Islamophobie : l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.

Rassemblez des gens, envoyez-les crier dans les rues de Québec et de Montréal que les Québécois bafouent les droits des musulmans et qu’ils briment la liberté des musulmans, et vous réussirez à jeter des jeunes et des moins jeunes dans les bras des djihadistes ou des terroristes, même si votre cri est mensonger.

Tout un chacun a le droit de critiquer l’islam, le christianisme, le judaïsme, le Parti Républicain de Donald Trump, mère Teresa, le roi Pelé, le maire de sa ville, et de dire qu’il aime plus la Fanfare de Saint-Tite que celle de Maubeuge…

« … la religion n’est pas une personne et encore moins une race. Nous devrions pouvoir sans crainte, dans un pays libre, l’examiner, la critiquer, la dénoncer si besoin, la tourner en dérision et même l’insulter : aboli en France dès la Révolution, le blasphème est un droit démocratique élémentaire, constitutif et inséparable de la liberté d’expression, garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Vouloir intimider ou museler la population à propos d’une croyance religieuse, c’est faire le jeu de ses fidèles les plus sectaires et orthodoxes, au détriment de ceux et celles qui ont une pratique du culte beaucoup plus libérale. C’est aussi nous dire que l’héritage des Lumières mérite d’être abandonné. Si nous étions au XVIIIe siècle, les mêmes auraient cloué Voltaire, qui dénonçait l’intolérance religieuse et les crimes commis en son nom, au pilori. »

Alban Ketelbuters, Le concept d’islamophobie nous ramène deux siècles et demi en arrière, Le Monde des religions, 13/11/2019, http://www.lemondedesreligions.fr/une/le-concept-d-islamophobie-nous-ramene-deux-siecles-et-demi-en-arriere-13-11-2019-8375_115.php

( Alban Ketelbuters est coauteur de l’essai L’islamophobie (Dialogue Nord-Sud, 2016. De 2012 à 2017, il a publié des textes engagés relatifs à l’égalité des sexes, l’homosexualité et la laïcité, notamment dans Le Monde, Libération, Marianne, L’Humanité ou Le Devoir. Titulaire d’un master « Lettres, Arts et Pensée contemporaine » de l’Université Paris-Diderot – Paris VII, il prépare actuellement un doctorat en littérature et études féministes. – Source : Le Monde des religions, 13/11/2019 )

Pour Alban Ketelbuters*, l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.