très en colère et défit ses cheveux et remit du bois sur le feu et sortit le grand os d’éclanche et se mit à faire un sortilège qui l’empêchât de dire un troisième mot à la louange du Chat. Ce n’était pas une magie à musique, Mieux Aimée, c’était une magie muette ; et bientôt il fit si tranquille dans la Grotte, qu’un petit, tout petit bout de souris sortit d’un coin noir et traversa en courant.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, cette petite souris fait-elle partie de ton sortilège ?

— Hou ! Oh ! là là ! Au secours !. Non, certes, dit la Femme en laissant tomber l’éclanche et en sautant sur l’escabeau devant le feu et en rattachant ses cheveux dare-dare, de peur que la souris n’y grimpât.

— Ah ! dit le Chat ouvrant l’œil. Alors la souris ne me fera pas de mal si je la mange ?

— Non, dit la Femme, en rattachant ses cheveux, mange-la vite et je t’en serai reconnaissante à jamais.

Chat ne fit qu’un bond et goba la petite souris. Alors la Femme dit :

— Merci mille fois. Le Premier Ami lui-même n’attrape pas les petites souris aussi vivement. Tu dois être très habile.

À la minute, à la seconde, Mieux Aimée, le Pot à Lait qui chauffait devant le feu se fendit en deux — ffft ! — parce qu’il se rappela le marché conclu avec le Chat ; et quand la Femme sauta à bas de l’escabeau — vrai comme je le dis ! — voilà le Chat qui lapait le lait tiède et blanc resté au creux d’un des morceaux.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, c’est moi. Car tu as dit trois mots à ma louange et, maintenant, je pourrai boire le lait tiède et blanc trois fois le jour à tout jamais. Mais, pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi.

Alors la Femme rit et mit devant le Chat un bol de lait tiède et blanc et dit :

— Ô Chat, tu es aussi habile qu’un homme, mais souviens-toi, ton marché ne fut conclu avec l’Homme ni le Chien, et je ne sais pas ce qu’ils feront en rentrant.

— Que m’importe, dit le Chat. Pourvu que j’aie ma place dans la Grotte, près du feu et mon lait tiède et blanc trois fois le jour, je ne me soucie pas de l’Homme ni du Chien.

Ce soir-là, quand l’Homme et le Chien rentrèrent dans la Grotte, la Femme leur dit l’histoire du marché, tandis que le Chat, assis au coin du feu; souriait en écoutant. Alors l’Homme dit :

— Oui, mais il n’a pas fait de marché avec moi ni avec tous les Hommes qui me ressemblent.

Alors il retira ses deux bottes de cuir, il prit sa hachette de pierre (ce qui fait trois) et les rangea devant lui et dit :

— Maintenant nous ferons marché à notre tour. Si tu n’attrapes pas les souris tant que tu seras dans la Grotte à jamais et toujours, je te jetterai ces trois choses partout où je te verrai, et de même feront après moi tous les Hommes qui me ressemblent

— Ah ! dit la Femme aux écoutes, tu es un très habile Chat, mais pas autant que mon Homme.

Le Chat compta les trois choses (elles avaient l’air très dures et bosselées), et il dit :

— J’attraperai des souris tant que je serai dans la Grotte à jamais et toujours ; mais, pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi.

— Pas tant que je serai par là, dit l’Homme. Si tu n’avais pas dit ces derniers mots, j’aurais serré ces choses pour jamais et toujours, mais à présent je te jetterai mes deux bottes et ma hachette de pierre (ce qui fait trois) toutes les fois que je te rencontrerai. Et ainsi feront après moi tous les Hommes qui me ressemblent.

Alors le Chien dit :

— Attends une minute. Il n’a pas fait marché avec moi ni avec tous les Chiens qui me ressemblent.

Et il montra les dents et dit :

— Si tu n’es pas gentil pour le Bébé pendant que je suis dans la Grotte, je te courrai après jusqu’à ce que je t’attrape, et quand je t’attraperai je te mordrai. Et ainsi feront avec moi tous les Chiens qui me ressemblent.

— Ah ! dit la Femme aux écoutes. C’est là un très habile Chat, mais pas autant que le Chien.

Chat compta les crocs du Chien (ils avaient l’air très pointus), et il dit :

— Je serai gentil pour le Bébé tant que je serai dans la Grotte et pourvu qu’il ne me tire pas la queue trop fort, à jamais et toujours. Mais, pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi !

— Pas tant que je suis là, dit le Chien. Si tu n’avais pas dit ces derniers mots, j’aurais refermé ma gueule pour toujours et jamais : mais à présent je te ferai grimper aux arbres en quelque endroit que je te trouve. Et ainsi feront après moi tous les Chiens qui me ressemblent.

Alors l’Homme jeta ses deux bottes et sa hachette de pierre (ce qui fait trois), et le Chat s’enfuit hors de la Grotte et le Chien courut et le fit monter aux arbres ; et de ce jour à celui-ci, Mieux Aimée, trois Hommes sur cinq ne manqueront jamais de jeter des choses à un Chat quand ils le rencontrent, et tous les Chiens courront après et le feront grimper aux arbres. Mais le Chat s’en tient au marché de son côté pareillement. Il tuera les souris, il sera gentil pour les Bébés tant qu’il est dans la maison et qu’ils ne lui tirent pas la queue trop fort. Mais quand il a fait cela, entre-temps, et quand la lune se lève et que la nuit vient, il est le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour lui. Alors il s’en va par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, sous les Arbres ou sur les Toits, remuant sa queue, solitaire et sauvage.

 

FIN

 

Enterrez-moi dans un pays libre.

Enterrez-moi dans un pays libre

 

Poème de Frances Ellen Watkins Harper (traduit par Roger Garaudy)

Creusez mon tombeau où vous le voudrez, qu’importe!

Au bas-fond d’une plaine ou au sommet d’un mont,

Parmi les tombes les plus humbles de la terre,

Mais pas dans un pays où vivent des esclaves.

Je ne pourrais dormir si, autour de ma tombe,

On entendant les pas d’un esclave tremblant.

Son ombre silencieuse au-dessus de ma tombe

Emplirait mon caveau d’effroyables ténèbres.

Je ne pourrais dormir si j’entendais les pas

D’esclaves en convois qu’on mène à l’abattoir,

Et le cri de la mère au désespoir sauvage

Élevant sa malédiction dans l’air tremblant.

Je ne pourrais dormir si je vois le fouet

Boire son sang de chaque épouvantable plaie;

Si je vois ses enfants arrachés à son sein

Comme colombes prises au nid de leurs parents.

Je frémirais, me lèverais, à l’aboiement

Des chiens sanglants s’emparant de leurs proies humaines.

J’entendrais le captif qui supplierait en vain

Quand on lui riverait la torture des chaînes.

Je ne veux nul monument vaniteux et grand

Attirant le regard de ceux qui passeront.

Tout ce que je désire, et que mon cœur appelle,

C’est n’avoir pas ma tombe en un pays d’esclaves.

_ _ _ _

 

Bury Me In A Free Land

 

Poem by Frances Ellen Watkins Harper

 

Make me a grave where’er you will,

In a lowly plain, or a lofty hill;

Make it among earth’s humblest graves,

But not in a land where men are slaves.

I could not rest if around my grave

I heard the steps of a trembling slave;

His shadow above my silent tomb

Would make it a place of fearful gloom.

I could not rest if I heard the tread

Of a coffle gang to the shambles led,

And the mother’s shriek of wild despair

Rise like a curse on the trembling air.

I could not sleep if I saw the lash

Drinking her blood at each fearful gash,

And I saw her babes torn from her breast,

Like trembling doves from their parent nest.

I’d shudder and start if I heard the bay

Of bloodhounds seizing their human prey,

And I heard the captive plead in vain

As they bound afresh his galling chain.

If I saw young girls from their mother’s arms

Bartered and sold for their youthful charms,

My eye would flash with a mournful flame,

My death-paled cheek grow red with shame.

I would sleep, dear friends, where bloated might

Can rob no man of his dearest right;

My rest shall be calm in any grave

Where none can call his brother a slave.

I ask no monument, proud and high,

To arrest the gaze of the passers-by;

All that my yearning spirit craves,

Is bury me not in a land of slaves.

 

HARPER Frances Ellen Watkins (1825-1911) Née de parents libres à Baltimore. Poétesse, conférencière, active abolitionniste. Auteur de plaquettes de poésie : Forest Leaves, Moses-a story of the Nile, sketches of Southern Live (Nathan Irvin Huggins, L’Odyssée noire, © 1979 pour l’édition française Éditions J.A. – Paris, page 220)

 

Sources :

I http://www.poemhunter.com/poem/bury-me-in-a-free-land-2/, pour le texte original.

II Nathan Irvin Huggins, L’Odyssée noire, © 1979 pour l’édition française Éditions J.A. – Paris, page 129, pour la traduction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I http://www.poemhunter.com/poem/bury-me-in-a-free-land-2/, pour le texte original.

II Nathan Irvin Huggins, L’Odyssée noire, © 1979 pour l’édition française Éditions J.A. – Paris, page 129, pour la traduction.

Einstein avait raison, il faut réduire le temps de travail.

Source : http://www.editionsatelier.com/index.php?page=shop.product_details&flypage=bookshop-flypage.tpl&product_id=667&category_id=5&writer_id=690&option=com_virtuemart&Itemid=1 vu le 24 juin 2016

Einstein avait raison, il faut réduire le temps de travail

La semaine de quatre jours, c’est possible

Livre de Pierre LARROUTUROU et de Dominique MÉDA

270 PAGES • Relié  –  Date de parution : 16 Juin 2016

ISBN 978-2-7082-4470-2 EAN-ISBN 9782708244702

Prix Unitaire: 14,00 €

 

Pour des millions de personnes, pas de travail du tout, ou pas assez pour en vivre. Pour des millions d’autres, trop de pression, des journées à rallonge… à n’en plus finir. Comment sortir de cette répartition inégalitaire et insupportable du travail ? Comment combattre ce chômage endémique qui ronge la dignité, le présent, l’avenir, l’espoir ? En facilitant les licenciements ? En assouplissant le Code du travail ? Non. Il existe une autre voie.

S’appuyant sur une analyse très documentée, Pierre Larrouturou et Dominique Méda tournent le dos à ces perspectives régressives pour en proposer une autre : provoquer un choc de solidarité en passant à la semaine de 4 jours. Ils montrent comment cette mesure est capable de créer massivement des emplois sans coût supplémentaire pour les entreprises qui s’engageraient dans cette voie. La seule qui soit en phase avec ce qu’Albert Einstein prédisait dès les années 1930.

Et si Einstein avait raison ?

 

Einstein-avait-raison_temps-de-travaild

 

Les auteurs :

Pierre LARROUTUROU

Pierre Larrouturou est ingénieur agronome et économiste. Fondateur avec Stéphane Hessel du Collectif Roosevelt, il quitte le Parti socialiste en 2013 pour créer Nouvelle Donne. Il est notamment l’auteur de La gauche n’a plus droit à l’erreur (avec Michel Rocard, Flammarion, 2013) et de Non-assistance à peuple en danger (Fayard, 2015).

(http://www.editionsatelier.com/index.php?page=shop.browse&writer_id=691&option=com_virtuemart&Itemid=1)

Dominique MÉDA

Dominique Méda est professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine, directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales et titulaire de la chaire « Reconversion écologique, travail, emploi et politiques sociales » au Collège d’études mondiales. Elle est notamment l’auteure de Réinventer le travail (avec Patricia Vendramin, PUF, 2013) et de La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer (Champs-Flammarion, 2014).

(http://www.editionsatelier.com/index.php?page=shop.browse&writer_id=690&option=com_virtuemart&Itemid=1)

Ils travaillent, mais ils ont à peine le strict nécessaire pour subvenir à leurs besoins. Qu’on les paie convenablement !

GRÈVE DES TRAVAILLEUSES ET TRAVAILLEURS DE CENTRES D’HÉBERGEMENT AU QUÉBEC

levis greve travailleurs centres-d'hebergement 23-06-2016a

Grève à la résidence Les Marronniers de Lévis (rue Wolfe, à côté de l’Hôtel-Dieu)

Photo prise le 23 juin 2016 par Roger Martel.

Par Gérard Bérubé, Le salut par le salaire (Extraits)

(Le Devoir, 23 juin 2016, http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/474107/perspectives-le-salut-par-le-salaire.)

Et si la réponse à cette stagnation séculaire s’étendant à la planète économique, et à ce creusement des inégalités devenu épidémique, passait par une hausse musclée du salaire minimum ? La proposition ne vient pas de la gauche, mais bien du Fonds monétaire international (FMI).

Le FMI jette un regard plutôt lucide sur la réalité économique et sociale des États-Unis. Une petite lecture entre les lignes de l’analyse annuelle 2016 de la première économie mondiale nous rappelle que toutes les interventions traditionnelles tournent désormais à vide. L’assouplissement monétaire est poussé aux limites de l’imaginaire. L’endettement public paralyse l’intervention directe des gouvernements. Et les entreprises préfèrent rémunérer leurs actionnaires plutôt que d’utiliser leurs liquidités autrement oisives à des fins d’investissement productif face à une demande stagnante. Le FMI suggère de miser sur l’emploi, mieux rémunéré.

[…]

Un Américain sur sept vit dans la pauvreté. Pourtant, « 40 % d’entre eux travaillent », s’étonne l’institution de Washington. […]

Sur une base réelle, en dollars constants de 2013, le salaire minimum est resté au même niveau qu’en 1975, les hausses décrétées au fil de ces 40 ans n’ayant permis que de protéger le pouvoir d’achat tel que mesuré par l’indice des prix à la consommation. […]

Au Québec, il [le salaire minimum] est passé à 10,75 $ l’heure le 1er mai dernier, une hausse de 1,9 % sur un an couvrant à peine celle de l’indice des prix à la consommation. Sans compter la hausse des taxes et tarifs à absorber.


 

TRAVAILLER ET ÊTRE QUAND MÊME PAUVRE, ÇA N’A PAS D’BON SENS!

P.-S

Au Québec, les élus qui décideront dans les mois à venir d’augmenter sensiblement ou faiblement le salaire minimum

gagnent beaucoup plus que le salaire minimum, parfois cent fois plus ou davantage.

Nous pouvons donc être certains qu’ils comprendront qu’il est inacceptable que le salaire minimum, au Québec, soit seulement de 10,75 $ l’heure.

N’est-ce pas?

LIRE AUSSI, DANS LEPASSEUR DE LA COTE.COM, l’article Einstein avait raison, il faut réduire le temps de travail au https://lepasseurdelacote.com/2016/06/24/7279/