Islamophobie, islam liberticide… Lettre au président de la Ligue des droits et liberté, M. Christian Nadeau

Lévis, le 15 mai 2019

Monsieur Christian Nadeau, président

Ligue des droits et libertés

516, rue Beaubien Est
, Montréal, H2S 1S5

info@liguedesdroits.ca

Monsieur,

Depuis longtemps les organes d’information du Québec transmettent beaucoup de nouvelles concernant l’islamophobie dont se rendraient coupables des Québécois et, depuis quelques semaines, à propos du projet de loi 21 sur la laïcité. Je m’étonne de ne pas les voir traiter aussi souvent de quelques autres questions concernant la religion, très importantes, selon moi.

Je pense en particulier à l’obligation que l’islam fait aux enfants musulmans, donc issus d’hommes musulmans, et ce, même si la mère n’est pas musulmane), de mémoriser tout le Coran, les centaines de pages du très-très long Coran. L’islam ne viole-t-il pas la liberté de conscience des enfants? (Je dis oui.) L’islam ne prive-t-il pas les enfants d’une partie de leur enfance? (Je dis oui.) L’islam ne met-il pas en danger la santé mentale des enfants? Des experts vous le diraient, Monsieur Nadeau; interrogez-les.

Je pense aussi aux femmes musulmanes auxquelles l’islam interdit de se marier avec un non-musulman. Trouveriez-vous, dans notre LDL, des membres favorables à cet interdit? (Curieusement, Monsieur Nadeau, vous le savez, l’islam autorise les hommes musulmans à demander la main d’une ou plusieurs non-musulmanes.)

Cette autre question me tourmente elle aussi : l’islam a-t-il le droit, au Canada, d’interdire aux musulmanes et aux musulmans de renoncer à leur religion. Je suis sûr, Monsieur Nadeau, que vous trouvez cet empêchement liberticide tout à fait inacceptable. Pourquoi la LDL n’inviterait-elle pas les gens du Québec à manifester avec elle en faveur de sa suppression?

En mai 2017, l’imam de Lévis, M. Karim Elabed, a déclaré devant quelques dizaines de Lévisiennes et Lévisiens qu’il trouve la Charia merveilleuse, la Charia, une loi divine, la voie que les musulmanes et musulmans doivent suivre absolument, a dit M. Elabed. Comme l’islam ne sépare guère politique et religion, comment un adepte de l’islam canadien peut-il obéir à la Charia, qui souvent n’est pas conforme aux lois canadiennes? C’est là une autre question dont j’aimerais voir nos organes d’information parler à leurs lectrices et lecteurs, nos organes d’information et aussi la LDL, Monsieur Nadeau.

Je ne vous retiens pas davantage.

Je publierai ce courriel au www.lepasseurdelacote.com, de même que votre réponse.

Recevez, Monsieur, mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, citoyen de Lévis

La vraie nature de la laïcité de l’État (projet de loi québécois sur la laïcité, 2019)

Quotidien montréalais LE DEVOIR, https://www.ledevoir.com/opinion/idees/553978/la-vraie-nature-de-la-laicite-de-l-etat

La vraie nature de la ôde l’État

C’est aux élus, et non pas aux juges, qu’il appartient de tracer la ligne de démarcation, car il s’agit de définir le cadre même de la vie en société et l’équilibre des pouvoirs qui s’y affrontent, plaide l’auteur.

Louis Bernard, ex-secrétaire général du gouvernement (Le secrétaire général et greffier du Conseil exécutif est le premier fonctionnaire de l’État; il est le supérieur hiérarchique de tous les sous-ministres du gouvernement, hauts fonctionnaires de l’administration publique affectés à la direction des ministères québécois. – Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernement_du_Qu%C3%A9bec)

10 mai 2019

La vraie nature de la laïcité de l’État

Le débat sur la laïcité entourant le projet de loi 21 s’est engagé sur une fausse piste.

Ce projet de loi ne vise en rien à rendre laïque l’ensemble de la société québécoise. Par exemple, il ne touche en rien port du voile dans l’espace public, le port du kirpan, les congés religieux et autres questions qui ont alimenté l’actualité récente au Québec. Contrairement à ce qu’on entend couramment, il ne concerne pas d’abord les relations entre l’État et les droits fondamentaux des individus, mais uniquement, comme son nom l’indique, la laïcité de l’État lui-même. Il ne s’agit donc pas de déclarer le caractère laïque de la société québécoise, mais uniquement la laïcité, d’ailleurs partielle, de son État.

Dieu et César

Le projet de loi 21 porte en réalité sur les rapports entre les pouvoirs de l’État et ceux des religions. Car la liberté religieuse est différente des autres libertés fondamentales, comme la liberté de parole, d’opinion ou d’association, en ce qu’elle est souvent reliée à des églises et à des structures ecclésiales anciennes qui ont toujours voulu exercer des pouvoirs étendus sur plusieurs aspects, sinon l’ensemble de la vie sociale. Les Québécois, pour leur part, connaissent bien comment l’Église catholique a dominé pendant longtemps tous les secteurs de leur société (ce que n’a pas connu le reste du Canada) et ils voient avec malaise comment maintenant d’autres religions sont tentées, de la même manière, de vouloir régir certains aspects de leur vie en commun. Ils sentent que certains acquis auxquels ils tiennent particulièrement, dont l’égalité des hommes et des femmes, peuvent être remis en question. Et ils ne le veulent pas.

La solution proposée pour éviter ce conflit n’est pas de bannir les religions et leurs pratiques mais de bien délimiter une zone séculière où la religion n’a pas sa place. Une zone proprement laïque où toute manifestation religieuse est interdite. Cela permet d’affirmer, d’une manière à la fois symbolique et réelle, une zone de laïcité et de laisser, pour le reste, toute la place à l’exercice de la liberté religieuse des individus. En un mot, séparer l’Église et l’État. Et bien montrer que la loi et l’État sont au-dessus de la religion.

Une liberté de religion assurée

La neutralité de l’État est d’ailleurs essentielle à la liberté de religion. Car, il ne faut pas l’oublier, les religions, surtout monothéistes, sont en concurrence et quelques fois en guerre les unes avec les autres. L’histoire montre que si une religion en vient à contrôler un État, les autres religions sont souvent en danger. Il n’y a donc pas incompatibilité mais complémentarité entre la laïcité de l’État et la liberté religieuse, puisque celle-ci postule la multiplicité des religions.

Où cependant faut-il tracer cette ligne définissant le secteur laïque où la neutralité s’impose ? Si on en croit la pratique des nations, deux secteurs sont généralement privilégiés : l’État et l’école. Plusieurs y ajoutent la présence publique. Pour sa part, le projet de loi 21 est volontairement restreint : il ne touche qu’à un petit nombre de représentants exerçant l’autorité de l’État et qu’aux enseignants et directeurs des écoles élémentaires et secondaires publiques. Il pourrait, comme dans certains autres pays, aller plus loin et toucher tous les employés de l’État, toutes les écoles ainsi que leurs élèves. Il s’agit donc d’un projet minimal où la sphère laïque et neutre est strictement circonscrite. Mais elle est sans doute suffisante pour affirmer le caractère laïque de l’État du Québec et la prépondérance du politique sur le religieux. Et c’est sans doute pour cela que la population l’appuie, même si plusieurs souhaitent que la loi aille plus loin.

La responsabilité politique

C’est évidemment aux élus politiques qu’il appartient de tracer la ligne de démarcation du secteur laïque et non religieux, car il s’agit de définir le cadre même de la vie en société et l’équilibre des pouvoirs qui s’y affrontent. En raison de l’existence des chartes des droits fondamentaux, les lois québécoises sont normalement soumises à l’arbitrage des tribunaux et il reviendrait aux juges de statuer ultimement sur cette démarcation. Cela n’est pas souhaitable, car il s’agit d’une question où ils n’ont pas de compétence particulière puisqu’elle concerne l’organisation politique de la société.

Nos juges ne sont pas élus et ne peuvent, dans une matière comme celle-là, substituer leur jugement à celui de ceux qui ont reçu un mandat démocratique pour le faire. Il s’agit donc de l’exemple parfait où il est légitime, en invoquant la disposition dérogatoire, de laisser la décision se prendre dans la sphère législative plutôt que dans celle des tribunaux. Comme les chartes elles-mêmes d’ailleurs le prévoient.

 


LOUIS BERNARD Né à Montréal en 1937. Docteur en endroit administratif (Université de Londres). Carrière de plus de 23 ans au service de l’État.

« En 1964, il commence une longue carrière au sein de la fonction publique du Québec. Il y sera, notamment, sous-ministre adjoint au ministère des Affaires intergouvernementales, chef de cabinet du chef de l’opposition, puis, en 1976, chef de cabinet du premier ministre.

« En 1977, il est secrétaire général associé à la Réforme électorale et parlementaire où il contribue à l’élaboration de plusieurs lois importantes pour la démocratie québécoise, parmi lesquelles la réforme de la loi électorale, la Loi sur le financement des partis politiques et la Loi sur la consultation populaire, Par la suite, Me Bernard est nommé secrétaire général du Conseil exécutif, poste qu’il occupera de 1978 à 1985, puis de 1994 à 1995. » (https://www.ordre-national.gouv.qc.ca/membres/membre.asp?id=490)

 

L’image désastreuse que l’islam inspire, selon un penseur musulman.

Extrait du livre Manifeste pour un islam des Lumières, oeuvre de Malek Chebel publié en 2004.

Anthropologue de l’islam contemporain, historien et psychanalyste né en Égypte, Malek Chebel (mort en 2016) a écrit une quarantaine d’ouvrages, dont une traduction en français du Coran et le Dictionnaire amoureux de l’islam.

« L’une des conclusions pessimistes à laquelle aboutit ce livre, c’est le constat que tout paraît bloqué en terre d’islam. Face au réel, les musulmans eux-mêmes, qui ragent de intérieur, donnent l’impression d’être catatoniques [la catatonie se caractérise par une inertie et un négativisme, selon Vulgaris médical] et leurs dirigeants désarmés, ou plus exactement faussement désarmés, En effet, leur immobilisme structurel face à la rapidité des événements qui secouent la planète est sans commune mesure avec leur capacité à renforcer leur protection et à protéger par tous les moyens, légaux et illégaux, le régime qu’ils ont installé. Il faut garder en mémoire que l’univers musulman a subi coup sur coup les deux guerres du Golfe, la guerre d’Afghanistan, la situation au Proche-Orient et la déstabilisation américaine qui vise les supposés « États voyous », – l’ « axe du mal » – démoralisant ainsi les plus ascètes et les plus utopistes. Le monde musulman a dès lors pris conscience de l’image désastreuse qu’il inspire aux partenaires extérieurs. À l’annonce du danger, les régimes autoritaires arabes ou musulmans n’ont pas d’autre réflexe que de se calfeutrer encore plus, renforçant leur citadelle et attribuant plus de pouvoir à leurs proches., surtout leurs fils. Lorsque le passage aux urnes paraît nécessaire, les tenants actuels du pouvoir n’hésitent pas à bourrer avantageusement celles-ci au risque de saper durablement les chances de l’aspiration démocratique. »

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https://www.fayard.fr/manifeste-pour-un-islam-des-lumieres-9782213676999

Malek Chebel

Manifeste pour un Islam des lumières

Manifeste pour un Islam des lumières

Parution : 18/12/2012 – 224 pages –

Associer l’islam aux Lumières peut paraître ambitieux et téméraire. Il n’en est rien. Cette relation est inscrite dans la dynamique amorcée au XIXe siècle et poursuivie par les nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s’appuyant sur le travail de la raison. Ces penseurs ont été taxés d’hérésie.

Aujourd’hui, le débat est plus que jamais d’actualité : l’islam est-il compatible avec la République ? Quelle est la place et le statut de la parole libre, de la laïcité, de l’égalité des sexes, de la tolérance ou de la démocratie ? Faut-il adapter l’islam à la modernité ou au contraire adapter la modernité à l’islam, ainsi que le prétendent les fondamentalistes ?

En vingt-sept propositions, Malek Chebel répond à ces interrogations sans masquer les contradictions de l’islam ni éluder les questions difficiles. Interprétation des textes, guerre sainte et fetwa, statut de la femme, corruption, châtiments corporels, crime d’honneur et assassinat politique, démocratie, liberté d’expression et de conscience… tels sont quelques-uns des thèmes qu’aborde l’auteur de ce manifeste appelé à devenir la charte d’un islam nouveau.

Malek Chebel se fait ici le théoricien de l’« autre islam », un islam fondé sur le réel, dynamique et moderne, tolérant et positif, mais surtout capable de s’insérer dans le monde d’aujourd’hui et de demain.

Le projet de loi du Québec sur la laïcité ne vise pas à contrer une menace ponctuelle.

Lévis (Québec), 30 avril 2019

Le 19 avril 2019, dans le quotidien Le Devoir, M. Alain Saulnier nous invite à lire un texte de son cru, dans lequel la question de la laïcité côtoie celle de la protection de la langue et de la culture françaises au Québec.

 

Le tire du texte, Quelle menace devons-nous contrer? n’est pas conforme à la réalité : le projet de loi sur la laïcité ne vise pas à contrer une menace ponctuelle, il « vise à affirmer la laïcité de l’État et à préciser les exigences qui en découlent ».

 

L’auteur consacre la moitié de son écrit à la protection de la langue et de la culture françaises du Québec. Il dit :  « cette langue et cette culture françaises sont actuellement menacées. Ce n’est toutefois pas par la religion des « autres » ni par les immigrants qui globalement s’intègrent bien à la société québécoise [aussi bien à Lévis qu’à Montréal, M. Saulnier?]. La menace, elle vient des géants du Web… pendant que cette lutte à armes inégales laisse des victimes tout au long de la conquête territoriale des géants du Web, que faisons-nous ? On se perd à agiter le foulard islamique comme un épouvantail qui n’a rien à voir avec la « menace qui gronde ». Il est curieux que l’auteur se déporte sur la question de la langue et de la culture françaises. Ne sait-il pas que la raison d’être du projet de loi sur la laïcité n’est pas de protéger la langue et la culture françaises? M. Saulnier veut-il dire qu’il faudrait que l’État du Québec se détourne de la question de la laïcité et utilise le temps et les ressources ainsi libérés à la question de la langue et de la culture? M. Saulnier pense-t-il que l’État du Québec n’est pas capable de mener de front plusieurs dossiers?

 

L’auteur convient que le projet de loi sur la laïcité « vise juste lorsqu’il s’agit d’assurer que l’État et ses institutions soient laïques ». Il dit même qu’il est d’accord avec l’objectif « de protéger les enfants d’un quelconque prosélytisme, d’une propagande religieuse dans les écoles », mais il voudrait que l’interdiction du prosélytisme soit inscrite dans « un règlement, une précision dans la loi de l’éducation, dans les conventions collectives », plutôt que dans une loi, ce qui éviterait, selon lui, de « stigmatiser les signes religieux ». L’auteur ne dit pas (ne peut pas savoir) si le port de symboles, de signes et de vêtements religieux serait interdit dans « son » « règlement » ou dans « sa » « précision » . L’auteur ne dit pas (ne sait pas) si « son » « règlement » ou « sa » « précision » interdirait le port d’objets religieux; il ne dit pas (ne peut pas savoir) si c’est le prosélytisme seul qui serait nommément interdit, l’auteur ne pourrait pas garantir aux Québécois que la définition du terme prosélytisme ne donnerait pas lieu à des interprétations différentes. Enfin, l’auteur ne doit pas ignorer qu’il est plus facile pour les députés de désavouer un règlement (en entier ou en partie) qu’une loi…

 

Roger Martel, citoyen de Lévis

 


M. Alain Saulnier est membre du conseil d’administration du journal Le Devoir. Pourrait-il dire aux gens du Québec pourquoi Le Devoir a caché et continue de cacher une information importante à ses lectrices et lecteurs : en mai 2017, devant quelques dizaines de Lévisiennes et Lévisiens, l’imam de Lévis déclare son amour de la charia (le chemin que tous les musulmans doivent suivre). La charia au nom de laquelle des musulmans imposent des châtiments corporels… La charia au nom de laquelle des musulmans violent des droits humains… Le Devoir n’en parle pas. Pourtant, il y a quelques semaines, Le Devoir a cru bon de faire savoir que la mosquée de Lévis avait reçu des menaces écrites… Il n’est pas trop tard pour que Le Devoir demande une entrevue à l’imam de Lévis.

 

Ces personnes ont fait du Québec leur pays d’adoption; leur message va de soi !

Le 15 mars 2019 des citoyennes et des citoyens du Québec ont rendu public dans le journal Le Devoir un texte intitulé Monsieur Legault, agissez en faveur de la laïcité à l’école; en voici les dernières lignes :

 

l’islam n’est pas une « race ». Mettre sur le même registre islam et « race » comme le font certains est dangereux. Surtout lorsque cette confusion est instrumentalisée de façon à jeter l’opprobre sur des personnes qui militent contre une approche fondamentaliste de l’islam en les traitant d’islamophobes, voire de racistes. L’islam est une religion pratiquée par des millions de personnes. Il y a des musulmans arabes, iraniens, chinois, russes, ouzbeks, maliens, soudanais, bosniaques, etc., et chacun pratique un islam en fonction de sa compréhension, de ses traditions, de sa culture et de son environnement institutionnel. Il existe plusieurs islams.

Au Québec, il s’agit de voir ce qui est compatible avec notre démocratie. Pour nous, il y a deux indicateurs pour mesurer ce degré de compatibilité : le respect des lois de notre pays d’adoption et la reconnaissance de leur primauté sur n’importe quelle autre considération.

Le Devoir, https://www.ledevoir.com/opinion/idees/549944/monsieur-legault-agissez-en-faveur-de-la-laicite-a-l-ecole, 15 mars 2019

 


 

TEXTE INTÉGRAL

Le Devoir, https://www.ledevoir.com/opinion/idees/549944/monsieur-legault-agissez-en-faveur-de-la-laicite-a-l-ecole

Monsieur Legault, agissez en faveur de la laïcité à l’école

L’école accueille des enfants, par définition influençables, et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle.

15 mars 2019

Monsieur le Premier Ministre,

Vous vous apprêtez à présenter devant l’Assemblée nationale un projet de loi portant sur la laïcité de l’État. Nous vous soutenons dans cette initiative. D’emblée, nous pouvons vous dire que nos attentes sont élevées pour le milieu de l’éducation. S’agissant de l’école, le débat est trop souvent partiel. En effet, il tourne presque toujours autour de la question de l’interdiction de l’affichage des symboles religieux des enseignants. Cette façon de procéder nous semble réductrice, car elle omet l’essentiel : le rôle de l’école et le respect de la liberté de conscience des enfants. L’école accueille des enfants, par définition influençables, et se doit de préserver les conditions d’acquisition des savoirs et de la culture universelle.

Les Québécois ont eu à se pencher sur cette question à quelques moments phares de leur vie collective. Le rapport Parent est en ce sens un document fondateur. Inculquer une culture humaniste du monde et construire l’autonomie de jugement préparent les élèves à assumer le rôle qui deviendra, plus tard, le leur : habiter, construire, réenchanter le monde. Libérer l’école de l’emprise du clergé a constitué le point de départ d’une grande ambition.

Monsieur le Premier Ministre, vous êtes aujourd’hui confronté aux mêmes défis. En effet, comment accepter que des enseignants puissent exhiber des symboles religieux ostentatoires alors que leur fonction les oblige à se conformer à une certaine idée de la citoyenneté intimement liée à l’égalité entre les femmes et les hommes par exemple ?

L’enseignement ne consiste pas seulement à transmettre des savoirs et des savoir-faire, il véhicule, d’abord, une conception du monde, nécessairement inspirée par un choix de valeurs. Les deux impératifs doivent aller de pair. Il faut que les élèves apprennent à distinguer ce qui relève de la croyance et ce qui est de l’ordre de la connaissance. Ce qui peut avoir valeur d’universel et ce qui peut être lié à la particularité d’un individu. L’enseignant qui place ses croyances individuelles au-dessus de sa mission éducative se met dans une situation insurmontable. Évoquer cette exigence revient à considérer la liberté de conscience des élèves. Il est donc nécessaire d’interdire l’affichage des symboles religieux à l’école publique et d’imposer un seul et même régime à l’ensemble du corps enseignant. Ce n’est pas tout. Dans un souci de cohérence, cette exigence doit être étendue aux éducatrices en service de garde et à l’ensemble du personnel de l’école.

Quelques mots sur le voile puisqu’il fait l’objet, lui aussi, d’un débat intense. Le voile n’est pas une obligation religieuse. Par ailleurs, certains musulmans qui ont une lecture littéraliste des textes religieux en font une obligation. Il faut reconnaître que les musulmans sont divisés sur cette question. Ce qui est important à nos yeux, c’est d’évoluer avec son temps.

Avant de conclure, nous aimerions rappeler un simple fait, une évidence même, l’islam n’est pas une « race ». Mettre sur le même registre islam et « race » comme le font certains est dangereux. Surtout lorsque cette confusion est instrumentalisée de façon à jeter l’opprobre sur des personnes qui militent contre une approche fondamentaliste de l’islam en les traitant d’islamophobes, voire de racistes.

L’islam est une religion pratiquée par des millions de personnes. Il y a des musulmans arabes, iraniens, chinois, russes, ouzbeks, maliens, soudanais, bosniaques, etc., et chacun pratique un islam en fonction de sa compréhension, de ses traditions, de sa culture et de son environnement institutionnel. Il existe plusieurs islams.

Au Québec, il s’agit de voir ce qui est compatible avec notre démocratie. Pour nous, il y a deux indicateurs pour mesurer ce degré de compatibilité : le respect des lois de notre pays d’adoption et la reconnaissance de leur primauté sur n’importe quelle autre considération.

*Ont signé ce texte :

Mohand Abdelli, ingénieur retraité ; Rachida Ait Tahar, enseignante ; Karim Akouche, poète, romancier et dramaturge ; Nadia Alexan, professeure retraitée ; Fatiha Attou, enseignante ; Amani Ben Ammar, comptable agréée ; Radhia Ben Amor, militante associative ; Djemila Benhabib, politologue et écrivaine ; Leila Bensalem, enseignante ; Djafer Bouchilawen, ingénierie Télécoms ; Ferid Chikhi, conseiller en emploi ; Kamal Codsi, entrepreneur ; Nadia El-Mabrouk, professeure à l’Université de Montréal ; Zabi Enayat-Zada, fiscaliste, auteur et conférencier ; Aziz Fares, auteur et journaliste ; Said Guerfi, professeur au collège ; Ensaf Haidar, présidente de la Fondation Raif Badawi ; Hassiba Idir, gestionnaire ; Nacere Irid, ingénieur ; Ali Kaidi, militant pour la laïcité, membre fondateur de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité (AQNAL) ; Ferroudja Kaidi, enseignante ; Ammar Lakehal, maître de taekwondo ; Leila Lesbet, technicienne en éducation spécialisée, militante féministe ; Belkacem Nasri, militant associatif ; Farid Salem, Solidarité Québec Algérie ; Nacéra Si Serir, enseignante ; Nacera Zergane, conseillère en sécurité financière ; Nabila Ben Youssef, comédienne et humoriste.

Charles Taylor, le projet de loi sur la laïcité et les violations des droits humains

Lévis, le 16 avril 2019

Charles Taylor, philosophe né en 1931, vient de manifester dans les rues de Montréal pour condamner le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État. Selon, lui, le projet est « illégitime » : « Interdire d’enseigner à des personnes portant des signes religieux, soutient-il, est une discrimination » (https://ici.radio-canada.ca/info/videos/media-8068466/rojet-loi-sur-laicite-entrevue-avec-charles-taylor). M. Taylor devrait dire à ses compatriotes s’il pense que le droit de faire connaître sa religion par le port d’objets religieux est un droit absolu, que le port en classe par les enseignants d’objets religieux est conforme aux principes de conduite destinées à favoriser le vivre-ensemble et si le port d’objets religieux en classe par les enseignants est conforme à l’article 14 de la Convention relative aux droits de l’enfant : « Les Etats parties respectent le droit de l’enfant à la liberté de pensée, de conscience et de religion ». M. Taylor devrait aussi dire s’il a déjà manifesté par écrit, et dans la rue, sa désapprobation des violations des droits humains par des religions, lui qui a déclaré, au sujet du projet de loi 21 : « Ce n’est pas le langage des droits humains » (https://ici.radio-canada.ca/info/videos/media-8073993/ aicite-elus-et-citoyens-manifestent-contre-projet-loi); a-t-il déjà, par exemple, reprocher à l’islam d’interdire à ses adeptes de sexe féminin d’épouser un non-musulman, d’imposer des châtiments cruels à la femme musulmane adultère (lapidation), aux voleurs musulmans (amputation d’une main), d’interdire aux catholiques de construire des églises (en Arabie saoudite, par exemple)? Que M. Taylor explique sa pensée à ses compatriotes.

Roger Martel, citoyen de Lévis