Les musulmans et la condamnation de l’utilisation de l’islam pour justifier des actes de violence.

(Les textes suivants vous aideront peut-être à vous forger une opinion, si ce n’est pas déjà fait.)

1 Déclaration du premier ministre du Québec, Philippe Couillard, le 22 juin 2017

« M. Couillard a appelé les leaders des communautés musulmanes à désavouer sans équivoque toute instrumentalisation de l’islam à des fins violentes. La lutte contre le terrorisme constitue une « responsabilité partagée de la société », a-t-il insisté en marge d’une allocution au Domaine Cataraqui en vue de la fête nationale.

« Il y a une responsabilité, bien sûr, d’inclusion pour la société, de sécurité et de prévention, mais il y a également une responsabilité pour la communauté musulmane — partout, pas seulement chez nous, mais ailleurs également — de dénoncer la perversion de la religion que certains utilisent pour commettre des actes inexcusables, impardonnables, soi-disant au nom d’une religion qu’ils ont déformée d’une façon perverse », a-t-il affirmé à la presse. »

(journaliste Marco Bélair-Cirino. Couillard appelle la communauté musulmane à l’action, Le Devoir, 23 juin 2017, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/501881/lutte-au-terrorisme-les-musulmans-ont-leur-part-de-responsabilite-dit-couillard)

2 Réaction d’un imam à la déclaration de Philippe Couillard, le 22 juin 2017

« M. Guillet [imam Hassan Guillet] est tombé des nues en lisant les comptes rendus de la mêlée de presse de M. Couillard.

« Ce que ces gens [les terroristes] font ne correspond pas aux enseignements de notre prophète. Ni au texte du Coran ni à l’esprit du Coran. Ils font plus de tort à l’islam que n’importe qui à travers l’Histoire. Je ne sais pas comment on peut être plus clair que ça », martèle-t-il à l’autre bout du fil. « Quand on s’adresse aux fidèles dans les mosquées, on le dit. Quand on est en famille, on le dit. […] Est-ce que tout le monde nous écoute ? Ça, c’est une autre chose. »

(journaliste Marco Bélair-Cirino. Couillard appelle la communauté musulmane à l’action, Le Devoir, 23 juin 2017, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/501881/lutte-au-terrorisme-les-musulmans-ont-leur-part-de-responsabilite-dit-couillard)

3 Réaction d’un citoyen de Québec à la déclaration de Philippe Couillard, le 26 juin 2017

« L’approche essentialiste du premier ministre fait des musulmans des terroristes en puissance et en devenir. Il y a de quoi se sentir dépouillé d’une bonne partie de ce qui reste de citoyenneté, déjà fortement érodée par l’ostracisme et le rejet qui accompagnent régulièrement les poussées de fièvre identitaire savamment entretenue par la classe politique soutenue par des médias : ADQ [Action démocratique du Québec, ancien parti politique disparu en 2012] pour l’accommodement raisonnable de nature religieuse; PQ [Parti québécois] avec sa Charte des valeurs québécoises; PLQ [Parti libéral du Québec] et la déclaration de son chef à la veille des célébrations de la Saint-Jean, fête nationale d’où les Québécois musulmans se sentent ainsi exclus.

« Rien de mieux pour pousser ces derniers vers le ghetto… »

[] Les pouvoirs publics ont contribué par leur silence à la banalisation d’une islamophobie rampante qui a fini par se manifester au grand jour, dans le sang et dans les larmes le 29 janvier dernier. »

(Touhami Rachid Raffa, citoyen de Québec, Sommes-nous coupables d’être musulmans? Le Soleil, 26 juin 2017, http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/points-de-vue/201706/26/01-5110974-sommes-nous-coupables-detre-musulmans.php)

4 Réaction d’un islamologue musulman à la déclaration de Philippe Couillard, le 28 juin 2017

« … les propos du premier ministre n’ont rien de faux. Il a dit tout simplement tout haut ce qu’une majorité de musulmans pensent tout bas. Il a dit ce que disent la plupart des intellectuels réformistes musulmans depuis des décennies, c’est-à-dire depuis que l’islamisme s’est imposé comme acteur sociopolitique dans toutes les vies politiques des pays musulmans, mais aussi en Occident.

« Ces intellectuels sont des musulmans eux-mêmes. Serait-il logique de les accuser de faire la promotion de leur propre stigmatisation ou de leur propre haine ? Monsieur Couillard n’a pas attaqué l’islam, ni en tant que dogme, ni en tant qu’expérience spirituelle, ni en tant que pratique individuelle. Il a tout simplement fait ce que nous faisions depuis des années. Il a appelé les musulmans d’ici et d’ailleurs à assumer leurs responsabilités pour lutter contre le détournement de leur dogme et de leur spiritualité pour justifier des actes de violence contre des innocents. En tant que musulman et en tant qu’islamologue, je souscris parfaitement et sans réserve à cet appel. Suis-je donc islamophobe ? Est-ce que je me déteste moi-même ?

« Dans une intervention très nuancée, Philippe Couillard a fait clairement la différence entre islam et dérives islamistes. Il a toujours mis en garde contre le danger de stigmatisation de l’ensemble des musulmans. Que peut-on reprocher à notre premier ministre quand il appelle les musulmans à prendre leurs responsabilités dans la critique de l’idéologie islamiste ?

« Or, monsieur Couillard a raison. Les actes de violence qu’il dénonçait sont effectivement faits au nom de l’islam. Il y a toute une industrie qui produit l’idéologie islamiste et qui s’exprime dans les mosquées et les autres institutions de transmission de la culture islamique dont les salafistes djihadistes ont pris le contrôle partout dans le monde. Il revient à nous, les musulmans, de contester et de combattre cette idéologie qui se propage dans nos pays d’origine et dans nos diasporas en situation d’immigration, plutôt que de rester dans le déni et de jouer la carte de la victimisation. Il faut se sortir la tête du sable et affronter la réalité de notre monde moderne. 

[] « L’islam a aujourd’hui besoin d’être réformé. »

(Noomane Raboudi, islamologue et politologue, Université d’Ottawa, Couillard dit tout haut ce qu’une majorité de musulmans pensent tout bas, Le Devoir, 28 juin 2017, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/502204/philippe-couillard-a-dit-tout-haut-ce-qu-une-majorite-de-musulmans-pensent-tout-bas)

5 Réaction d’un éditorialiste à la déclaration de Philippe Couillard, le 29 juin 2017

« Mais, à l’instar de bien des Québécois de confession musulmane, l’universitaire s’insurge contre ce concept de communauté musulmane. Les immigrants musulmans viennent du Maghreb, de l’Iran, de l’Indonésie ; ils peuvent être d’obédience chiite ou sunnite ou encore sans obédience du tout, trop heureux de pouvoir vivre leur foi, ou encore leur non-croyance, en toute liberté dans un État démocratique. D’aucuns parmi eux sont outrés de découvrir dans la société d’accueil une « “communauté musulmane” aux relents islamistes, aussi glauques et étouffants que celle qu’ils avaient fuie », comme le soulignait dans Le Devoir Mahmoud Mezhoud.

« De fait, en s’adressant à cette prétendue communauté musulmane, Philippe Couillard fait le jeu des islamistes qui tentent justement de constituer au Québec une communauté qui pourrait soumettre à sa férule les musulmans. []

« Philippe Couillard est imprégné d’une vision communautariste de la société. []

« Or, nombre de musulmans de toutes origines établis au Québec veulent avant tout être considérés, au même titre que tous les Québécois, comme des citoyens à part entière représentés par leurs élus politiques. Non pas par des imams ou encore des porte-parole autoproclamés aux penchants islamistes. Mais c’est peut-être une vision un peu trop laïque au goût de Philippe Couillard.

(éditorialiste Robert Dutrisac, Couillard et la «communauté» musulmane, Le Devoir, 29 juin 2017, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/502315/la-communaute-musulmane)


De belles épervières à Lévis.

(Photo prise par Roger Martel le 26 juin 2017)