La charia. Demande au président du conseil d’administration du Tremplin de Lévis.

Lévis, le 13 juin 2019

Monsieur Elhadji Mamadou Diarra, président du Conseil d’administration

Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

Côte du Passage, Lévis (Québec)

Monsieur,

En 2017, Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, dont vous étiez (vous l’êtes encore) le président du conseil d’administration, a organisé avec la Mosquée de Lévis, dont l’imam était (et est encore) M. Karim Elabed, une « soirée d’échange » publique, à Lévis, au cours de laquelle M. Elabed a fait l’éloge (éloge très très chaleureux) de la charia, la fameuse charia qui est, affirme le monde musulman des croyants, une « loi » venant du dieu des croyants musulmans lui-même, une « loi » que tous les adeptes de l’islam doivent absolument suivre, à laquelle ils doivent absolument se soumettre.

L’application de la charia dans un état comme le Canada

« Les États du monde occidental où les populations identifiées comme musulmanes sont minoritaires, d’implantation récente, mais en forte progression démographique, sont de plus en plus régulièrement confrontés à des problématiques juridiques et des revendications qui mettent un jeu une normativité islamique. Ces États, de tradition laïque ou séculière, paraissent plus ou moins bien armés pour répondre à cette demande de normativité islamique, dans un contexte général de défiance à l’égard de la charia, entretenu par des représentations réductrices et simplificatrices du droit islamique, auxquelles les musulmans ne manquent d’ailleurs pas de contribuer eux-mêmes.

[…]

l’arrangement est impossible quand l’application de la charia (tout du moins celle qui découle de représentations que s’en font les acteurs communautaires du droit) conduit à des violations explicites du droit positif * , ce qui renvoie au cas de figure des mariages forcés, des mariages exclusivement religieux, sans procédures civiles, des mariages polygames, des répudiations ou des crimes d’honneur. Mais c’est dans les zones grises que surgissent de la manière la plus vive les affaires publiques, quand la liberté contractuelle est susceptible de constituer le défaut de virginité de l’épouse en cause d’annulation du mariage (l’affaire du mariage de Lille), quand les sharia councils britanniques sont suspectés de n’être rien d’autre que des sharia courts, formant un isolat judiciaire communautaire, avec les conséquences attendues sur la condition juridique des femmes et des enfants. Et d’en appeler au retour de la loi, à la restriction des libertés contractuelles ou du champ de l’arbitrage…

* Droit positif « … ensemble des règles applicables dans un espace juridique déterminé qu’il s’agisse d’un Etat unitaire comme la France, ou d’un ensemble d’États comme la Communauté Européenne. »

(Serge Braudo, Définition de Droit positif, https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/droit-positif.php)

Source : Jean-Philippe Bras*, in La charia aujourd’hui. Usages et référence au droit islamique, sous la direction de Baudoin Dupret **, Paris, La Découverte, 2012, p. 287 et 289-290)

* Professeur de droit à l’Université de Rouen. Ancien directeur de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain

** Baudouin Dupret est le directeur du centre Jacques-Berque à Rabat (Maroc), directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (France) (http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_charia-9782707174246.html )

Pourriez-vous tenter de démontrer aux citoyennes et citoyens de Lévis, M. Diarra, qu’il n’y a rien dans la charia qui la rend incompatible avec les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants?

ECJL = European Center for Law and Justice

L’ECLJ est titulaire du statut consultatif spécial auprès des Nations Unies / ECOSOC depuis 2007. L’ECLJ agit dans les domaines judiciaires, législatifs et culturels et défend en particulier le droit à la liberté religieuse, la vie et la dignité des personnes devant la Cour européenne des droits de l’homme et à travers les autres mécanismes offerts par les Nations-Unies, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Voudriez-vous dire aux gens de Lévis ce que vous pensez, M. Diarra, de la déclaration de l’imam de Drancy (France) : « Si vous êtes pour la charia, partez! »

[La Libre Belgique, http://www.lalibre.be/actu/international/imam-de-drancy-si-vous-etes-pour-la-charia-partez-51b8fdbde4b0de6db9cac59e, 7 juin 2013]

Hassem Chalghoumi, imam de la mosquée de Drancy, en banlieue de Paris, est « connu pour son hostilité à l’intégrisme et sa volonté d’apaiser les tensions entre musulmans et Juifs » (revue Le Monde des religions, 20-06-2012, http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/des-musulmans-appellent-a-la-demission-de-hassen-chalghoumi-20-06-2012-2548_118.php. – Entretien à France 24 : https://www.france24.com/fr/20100914-drancy-mosquee-imam-freres-musulmans-france

L’Assemblée nationale du Québec a dit non à la charia, à l’unanimité.

J’imagine, M. Diarra, que vous pensez que tous les députés ont eu tort. Les gens de Lévis aimeraient vous entendre leur faire connaître les raisons pour lesquelles les députés du Québec auraient dû, selon vous, dire oui à la charia.

Source : Radio-Canada

Si les captures d’écran reproduites ci-dessous ne vous laissent pas sans mots, M. Diarra,

pourriez-vous dire aux gens de Lévis ce que vous pensez

des informations qu’elles transmettent,

de l’image horrible qu’elles donnent de la charia?

 

 

M. Diarra, puis-je vous inviter à lire la déclaration suivante :

 

6. Les personnes qui viennent légalement vivre dans un pays

ne devraient pas avoir à abandonner des éléments de leur identité

(croyance, langue, culture, etc.).

Elles devraient toutefois se montrer disposées

à s’intégrer dans la société du pays d’accueil,

en apprenant la langue de ce pays,

mais aussi en acquérant une connaissance

et une compréhension de la culture locale;

elles doivent respecter la démocratie,

les droits de l’homme,

y compris les droits des femmes,

et l’Etat de droit.

Ceux qui choisissent de changer de foi ou de culture

ne devraient pas être mis au ban de leur communauté d’origine.

Conseil de l’Europe, http://assembly.coe.int/nw/xml/XRef/Xref-DocDetails-fr.asp?FileId=18010

La déclaration ci-dessus n’est pas diffusée par des xénophobes, des christianophobes, des islamophobes, des francophobes, des anglophobes, des bouddhistophobes. Elle porte la signature du Conseil de l’Europe, qui est

« la principale organisation de défense des droits de l’homme du continent [Europe]. Il comprend 47 États membres, dont les 28 membres de l’Union européenne. Tous les États membres du Conseil de l’Europe ont signé la Convention européenne des droits de l’homme, un traité visant à protéger les droits de l’homme, la démocratie et l’Etat de droit.La Cour européenne des droits de l’homme contrôle la mise en œuvre de la Convention dans les États membres. » – Source : https://www.coe.int/fr/web/about-us/who-we-are

Êtes-vous d’accord avec cette déclaration, M. Diarra? Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui sont venues vivre légalement au Canada et qui trouvent ladite déclaration inacceptable, qui, en particulier, refusent de respecter la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes, et l’Etat de droit? Leur diriez-vous qu’il serait plus honnête de leur part de quitter le Canada? Traiteriez-vous de xénophobes les Canadiennes et les Canadiens qui préféreraient que les ennemis de la démocratie, des droits de l’homme, de la femme et des enfants et de l’État de droit aillent vivre dans un pays qui leur conviendrait mieux?

Quand on parle à des musulmans croyants établis au Québec de choses répréhensibles, condamnables, dont sont coupables certains musulmans ou une communauté musulmane, ils répondent souvent, toujours, pourrais-je peut-être dire : « ces musulmans ne sont pas des vrais musulmans ». Pourtant, ils s’appellent musulmans, ces « autres » musulmans, ils vénèrent le même livre dit sacré (le Coran) que les musulmans vivant au Québec, ils disent trouver la justification de leurs actions dans le même Coran, y compris les obscurantistes et les partisans de l’islamisme radical. Si, par exemple, les musulmans du Canada trouvent abominables les châtiments corporels imposés dans des pays musulmans, s’ils réprouvent l’infériorisation des femmes, s’ils condamnent l’interdiction de construire des églises catholiques, pourquoi ne le disent-ils pas avec vigueur, avec force?

Si vous voulez bien me répondre par écrit, c‘est avec joie que je vous publierais au www.lepasseurdelacote.com, M. Diarra,

J’espère, M. Diarra, que vous allez profiter de la prochaine assemblée générale annuelle du Tremplin, qui aura lieu le mardi 18 juin 2019 (à compter de 17 h 30, au Centre de plein-air de Lévis, 65, rue Monseigneur-Bourget),

pour renseigner les gens de Lévis, pour leur dire clairement :

A) que les musulmans qui s’installent au Canada le font en sachant qu’ils doivent absolument, au Canada, respecter la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants, et l’Etat de droit,

B) et acceptent sincèrement de respecter la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants, et l’Etat de droit,

C) et comprennent qu’ils subiront la réprobation de leurs concitoyennes et concitoyens s’ils ne respectent pas la démocratie, les droits de l’homme, y compris les droits des femmes et les droits des enfants, et l’Etat de droit,

Vous pourriez profiter aussi de l’assemblée générale, le 18 juin 2019, pour répondre à ce courriel, à l’autre courriel que je vous ai transmis plus tôt aujourd’hui et aux autres messages que je pourrais vous envoyer ces jours-ci.

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis