Enterrez-moi dans un pays libre.

Enterrez-moi dans un pays libre

 

Poème de Frances Ellen Watkins Harper (traduit par Roger Garaudy)

Creusez mon tombeau où vous le voudrez, qu’importe!

Au bas-fond d’une plaine ou au sommet d’un mont,

Parmi les tombes les plus humbles de la terre,

Mais pas dans un pays où vivent des esclaves.

Je ne pourrais dormir si, autour de ma tombe,

On entendant les pas d’un esclave tremblant.

Son ombre silencieuse au-dessus de ma tombe

Emplirait mon caveau d’effroyables ténèbres.

Je ne pourrais dormir si j’entendais les pas

D’esclaves en convois qu’on mène à l’abattoir,

Et le cri de la mère au désespoir sauvage

Élevant sa malédiction dans l’air tremblant.

Je ne pourrais dormir si je vois le fouet

Boire son sang de chaque épouvantable plaie;

Si je vois ses enfants arrachés à son sein

Comme colombes prises au nid de leurs parents.

Je frémirais, me lèverais, à l’aboiement

Des chiens sanglants s’emparant de leurs proies humaines.

J’entendrais le captif qui supplierait en vain

Quand on lui riverait la torture des chaînes.

Je ne veux nul monument vaniteux et grand

Attirant le regard de ceux qui passeront.

Tout ce que je désire, et que mon cœur appelle,

C’est n’avoir pas ma tombe en un pays d’esclaves.

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Bury Me In A Free Land

 

Poem by Frances Ellen Watkins Harper

 

Make me a grave where’er you will,

In a lowly plain, or a lofty hill;

Make it among earth’s humblest graves,

But not in a land where men are slaves.

I could not rest if around my grave

I heard the steps of a trembling slave;

His shadow above my silent tomb

Would make it a place of fearful gloom.

I could not rest if I heard the tread

Of a coffle gang to the shambles led,

And the mother’s shriek of wild despair

Rise like a curse on the trembling air.

I could not sleep if I saw the lash

Drinking her blood at each fearful gash,

And I saw her babes torn from her breast,

Like trembling doves from their parent nest.

I’d shudder and start if I heard the bay

Of bloodhounds seizing their human prey,

And I heard the captive plead in vain

As they bound afresh his galling chain.

If I saw young girls from their mother’s arms

Bartered and sold for their youthful charms,

My eye would flash with a mournful flame,

My death-paled cheek grow red with shame.

I would sleep, dear friends, where bloated might

Can rob no man of his dearest right;

My rest shall be calm in any grave

Where none can call his brother a slave.

I ask no monument, proud and high,

To arrest the gaze of the passers-by;

All that my yearning spirit craves,

Is bury me not in a land of slaves.

 

HARPER Frances Ellen Watkins (1825-1911) Née de parents libres à Baltimore. Poétesse, conférencière, active abolitionniste. Auteur de plaquettes de poésie : Forest Leaves, Moses-a story of the Nile, sketches of Southern Live (Nathan Irvin Huggins, L’Odyssée noire, © 1979 pour l’édition française Éditions J.A. – Paris, page 220)

 

Sources :

I http://www.poemhunter.com/poem/bury-me-in-a-free-land-2/, pour le texte original.

II Nathan Irvin Huggins, L’Odyssée noire, © 1979 pour l’édition française Éditions J.A. – Paris, page 129, pour la traduction.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

I http://www.poemhunter.com/poem/bury-me-in-a-free-land-2/, pour le texte original.

II Nathan Irvin Huggins, L’Odyssée noire, © 1979 pour l’édition française Éditions J.A. – Paris, page 129, pour la traduction.