Le monde regorge de beautés. Exemple : le don de l’aurore d’une vie nouvelle.

NOTE Émile Verhaeren est un poète belge de langue française (1855 -1916); il vécut longtemps célibataire, se maria, la mort le sépara de son amour.

« À proximité de l’abbaye de Bornhem [Belgique] se trouve le grandiose manoir des Comtes de Marnix de Ste Aldegonde, dont les donjons se mirent dans les eaux dormeuses du Vieil-Escaut. À l’ombre de ces grandes avenues, se prépara un événement qui, dans un avenir prochain, apportera à Verhaeren l’aurore d’une vie nouvelle. En l’an 1889, une jeune fille simple et douce, était venue pour donner aux enfants du château des leçons de peinture et de dessin. La jeune artiste, être de silence et de tendresse, qui apparut ainsi dans les chemins de Verhaeren, recélait entre ses mains le sort de ce grand humain douloureux. Ces mêmes doigts caresseront un jour son front en nage, ce même pinceau décorera les humbles murs du Caillou [Caillou-qui-Bique, lieu où Verhaeren avait une résidence] . »

(Jos. de Smet, Émile Verhaeren. 1re PARTIE – 1855-1893, Nouvelle édition, complétée et entièrement remaniée, Malines, Vve Paul Ryckmans, Éditeur, 1922, p. 137)

 

Avec mes sens, avec mon coeur …

 

Avec mes sens, avec mon coeur et mon cerveau,

Avec mon être entier tendu comme un flambeau

Vers ta bonté et vers ta charité

Sans cesse inassouvies,

Je t’aime et te louange et je te remercie

D’être venue, un jour, si simplement,

Par les chemins du dévouement,

Prendre, en tes mains bienfaisantes, ma vie.

Depuis ce jour,

Je sais, oh ! quel amour

Candide et clair ainsi que la rosée

Tombe de toi sur mon âme tranquillisée.

Je me sens tien, par tous les liens brûlants

Qui rattachent à leur brasier les flammes ;

Toute ma chair, toute mon âme

Monte vers toi, d’un inlassable élan ;

Je ne cesse de longuement me souvenir

De ta ferveur profonde et de ton charme,

Si bien que, tout à coup, je sens mes yeux s’emplir,

Délicieusement, d’inoubliables larmes.

Et je m’en viens vers toi, heureux et recueilli,

Avec le désir fier d’être à jamais celui

Qui t’est et te sera la plus sûre des joies.

Toute notre tendresse autour de nous flamboie ;

Tout écho de mon être à ton appel répond ;

L’heure est unique et d’extase solennisée

Et mes doigts sont tremblants, rien qu’à frôler ton front,

Comme s’ils y touchaient l’aile de tes pensées.

 

(Extrait du recueil Les heures d’après-midi)

Source : http://poesie.webnet.fr/lesgrandsclassiques/poemes/mile_verhaeren/avec_mes_sens_avec_mon_coeur.html