Sans culpabilité aucune, exerçons-nous à pratiquer la belle vertu d’eutrapélie.

Source : Une petite vertu à redécouvrir en vacances…, revue La Vie, 28/06/2017, http://www.lavie.fr/debats/idees/une-petite-vertu-a-redecouvrir-en-vacances-28-06-2017-83233_679.php

Par Denis moreau, professeur de philosophie

Extrait :

L’eutrapélie est une vertu, c’est-à-dire une capacité à bien agir. Pour Thomas d’Aquin, une vertu est toujours un moyen terme entre ces deux extrêmes que sont une exagération et un manque (de là vient la locution latine In medio stat virtus, « La vertu se tient au milieu »). Ce moyen terme ne signifie pas une moyenne statistique ou une sorte de compromis médiocre, mais un optimum, la meilleure façon d’exercer nos capacités : par exemple, la vertu de courage est le juste milieu entre les deux « vices » que sont la couardise et la témérité, la vertu de générosité est le juste milieu entre avarice et prodigalité, etc.

L’eutrapélie est, quant à elle, une « petite vertu », c’est-à-dire un cas particulier de cette grande vertu « cardinale » qu’est la tempérance, conçue comme la capacité à être modéré, à user sur le mode du ni trop ni trop peu des bonnes choses de la vie (la boisson, la nourriture, le sexe, le rire, etc.). Mais ce n’est pas parce qu’une vertu est dérivée d’une autre qu’elle est sans importance. L’eutrapélie, explique Thomas, est tout à fait essentielle : c’est le juste milieu entre la paresse et l’hyperactivité ou l’agitation permanente, et elle consiste donc à savoir accorder à l’esprit crispé, fatigué par le travail, la légitime détente qui lui permet de ne pas se briser sous la tension accumulée.