Tahar Gaïd parle de l’islam, dont il est un spécialiste reconnu – Juin 2017

Source : article de Boualem Bouahmed, Tahar Gaïd. Islamologue « Ceux qui créent de nouveaux péchés se substituent au Créateur », El Watan (jounal algérien), 21.06.17, http://www.elwatan.com//actualite/ceux-qui-creent-de-nouveaux-peches-se-substituent-au-createur-21-06-2017-347655_109.php

EXTRAITS

NOTE Tahar Gaïd, né en Algérie en 1929, a écrit plusieurs ouvrages consacrés à l’islam. Il a participé à la lutte pour la libération nationale (l’Algérie française l’a gardé en prison pendant six ans). Diplomate, il a été ambassadeur dans plusieurs pays. On lui doit L’Encyclopédie thématique de l’Islam (Éditions Iqra).

1

[Tahar Gaïd dit :] Avec un milliard cinq cent millions de fidèles, soit 20% de la population mondiale, l’islam est la seconde religion de la planète. Au cours des prochaines décennies, sa croissance se poursuivra, ne serait-ce que sous l’effet mécanique de la démographie. Souhaitons la fin du radicalisme de l’islam qui devient une grande menace pour l’avenir de l’islam et des musulmans. Souhaitons aussi pour tous les pays musulmans l’instauration des Etats de droit, fondés sur les principes démocratiques et de la liberté d’expression.

2

[Question du journaliste] Dans vos livres qui, faut-il le rappeler, sont à forte tendance didactique, vous soulignez que les droits de l’homme, la fraternité, l’égalité, la justice, le respect de la femme, sont prônés et exigés par l’islam. Comment expliquez-vous alors qu’on ne trouve pas leur traduction sur le terrain dans les pays dits musulmans ?

[Réponse de Tahar Gaïd] Les valeurs de l’islam ont été ensevelies dans les méandres de l’histoire. Si le Prophète, que le salut de Dieu soit sur lui, devait revenir en ce monde, il ne reconnaîtrait plus la religion dont il avait eu la charge de communiquer à l’humanité. Nous observons de nombreuses déviations, particulièrement dans le domaine du statut de la femme. Nous allons donner quelques exemples.

La polygamie a été généralisée alors que le Coran la limite aux mariages des orphelines. Après la bataille d’Uhud, les musulmans ont perdu quelque soixante-dix hommes, laissant des veuves et des orphelines. Pour éviter à ces dernières un sombre avenir, le Coran règle le problème en recourant au mariage. De nos jours, ce n’est pas la religion qui est pratiquée mais une inclination à la jouissance charnelle pour certains. De toute façon, bien observé, le Coran recommande la monogamie tant il est difficile voire même impossible d’appliquer l’égalité sentimentale et même l’égalité sociale.

Le Coran prévoit le témoignage de deux femmes et un homme pour régulariser la question des dettes au cours des transactions commerciales. Les hommes ont, à tort, généralisé ce verset à toutes les questions et à tous les témoignages. Quoi qu’il en soit, comment peut-on aujourd’hui mettre en parallèle deux femmes économistes avec, par exemple, deux ouvriers ou même deux fonctionnaires étrangers aux systèmes financiers.

Comment a-t-on décidé arbitrairement de cloîtrer ainsi la femme musulmane, après le décès de son mari, pendant plus de quatre mois, sachant qu’Asma, la sœur d’Aïcha, est sortie de chez elle pour accomplir une omra après la mort de son mari Talha lors de la bataille dite du chameaux.

Sur un autre plan, rappelons que par le passé, la place de la femme dans la société n’était pas celle que nous lui connaissons aujourd’hui. Citons un exemple pour illustrer mon propos : lors de la mort d’Ibnu Hambal, un des fondateurs de l’une des quatre écoles juridiques, 600 000 personnes (chiffre énorme pour l’époque) ont assisté à son enterrement, dont 200 000 femmes. Celles-ci ont accompagné les hommes à l’intérieur même du cimetière. Mieux encore, l’oraison funèbre fut prononcée par une femme.

Quant à l’absence, entre autres, d’égalité et de justice sociale, il convient de signaler que nous avons combattu le colonialisme. Libérés des contraintes coloniales, au lieu d’appliquer les nobles enseignements de l’islam, nous avons repris à notre compte les mauvaises leçons de l’autorité coloniale. C’est ainsi que nous avons légalisé l’accumulation des richesses, légitimé la fraude et la corruption, instauré l’inégalité sociale, toléré l’atteinte à la dignité humaine.

3

[Question du journaliste] Dès l’âge inaugural de l’islam, plusieurs courants de pensée sont apparus. Aux sunnisme, chî’isme, kharédjisme, mu’tazilisme et soufisme des premiers temps de l’islam sont venus se greffer d’autres mouvements tardifs à l’image du bahaïsme et de l’ahmadisme. Qu’est-ce qui peut expliquer tout ce foisonnement de courants qui se réclament d’un seul Livre ?

[Extrait de la réponse de Tahar Gaïd] […] C’est la preuve que la liberté d’expression existait aux premiers temps de l’islam, bien qu’obtenue au prix de sacrifices sanglants. C’est un acquis précieux que nous cherchons aujourd’hui à obtenir. Il est à préciser que ces courants de pensée se sont manifestés différemment et à des dates historiques différentes, non sans quelques affrontements sanglants.

[…] Nous sommes aujourd’hui témoins de l’existence de certaines branches sectaires qui se réclament de l’islam.

[…] Aucune ne fait école. Au contraire, elles sont diverses et contradictoires. Il ne faut donc pas s’étonner que le salafisme, sous ses deux dernières formes, perdurera aussi longtemps qu’une école ou plusieurs écoles ne s’imposeront pas […].

4

[Tahar Gaïd dit :] Le Coran n’a pas tort de déclarer que Dieu ne change pas l’état d’un peuple si celui-ci ne change pas son comportement intérieur.

Femmes autochtones de Val d’Or (Québec) : le statu quo est intolérable et inacceptable | Ligue des droits et libertés

Source : Val d’Or : le statu quo est intolérable et inacceptable | Ligue des droits

Rassemblement le mardi 22 novembre 2016 à 18h à la Place-des-Arts de Montréal

Rassemblement organisé en solidarité avec les femmes autochtones de Val d’or, afin de réclamer du gouvernement du Québec une commission d’enquête sur les pratiques policières à l’égard des Autochtones.

L’équipe de la Ligue des droits et libertés

 

 

Décaladez avec Amnistie Internationale !

POUR SA PREMIÈRE ANNÉE, REJOIGNEZ L’ÉQUIPE D’AMNISTIE POUR FAIRE DE LA DÉCALADE! Quest-ce que cest? C’est une activité qui consiste à descendre les parois verticales d’un immeuble – en étant évidemment bien attaché-e : vous le faites en marchant sur les murs, ou en sautant si vous êtes plus brave! Pour notre première descente, nous attaquons la Tour du Quai des Convoyeurs au Vieux-Port de Montréal: c’est 50 mètres de descente au-dessus de l’eau! Chaque participant devra collecter un minimum de 500$ pour soutenir au mieux la mission dAmnistie, qui comme vous le savez refuse toute subvention gouvernementale. Vous vous sentez téméraires? Vous voulez faire une toute nouvelle activité sautée? Alors rejoignez-nous!  N’oubliez pas de vous inscrire rapidement – les places sont limitées! Pour vous inscrire ou pour en savoir plus, contactez Laetitia Viard à sauterpourlaliberte@amnistie.ca

Source : Décaladez avec Amnistie!

 

 

Revue de la Ligue des droits et libertés sur les personnes réfugiées, juin 2016

La Ligue des droits et libertés (LDL) a le plaisir de vous annoncer la sortie du dernier numéro de sa revue Droits et libertés, qui porte sur les droits des personnes réfugiées.

Pour vous procurer un ou des exemplaires de la revue, nous vous invitons à contacter Karina Toupin à info@liguedesdroits.ca ou au 514-849-7717, poste 21. Vous pouvez aussi utiliser notre bon de commande. Les exemplaires sont en vente au prix de 6$. Des tarifs spéciaux sont offerts pour les commandes de plus de cinq exemplaires et des arrangements sont possibles pour les personnes et organisations à faibles revenus.

La revue est gratuite pour les membres de la LDL, qui recevront un exemplaire par la poste au cours du mois de juin. Pour devenir membre de la LDL.

Nous vous invitons à vous abonner à la revue Droits et libertés. Vous recevrez alors votre exemplaire par la poste deux fois par année, à un tarif privilégié qui inclut les frais de transport. Cet abonnement permettra aussi de soutenir une revue qui alimente la réflexion sur différents enjeux de droits humains.  Cliquez ici pour connaître les tarifs et pour accéder au formulaire d’abonnements en ligne.

(Source : http://liguedesdroits.ca/?p=3540)

Écrivez au roi Salman pour la libération de Raif Badawi et Waleed Abu Al-Khair.

Tous les enfants ont besoin de leur père. Écrivez un mot au Roi Salman pour la libération de Raif Badawi et Waleed Abu Al-Khair

Source : Écrivez à Raif Badawi et Waleed Abu Al-Khair

Raif Badawi, blogueur saoudien, a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet pour avoir critiqué l’Arabie saoudite.
Waleed Abu Al-Khair, avocat, a été condamné à 15 ans de prison pour avoir défendu des gens comme Raif Badawi.
Raif Badawi a trois enfants qui vivent avec leur mère, Ensaf Haidar, à Sherbrooke. Najwa, Doodi et Miryam qui n’auront pas vu leur papa depuis près de 4 ans.
Waleed Abu Al-Khair n’a jamais vécu avec sa petite fille Joud, née alors qu’il était déjà emprisonné.
Demandez au Roi Salman de les libérer pour la fête des pères. Les enfants ressentent cruellement l’absence de leur père.
Écrivez avec courtoisie un petit mot au Roi Salman et nous lui ferons parvenir par le biais de l’ambassadeur d’Arabie saoudite à Ottawa.
Chaque message sera validé avant la publication.

Plainte contre le gouvernement et le premier ministre du Québec soumise au protecteur du citoyen.

Lévis, le 24 mai 2016

Madame Raymonde Saint-Germain, Protectrice du citoyen

protecteur@protecteurducitoyen.qc.ca

Madame la Protectrice du citoyen,

Les Québécois vivent dans un État de droit; c’est du moins ce que leur affirment assez souvent des politiciens. Mais qu’est-ce qu’un État de droit? Des gens de l’Université de Sherbrooke disent que c’est un État où « les pouvoirs publics doivent exercer leurs fonctions selon les balises définies par un ensemble de normes juridiques »; ils disent qu’un État de droit « [prémunit] les citoyens contre les formes arbitraires du pouvoir (exécutif) »; ils disent que l’État de droit peut « être résumé par la formule : « Nul n’est au-dessus de la loi »; ils disent que « les lois doivent 1) être connues (publiques), 2) personne ne peut y échapper, 3) elles doivent s’appliquer réellement »; ils disent que « la transgression de la loi doit entraîner des sanctions ».

Les citoyennes et les citoyens d’un pays peuvent-ils se sentir en sécurité chez eux quand les pouvoirs publics transgressent les normes juridiques, n’appliquent pas les lois, qu’ils les violent même; les citoyens d’un pays peuvent-ils se sentir en sécurité chez eux quand leur gouvernement agit comme s’il était au-dessus de la loi? N’ont-ils pas raison de craindre qu’un État qui ne respecte pas ses lois pourrait agir d’une manière arbitraire à leur encontre?

Comment les Québécoises et les Québécois pourraient-ils se sentir en sécurité, AUJOURD’HUI, quand on leur dit que leur gouvernement bafoue sa propre loi, enfreint sa loi, viole sa propre loi? Voyez, Madame la Protectrice :

 

PROCESSUS DE PLAINTES DANS LES HÔPITAUX

Québec bafoue sa propre loi

Le ministère de la Santé songe à modifier la loi, plutôt que de revoir une pratique qualifiée d’illégale par le Protecteur du citoyen

Source : Le Devoir, 25 février 2016, http://www.ledevoir.com/societe/sante/463901/processus-de-plaintes-dans-les-hopitaux-quebec-bafoue-sa-propre-loi

Québec enfreint sa loi pour Énergie Est

Le projet de pipeline aurait dû être soumis à une évaluation complète du BAPE

Le Devoir, 12 février 2016

Source : http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/462849/quebec-enfreint-sa-loi-pour-energie-est

Les régions durement frappées par l’austérité –

Le gouvernement viole sa propre loi

« Le gouvernement Couillard viole sa propre Loi sur l’occupation dynamique du territoire avec ses mesures d’austérité qui coûtent plus cher aux régions du Québec.

(Source : Québec, le 4 juin 2015 /CNW Telbec, http://www.fil-information.gouv.qc.ca/Pages/Article.aspx?idArticle=230604155)

 

Avez-vous le pouvoir, Madame la Protectrice du citoyen, de protéger les Québécoises et les Québécois contre leur gouvernement et contre leur premier ministre?

Mais d’abord, il vous faudrait vous assurer que les journalistes et les médias disent la vérité. Parce qu’il leur arrive de se tromper et de commettre des fautes, et même de demander à l’État de les subventionner. Mais avez-vous les moyens requis pour chercher la vérité? Au fait, est-il nécessaire que vous tentiez d’acquérir la certitude que les journalistes et les médias ont dit la vérité? Ne l’avons-nous pas déjà, cette certitude? Nous l’avons, Madame la Protectrice! Le journal Le Devoir a écrit Québec bafoue sa propre loi, et personne au gouvernement du Québec ne l’a contredit; Le Devoir a aussi écrit Québec enfreint sa loi pour Énergie Est, et personne au gouvernement du Québec n’a exigé qu’il se dédise; CNW Telbec titre sur je ne sais pas combien de colonnes Les régions durement frappées par l’austérité – Le gouvernement viole sa propre loi, et personne au gouvernement du Québec ne l’a sommé de se rétracter. N’est-ce pas la preuve que les journaux ont dit la vérité? Mais je comprendrais, Madame la protectrice du citoyen, que vous meniez une enquête.

Mais je me demande si vous avez le pouvoir, Madame, de protéger les Québécoises et les Québécois contre leur gouvernement et contre leur premier ministre. J’espère que vous l’avez et que vous possédez aussi celui de punir le coupable : les experts de l’Université de Sherbrooke disent que « la transgression de la loi doit entraîner des sanctions ». Si le législateur ne vous a pas donné (vraiment) le pouvoir de protéger les Québécoises et les Québécois contre les ministres de leur gouvernement et contre leur premier ministre, allez-vous songer, Madame, à utiliser celui dont vous jouissez certainement : lui faire savoir, au législateur, qu’il ne serait pas honteux, au contraire, de remettre son ouvrage sur le métier?

Auriez-vous la bonté de me dire, Madame, dans combien de jours vous devrez me répondre pour respecter votre Déclaration de services aux citoyens? Je sais que vous ne respectez pas toujours votre Déclaration de services aux citoyens.

Veuillez agréer, Madame la protectrice du citoyen, l’expression de mes sentiments distingués.

Roger Martel, citoyen de Lévis

La Ligue des droits et libertés s’oppose au projet de loi 59 concernant la prévention et la lutte contre le discours haineux et incitant à la violence.

Source :

http://liguedesdroits.ca/wp-content/fichiers/lettre_ouverte_projet_59_ldl_2015-09-221.pdf

Mal protéger pour mieux contrôler la parole publique :

La Ligue des droits et libertés s’oppose au projet de loi 59 concernant la prévention et la lutte contre le discours haineux et incitant à la violence.

Christian Nadeau, président de la Ligue des droits et libertés

Le 22 septembre 2015

Dans son projet de loi 59 sur la radicalisation, le gouvernement libéral veut interdire le discours haineux et le discours incitant à la violence. Les plaintes à cet égard seraient confiées à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ). Il s’agit selon les instigateurs du projet de loi d’établir des mesures de prévention et de lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence afin d’assurer des balises juridiques pour le vivre ensemble. Le texte prévoit aussi d’octroyer un pouvoir d’enquête au ministre de l’Éducation « à l’égard de tout comportement pouvant raisonnablement faire craindre pour la sécurité physique ou morale des élèves et des étudiants ».

La Ligue des droits et libertés s’oppose au projet de loi 59. Selon nous, ce projet de loi annonce des restrictions importantes à la liberté d’expression alors que le gouvernement ne nous en a pas démontré la nécessité pas plus que les avantages pour notre vie en commun. Vouloir restreindre la liberté d’expression signifie limiter la possibilité de manifester ses opinions, croyances et idées. Or, si impopulaires ou déplaisantes puissent paraitre certaines de celles-ci, une société démocratique digne de ce nom doit les permettre et ne devrait pas empêcher leur expression publique. Nous croyons également que le système de dénonciation que met de l’avant ce projet de loi aura pour effet d’inciter à la déaltion et nous fera entrer dans une ère du soupçon où la méfiance des uns à l’égard des autres sera la règle et non l’exception.

Rappelons que l’article 13 de la Loi canadienne sur les droits de la personne, relié au discours haineux, avec l’adoption de la loi C-304, a été abrogé en juin 2013. En ce sens, le projet de loi 59 irait directement à l’encontre des motivations qui ont présidé à cette abrogation. Le projet de loi 59, s’il était accepté, modifierait de larges pans des législations existantes : le Code civil du Québec, la Charte des droits et libertés, le Code de procédure civile, et la Loi sur les collègues d’enseignement général et professionnel, en plus de la Loi sur l’instruction publique et la Loi sur la protection de la jeunesse. Il ne s’agit donc absolument pas d’une modification cosmétique aux normes juridiques existantes.

S’il est évident qu’un acte violent ne peut être permis sous prétexte de liberté d’expression, un discours violent peut l’être à la condition qu’il n’exhorte pas au crime. Reste à évaluer, et voilà l’objet réel du projet de loi 59, les cas de discours violent haineux, qui incitent à la haine envers les membres d’un « groupe identifiable », lequel est caractérisé par des critères raciaux, religieux, de genre ou d’orientation sexuelle. Il est crucial de bien examiner le sens à donner à des notions comme celles de «discours incitant à la violence » ou «discours haineux » . Qu’est-ce qu’ «inciter à la violence » ? Un discours violent sera-t-il jugé selon sa capacité d’influencer les actes de certaines personnes ? Si tel est le cas, alors il sera extrêmement difficile de démontrer de quelle manière cette influence a été subie.

Imposer de nouvelles normes juridiques ne signifie pas pour autant que nous comprenons bien le sens du mal dont on veut nous protéger. Au contraire, un nouveau projet de loi pourrait au final accroitre plutôt que réduire la confusion générale qui prévaut en ce moment sur des sujets aussi complexes. Pourtant, les auteurs du projet de loi 59 veulent non seulement sanctionner le discours haineux, mais aussi le discours incitant à la violence. Or, le Code criminel interdit déjà « l’incitation publique à la haine contre un groupe identifiable lors que cette incitation est susceptible d’entraîner une violation de la paix ». Le projet de loi 59 instaure une procédure de dénonciation et entend pénaliser toute entrave à son fonctionnement. Elle attribue un pouvoir d’enquête à la Commission qui aurait aussi la responsabilité d’exiger qu’un discours haineux cesse. En outre, elle confie au Tribunal des droits de la personne de nouvelles responsabilités, comme celle de fixer le montant des amendes applicables en cas d’infraction des nouvelles dispositions de la loi. Ces amendes apparaissent si élevées qu’elles semblent davantage correspondre à la punition qu’à la prévention. En revanche, il apparaît évident qu’elles auront pour effet pervers de décourager l’expression des opinions. Pire encore, cette criminalisation de la liberté d’expression semble ne pas suffire puisque le projet de loi permettrait également la constitution d’une liste de personnes reconnues coupables d’infraction, laquelle serait administrée par la Commission et accessible sur Internet, et ce pour une durée « déterminée », sans qu’on puisse savoir exactement ce que cela signifie.

En outre, dans le contexte de l’exercice du pouvoir d’enquête du ministre de l’Éducation sur tout comportement pouvant raisonnablement faire craindre pour la sécurité physique ou morale des étudiants, à l’école ou au cegep, le projet de loi prive de la présomption d’innocence les personnes dont le nom apparaitra sur cette liste, puisqu’il est établi que ces personnes sont réputées avoir un tel comportement.

Comme société, il est tout à fait légitime de vouloir protéger l’ensemble des individus et garantir une égale dignité à chaque personne. Une telle préoccupation ne relève pas d’un caprice : elle est essentielle à l’équilibre social. En revanche, il serait non seulement inutile, mais contraire à l’esprit même de cette notion d’égale dignité de vouloir interdire des opinions qui la remettent en cause. Si nous sommes vraiment en faveur d’une société libre et démocratique, si nous nous opposons vraiment à la haine, au racisme et au sexisme, nous devons faire confiance au dialogue social, tel qu’il est encadré par les lois actuelles qui ont déjà montré leur pertinence et leur utilité. Et peut-être, pour compléter le régime de protection actuel, devrions-nous examiner la portée positive que pourrait avoir l’une des recommandations faites par la CDPDJ, à l’occasion du bilan des 25 ans de la Charte québécoise, qui proposait que la Charte interdise l’incitation publique à la discrimination.