L’islam n’est pas tombé du ciel.

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PAR Dr. Moreno Al Ajamî – Médecin, Docteur en Littérature et Langue arabe, Islamologue, Théologien

3 Avril 2014

L’islam est-il parfait ? – Réforme islamiste ; réforme islamique ; réforme de l’islam –EXTRAIT

L’islam serait-il parfait ?

Aussi, le syllogisme de la perfection [syllogisme de la perfection : « Dieu est parfait, l’islam provient de Dieu, donc l’islam est parfait. »] supposerait pour être valide que l’islam provienne de Dieu, exactement comme la perfection du Coran est présumée de son origine divine. Toutefois, cette perfection supposée de l’islam se heurte aux faits : l’historicité et la multiplicité.Il est historiquement possible de retracer la formation et l’évolution de l’islam religieux: le Droit musulman, le fiqh, tout comme le dogme, al ‘aqîda, ne connurent leurs formes actuelles que deux siècles après la disparition du Prophète ; le Hadîth dut attendre presque un siècle de plus pour être stabilisé ; l’Exégèse coranique, tafsîr, un siècle encore pour imposer une détermination paradigmatique du Coran, une herméneutique orthodoxe. Durant cette gestation de quasiment quatre siècles, les avis furent très divers, souvent opposés, parfois conflictuels, les Écoles ou madhâ’ib en sont toujours les témoins, les grands courants dogmatiques du kalâm de même. Cette diversité résiduelle ne fut jamais réduite, et les dernières tentatives d’éradication au nom de l’unitarisme totalitariste néo-wahhabite ne devraient pas non plus y parvenir. L’islam n’est donc pas un objet unique de définition unique, mais une somme complexe et riche de ses différences. Ce que nous appelons par habitude islam, à titre collectif et individuel, n’est ainsi qu’une simplification de cette entité multiforme destinée à rendre fonctionnelle une interface entre nous et Dieu. L’islam en tant qu’expression parfaite du rapport à Dieu est certes inscrit dans le Coran, mais, en tant que dessin religieux, il n’est qu’un produit de l’histoire inscrit en l’Histoire. L’islam est de toute évidence le fruit d’une élaboration humaine, il résulte d’une réflexion menée à partir de matériaux de la Révélation, le Coran, et de la tradition mêlée des hommes. L’islam ne pourrait donc avoir de perfection que de par la perfection humaine ; or l’homme n’est pas parfait. En conséquence, autre syllogisme, l’islam est à l’image de l’homme : perfectible.

La deuxième voie de démonstration épistémologique est l’expérimentation. Ici il s’agit de l’épreuve des faits historiques. Depuis mille ans, tout mouvement de réforme, toute tentative de retour à l’islam, s’est soldé par un échec. […] Inexorablement, l’islam s’est avéré incapable de redonner vitalité à ce grand corps malade. Aux temps présents, depuis plus d’un siècle, toutes les entreprises de réforme ont prôné un retour à un islam pur ou authentique ou théorique et toutes ont échoué à réaliser leurs objectifs […] le mythe du retour à la pureté originelle doit être abandonné en tant que paradigme majeur de la réforme de l’homme musulman. Rêver a un passé perdu est la manière la plus sûre de ne pas comprendre le présent et d’échouer l’avenir. Conséquemment, l’on en déduira que tout discours de type hanbalo-wahhabite est une démarche vouée à l’échec.

Si l’islam fut parfait, c’est en tant qu’expression parfaite d’une culture et d’un temps, mais ces facteurs civilisationnels sont par définition variables. Or, la sacralisation de l’islam, à moins que de figer le monde musulman, induit le décalage entre les musulmans et leurs réalités. C’est cette sacralisation qui a provoqué la non-évolution caractérisant la longue période de stagnation, puis de régression, du monde musulman.