Sophie Durocher et Le Journal de Québec/Montréal apportent des précisions à un article du quotidien Le Devoir

Le lundi 10 décembre 2018, le journal Le Devoir a honoré de sa une la 20e édition des Olivier (une remise hebdomadaire de prix à des humoristes qui la trouve toujours drôle). Dans ladite une, la reine des pages, on voit une très grande photo couleurs de Madame Maude Landry, humoriste. Comment se fait-il que je ne connaisse pas cette personne? me suis-je demandé, malheureux et en colère contre moi-même et furieux contre ma femme qui ne m’a jamais parlé de cette artiste. Le lundi 10 décembre 2018, je découvre Madame Sophie Durocher, dans Le Journal de Québec\Montréal, ainsi que son article intitulé Un Olivier dans la gorge. L’olivier étant un arbre qui porte des valeurs religieuses (ne le dites pas à François Legault !), je me dis que Sophie doit traiter de la Fête de Noël, de la naissance de Jésus sur une table, de quelque chose comme ça. Je jette un coup d’oeil sur le texte, je lis, et je n’en suis pas encore revenu : « La femme est pas cousue de la noune au cul, qu’elle est déjà sur Instagram ». Je ne suis pas sûr de comprendre ces paroles, mais je sens qu’elles sont vulgaires.

Le 10 décembre 2018, c’est au Gala des Olivier que Madame Durocher s’intéresse, elle dit à ses lecteurs qu’elle a Un Olivier dans la gorge. L’Olivier en question est le gala québécois sensé célébrer l’humour et « qui [en 2018] ne fait pas rire », selon Madame Durocher : « On n’a pas beaucoup ri pendant ce gala, mais par contre on a eu droit à une vaste panoplie de vulgarités, de sacres, et de blagues pipi, caca, prout, poil, vulve et compagnie. » Exemple : « On va faire ça vite parce que j’ai un petit problème de diarrhée. »; autre exemple : « La madame hait pas ça être pompette quand elle se fait pomper le cul. »

Quand Madame Durocher grandissait dans la maison de sa mère et de son père, ces derniers lisaient Le Devoir. À l’époque Le Devoir n’offrait pas sa une à des artistes qui comptent sur des vulgarités, des sacres et des blagues pipi, caca pour vivre.

Je remercie Madame Durocher d’avoir apporté des précisions à l’article du Devoir; elles s’imposaient.

Roger Martel, citoyen de Lévis

COMPLÉMENT

Les histoires sales sont le propre de l’homme.

Les propres, m’a dit un humoriste en aparté, ne remplissent pas les salles.

Est-il possible de faire naître un rire intelligent chez des spectateurs en leur montrant un personnage qui se gratte machinalement le postérieur? Oui! Démonstration par Jean Cazeneuve (1):

L’auteur des Oeufs de l’autruche [il s’agit d’André Roussin, auteur français, 1911-1987] avait imaginé, pour celui qui incarnerait le personnage du père irascible, un jeu de scène dont Pierre Fresnay [le comédien jouant le rôle du père irascible] ne comprenait pas bien l’utilité lorsqu’il accepta de jouer dans cette pièce appelée à un grand succès. Il demanda à l’écrivain de lui en faire la démonstration. » J’esquissai, dit André Roussin, le geste, délicat sans doute à exécuter, du personnage qui, dans une tirade emportée, se gratte machinalement le postérieur. Fresnay ne dit rien. Pendant deux ou trois répétitions, il sembla avoir oublié notre conversation. Je conclus que par son incongruité grossière ce geste le gênait (sa pudeur étant proverbiale) et je crus comprendre qu’il valait mieux ne plus en parler. Le quatrième jour, alors que je ne l’espérais plus, il fit son geste à un instant tellement inattendu, et avec une telle drôlerie dans le naturel que tous ceux qui étaient là, sur scène ou dans la salle, explosèrent de rire. Et le public en fit autant tous les soirs, car il ne le rata jamais. Une fois accepté le principe, il avait donc étudié ce geste, l’avait répété, placé, puis nous avait laissés y renoncer pour nous mettre tous dans la condition du public qui ne devait pas l’attendre non plus. Notre éclat de rire général lui prouva que son jeu de scène était au point. » (1) Le geste imprévu et grotesque, dans cette pièce, faisait rire parce qu’il était bien évidemment un jeu sans importance mais parce qu’en même temps il révélait dans le mécanisme du père irascible une espèce de distraction, de relâchement dans tout ce qui pouvait déterminer à la fois le caractère et la situation. C’est bien encore le vivant prenant sa revanche sur l’automatisme.

(1) Jean Cazeneuve, Le Mot pour rire, Paris, La Table Ronde, © 1984, p. 219-220

(2) André Roussin, Le Rideau rouge, Paris, Albin Michel, 1982, p. 51