La trahison des élites – Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec – Revue Relations, numéro de décembre 2016.

Revue Relations – Pour qui veut une société juste

Source : Infolettre Revue Relations

La trahison des élites – Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

Depuis plusieurs années, nos élites néolibérales martèlent que le Québec est dans le rouge et vit au-dessus de ses moyens. À force d’être répété, le message a fini par être largement accepté. Or, le mythe tenace qui prétend que l’état des finances publiques québécoises est catastrophique et qu’il justifie les mesures d’austérité des dernières années doit être déboulonné. Car ces mesures cachent plutôt un projet politique de privatisation accrue et de dépossession de la majorité au profit d’une minorité fortunée. Pourtant, des solutions existent et d’autres voies permettent de penser un Québec plus juste et solidaire. Il en est question dans ce dossier.

 

 

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Lecture proposée

Paul Journet et l’aveuglement de l’élite libérale québécoise, http://blogue.revuerelations.qc.ca

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Source : Revue québécoise Relations, numéro 787, décembre 2016

 

La trahison des élites. Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

 

Catherine Caron, rédactrice en chef adjointe

 

« On parle souvent de la loi comme étant la traduction de la volonté des dieux… […] mais la loi, c’est vous qui la faites ! Faites-en une qui soit conforme à ce qu’est la loi, c’est-à-dire une traduction de la conscience publique. » Alain Deneault, aux membres de la Commission des finances publiques du Québec, 15 septembre 2016

 

Laissé à lui-même, l’État prendra de l’expansion à l’infini, nous disent avec inquiétude John Micklethwait et Adrian Wooldridge dans The Fourth Revolution – The Global Race to Reinvent the State (Penguin Press, 2014), le livre vu comme étant la « bible » du premier ministre Philippe Couillard. Leur viendrait-il jamais à l’esprit d’affirmer que laissée à elle-même, l’entreprise privée prendra de l’expansion à l’infini ? À l’heure où dix multinationales pèsent davantage financièrement que 180 des 197 États reconnus par l’ONU, c’est pourtant cela qui devrait les préoccuper.

En effet, selon une compilation récente réalisée par l’ONG britannique Global Justice Now, en 2015, sur les 100 premières entités économiques mondiales, 69 étaient des multinationales et 31 des États. On y trouve Apple, Shell, Costco, Toyota, Amazon, HSBC, Nestlé et Walmart, laquelle se positionne au 10e rang, juste après le Canada. Il est certes difficile de comparer les revenus annuels d’une entreprise et ceux d’un État. Toutefois, il est clair – les altermondialistes sonnent l’alerte à ce sujet depuis des décennies – que la domination de ces géants financiers et commerciaux sur des pans de plus en plus vastes de notre vie en société brouille nos repères habituels concernant le pouvoir, la souveraineté, qui les détient vraiment et grâce à quelles complicités. La situation est devenue telle qu’un traité international contraignant portant sur les obligations des multinationales en matière de droits humains est en négociation au sein de l’ONU, parmi d’autres actions en cours visant à dompter quelque peu « la bête », comme le dit Alain Deneault dans ce dossier.

« La bête » – soit ces multinationales qui sont l’une des incarnations fondamentales du capitalisme financier actuel – s’abreuve comme on le sait à l’idéologie néolibérale qui la renforce et a rendu récurrent, ici comme ailleurs, le discours sur la nécessité de « soigner » des finances publiques qui seraient atteintes d’obésité morbide en raison de dépenses publiques excessives, ce qui gonflerait la dette à un niveau inacceptable. Depuis des années, « la bête » est admirée et nourrie – à coups de privilèges fiscaux, de privatisations, de déréglementations, de droits acquis grâce au libre-échange et d’une série d’entourloupettes pour lesquelles nous n’avons jamais voté – par des élites politiques qui trahissent ainsi leur responsabilité de veiller sur l’intérêt public et le bien commun. Certes, le Québec n’est pas le pire en la matière. Mais soyons francs, quelles « vraies affaires » passionnent nos élites ? La protection de l’environnement et de nos services publics ? Ou que nos grandes entreprises se hissent dans le palmarès des plus importantes du monde, et tant pis si notre fisc ou encore les services publics d’autres pays écopent ?

Tel un épais brouillard, le néolibéralisme qui s’est installé au Québec depuis 30 ans sous le règne des péquistes comme des libéraux empêche souvent de voir quelle est notre vraie richesse et qui sont les vrais gloutons. D’aucuns ont l’impression que tout a été dit sur le sujet, mais si c’était le cas, nous n’en serions pas là, 20 ans après le sommet socioéconomique d’octobre 1996 orchestré par le premier ministre Lucien Bouchard, qui fut un moment-charnière.

Lors de ce fameux sommet, l’excès de dépenses publiques n’était pas – et n’est toujours pas – la cause centrale de l’endettement de l’État québécois. Pourtant, cette idée nous hante jusqu’à aujourd’hui, justifiant l’obsession du déficit zéro (devenue la Loi sur l’équilibre budgétaire) et la priorité accordée au paiement de la dette avant le financement de nos services publics. Il y en aurait long à dire sur les magouilles politico-comptables qui servent à effrayer les gens, à creuser artificiellement des déficits le temps d’imposer des politiques qui ne seraient jamais acceptées autrement, le tout pour ensuite cacher des surplus dont le parti au pouvoir voudra se servir au bon moment – à l’approche d’élections par exemple – pour privilégier ses clientèles électorales. Le gouvernement de Philippe Couillard excelle dans le genre. Sans scrupules, il ose discourir sur les inégalités et la lutte contre la pauvreté après avoir effectué, en trichant avec les motifs budgétaires, des compressions de plus de 4 milliards de dollars depuis 2014. Il compte ainsi faire avancer au Québec la « révolution inachevée du néolibéralisme », comme la qualifient les auteurs de The Fourth Revolution.

Depuis la crise financière de 2008, nous savons jusqu’où ces forces « révolutionnaires » sont prêtes à aller pour s’approprier la richesse collective : transformer les dettes privées des banques en dettes publiques, faire payer les pauvres en continuant d’imposer des mesures abjectes qui font dire à la grande essayiste et militante malienne Aminata Traoré que ce qu’on a mondialisé, ce sont l’injustice, le désespoir et le mépris. Ce constat nous impose de nouer de nouvelles solidarités entre les peuples et de consolider les luttes populaires qui n’ont jamais cessé d’exister au Québec comme ailleurs. « La bête », avec ses parasites, ses complices et l’idéologie néolibérale qui la fait grandir, doit être plus sérieusement traquée, bien davantage que ses nombreux boucs émissaires chargés de nous distraire.

Fuir les consensus piégés : tel est aussi l’autre impératif… C’est plutôt une bonne nouvelle qu’il soit « difficile aujourd’hui de recueillir des consensus », comme s’en plaignait Lucien Bouchard il y a un an (Le Devoir, 24 novembre 2015), lui qui avait profité, en 1996, de l’inclination du milieu syndical pour le partenariat plutôt que pour la confrontation. Osons croire que plusieurs consensus sont devenus plus difficiles parce qu’assez, c’est assez : assez d’irresponsabilité écocriminelle (Énergie Est), assez d’indécence (la réforme de l’aide sociale, les salaires de médecins), assez de servilité (le capital des banques et des compagnies minières à l’abri de l’impôt), assez de corruption (la commission Charbonneau)… Osons croire que l’avenir dépend de notre salutaire indignation et mobilisation face à la trahison des élites.

 

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La revue Relations

Depuis 75 ans, Relations œuvre à la promotion d’une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis. Libre et indépendante, la revue pose un regard critique sur les enjeux sociaux, culturels, économiques, politiques et religieux de notre époque.

Pour contribuer au débat public et offrir une parole alternative dans un contexte où l’opinion prime souvent sur l’analyse, Relations propose des analyses de fond, des éditoriaux, des chroniques culturelles et littéraires dans un cadre aéré, où la beauté de l’iconographie fait écho à l’intelligence du texte. Elle offre aussi une diversité de voix – chercheurs, acteurs sociaux, penseurs, artistes, croyants et non-croyants de différentes générations.

La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d’analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.

Le revenu minimum garanti. Une mesure de lutte contre la pauvreté?

Source : Activités publiques, Centre justice et foi

Soirées de la revue Relations et du Centre justice et foi à Québec le 27 septembre 2016, à Montréal le 28 septembre 2016. Ciquez sur le lien ci-dessus pour en savoir plus.

 

 

Mokaïesh et Lavilliers: avec les ouvriers, les précaires et les migrants en chanson | Le Club de Mediapart

La vidéo d’une chanson interprétée par Cyril Mokaïesh et Bernard Lavilliers, qui prend aux tripes : « La loi du marché » inspirée du film de Stéphane Brizé, avec un clip tourné par le réalisateur et mettant l’accent sur les migrants…

Mokaïesh et Lavilliers: avec les ouvriers, les précaires et les migrants en chanson | Le Club de Mediapart

 

La loi du marché (chanson)

Un bel exemple de raison critique sensible ! Une belle leçon d’internationalisme des opprimés contre la pénétration à gauche d’imaginaires nationaux-étatistes!

Paroles de La loi du marché

On vous laisse la tribune

Les honneurs du pouvoir

On vous laisse voler la victoire

On vous laisse le soin de bien ingurgiter

Notre part de votre marché

On vous laisse notre âme sur le bas-côté

Endetté, endetté, en détresse

A genoux de chagrin

D’avoir fait le baisemain

A l’austérité, son altesse

On vous laisse nos hivers

On vous laisse nos étés

De quoi vous distraire

Et nous faire tomber

On vous laisse libéral démocratisé

Chômage à volonté

On vous laisse nos destins s’ouvrirent les veines

En commission européenne

On vous laisse s’allonger la peur dans votre lit

Mais faut pas toujours croire ce qu’on dit

A Athènes Apollon a raison de chanter

Ma liberté

On vous laisse nos hivers

On vous laisse nos étés

De quoi vous distraire

Et nous faire tomber

On vous laisse nos hivers

Et notre dignité

De quoi vous distraire

Pour quelques années

On vous laisse Arcelor Mittalisés

Par Florange, l’or et l’acier

On vous laisse cet étrange capitaliser

Sur la précarité

On vous laisse à vos super hyper profits

Oh la belle vie

Chez Lidl le pack de bières

A des pulsions suicidaires

On vous laisse nos hivers

On vous laisse nos étés

De quoi vous distraire

Et nous faire tomber

On vous laisse nos hivers

Et notre dignité

De quoi vous distraire

Pour quelques années

On vous laisse nos frontières

Se refermer

Homme à la mer, émigré

Cap sur l’Angleterre

Depuis la Guinée

T’as le temps d’apprendre à nager

On vous laisse nos frontières

Se refermer

Sur la Méditerranée

Enfant de la guerre

Cherche un bout de terre

Pour apprendre à marcher

De quoi vous distraire

Pour quelques années

De quoi vous distraire

Et vous en aller

De quoi vous distraire

Et vous en aller

De quoi vous distraire

Et vous en aller

La loi du marché est une chanson de Cyril Mokaïesh, tirée de son nouvel album Blanc cassé qui devrait sortir en janvier 2017. Elle est inspirée du film du même nom de Stéphane Brizé et aussi de la situation des migrants. Elle est interprétée avec Bernard Lavilliers, dans ce clip réalisé par Stéphane Brizé et mis sur YouTube le 9 septembre 2016. Ce clip a déjà été mis en ligne sur Mediapart par Gabas le 12 septembre 2016 : https://blogs.mediapart.fr/gabas/blog/120916/la-loi-du-marche.

Source : https://blogs.mediapart.fr/philippe-corcuff/blog/150916/mokaiesh-et-lavilliers-avec-les-ouvriers-les-precaires-et-les-migrants-en-chanson

Einstein avait raison, il faut réduire le temps de travail.

Source : http://www.editionsatelier.com/index.php?page=shop.product_details&flypage=bookshop-flypage.tpl&product_id=667&category_id=5&writer_id=690&option=com_virtuemart&Itemid=1 vu le 24 juin 2016

Einstein avait raison, il faut réduire le temps de travail

La semaine de quatre jours, c’est possible

Livre de Pierre LARROUTUROU et de Dominique MÉDA

270 PAGES • Relié  –  Date de parution : 16 Juin 2016

ISBN 978-2-7082-4470-2 EAN-ISBN 9782708244702

Prix Unitaire: 14,00 €

 

Pour des millions de personnes, pas de travail du tout, ou pas assez pour en vivre. Pour des millions d’autres, trop de pression, des journées à rallonge… à n’en plus finir. Comment sortir de cette répartition inégalitaire et insupportable du travail ? Comment combattre ce chômage endémique qui ronge la dignité, le présent, l’avenir, l’espoir ? En facilitant les licenciements ? En assouplissant le Code du travail ? Non. Il existe une autre voie.

S’appuyant sur une analyse très documentée, Pierre Larrouturou et Dominique Méda tournent le dos à ces perspectives régressives pour en proposer une autre : provoquer un choc de solidarité en passant à la semaine de 4 jours. Ils montrent comment cette mesure est capable de créer massivement des emplois sans coût supplémentaire pour les entreprises qui s’engageraient dans cette voie. La seule qui soit en phase avec ce qu’Albert Einstein prédisait dès les années 1930.

Et si Einstein avait raison ?

 

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Les auteurs :

Pierre LARROUTUROU

Pierre Larrouturou est ingénieur agronome et économiste. Fondateur avec Stéphane Hessel du Collectif Roosevelt, il quitte le Parti socialiste en 2013 pour créer Nouvelle Donne. Il est notamment l’auteur de La gauche n’a plus droit à l’erreur (avec Michel Rocard, Flammarion, 2013) et de Non-assistance à peuple en danger (Fayard, 2015).

(http://www.editionsatelier.com/index.php?page=shop.browse&writer_id=691&option=com_virtuemart&Itemid=1)

Dominique MÉDA

Dominique Méda est professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine, directrice de l’Institut de recherche interdisciplinaire en sciences sociales et titulaire de la chaire « Reconversion écologique, travail, emploi et politiques sociales » au Collège d’études mondiales. Elle est notamment l’auteure de Réinventer le travail (avec Patricia Vendramin, PUF, 2013) et de La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer (Champs-Flammarion, 2014).

(http://www.editionsatelier.com/index.php?page=shop.browse&writer_id=690&option=com_virtuemart&Itemid=1)

Ce qu’il faut retenir des « Panama papers ».

Politiques, footballeurs, de nombreuses personnalités sont présentes dans les documents panaméens qui ont été à la base de l’enquête internationale sur l’offshore.

Source : Ce qu’il faut retenir des « Panama papers »

Pourquoi taxer les entreprises?

Source : http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/466648/perspectives-la-part-des-entreprises

Extrait d’un article d’Éric Desrosiers publié le 26 mars 2016

La part des entreprises

… toute cette histoire d’impôt sur les profits est une fiction, affirment certains. Les compagnies ne sont que des coquilles légales. Ceux qui payent vraiment sont soit les actionnaires, par des rendements moindres, soit les employés, par des conditions de travail moindres. Plus une entreprise est mobile et plus cela risque d’être les employés.

Alors, pourquoi continuer d’essayer de taxer les entreprises ? pourrait-on demander.

D’abord peut-être parce qu’Ottawa aurait bien du mal à se priver cette année de près de 40 milliards de revenus et Québec, d’un peu moins de 7 milliards, sans compter les dizaines d’autres milliards en taxes et charges sociales.

Aussi, et peut-être surtout, parce que, aussi fictives soient-elles physiquement, les compagnies ne pourraient pas faire, bien concrètement, sans les lois, les routes, l’eau, les tribunaux, la police, les soins de santé, les écoles, les garderies, la paix sociale, la culture, les coins de nature et toutes ces autres choses largement payées par les autres contribuables faits de chair et d’os. Cela s’appelle fournir sa part d’efforts.