Selon un homme, la députée Catherine Dorion s’habille comme la chienne à Jacques. Devrait-elle s’habiller comme la femme à François Legault

La nouvelle et jeune députée Catherine Dorion devrait-elle porter des vêtements Grande-Allée à l’Assemblée nationale et ne pas sortir de chez elle quand elle enfile ses accoutrements Saint-Sauveur? Devrait-elle, au moins à l’Assemblée, respecter les règles de la civilité?

Regardez la photo : moi, je la trouve très bien, Catherine. Sa tenue vestimentaire est tout à fait acceptable.

Catherine Dorion à l’Assemblée nationale du Québec, 2018

Mais, c’était inévitable, certains trouvent que Catherine et ses vêtements inspirent moins confiance que les grandes personnalités mondiales que les organes d’information nous montrent tous les jours. Je pense à :

Bachar al-Hassad, maître de la Syrie, avec Moscou, et quelques-uns de ses chimistes.

Tenue impeccable, pour ce diplômé en ophtalmologie qui ne rate presque jamais la cible.

 

Mohamed ben Salmane, prince héritier de l’Arabie saoudite, en compagnie de Vladimir Poutine, empereur de Russie. Le prince porte de merveilleux vêtements, mais il faut craindre qu’on lui impose une fouille de la tête aux pieds, à l’Assemble nationale du Québec, avant de l’autoriser à aller entendre le premier ministre François Legault parler d’audace et de sa position d’homme d’affaires : ses vêtements volumineux pourraient cacher une scie à découper.

 

Macron, Emmanuel, et Trump, David. Leurs contribuables leur donnent des milliers de dollars pour qu’ils s’achètent des vêtements conformes aux règles de bienséance, sauf aux règles sacrées des peuples porteurs de l’étui pelvien (Macron, Trump, d’éternels déviants!)

 

Rob Ford, premier ministre de l’Ontario, autre carte de mode. Ce n’est pas demain que François Legault l’invitera pas à prendre la parole en anglais à l’Assemblée nationale, mais quand il le fera, il n’ordonnera pas que le service de sécurité le fouille : Ford entrera comme une lettre à la poste à l’Assemblée nationale, avec sa bière ontarienne à prix réduit dissimulée dans une poche de son blazer Paul Smith.

 

Monsieur Martin Robert et sa magnifique tenue vestimentaire. On n’a jamais vu Philippe Couillard, ancien premier ministre du Québec et médecin ayant exercé au Québec et en Arabie saoudite, aussi bien équipé pour impressionner le peuple. Monsieur Robert peut rêver de devenir premier ministre. Il fréquente des endroits très chics et très chers que connaissent d’anciens premiers ministres vivants. Il y a quelques jours, Monsieur Robert a participé, à l’Hôtel Windsor, endroit des plus chics à la grandiose fête destinée à marquer grandiosement son mariage. S’il a décidé de passer à l’état de citoyen marié, c’est peut-être pour accroître sa respectabilité aux yeux des électeurs. Imaginez-le postulant le poste de chef du Parti libéral du Québec, habillé comme un député, et marié, et amoureux : la victoire est dans le sac Dior!

Malheureusement

Le 7 décembre 2018, la journaliste Denise Bombardier a écrit dans Le Journal de Québec : « Québec solidaire n’a pas besoin d’adversaires. Ses quelque députés (Madame Bombardier parle de Catherine Dorion et de Sol Zanetti) déguisés en « monde ordinaire » dans les lieux hautement symboliques de l’Assemblée nationale ont réussi en quelques semaines à caricaturer définitivement leur parti. Ces ados trentenaires mènent une «révolution » en s’accoutrant de vêtements et de chaussures dont ils croient qu’ils sont des armes idéologiquement efficaces » (https://www.journaldemontreal.com/2018/12/07/la-politique-des-apparences). Elle a dit aussi que l’Assemblée nationale est la « Maison du peuple »; c’est ce que croyaient nos ancêtres… Elle reproche à Madame Dorion de porter des bottines DR Martens, « les chaussures dont raffolent, selon la chroniqueuse, les voyous casseurs »; elle soutient, tenez-vous bien, qu’ « À l’Assemblée nationale, l’habit fait le moine ». Elle a pourtant lu le grand fabuliste français : « Garde-toi, tant que tu vivras, De juger les gens sur la mine » (Jean de La Fontaine). Madame Bombardier n’ignore pas non plus que « sous pauvre casaque peut se trouver un homme robuste » (expression espagnole).( La casaque est un vêtement.)

Si vous croisez Madame Bombardier, soyez bons, dites lui : « Décriez le programme de Québec solidaire tant que vous voulez, contestez haut et fort ses idées, mais ne haïssez pas ses députés et ses membres (quand on vous lit, on jurerait que vous les exécrez), ça ne fait de bien à personne, ça doit vous faire mal ». Demandez-lui si elle connaît des religions qui refuseraient l’entrée de leurs lieux de culte à Madame Dorion et à Monsieur Zanetti, vêtus de vêtements qu’ils portent à l’Assemblée nationale, quand ils vont visiter leur papa et leur maman, quand ils bercent leurs enfants.

J’espère que Madame Dorion, au Parlement, ne sera pas jamais soumise à une fouille à nu. Si jamais on lui en impose une, qu’elle l’accepte, et qu’une fois nue elle se réfugie à l’Assemblée nationale, dont la séance ordinaire deviendra extraordinaire…

Roger Martel citoyen de Lévis

COMPLÉMENTS

Françoise David

« L’ancienne députée et ex-porte-parole solidaire Françoise David s’étonne des vives réactions provoquées par l’attitude de QS. Elle fait remarquer que ce qui a permis l’ascension du parti est maintenant critiqué.

« Le plus drôle, c’est qu’on demande aux politiciens de ne pas parler la langue de bois, d’avoir un franc-parler, de ne pas avoir de cassette, mais la minute où on déborde, on nous reproche d’être provocateurs. Est-ce qu’on peut savoir ce qu’on veut ? » demande-t-elle.

(Améli Pineda, Dévêtir la politique de son élitisme, Le Devoir, 8 décembre 2018, p. B5 de l’édition papier, https://www.ledevoir.com/politique/quebec/543192/devetir-la-politique-de-son-elitisme)

Jean-François Nadeau

Pendant l’essentiel de l’histoire de l’humanité, il fut possible de distinguer la position sociale des gens en société simplement en regardant comment ils étaient habillés. Un paysan n’avait jamais l’air d’un mineur. Le salarié d’une usine ne ressemblait pas à celui qui possédait les outils avec lesquels il s’usait. Par le raffinement de ses vêtements, conçus pour danser et causer, l’aristocrate révélait qu’il n’avait pas à travailler. […]

Aux premiers temps du Parlement, on portait la perruque, la redingote et la chemise bouffante, le tout hérité des pratiques d’une aristocratie dont les intérêts — comme par hasard — coïncidaient la plupart du temps avec les affaires traitées en cette enceinte.

Le complet de l’homme d’affaires va en venir à constituer le nouvel uniforme de la classe dirigeante. […]

Le veston et la cravate ne sont pas tombés du ciel. Ils témoignent de positions sociales et politiques dominantes, celles occupées par le monde des affaires et de ses valets au sein de ces institutions.

[…] Mais en vertu de quelle perversion de l’esprit le costume de l’homme d’affaires doit-il être considéré comme seule tenue correcte ? […]

Le scandale au fond n’est-il pas de refuser, derrière ce paravent commode des vêtements, de se poser de vraies questions sur ce qui est en mesure de garantir la dignité de nos institutions contre les faux-semblants de respectabilité de tous les bandits cravatés ?

(Jean-François Nadeau, Le paravent des vêtements, Le Devoir, 10 décembre 2018, https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/543253/le-paravent-des-vetements)

Francine Pelletier

Remercions donc l’audacieuse députée de Taschereau, plus poétique encore que Gérald Godin et bien plus branchée sur les « vraies affaires » que François Legault, d’avoir défoncé le plafond de verre du Salon bleu, plein de dorures et de guirlandes celui-là, et, surtout, de démontrer un tel talent à faire de « la politique autrement ». Il en faudrait plus comme elle.

(Francine Pelletier, Le corps d’une femme, Le Devoir, 12 décembre 2018, https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/543377/le-corps-d-une-femme?utm_source=infolettre-2018-12-12&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne)

Antoine Robitaille

« … attention aux anticonformistes autoproclamés qui divisent le monde de manière manichéenne en deux camps : eux, les rebelles, et les autres, les méchants conformistes détenant le pouvoir. Mr Monopoly, aujourd’hui, porterait, à l’instar de bien des oligarques russes d’ailleurs, jeans et espadrilles mondialisés.

En somme, non seulement l’anticonformisme vestimentaire peut cacher un conformisme d’allure, voire d’esprit, il ne nous aide en plus aucunement à saisir plusieurs des vraies questions de notre temps.

(Antoine Robitaille, Attention aux rebelles autoproclamés, Le Journal de Québec, 11 décembre 2018, https://www.journaldemontreal.com/2018/12/11/attention-aux-rebelles-autoproclames