À quoi ressemble la très aimée charia vantée par l’imam de Lévis (Québec), M. Karim Elabed? À celle des Maldives?

Lévis, le 24 septembre 2018

Le 18 mai 2017, à Lévis, dans une chapelle catholique dépouillée de son caractère sacré, l’imam de Lévis, M. Karim Elabed, a déclaré aimer énormément la charia, sans la décrire. Il était, ce jour-là, le principal acteur d’une activité publique organisée par le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles et par la Mosquée de Lévis. (Le Tremplin est un organisme subventionné par laVille de Lévis, le Mouvement Desjardins et Centraide; son directeur est M. Guillaume Boivin; c’est M. Elhadji Mamadou Diarra, musulman comme M. Elabed, qui en préside le conseil d’administration.)

Aujourd’hui, beaucoup de personnes aimeraient bien que M. Elabed dise aux Lévisiennes, aux Lévisiens, à toute la population du Québec, si la charia qu’il vante ressemble à celle de la République des Maldives, un pays qui attire beaucoup de touristes (ils ne connaissent pas le sort – ou s’en moquent, des Maldiviennes et des Maldiviens qui « sont soumis à la stricte Charia » et dont « le gouvernement […] a réactivé la peine de mort pour les mineurs âgés d’au moins 7 ans » (sept ans, vous avez bien lu!). ( https://information.tv5monde.com/info/maldives-le-soleil-le-sable-et-le-sang-84192).

Dans la République des Maldives, la charia est appliquée, je le répète.

Il y a beaucoup de citoyennes et de citoyens Musulmans aux Maldives; ce n’est pas étonnant : « L’isolat culturel et religieux [aux Maldives] est […] un fondement de la Constitution qui prescrit que seuls les musulmans peuvent être citoyens du pays ». (Fréderic Bobin, Les Maldives entre tourisme et Coran, LE MONDE | 03.03.2012, https://www.lemonde.fr/international/article/2012/03/03/les-maldives-entre-tourisme-et-coran_1651061_3210.html

PARLANT DES MALDIVES, UN COMITÉ DES NATIONS UNIES (COMITÉ POUR L’ÉLIMINATION DE LA DISCRIMINATION À L’ÉGARD DES FEMMES), ÉCRIT EN 2015 :

Qu’il « est […] préoccupé par l’émergence de cas de mutilations génitales féminines dans l’État partie, en dépit des interdictions législatives ». *

Qu’il « est […] préoccupé par le pourcentage élevé de femmes, qui exercent une activité indépendante ou travaillent dans le secteur informel, dépourvues de protections juridique et sociale; par le taux de chômage élevé chez les femmes et par les écarts salariaux entre les sexes dans les secteurs public et privé. Le Comité s’inquiète également des conditions de travail abusives des migrantes employées de maison. *

Qu’il « note avec une vive inquiétude que les relations sexuelles consenties hors mariage sont toujours punies par des peines de flagellation, ce qui touche les femmes et les filles de manière disproportionnée et les dissuade de dénoncer les actes sexuels délictueux. »  *

* (Observations finales du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes concernant les quatrième et cinquième rapports périodiques présentés en un seul document : Maldives*, https://ww.ohchr.org/fr/countries/asiaregion/pages/mvindex.aspx).

PARLANT DES MALDIVES, UN COMITÉ DES NATIONS UNIES (COMITÉ DES DROITS DE L’ENFANT) ÉCRIT EN 2015 :

Qu’il « note avec préoccupation que, alors que le tourisme est le principal pilier de l’économie de l’État partie et que des enfants seraient livrés à la prostitution dans le contexte touristique des plages, des bateaux de croisière (« safari boats ») et des maisons d’hôtes, l’État partie n’a toujours pas adopté de mesures pour protéger les enfants des violations de leurs droits qui peuvent naître des activités touristiques, notamment le tourisme pédophile. » **

Qu’il est préoccupé par la : « contradiction entre l’article 20 de la Constitution, qui consacre l’égalité de tous les citoyens, et l’article 9 b), qui impose aux Maldiviens d’être musulmans et dispose que les non-musulmans ne peuvent pas obtenir la nationalité maldivienne ». **

Qu’il est préoccupé par « Le fait que les filles restent victimes de discrimination, en droit et en pratique, notamment qu’elles sont assujetties à la volonté des personnes exerçant sur elles une tutelle paternelle, en vertu de la loi relative à la famille, et n’ont pas le droit d’hériter ». **

** Comité des droits de l’enfant Observations finales concernant le rapport des Maldives valant quatrième et cinquièmes rapports périodiques, https://www.ohchr.org/fr/countries/asiaregion/pages/mvindex.aspx

Je pourrais énumérer bien d’autres passages de rapports de l’ONU sur les Maldives, mais je pense que ceux qui précèdent donnent une bonne idée de ce qu’est la charia et la vie en République islamique des Maldives. On aimerait savoir ce qu’en pense M. Elabed ?

La prochaine fois que je croiserai l’imam de Lévis, je luis dirai : « Me permettrez-vous de vous présenter une demande que vous jugerez certainement raisonnable. J’aimerais que les musulmanes et les musulmans s’entendent pour retirer rapidement du Coran un passage qui fait peur à beaucoup de gens au Canada et ailleurs; il s’agit du passage où dieu ordonne de tuer les chrétiens et les juifs. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour établir qu’il n’est pas sage de garder ce message dans le Coran, vous en conviendrez, vous qui accueillez volontiers des chrétiens et des juifs dans votre commerce. »

Roger Martel, citoyen de Lévis

Membre de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) de 1981 à 2007. Ancien employé du Bureau de la traduction du Gouvernement du Canada. Principal artisan (bénévole) de la publication de huit numéros de la revue trimestrielle de la Société d’histoire régionale de Lévis (2006-2008). Pendant douze ans (1986-1998), principal artisan (bénévole), après les élèves, du journal de l’école primaire Saint-Dominique de Lévis en qualité de père d’élèves, puis de parent d’anciens élèves. Membre fondateur de la Société québécoise d’histoire de la pharmacie. Travailleur bénévole au Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles depuis 2013. Libre d’antécédents judiciaires.

P.-S. Voltaire (philosophe et écrivain français1694 – 1778) s’est demandé qu’elle serait la moins mauvaise religion; sa réponse se termine ainsi : ne serait-ce pas celle « qui n’enseignerait que l’adoration d’un Dieu, la justice, la tolérance et l’humanité ? »

Note 1 –

J’enverrais bien ce texte à M. Elabed; mais comme il ne me répond jamais… Il y a un certain temps, j’ai invité M. Elhadji Mamadou Diarra, président du conseil d’administration du Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, à tenir avec moi un « dialogue » public sur la religion, l’islam, le christianisme, sur l’activité publique organisée en 2017 par le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles et par la Mosquée de Lévis; nous aurions échangé des lettres, ces lettres auraient été publiées dans le web; M. Diarra préférait que nous nous parlions entre quatre murs. J’ai écrit au président du Centre culturel islamique de Québec, M. Mohamed Labidi; mes critiques auraient dû le faire régir; j’attends encore quelques mots de lui.

Note 2 –

À retenir : « Certains principes énoncés dans la loi islamique [charia] contreviennent aux principes ayant qualité de droits de l’homme, au premier rang desquels la liberté religieuse. Selon la charia, un musulman n’a pas le droit de quitter sa religion pour une autre ou pour l’athéisme. Il s’agit d’un acte d’apostasie qui engendre sa mort civile (ouverture de sa succession) et qui mérite la peine de mort.

« La Grande Chambre de la Cour européenne des droits de l’homme a eu l’occasion de donner un élément de réponse à cette question de compatibilité en 2003 : Celle-ci « partage l’analyse effectuée par la chambre quant à l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie, tels qu’ils résultent de la Convention »[1].

Source : ECLJ, https://eclj.org/religious-freedom/pace/la-charia-est-elle-compatible-avec-les-droits-de-lhomme-?lng=fr (Selon son site web, « L’ECLJ est une organisation internationale non gouvernementale fondée en 1998 et dédiée à la promotion et la protection des droits de l’homme en Europe et dans le monde. L’ECLJ est titulaire du statut consultatif spécial auprès des Nations Unies / ECOSOC depuis 2007 ».) 

Note 3 – Extraits de Sami Aoun, Le Retour turbulent de Dieu. Politique, religion et laïcité, Médiaspaul, © 2011

« … les conflits entre l’interprétation de la charia et les droits de l’homme sont multiples. La charia n’a pas permis d’abolir carrément et expressément l’esclavage, même si ses règles font de la libération d’un esclave converti un acte méritoire et récompensé. Les châtiments corporels (hudûd) vont à l’encontre des droits de l’homme, mais sont prescrits explicitement par la charia.

[]

« La liberté de culte est également problématique dans ce contexte. En effet, le verset coranique édictant qu’il n’y a point de contrainte dans la religion ne peut pas faire oublier d’autres prescriptions coraniques discriminantes envers ceux considérés comme apostats, tel : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’en faire un grand carnage. Et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits. » (Coran 47 : 4). Il en va de même de la situation de la femme qui comprend la légitimité religieuse du port du voile. Ce dernier est sujet de débat jusqu’à aujourd’hui,hui entre une mouvance majoritaire soucieuse de préserver le voile de la femme comme un ordre divin, et une autre, religieuse aussi, mais dissidente, qui le rejette expressément. La polygamie perçue comme une injustice par la Déclaration des droits de l’homme de 1948, reste une pratique sauvegardée par les dispositions de la charia et perpétuée par le droit interne des pays de l’espace musulman. La même perception s’applique à la procédure du divorce par l’homme et la demande du divorce par la femme, ainsi qu’à la question de l’héritage où la charia a institué un droit de la femme à hériter la moitié de la part du garçon.

« En conclusion, il faut noter que les sujets de controverse, aussi bien du côté chrétien que du côté musulman, constituent un blocage sérieux pour le dialogue islamo-chrétien, qui exige de respecter la liberté de conscience de l’interlocuteur. Ce dialogue est appelé à englober les droits de l’homme, seul garant du « vivre ensemble ».

Sami Aoun, Le Retour turbulent de Dieu. Politique, religion et laïcité, Médiaspaul, © 2011, p. 109-111 –

Politologue, spécialiste du Moyen-Orient, M. Aoun est professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke (Québec). Il a écrit plusieurs livres : Aujourd’hui l’Islam Fractures, intégrisme et modernité;  L’Islam entre tradition et modernité; Mots-clés de l’islam; etc.

La mosquée est au rez-de-chaussée.

Photo prise par Roger Martel