NAKOMITUNAKA, chanson africaine.

ON PEUT ÉCOUTER NAKOMITUNAKA AU HTTPS://WWW.YOUTUBE.COM/WATCH?V=0ZCH0UNK4DI

La chanson Nakomitunaka

« Cette chanson est une composition du musicien za’irois Kiamwangana Mateta Verckys* et date de l’année 1971 en rapport avec la politique du Recours à l’authenticité [voir ci-dessous] prônée par l’État zaïrois. Elle est chantée par Saak Sakul et ses compagnons Djeskin et Sinatra avant la dislocation de l’orchestre Vévé. »

* Saxophoniste et auteur-compositeur, entre autres, né en1944 au Congo belge (République démocratique du Congo).

(Source : Mpimpa Fiamba Manestor, L’émergence d’une église locale au diocèse d’Idiofa au Congo-Zaïre, tome 1, Thèse présentée à la Faculté des études supérieures de l’Université Laval pour l’obtention du grade de philosophiae doctor (ph.d.), annexe 7, p. 462, Faculté de théologie et de sciences religieuses, Université Laval, Québec, août 2000, © 2000 – Thèse reproduite au http://www.collectionscanada.gc.ca/obj/s4/f2/dsk2/ftp02/NQ55823.pdf)

« Après « Muana Nsuka », voici encore une chanson thématique de grande portée. « Nakomitunaka », fut composée en 1972 par Kiamwangana Mateta dit Verckys après le départ du trio Ma-DJE-SI de l’orchestre Vévé. Elle fut lancée en pleine période de « l’authenticité », lorsque l’église Catholique n’était pas en odeur de sainteté avec le régime Mobutu . D’ailleurs le thème développé dans cette chanson ne plut guère à la clergé, qui avait perdu son influence d’antan. Sinon Verkys aurait dû se réfugier comme Wendo à l’époque coloniale . Autre temps autres moeurs, dit-on. (Messager) »

(Source : http://www.mbokamosika.com/article-22776735.html vu le 5 mars 2017)

Authenticité

« Doctrine politique et culturelle prônant la désaliénation par le recours aux valeurs proprement africaines. »

Source : Mussia Kakama, « Authenticité », un système lexical dans le discours politique au Zaïre [article], in Mots. Les langages du politique, Année 1983, Volume 6, Numéro 1, pp. 31-58, article reproduit au http://www.persee.fr/doc/mots_0243-6450_1983_num_6_1_1095

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Mobutu et la politique de zaïrisation (1965-1997)

Lorsque le colonel Mobutu Sese Seko — Joseph-Désiré Mobutu dit Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga, ce qui signifie «guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne ne puisse l’arrêter» — prit le pouvoir en 1965, appuyé par des États extérieurs (dont la Belgique, la France et les États-Unis), il instaura un régime autoritaire de type présidentiel fondé sur un parti unique, le Mouvement populaire de la révolution (MPR), et entériné par une nouvelle constitution en 1967. Avec l’arrivée au pouvoir du président Mobutu, apparut le concept officiel du «recours à l’authenticité». Cette authenticité fut définie comme le désir d’affirmer l’«africanité congolaise» et le refus d’adopter les valeurs venues d’ailleurs (l’Occident). En 1970, Mobutu devenu général, élu pour un mandat présidentiel de sept ans, lança un vaste programme d’africanisation.

– La zaïrisation linguistique

Dès l’année suivante, le pays changea même de dénomination: le Congo belge devint officiellement le Zaïre. Au nom de l’authenticité, plusieurs interventions à caractère linguistique furent amorcées. Ainsi, le gouvernement rebaptisa les noms des grandes villes (p. ex. Léopoldville > Kinshasa, Élisabethville > Lumumbashi, Stanleyville > Kisangani, Port-Francqui > Ilebo, etc.), des rues, des fleuves, des lacs, etc.; le général-président Mobutu a eu droit à un lac qui porte son nom. On supprima les noms et prénoms étrangers; les patronymes traditionnels africains devinrent obligatoires, ce qui suscita un conflit ouvert avec l’Église catholique, opposée à la déchristianisation des prénoms. Les raisons sociales furent également zaïrianisées, que ce soit dans les établissements d’enseignement, les commerces, les noms des journaux (tout en étant rédigés en français). Les termes de salutation tels que Monsieur, Madame et Mademoiselle furent remplacés par Citoyen, Citoyenne et Maman. Les députés se transformèrent en commissaires du peuple, les ministres, des commissaires d’État, les maires, des commissaires de zone, etc. La monnaie nationale porta aussi le nouveau nom du pays: le zaïre qui deviendra plus tard le nouveau zaïre. Bref, la prise du pouvoir politique par Mobutu s’est traduit également par une prise du pouvoir linguistique.

Cette idéologie du recours à l’authenticité entraîna apparemment la valorisation des langues nationales; elle remit en question le monopole du français. Le domaine de l’enseignement fut particulièrement touché. Après avoir été exclues depuis 1962, les quatre langues nationales — swahili, lingala, kikongo et tshiluba — furent réintégrées officiellement partout au pays dans l’enseignement primaire. Rompant avec le programme de 1962-1963 qui avait entraîné l’usage exclusif du français, Mobutu réintroduisit les langues nationales (le tshiluba, le swahili, le kikongo et le lingala) dans les écoles primaires. Toutefois, cet enseignement resta confiné aux deux premières années du primaire. Cette décision n’a été consacrée par un quelconque arrêté ministériel. Il fallut attendre la circulaire du 31 août 1976, qui consacrait le bilinguisme en introduisant l’usage exclusivement oral du français durant les deux premières années du primaire.

La politique du recours à l’authenticité suscita des espoirs légitimes en matière de valorisation des langues nationales. Beaucoup crurent que cette idéologie allait évoluer vers une prise de position sans équivoque en faveur des langues nationales non seulement dans l’éducation, mais dans l’administration, la presse écrite, la télévision, etc. Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. Des pressions politiques et économiques ont freiné l’expansion des langues nationales au Zaïre. Le discours officiel alla dans le sens de la promotion des langues nationales, mais les comportements des dirigeants furent caractérisés par l’hésitation, la prudence et l’attentisme. La population zaïroise ne comprit pas toujours pourquoi le discours apologétique officiel sur «l’authenticité africaine» ne s’est pas transposé davantage dans la réalité et, surtout, comment il aurait pu être compatible avec le modèle occidental perpétué par ceux-là même qui le décriaient. Beaucoup soupçonnèrent les dirigeants politiques de vouloir récupérer les valeurs ancestrales à des fins strictement personnelles et partisanes.

Autrement dit, pour que le recours à l’authenticité devienne un nouvel ordre linguistique, il aurait fallu qu’il dépasse les formes superficielles et limitées des termes africanisés, et qu’il consacrât les langues nationales comme des facteurs de développement sociale et économique. Mais ce n’est pas ce voulait le maréchal-président Mobutu.

(Source : Québec, CEFAN*, Université Laval, http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/czaire.htm)

*CEFAN : Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord

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NAKOMITUNAKA (Je me demande souvent)

Source : Afrique Noire, Histoire et Civilisations, tome II, XIXe et XXe siècles. Auteurs : Elikia M’Bokolo avec la collaboration de Sophie Le Callennec et de Thierno Bah, Jean Copans, Locha Mateso, Lelo Nzuzi, Paris, Hatier – AUPELF*, © 1992, p. 546

* AUPELF :  Association des universités partiellement ou entièrement de langue française

 

Chanson en français (première version présentée dans cette page web)

 

Je ne cesse de m’interroger

Je ne cesse de m’interroger

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

D’où est sortie la peau noire

D’où est sortie la peau noire

Qui est notre premier ancêtre

Jésus, le fils de Dieu, est un Blanc

Adam et Ève sont des Blancs

Tous les Saints sont des Blancs

Pourquoi

Je ne cesse de m’interroger

Je ne cesse de m’interroger

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

À l’église nous remarquons ceci

Les photos de tous les saints montrent des Blancs

Tous les anges sont des Blancs

Si c’est le diable, la photo représente un Noir, hein

D’où vient cette injustice

Je ne cesse de m’interroger

Je ne cesse de m’interroger

Je ne cesse de m’interroger

Je ne cesse de m’interroger

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

D’où est sortie la peau noire

D’où est sortie la peau noire

Les colonialistes nous ont ainsi trompés

Les statuettes de nos ancêtres, ils les rejettent

Les médicaments indigènes, ils les rejettent

Mais à l’église nous remarquons

Nous prions, le chapelet à la main

Nous prions, à l’église pleine des statuettes

Mais ces statuettes ne représentent que des Blancs

Pourquoi, mon Dieu

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

Nous, nous croyons aux prophètes blancs

Mais eux ne croient pas aux prophètes noirs

Pourquoi nous as-tu créés ainsi, mon Dieu

L’Afrique voit clair

Afrique, il ne faut plus reculer

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

D’où est sortie la peau noire

D’où est sortie la peau noire

Qui est notre premier ancêtre

Jésus, le fils de Dieu, est un Blanc

Adam et Ève sont des Blancs

Tous les Saints sont des Blancs

Pourquoi, mon Dieu

Mon Dieu, je ne cesse de m’interroger

Nous, nous croyons aux prophètes blancs

Mais eux ne croient pas aux prophètes noirs

Pourquoi nous as-tu créés ainsi, mon Dieu

Notre ancêtre à nous les Noirs où est-il

L’Afrique voit clair

Afrique, il ne faut plus reculer


Source : https://www.facebook.com/youngcongoleseentrepreneurs/posts/1392352234423560 vu le 5 mars 230167 –

Chanson en anglais : Aee I ask myself (en lingala: Aee nakomitunaka)

li: Nzambe nakomitunaka

en: God I ask myself

li: Poso mwindo ewutande wapi ?

en: Where did black skin come from?

li: koko nabiso ya kala ye nani yeee?

en: who is our ancestral?

li: Yesu mwana Nzambe ye nde mondele

en: Jesus son of god is white

li: Adamu na Eva bango nde mindele

en: Adam and eve are white

li: Ba Santo niosso bango pe mindele

en: All saints are white

li: pona nini ?

en: Why is like this?

li: Aee nakomitunaka

en: Aee I ask myself

li: Nzambe nakomitunaka

en: God I ask myself

li: Ba buku ya Nzambe tomonaka boye

en: In the books of god this is what we see

li: Ba santo niosso foto se mindele

en: All photos of saints are white

li: Ba angelu niosso bango se mindele

en: All photos of Angels are white

li: Soki Zabulu foto moto mwindo

en: If it’s a demon, the photo is of black person

li: Injustice ewuta wapi ah Mama

en: Where did this injustice come from ah mama

li: Aee nakomitunaka

en: Aee I ask myself

li: Aee nakomitunaka

en: Aee I ask myself

li: Nzambe nakomitunaka

en: God I ask myself

li: Poso mwindo ewutande wapi ?

en: Where did black skin come from ?

li: Bango ko bakanga bisso mayele boye

en: why do we let ourselves be dupped like this

li: bikeko ya ba koko bango ba boyaka

en: the statues of our ancestors they forbid

li: kisi ya ba koko bango ba ndimaka te

en: our ancestral medicine they don’t accept

li: kasi na ndaku ya Nzambe biso to monaka

en: but what we see in churches

li: Toko sambela chapele na maboko

en: we pray with rosary in our hands

li: Toko sambela bikeko bi tondi ndaku

en: we pray with all their statues in the church

li: Kasi bikeko yango se mindele

en: but these statues are all white

li: Pona nini Nzambe?

en: Why God?

li: Aee nakomitunaka

en: Aee I ask myself

li: Nzambe nakomitunaka

en: God I ask myself

li: Ba prophet mindele biso to ndimaka

en: All white prophets we accept

li: kasi ya bato mwindo bango ba ndimaka te

en: but black prophets they don’t accept

li: Pona nini Nzambe osala biso boye?

en: God why have you created us this way?

li: Africa misso efugwuani

en: Africa’s eyes have been opened.

li: Africa tozanga sima te ah mama

en: Africa let’s not go backwards ah mama

li: Aee nakomitunaka

en: Aee I ask myself

li: Aee nakomitunaka

en: Aee I ask myself

li: Nzambe nakomitunaka

en: God I ask myself

li: Poso mwindo ewutande wapi ?

en: Where did black skin come from ?

li: koko nabiso ya kala ye nani yeee

en: who is our ancestral?

li: Yesu mwana Nzambe ye nde mondele

en: Jesus son of god is white

li: Adamu na Eva bango nde mindele

en: Adam and eve are white

li: Ba Santo niosso bango pe mindele

en: All saints are white

li: pona nini ?

en: why?

li: Aee nakomitunaka

en: Aee I ask myself

li: Nzambe nakomitunaka

en: God I ask myself

li: Ba prophet mindele biso to ndimaka

en: All white prophets we accept

li: kasi ya bato mwindo bango ba ndimaka te

en: but black prophets they don’t accept

li: Pona nini Nzambe osala biso boye?

en: God why have you created us this way?

li: Koko na biso bato mwindo azali wapi

en: where is our black ancestor?

li: Africa misso efugwuani

en: Africa’s eyes have been opened.

li: Africa tozanga sima te ah mama

en: Africa let’s not go backwards ah mama

Aee nakomitunaka

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NAKOMITUNAKA

En lingala : http://multidimensions.over-blog.com/2013/12/la-race-noire-quelle-est-son-origine-s-interroge-verckys-dans-sa-chanson-na-ko-mitunaka.html vu le 5 mars 2017

Autre version en français : http://multidimensions.over-blog.com/2013/12/la-race-noire-quelle-est-son-origine-s-interroge-verckys-dans-sa-chanson-na-ko-mitunaka.html vu le 5 mars 2017

 

Verckys_edition-veve-1972-1978

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