Interdiction pour certains Québécois de porter des signes religieux au travail – Combien de ces personnes déménageraient pour pour aller vivre dans un pays qui rejette la Déclaration universelle des droits de l’homme?

Réaction à la chronique  du 4 avril 2019 de Madame Émilie Nicolas (journal Le Devoir de Montréal) 

https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/551388/ce-qui-se-passe-au-quebec-comme-ailleurs-est-grave

Lévis, le 4 avril 2019

Bravo, Madame Émilie Nicolas, vous avez effectué de nombreux bons tirs dans votre chronique du 4 avril 2019. Intitulée Ce qui se passe au Québec comme ailleurs est grave, elle vous a été inspirée par le projet de loi sur la laïcité du gouvernement du Québec. Vous y parlez des Ouïghours « [ relégués] aux travaux forcés », des Rohingyas du Myanmar qui « ont aussi fait l’objet d’un génocide », de « l’indésirabilité mondiale des Juifs comme condition nécessaire de l’Holocauste », du « génocide envers les peuples autochtones » rendu possible au Canada par la Loi sur les Indiens, de la Loi [canadienne] sur les mesures de guerre qui « a permis l’internement systématique des Canadiens d’origines japonaise, allemande et italienne durant la Deuxième Guerre mondiale ». Et votre texte se termine merveilleusement bien : « L’engrenage dans lequel on met le doigt s’inscrit […] dans une dynamique internationale qui mine la démocratie, déshumanise, prend des populations en souricière et exacerbe la violence et les préjugés ». Il faudrait vite demander au premier ministre du Canada d’envoyer l’armée au Québec pour protéger les victimes du gouvernement provincial.

Dans votre texte, vous parlez des musulmanes, ciblées selon vous par le projet du gouvernement. Voici comment aider davantage ces femmes, Madame : écrivez des chroniques pour essayer de les libérer d’interdits honteux de l’islam; écrivez-en pour parler de l’imam de ma région qui est marié à une chrétienne et qui a refusé, comme le veut sa religion, que les enfants qu’elle lui a « donnés » soient chrétiens, qui impose à sa femme de ne pas transmettre à ses enfants sa foi à elle; écrivez pour parler du droit de l’homme musulman d’épouser une chrétienne, de l’interdiction pour la femme musulmane d’épouser un non-musulman; pour poser la question : « Est-ce que c’est bon pour la santé des enfants des musulmans (et des femmes non-musulmanes mariées à un musulman) d’être obligés de réciter et de mémoriser tout le Coran? ». Dans une chronique, dites, Madame Nicolas, si vous conseilleriez à quelqu’un d’aller dans un pays musulman promouvoir la vente d’un livre intitulé « Combattez tous les musulmans! »? Au Canada, personne n’a peur d’exhiber un Coran qui commande aux lecteurs : « Combattez : ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite; ceux qui, parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion. » (Traduction de l’islamologue Denise Masson) Elles ne seront pas nombreuses les personnes touchées par le projet de loi, musulmanes ou autres, qui préféreront aller se réfugier dans un pays qui n’adhère pas à la Déclaration universelle des droits de l’homme (le Canada est l’un des pays à l’origine de cette Déclaration) plutôt que de ne pas accepter de porter des signes religieux au travail.

Roger Martel, citoyen de Lévis

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EXTRAIT d’un texte de Robert Dutrisac, éditorialiste au Devoir 

LA LAÏCITÉ DE L’ÉTAT: UN PROJET DE LOI LÉGITIME

Robert Dutrisac, La laïcité de l’État: un projet de loi légitime (éditorial), Le Devoir, 29 mars 2019, https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/550984/la-laicite-de-l-etat-un-projet-de-loi-legitime

le projet de loi est une avancée majeure : il propose une véritable définition de la laïcité québécoise qui dépasse la seule neutralité religieuse de l’État à laquelle s’était limité le gouvernement libéral avec l’adoption du projet de loi 62. D’abord, le projet de loi 21 édicte que l’État du Québec est laïque, un mot qui ne figure dans aucun de nos textes de loi. Outre la neutralité religieuse, il affirme trois autres principes de cette laïcité qui fait un tout, soit la séparation de l’État et des religions, l’égalité de tous les citoyens et citoyennes et, enfin, la liberté de conscience et la liberté de religion. Surtout, il inscrit cette laïcité de l’État à l’article 9.1 de la Charte des droits et libertés de la personne. Les libertés et droits fondamentaux s’exerceront non seulement dans le respect des valeurs démocratiques, de l’ordre public et du bien-être général des citoyens, mais aussi dans celui de la laïcité de l’État.

[…]

Ce projet de loi est aussi affaire de liberté politique. Il affirme que la nation québécoise a « des valeurs sociales distinctes » — ce sont les mots de la Cour suprême dans le jugement Nadon — « et un parcours historique spécifique l’ayant amené à développer un attachement particulier à la laïcité de l’État ». Bref, qu’en cette matière, cette nation peut aspirer à un modèle différent de celui du reste du Canada.