Des économistes de l’Université Laval contredisent le maire de Lévis : l’existence d’un troisième pont ou d’un tunnel routier entre Lévis et Québec ne stimulerait pas l’économie.

Le 10 février 2016, dans le quotidien Le Soleil de Québec, le journaliste Jean-François Cliche répond à la question suivante : le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, dit-il vrai quand il affirme que le troisième lien (pont, tunnel…) entre sa ville et Québec serait un facteur de développement économique ?

Le 6 février 2016, le maire Lehouillier avait fait cette affirmation : « Moi, je pense que l’avenir économique de la grande région de Québec et de tout l’Est-du-Québec passe par un nouveau lien entre les deux rives. C’est un incontournable ». Il « réagissait aux propos d’un économiste, Jean-Pierre Lessard, qui laissait entendre que l’appui populaire au fameux troisième lien est artificiellement gonflé par le fait que les sondeurs n’incluent pas les coûts du projet – l’équivalent de 16 $ par passage ou de hausse de 20 % des taxes municipales pendant 25 ans, a-t-il illustré – dans leurs questions. M. Lehouillier a qualifié ces chiffres de «calculs réducteurs» trahissant un «manque d’objectivité» et a appelé à «avoir une vision d’ensemble des choses».

Jean-François Cliche a interrogé six économistes de l’Université Laval. Voici le verdict auquel il aboutit : il est :

« Clairement faux [que le troisième lien serait un moteur de développement économique]. Il fait peu de doute qu’un troisième lien allégerait (pour un temps, du moins) le trafic sur les ponts aux heures de pointe, ce qui favoriserait le développement résidentiel sur la rive sud. Mais ce sont des logements qui se construiront de toute manière, avec ou sans pont supplémentaire – ils iront juste ailleurs dans la région. Et la congestion actuelle n’est pas suffisante pour espérer que ce pont/tunnel ait un effet de désenclavement qui stimulerait l’économie. »

(J.-F. Cliche, Le troisième lien : un moteur de développement économique? Le Soleil, 10 février 2016, p. 11; http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/201702/09/01-5068148-le-troisieme-lien-un-moteur-de-developpement-economique.php)

L’évaluateur-conseil Steve Gilbert était aux côtés de M. Lehouillier quand ce dernier a fait la déclaration mentionnée ci-dessus. La journaliste Patricia Cloutier rapporte qu’il « a plaidé pour que le gouvernement ne prenne pas de décision prématurée dans ce dossier. Selon [M. Gilbert], les habitudes de vie des gens et la technologie auront «une influence énorme» au cours des prochaines années. Il cite à ce propos les horaires variables de travail et d’études, qui commencent à s’implanter, le covoiturage populaire chez les jeunes et le développement de la voiture intelligente (sans pilote). (P. Cloutier, Troisième lien: Lehouillier s’en prend aux «calculs réducteurs» d’un économiste, le Soleil, 6 février 2017, http://www.lapresse.ca/le-soleil/actualites/la-capitale/201702/06/01-5066811-troisieme-lien-lehouillier-sen-prend-aux-calculs-reducteurs-dun-economiste.php)

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

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L’autoroute Jean-Lesage, le pont Pierre-Laporte et le pont de Québec vus de la rue des Églises, à Lévis (Charny). (Photo de Roger Martel, 2016)

Tournoi de hockey peewee de Québec – Février 2017

(En 1960 ) OUVERTURE DU PREMIER TOURNOI DE HOCKEY PEE-WEE DE QUÉBEC

Source : Bilan du siècle, http://www.bilan.usherb.ca/bilan/pages/evenements/1343.html

Échelonnée sur huit jours, la première édition du tournoi de hockey pee-wee de Québec connaît des débuts modestes. Au fil des ans, cette compétition accueillera les meilleures équipes du continent, permettant aux amateurs de la Vieille Capitale de voir de futures vedettes du hockey professionnel comme Guy Lafleur , Wayne Gretzky et Mario Lemieux .

Le tournoi de Québec développe même un volet international au cours des années 70 avec la participation de formations européennes et américaines. Les joutes qui se déroulent dans l’enceinte du Colisée de Québec déplacent des foules importantes et permettent à des milliers de jeunes hockeyeurs de vivre une expérience unique.

En référence: Le Soleil, 20 février 1960, p.18.

En complément: Patrice Fontaine, Dictionnaire La Presse des sports du Québec, Montréal, Libre Expression, p.301.

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Photos prises par Roger Martel le 19 février 2017, au Centre Vidéotron

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Sur la patinoire, les peewees… Ailleurs, au Centre Videotron…

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Une spectatrice tourne le dos à la patinoire. Quand elle sera un peu plus âgée, elle fera peut-être partie des joueuses : le tournoi peewee de Québec se féminise.

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LE MOT PEEWEE (PEE-WEE) UTILISÉ AU QUÉBEC

Source : Le grand dictionnaire terminologique (GDT) de l’Office québécois de la langue française, http://gdt.oqlf.gouv.qc.ca/ficheOqlf.aspx?Id_Fiche=26522569

peewee

Domaine Sport

Auteur Office québécois de la langue française, 2014

Définition Catégorie de joueurs âgés de moins de treize ans, dans une équipe de sport organisé.

Termes jugés adéquats pour désigner le concept à l’intérieur d’un domaine spécialisé, conformes au système linguistique du français ou acceptables en vertu des politiques officielles de l’Office

Termes privilégiés

peewee n. m.

Canada

benjamin n. m.

France

moskito n. m.

Suisse

Le terme peewee est un emprunt intégral à l’anglais qui est utilisé par de nombreuses organisations sportives locales et nationales et qui s’est généralisé dans l’usage au Québec et ailleurs au Canada. Les termes benjamin et moskito sont, quant à eux, uniquement employés en Europe.

Selon les rectifications de l’orthographe, le trait d’union est remplacé par la soudure dans les composés de formation onomatopéique ou dans les mots d’origine étrangère. De plus, comme tous les mots empruntés à d’autres langues, peewee suit la règle générale du singulier et du pluriel des mots français. On écrira donc : des peewees.

Au pluriel, on écrira : des moskitos.

II

Source : Gaston Dulong, Dictionnaire des canadianismes, nouvelle édition revue et augmentée, Québec, Éditions du Septentrion, 1999, p. 377. Première édition : 1989. (Dulong : ancien titulaire au département de linguistique de l’Université Laval)

PEEWEE n .m. (angl. Peewee) 1. Jouer de hockey de onze ou douze ans.Les peewees ont leur tournoi annuel international à Québec depuis 1960. 2. Hockey-peewee : hockey pour jeunes garçons de onze et douze ans.

LE MOT ANGLAIS PEEWEE

Source : A Dictionary of Canadianisms on Historical Principles, p. 554), ouvrage publié sous la direction de Walter S. Avis, Toronto, Gage, © 1991, p. 554

Peewee

  1. A player of the 8-12 age group in organized sports for boys.
  2. Lumbering an undersized log.1965 Western Wonderland April 22/1 :… the nine sorting categories [of logs]… are : hemlock, sawlogs… peewees… and lastly, boomsticks.

ÉTYMOLOGIE DU MOT PEEWEE

Source : http://www.etymonline.com/index.php?term=peewee

peewee (adj.) Look up peewee at Dictionary.com

1877, « small, tiny, for children, » a dialect word, possibly a varied reduplication of wee. Attested earlier (1848) as a noun meaning « a small marble. » (Baseball Hall-of-Famer Harold « Peewee » Reese got his nickname because he was a marbles champion before he became a Dodgers shortstop.) As a type of bird (variously applied on different continents) it is attested from 1886, imitative of a bird cry.

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DES GRANDS ONT ÉTÉ SURNOMMÉS PEE-WEE

Pee-Wee Crayton, grand guitariste (Connie Curtis Crayton)

Pee-Wee Russel, grand clarinettiste (Charles Ellsworth Russell)

Pee-Wee Reese, grand joueur de baseball américain (Harold Henry Reese)

Tolérance, ou égalité des religions.

TOLÉRANCE, OU ÉGALITÉ DES RELIGIONS – Texte de Mohandas Karamchand Gandhi

INTRODUCTION

« Gandhi (1869 – 1948) Une vie au service de la non-violence

Après toute une vie consacrée à l’émancipation de l’Inde, Gandhi a eu la douleur de voir son pays se déchirer dans des guerres religieuses sanglantes entre hindous et musulmans. Lui-même hindou, il n’a cessé de plaider pour la réconciliation des deux communautés, ce qui lui a valu d’être accusé de trahison par les fanatiques de sa communauté. Gandhi n’en figure pas moins au panthéon des plus grandes personnalités du XXe siècle. » (https://www.herodote.net/Gandhi_1869_1948_-synthese-42.php)

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Texte de Gandhi tiré de ses Lettres à l’âshram (traduction J. Herbert, Albin Michel, 1948)

Je n’aime pas le mot tolérance, mais je n’en trouve pas de meilleur.

La tolérance peut impliquer la supposition, toute gratuite d’ailleurs, que la foi d’un autre est inférieure à la nôtre, tandis que l’ahimsâ nous enseigne à conserver, pour la foi religieuse d’autrui, le même respect que nous accordons à la nôtre — dont nous reconnaissons ainsi l’imperfection.

Cette admission sera facile pour celui qui cherche la Vérité, pour celui qui obéit à la loi de l’Amour.

Si nous étions parvenus à la pleine vision de la Vérité, nous ne serions plus des chercheurs, nous serions devenus un avec Dieu, car la Vérité est Dieu.

Mais, puisque nous n’en sommes encore qu’à chercher, nous poursuivons notre recherche et nous sommes conscients de notre imperfection.

Or, si nous sommes nous-mêmes imparfaits, la religion telle que nous la concevons doit être imparfaite aussi.

Nous n’avons pas réalisé la religion dans sa perfection, de même que nous n’avons pas réalisé Dieu.

Puisque la religion telle que nous la concevons est imparfaite, elle est toujours susceptible d’évolution et de ré-interprétation.

Le progrès vers la Vérité, vers Dieu, n’est possible qu’en raison de cette évolution.

Et si toutes les conceptions religieuses que se représentent les hommes sont imparfaites, il ne peut être question de supériorité ou d’infériorité de l’une par rapport à l’autre.

Toutes les fois constituent des révélations de la Vérité, mais toutes sont imparfaites et faillibles.

Le respect que nous éprouvons pour d’autres Fois ne doit pas nous empêcher d’en voir les défauts.

Nous devons aussi être intensément conscients des défauts de notre propre foi, et pourtant ne pas l’abandonner pour cette raison, mais essayer de triompher de ces défauts.

Si nous considérions sans partialité toutes les religions, non seulement nous n’hésiterions pas à mêler à la nôtre tous les caractères désirables des autres, mais encore nous estimerions que c’est pour nous un devoir.

Alors la question se pose : pourquoi tant de fois différentes ? L’Ame est une, mais les corps qu’Elle anime sont nombreux.

Nous ne pouvons pas réduire le nombre des corps, et pourtant nous reconnaissons l’unité de l’Ame.

De même qu’un arbre n’a qu’un seul tronc, mais beaucoup de branches et de feuilles, de même il n’existe qu’une seule Religion vraie et parfaite, mais elle devient multiple en passant par l’intermédiaire de l’homme.

La Religion unique est au-delà du domaine du langage.

Des hommes imparfaits ne peuvent l’exprimer que dans le langage dont ils disposent, et leurs paroles sont interprétées par d’autres hommes également imparfaits.

Quelle est l’interprétation qu’on doit accepter comme la vraie ? Chacun a raison de son propre point de vue, mais il n’est pas impossible que tout le monde ait tort.

D’où la nécessité de la tolérance, qui n’est pas de l’indifférence pour sa propre foi, mais un amour plus pur et plus intelligent pour cette foi.

La tolérance nous donne un Pouvoir de pénétration spirituelle qui est aussi éloigné du fanatisme que le pôle Nord du pôle Sud.

La véritable connaissance de la religion fait tomber les barrières entre une foi et l’autre.

En cultivant en nous-mêmes la tolérance pour d’autres conceptions, nous acquerrons de la nôtre une compréhension plus vraie.

Il est clair que la tolérance n’affecte pas la distinction entre le bien et le mal, entre ce qui est juste et ce qui est faux.

Et je n’ai voulu parler ici que des principales conceptions religieuses du monde.

Toutes reposent sur des bases communes.

Toutes ont produit de grands saints.

En feuilletant pour mon propre plaisir les livres sacrés des différentes religions, j’acquis du christianisme, de l’islamisme, du zoroastrisme, du judaïsme et de l’hindouisme une connaissance suffisante pour ce que je voulais en faire. Je peux dire qu’en lisant ces textes, je n’avais absolument aucune partialité, bien qu’à l’époque je n’en fusse peut-être pas conscient.

Quand je me remémore cette époque, je vois que je n’étais pas animé du moindre désir de critiquer aucune de ces religions parce qu’elle n’était pas la mienne, mais que je lisais chaque livre avec respect et que je retrouvais dans chacun d’eux la même moralité fondamentale. Il y a certaines choses que je ne comprenais pas, et que je ne comprends pas encore maintenant, mais l’expérience m’a enseigné que c’est une erreur de croire nécessairement faux ce qu’on ne comprend pas. Certaines choses que je ne comprenais pas alors sont devenues pour moi claires comme le jour. L’impartialité de jugement nous aide à résoudre beaucoup de difficultés, et même lorsque nous critiquons, nous pouvons le faire avec une humilité et une courtoisie qui ne laissent subsister aucune amertume.

Le fait d’accepter la doctrine de l’égalité des religions ne fait pas disparaître la distinction entre religion et irréligion. Nous n’avons pas l’intention d’encourager la tolérance envers l’irréligion. On pourrait soutenir, il est vrai, que, dans certaines conditions, il n’est plus possible de rester impartial, car il incombe alors à chacun de décider pour soi ce qui est religion et ce qui est irréligion.

Si nous obéissons à la loi de l’Amour, nous ne ressentirons aucune haine pour notre frère irréligieux. Nous l’aimerons au contraire et par conséquent ou bien nous l’amènerons à voir son erreur, ou bien il nous fera comprendre la nôtre, ou bien chacun tolérera l’opinion différente de l’autre. Si l’autre n’observe pas la loi de l’Amour, il peut se montrer violent envers nous, mais si nous avons pour lui un amour véritable, notre amour finira par triompher de son animosité.

Tous les obstacles qui sont sur notre route se dissiperont pourvu que nous observions la règle d’or, que nous n’ayons pas d’impatience envers ceux que nous pourrons croire dans l’erreur, et que nous soyons prêt, en cas de besoin, à souffrir personnellement.

NOTE

Une partie du texte ci-dessus a été reproduite au http://oraney.blogspot.ca/2012/01/tolerance-ou-egalite-des-religions.html vu le 14-02-2017, l’autre au https://dictionnairesahajayoga.blogspot.ca/2009/07/sahajayogaluniversalite-des-religions.html. On le trouve aussi dans ce livre : Panorama des idées contemporaines, sous la direction de Gaëtan Picon, Paris, Gallimard 1957, pages 533-534.

Pour prolonger la réflexion

Livre paru en février 2017

Denis Collin, Court traité de la servitude religieuse. Pour une théorie critique du fait religieux

La critique de la religion est pour l’essentiel terminée : voilà ce que Marx écrivait en 1843 (Critique de la philosophie du droit de Hegel). Le début du XXIème siècle semble lui donner tort.

Fondamentalismes, djihadisme, terrorisme : ceux qui pensaient que nous étions définitivement entrés dans un monde matérialiste en sont pour leurs frais. Mais il existe une tradition philosophique pour laquelle vivre sous la conduite de la raison permet de s’émanciper de la servitude religieuse. Il s’agit donc d’en revenir aux principes afin d’examiner ce qu’il en est du fait religieux aujourd’hui.

Éditeur : Paris, L’Harmattan

ISBN : 978-2-343-11318-0 • février 2017 • 90 pages

http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=52817

 

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Gandhi

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Le monde regorge de beautés. Le bien de tous les jours, par exemple.

On a pu parler de la « banalité du mal ». Mais l’on pourrait aussi parler de la « banalité du bien », en se représentant les mille et une expressions de solidarité, de prévenance et d’engagement en faveur du bien d’autrui qui jalonnent nos vie quotidiennes et exercent une influence considérable sur la vie sociale. De plus, ceux qui accomplissent ces innombrables actes d’entraide et de sollicitude disent généralement qu’il est bien « normal » d’aider son prochain. Sil est justifié d’évoquer cette notion de banalité, c’est parce qu’elle est en quelque sorte silencieuse : le bien de tous les jours est anonyme; il ne fait pas la une des médias à la manière d’un attentat, d’un crime crapuleux, ou de la libido d’un homme politique. Et, enfin, s’il y a banalité c’est encore le signe que nous sommes tous potentiellement capables de faire du bien autour de nous. 

 

Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme, La force de la bienveillance, Paris, NiL éditions, 2013, p.110-111

NE RIEN FAIRE C’EST LAISSER FAIRE.

Il ne sert de rien de récriminer contre la corruption des moeurs ou les misères du temps, si on laisse agir en soi et autour de soi les facteurs de cette corruption et de ces misères.

Texte de Gaston Bastide (1901-1969), professeur de philosophie morale

Extrait de Les grands thèmes moraux de la civilisation occidentale, Paris, Bordas, 1958

Dans cette voie donc, qui est celle des valeurs morales, ou bien l’on monte ou bien l’on descend; il ne saurait y avoir de situation de tranquillité stationnaire : qui ne monte pas descend; ne rien faire c’est laisser faire, et nous n’avons d’autre moyen d’éviter la pente des décadences que de faire effort dans le sens d’un progrès. Tout le monde connaît le chant si grave et nostalgique disciplinant l’effort commun des bateliers qui luttent lentement contre l’écoulement du fleuve en marche. L’humanité ressemble à ces haleurs : attelés à la lourde barque de notre destin, nous ne pouvons qu’unir nos forces pour remonter tous vers les sources dont la nostalgie nous travaille mais dont l’espérance nous meut. Que notre effort cesse un instant, et tout descend à la dérive : au chant viril du travail en commun succèdent les vaines clameurs décadentes et catastrophiques, et les anarchiques lamentations d’une humanité qui a perdu le sens de sa destinée. Alors, d’autres hommes viendront qui reprendront la tâche avec courage et qui mettront beaucoup de temps pour retrouver la hauteur qu’ont fait perdre quelques instants de lâcheté.

Il est donc vrai, comme le dit Pascal, que l’homme est « embarqué ». Il n’y a pour lui aucune échappatoire. Il peut bien s’en remettre au déterminisme des choses du soin de régler son existence en tant que chose précisément; mais en tant que personne morale, c’est à lui et à lui seul qu’incombe le soin de l’Humanité. De cela, il faut prendre une conscience vive, au risque d’en éprouver d’abord quelque inquiétude et même quelque angoisse, car on n’est une personne qu’à ce prix. Or, il y a des esprits nombreux et distingués, doués d’une vaste culture, qui s’appuient sur cette culture même pour prononcer l’axiome connu que rien n’est nouveau sous le soleil, que l’histoire est un perpétuel recommencement et qui, en présence de tous les problèmes, affirment d’un air tranquille qu’il en a toujours été ainsi, et qu’il n’en sera jamais autrement. Et ils estiment que cette affirmation leur donne, au regard de leur conscience, le droit de se réfugier dans le monotone ronronnement de la vie quotidienne, loin des problèmes humains qu’ils considèrent comme une vaine agitation.

Oui, certes, l’histoire toujours recommence. Mais ce n’est vrai que dans l’abstrait, et l’abstrait n’a pas d’être ni davantage de valeur. Mais moi, et chacun, et les hommes, nous sommes des réalités concrètes et c’est notre valeur qui est en jeu. Ma vie, votre vie, notre vie, est unique : il ne saurait y en avoir deux, et si elle n’est pas bonne, elle est mauvaise. Il faudrait donc savoir et tenir ferme qu’en ce qui concerne les problèmes humains, aucune échappatoire n’est possible et que, dans ce domaine, ne rien faire, c’est laisser faire ce qu’on n’a pas voulu. Il ne sert de rien de récriminer contre la corruption des moeurs ou les misères du temps, si on laisse agir en soi et autour de soi les facteurs de cette corruption et de ces misères. Ce que les hommes de bonne volonté ne font pas, les hommes de volonté mauvaise se chargent de le faire. Maritain* traduisait quelque part, à sa manière, les désastreux effets de cette abdication : le diable, disait-il, est accroché comme un vampire aux flancs de l’histoire. Il prend part à la marche du monde, principalement, il fait à sa manière qui n’est pas bonne ce que les hommes omettent de faire parce qu’ils dorment; c’est gâté, mais c’est fait. Tant il est vrai que toute abdication de l’Homme laisse la place à l’inhumain.

* Jacques Maritain (1882-1973), philosophe thomiste français

Attentat de Québec, 29 janvier 2017 -La Ligue des droits et libertés rappelle l’urgence de lutter contre le racisme et l’islamophobie.

Montréal, le 1er février 2017 – La Ligue des droits et libertés (LDL) joint sa voix à toutes celles qui ont exprimé dans les derniers jours des messages de solidarité, de sympathies et de réconfort envers les proches des victimes de la tuerie survenue au Centre culturel islamique de Québec ainsi qu’envers les communautés arabo-musulmanes du Québec.

La LDL condamne cet acte et dénonce son caractère raciste et islamophobe. Les témoignages de solidarité exprimés notamment lors des vigiles tenues au lendemain des événements attestent de la volonté d’une partie importante de la population de lutter contre le racisme. Ces messages appellent à la nécessité de reconnaître l’existence de l’islamophobie et à ne pas occulter la portée du discours qui la construit, la conforte et en fait la promotion.

Le contexte politique et médiatique constitue un terreau favorable aux paroles et gestes haineux ciblant régulièrement les communautés arabo-musulmanes, que ce soit dans la rue, sur les médias sociaux ou près de leurs lieux de rassemblement. L’attaque à Québec n’est que la plus récente et la plus violente de ces expressions. Elle ne doit pas nous faire oublier ce qui l’a précédé, notamment le débat identitaire soulevé à chaque proposition législative au sujet de la laïcité de l’État et les discours relayés par certains médias qui renforcent les préjugés contre différents groupes sociaux. Nous devrons agir collectivement sur ces éléments de contexte si nous souhaitons vraiment nous montrer solidaires. Afin de se prémunir contre de tels actes, la LDL réclame de la classe politique qu’elle reconnaisse l’existence de ces conditions, qu’elle assure la tenue d’une commission consultative sur le racisme systémique et qu’elle s’engage dans l’adoption d’une véritable stratégie de lutte contre le racisme. Elle enjoint également la population québécoise à ne pas accepter ni laisser passer les discours racistes et islamophobes. Il ne suffit pas d’affirmer que nous ne sommes pas racistes, il faut s’engager dans la lutte antiraciste.

À propos de la Ligue des droits et libertés

La LDL est un organisme à but non lucratif, indépendant et non partisan, issu de la société civile québécoise et affilié à la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Depuis plus de 50 ans, elle milite en faveur de la défense et de la promotion de tous les droits humains reconnus par la Charte internationale des droits de l’homme.

http://liguedesdroits.ca

Ligue des droits et libertés

516, rue Beaubien Est


Montréal (QC) H2S 1S5

Téléphone 514-849-7717

Télécopieur 514-849-6717

Cell. Médias 514-715-7727

info@liguedesdroits.ca

Attentat de Québec, 29 janvier 2017 – Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr.

« Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : (…) daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature; que ces erreurs ne fassent point nos calamités, et des mains pour nous égorger; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.

Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! qu’ils aient en horreur la tyrannie exercée sur les âmes, comme ils ont en exécration le brigandage qui ravit par la force le fruit du travail et de l’industrie paisible ! Si les fléaux de la guerre sont inévitables, ne nous haïssons pas, ne nous déchirons pas les uns les autres dans le sein de la paix, et employons l’instant de notre existence à bénir également en mille langages divers, depuis Siam jusqu’à la Californie, ta bonté qui nous a donné cet instant. »

Voltaire, (Prière à Dieu) Traité sur la tolérance, 1763; https://fr.wikisource.org/wiki/Traité_sur_la_tolérance/Édition_1763