Je ne puis savourer les fruits de la modernité en toute quiétude si je ne suis pas sûr que les générations à venir pourront les savourer tout autant.

Extrait du livre Le Dérèglement du monde écrit par Amin Maalouf.

(Le Dérèglement du monde, essai, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, © 2009; édition de mars 2018, p. 12-14)

QUI EST AMIN MAALOUF

Amin Maalouf est né au Liban en 1949. Il est l’auteur de romans (il a reçu le Prix Goncourt pouLe Rocher de Tanios, le Prix France-Liban pour Léon l’Africain, et plusieurs autres prix); il a aussi écrit des essais : Les Identités meurtrières, 1998; Origines, 2004; Un fauteuil sur la Seine : Quatre siècles d’histoire de France, 2016; Le Naufrage des civilisations, 2019. Journaliste, Amin Maalouf a été le rédacteur en chef du périodique Jeune Afrique. Enfin, Amin Maalouf est docteur honoris causa de plusieurs universités et a été élu à l’Académie française en 2011.

 

« Mon inquiétude […] est celle d’un adepte des Lumières, qui les voit vaciller, faiblir et, en certains pays, sur le point de s’éteindre; c’est celle d’un passionné de la liberté, qui la croyait en passe de s’étendre sur l’ensemble de la planète et qui voit à présent se dessiner un monde où elle n’aurait plus sa place; c’est celle d’un partisan de la diversité harmonieuse, qui se voit contraint d’assister, impuissant, à la montée du fanatisme, de la violence, de l’exclusion et du désespoir; et c’est d’abord, tout simplement, celle d’un amoureux de la vie, qui ne veut pas se résigner à l’anéantissement qui guette.

[…] je ne puis savourer les fruits de la modernité en toute quiétude si je ne suis pas sûr que les générations à venir pourront les savourer tout autant. […] le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive, sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse, et […] il faudrait un sursaut, d’urgence, pour éviter le naufrage. […] Le temps n’est plus notre allié, c’est notre juge, et nous sommes déjà en sursis.

[…] l’humanité est confrontée [aujourd’hui] à de nouveaux périls, sans équivalents dans l’Histoire, et qui exigent des solutions globales inédites; si celles-ci n’étaient pas trouvées dans un proche avenir, rien de ce qui fait la grandeur et la beauté de notre civilisation ne pourra être préservé; […] bien des signes donnent […] à penser que le dérèglement du monde est déjà à un stade avancé, et il […] sera difficile d’empêcher une régression.

 

En 2019, Amin Maalouf a dit :

Quel lien de cause à effet faites-vous entre le « naufrage » actuel du Levant (Proche-Orient) et celui des autres civilisations ?

Je suis persuadé que mon Levant natal avait vocation à offrir au reste de l’humanité un modèle de coexistence harmonieuse, de prospérité et de progrès. Cette région, où sont nées les trois grandes religions monothéistes et où se sont côtoyées pendant des siècles des populations venues d’Orient et d’Occident, était en quelque sorte une préfiguration de ce qu’aurait pu constituer l’humanité mondialisée d’aujourd’hui. La désintégration de ces sociétés plurielles a causé une dégradation morale qui affecte à présent toutes les sociétés humaines, et qui déchaîne sur notre monde des barbaries insoupçonnées.

Amin Maalouf, propos rapportés par Chantal Cabé, “L’humanité a les moyens d’avancer vers la liberté, mais elle fait l’opposé”, La Vie (périodique français membre du groupe auquel appartient aussi le prestigieux quotidien Le Monde, 23/04/2019, http://www.lavie.fr/medias/cartes/amin-maalouf-l-humanite-a-les-moyens-d-avancer-vers-la-liberte-mais-elle-fait-l-oppose-17-04-2019-97746_534.php

 

Que sont les Lumières ?

Le mouvement des Lumières tire son nom de la volonté des philosophes européens du xviiie siècle de combattre les ténèbres de l’ignorance par la diffusion du savoir. L’Encyclopédie, dirigée par Diderot et d’Alembert, est le meilleur symbole de cette volonté de rassembler toutes les connaissances disponibles et de les répandre auprès du public – d’un public éclairé.

[…]

Confiants en la capacité de l’homme de se déterminer par la raison, les philosophes des Lumières exaltent aussi la référence à la nature et témoignent d’un optimisme envers l’histoire, fondé sur la croyance dans le progrès de l’humanité. L’affirmation de ces valeurs les conduit à combattre l’intolérance religieuse et l’absolutisme politique.

(Larousse, https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res/130660 )

La pensée du siècle des Lumières se développe autour de deux thèmes majeurs : le retour à la nature, la recherche du bonheur. Les philosophes dénoncent dans les religions et les pouvoirs tyranniques des forces obscurantistes responsables de l’apparition du mal, dans un monde où l’homme aurait dû être heureux. Ils réhabilitent donc la nature humaine, qui n’est plus entachée par un péché originel ou une tare ontologique ; ils substituent à la recherche chrétienne du salut dans l’au-delà la quête ici-bas du bonheur individuel. À la condamnation des passions succède leur apologie : l’homme doit les satisfaire, à condition qu’elles ne s’opposent pas au bonheur d’autrui.

(Larousse, https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res/130660)