Dans les écoles du Québec, des toilettes attrayantes pour augmenter la rétention des élèves.

« Le lab-école: un mépris de la profession d’enseignant. » – Éclairons vite le ministre de l’éducation.

Source : Le Devoir, http://www.ledevoir.com/societe/education/495621/le-lab-ecole-un-mepris-de-la-profession-d-enseignant

LETTRE

Le lab-école: un mépris de la profession d’enseignant

Le Devoir, 5 avril 2017 | Gérard Lévesque

Notre sympathique ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a décidé d’investir dans les travaux de trois vedettes, elles aussi fort bien intentionnées, qui offrent leurs services pour repenser nos écoles et en faire des milieux modernes et stimulants de réussite scolaire. Ces vedettes du monde culinaire, sportif et architectural ont présenté leur participation particulière à ce projet à l’émission 24/60 du lundi 3 avril. Pierre Thibault, architecte, se chargera de l’environnement physique de l’école moderne et des meilleures stratégies pour construire des écoles. Pierre Lavoie, de l’éducation physique des élèves, et Ricardo Larrivée, de leur alimentation à la cafétéria des écoles. Toutes ces intentions, certes louables, sont néanmoins étrangères aux conditions favorables au développement du désir de connaître, au fondement de l’apprentissage et de la réussite scolaire. C’est comme si on croyait que la réussite de la relation amoureuse d’un couple dépend de la beauté de leur appartement, de l’apparence physique des partenaires et de la qualité de leur alimentation. Cette façon de procéder s’inscrit dans le paradigme habituel et suranné du ministère de l’Éducation, qui croit que, pour parler sainement de l’éducation des élèves, il vaut mieux s’en remettre à ceux qui y sont étrangers. Le ministre de l’Éducation serait beaucoup mieux avisé de confier la réflexion aux praticiens qui s’acharnent sur le terrain avec l’insuffisance des moyens que son gouvernement leur alloue.

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Source : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/495584/quebec-inc-la-plaie

Québec inc., la plaie

Le Devoir, Francine Pelletier, 5 avril 2017

S’il y a une vache sacrée au Québec, elle se promène en veston cravate et s’appelle Québec inc. Depuis 50 ans que nous sommes maîtres chez nous, nous avons toujours salué bien bas les entrepreneurs qui ont contribué à rapatrier notre économie et à rehausser notre estime de soi. Jusqu’à dimanche dernier, du moins, alors que 200 manifestants ont craché sur le fleuron de la Couronne, l’intouchable Bombardier. À la suite des augmentations obscènes chez ses dirigeants, la mèche est désormais plus courte face aux bonzes qui se croient tout permis.

[…]

Bien sûr, il n’y a pas que Bombardier dans cette galère. Je pense ici à Pierre Lavoie, Ricardo Larrivée et l’architecte Pierre Thibault, qui ont récemment été adoubés par le ministre de l’Éducation pour « repenser » l’école. Grande et noble mission pour « trois vedettes » qui n’ont rien à voir avec l’école proprement dite, outre des prestations hypermédiatisées à l’occasion, qui ne savent pas ce qui s’y fait (vraiment), mais qui arrivent auréolés par l’entrepreneuriat avec un grand E, le marketing à gogo, le branding tous azimuts et la page Facebook qui explose. Les attributs du Québec inc., en veux-tu, en v’là !

« Ils vont venir nous dire que ça prend des écoles mieux aménagées, ouvertes sur la nature, où on crée des espaces de collaboration. On le sait, tout ça », disait cette semaine le président de la Fédération autonome des enseignants, Sylvain Mallette, en soulignant l’insulte faite ici à tous les professionnels de l’éducation qui ont beaucoup plus d’idées sur la question, qui ont longuement réfléchi sur ce que devait être la mission de l’école, mais qui n’ont aucunement été conviés par le ministre.

On boude les véritables artisans, les vrais producteurs de contenu, au profit du béton, des infrastructures et de la poudre aux yeux.

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CONTRIBUTION DU PASSEUR DE LA CÔTE

Au lieu de gaspiller de l’agent pour orner le pont Laporte d’ampoules, de lampions, de je ne sais quoi,

qu’on cherche donc des idées pour illuminer (éclairer, si vous préférez) le ministre de l’Éducation du Québec.

Que les vedettes choisies par le ministre Sébastien Proulx n’oublient pas les toilettes!

Ça ne prend pas grand-chose pour rendre des toilettes attrayantes; le besoin d’uriner, par exemple. Mais les vedettes du ministre Proulx devraient quand même plancher fort sur la façon de faire des toilettes scolaires l’un des principaux facteurs de rétention des élèves.

Une belle porte peut faire aimer l’école.

 

Un message drôle au-dessus d’un urinoir peut tout changer. L’humour fait aimer l’école.

 

Roger Martel

L’Esprit saint est un Québécois, apprennent des enfants dans une école légale du Québec.

Monde catholique

On savait que Dieu est représenté barbu, moustachu et chevelu :

 

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DIEU

 

On savait que Jésus est représenté barbu, moustachu et chevelu :

 

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JÉSUS

 

On sait maintenant que le Saint-Esprit est moustachu et chevelu :

 

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LE SAINT ESPRIT

 

On sait aussi que l’Esprit saint est un Québécois, qu’il a été policier à Montréal et qu’il s’appelle Eugène Richer dit Laflèche. Cette « découverte » est due à une petite organisation religieuse qui est autorisée à tenir une école au Québec, autorisée à mettre en œuvre le programme de formation de l’école québécoise du ministère de l’Éducation du Québec, autorisée à enseigner à des enfants de cinq, dix, quinze ans, autorisée par le ministère de l’Éducation du Québec.

L’école de la petite organisation religieuse, déclarée illégale il y a environ quinze ans, a rouvert ses portes en 2016. Elle désire être subventionnée par l’État. Citoyennes, citoyens, ayez l’oeil ouvert !

 

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

http://www.ledevoir.com/societe/education/484754/jnadeau-mfortier-ecole-confessionnelle

http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/811191/ecole-mission-esprit-saint-lanaudiere

L’influence de l’environnement sur le comportement au Congo, au Québec, partout.

 

Tableau vu au cegep de Lévis-Lauzon le 2 sept. 2016. auditoire = salle de casse.

 auditoire = salle de casse.

 

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L’influence de l’environnement sur le comportement.

 

Les sénateurs, députés, ministres, maires, conseillers municipaux, juges doivent absolument éviter d’adopter des conduites opposées aux normes morales de leur milieu; êtes-vous d’accord? 

Les sénateurs, députés, ministres, maires, conseillers municipaux, juges qui trompent la population, par exemple, exercent une influence malheureuse, désastreuse, sur les jeunes de leur milieu; êtes-vous d’accord?

 

Les sénateurs, députés, ministres, maires, conseillers municipaux, juges qui ont des conduites opposées aux normes morales de leur milieu doivent être dénoncés; êtes-vous d’accord?

 

 

Juin, juillet, août, les écoliers sont en vacances; encourageons-les à lire de beaux textes. Savoureux comme LE CHAT QUI S’EN VA TOUT SEUL.

INTRODUCTION

Dans Le chat qui s’en va tout seul, Kipling imagine comment les animaux ont été domestiqués par l’homme aux temps ancestraux. Il y a d’abord eu le chien qui, grâce à ses talents de chasseur et sa capacité à garder le logis, a été accepté dans la grotte. Ensuite, ce fut au tour du cheval et de la vache, amadoués par le foin fraîchement coupé. Le premier devint un fidèle destrier tandis que la seconde fournit chaque jour son lait frais et onctueux. Seul le chat resta sauvage. Vagabond dans l’âme, il ne devint jamais un ami ou un serviteur de l’homme. Mais quand il décida d’entrer dans la caverne pour profiter du feu et du bon lait, il dut se montrer plus malin que les humains pour devenir le roi du foyer tout en gardant son indépendance et cette petite dose d’ingratitude qui le caractérise.

(http://litterature-a-blog.blogspot.ca/2011/12/le-chat-qui-sen-va-tout-seul-calendrier.html)

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Source : https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Chat_qui_s’en_va_tout_seul

Rudyard Kipling, Le Chat qui s’en va tout seul, 1902

Traduction de Robert d’Humières et Louis Fabulet, 1903

Hâtez-vous d’ouïr et d’entendre ; car ceci fut, arriva, devint et survint, ô Mieux Aimée, au temps où les bêtes Apprivoisées étaient encore sauvages. Le Chien était sauvage, et le Cheval était sauvage, et la Vache était sauvage, et le Cochon était sauvage — et ils se promenaient par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, tous sauvages et solitairement. Mais le plus sauvage de tous était le Chat. Il se promenait seul et tous lieux se valaient pour lui.

Naturellement, l’Homme était sauvage aussi. Il était sauvage que c’en était affreux. Il ne commença à s’apprivoiser que du jour où il rencontra la Femme, et elle lui dit qu’elle n’aimait pas la sauvagerie de ses manières. Elle s’arrangea, pour y coucher, une jolie caverne sèche au lieu d’un tas de feuilles humides ; elle poudra le sol de sable clair et elle fit un bon feu de bois au fond de la caverne ; puis elle pendit une peau de cheval, la queue en bas, devant l’entrée de la caverne, et dit :

— Essuie tes pieds, mon ami, quand tu rentres ; nous allons nous mettre en ménage.

Ce soir, Mieux Aimée, ils mangèrent du mouton sauvage cuit sur les pierres chaudes et relevé d’ail sauvage et de poivre sauvage ; et du canard sauvage farci de riz sauvage et de fenouil sauvage et de coriandre sauvage ; et des os à moelle de taureaux sauvages et des cerises sauvages, avec des arbouses de même. Puis l’Homme, très content, s’endormit devant le feu ; mais la Femme resta éveillée, à peigner ses cheveux. Elle prit l’épaule du mouton — la grande éclanche plate — et elle en observa les marques merveilleuses ; puis elle jeta plus de bois sur le feu et fit un Sortilège. Ce fut le premier Sort qu’on eût fait sur la terre.

Là-bas, dans les Bois Mouillés, tous les Animaux sauvages s’assemblèrent où ils pouvaient voir de loin la lumière du feu, et ils se demandèrent ce que cela signifiait.

Alors Cheval Sauvage piaffa et dit :

— Ô mes Amis, et vous, mes Ennemis, pourquoi l’Homme et la Femme ont-ils fait cette grande lumière dans cette grande Caverne, et quel mal en souffrirons-nous ?

Chien Sauvage leva le museau et renifla l’odeur du mouton cuit et dit :

— J’irai voir ; je crois que c’est bon. Chat, viens avec moi.

— Nenni ! dit le Chat. Je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi. Je n’irai pas.

— Donc, c’est fini nous deux, dit Chien Sauvage. Et il s’en fut au petit trot.

Il n’avait pas fait beaucoup de chemin que le Chat se dit : « Tous lieux se valent pour moi. Pourquoi n’irais-je pas voir aussi, voir, regarder, puis partir à mon gré ? » C’est pourquoi, tout doux, tout doux, à pieds de velours, il suivit Chien Sauvage et se cacha pour mieux entendre.

Quand Chien Sauvage atteignit l’entrée de la Caverne, il souleva du museau la peau du cheval sauvage et renifla la bonne odeur du mouton cuit, et la Femme, l’œil sur l’éclanche, l’entendit, et rit, et dit :

— Voici le premier. Sauvage enfant des Bois Sauvages, que veux-tu donc ?

Chien Sauvage dit :

  • Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, qu’est-ce qui sent si bon par les Bois Sauvages ?

Alors la Femme prit un os du mouton et le jeta à Chien Sauvage et dit :

— Sauvage enfant du Bois Sauvage, goûte et connais.

Chien Sauvage rongea l’os, et c’était plus délicieux que tout ce qu’il avait goûté jusqu’alors, et dit :

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, donne-m’en un autre.

La Femme dit :

— Sauvage enfant du Bois Sauvage, aide mon Homme à chasser le jour et garde ce logis la nuit, et je te donnerai tous les os qu’il te faudra.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes, voici une Femme très maligne ; mais elle n’est pas si maligne que moi.

Chien Sauvage entra, rampant, dans la Caverne et mit sa tête sur les genoux de la Femme, disant :

— Ô mon Amie, Femme de mon Ami, j’aiderai ton Homme à chasser le jour, et la nuit je garderai la Caverne.

— Tiens, dit le Chat aux écoutes, voilà un bien sot Chien !

Et il repartit par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, en remuant la queue et tout seul. Mais il ne dit rien à personne. Quand l’Homme se réveilla, il dit :

— Que fait Chien Sauvage ici ?

Et la Femme dit :

— Son nom n’est plus Chien Sauvage, mais Premier Ami ; car il sera maintenant notre ami à jamais et toujours. Prends-le quand tu vas à la chasse.

La nuit d’après, la Femme fut couper à grandes brassées vertes de l’herbe fraîche aux prés riverains et la sécha devant le feu. Cela fit une odeur de foin, et la Femme, assise à la porte de la Grotte, tressa un licol en lanières de cuir et regarda l’éclanche — le grand os de mouton plat — et fit un Sortilège. Elle fit le Second Sort qu’on eût fait sur la terre. Là-bas, dans les Bois Sauvages, tous les animaux se demandaient ce qui était arrivé à Chien Sauvage. À la fin, Poulain Sauvage frappa du pied et dit :

— J’irai voir et rapporter pourquoi Chien Sauvage n’est pas revenu. Chat, viens avec moi.

— Nenni ! dit le Chat. Je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi. Je n’irai pas.

Mais, tout de même, il suivit Poulain Sauvage, tout doux, tout doux, à pas de velours, et se cacha pour mieux entendre.

Quand la Femme entendit Poulain Sauvage qui butait en marchant sur sa longue crinière, elle rit et dit :

— Voici le second. Sauvage enfant du Bois Sauvage, que me veux-tu ?

Poulain Sauvage dit :

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, où est Chien Sauvage ?

La Femme rit, ramassa l’éclanche et le regarda, puis dit:

— Sauvage Enfant du Bois Sauvage, tu n’es pas venu pour Chien Sauvage, mais pour le foin qui sent bon.

Et Poulain Sauvage, qui butait en marchant sur sa longue crinière, dit :

— C’est vrai ; donne-m’en à manger. La Femme dit :

— Sauvage Enfant du Bois Sauvage, courbe la tête et porte le présent que je te donne ici ; à ce prix, mangeras-tu l’herbe merveilleuse trois fois le jour ?

  • Ah ! dit le Chat aux écoutes, voici une Femme très maligne ; mais elle n’est pas aussi maligne que moi.

Kipling_Le chat-qui-s'en-va-tout-seul_Image de la Caverne où l'Homme et la Femme habitaient au commencement de tout

Ça, c’est l’image de la Caverne où l’Homme et la Femme habitaient au commencement de tout. C’était vraiment une Caverne très bien et beaucoup plus chaude qu’elle n’en a l’air. L’Homme a une pirogue. Elle est sur le bord de la rivière et trempe dans l’eau pour gonfler le bois. La chose en ficelles, en travers de la rivière, est le filet dont l’Homme se sert pour prendre du saumon. Il y a de jolies pierres propres pour aller de l’entrée de la Caverne à la rivière, afin que l’Homme et la Femme puissent descendre chercher de l’eau sans se mettre du sable entre les doigts de pied. Les affaires qui ressemblent à des cafards, plus loin, le long de la rive, sont vraiment des troncs d’arbres morts qui ont descendu la rivière, venus des Bois Sauvages. L’Homme et la Femme les tiraient de l’eau afin de les sécher, puis de les couper avant de les brûler. Je n’ai pas dessiné la peau du cheval qui fermait l’entrée de la Caverne, parce que la Femme vient de la décrocher pour la laver. Toutes ces petites taches sur le sable, entre ta Grotte et la rivière, sont les marques des pieds de l’Homme et de la Femme. L’Homme et la Femme sont ensemble dans la Grotte, en train de dîner. Ils prirent une Caverne plus commode après l’arrivée du Bébé, parce que le Bébé avait pris l’habitude de s’en aller à quatre pattes jusqu’à la rivière et de tomber dedans, après quoi il fallait que le Chien le repêche.

Poulain Sauvage courba la tête et la Femme glissa par-dessus le licol de cuir tressé, et Poulain Sauvage souffla sur les pieds de la Femme et dit :

— Ô ma Maîtresse, Femme de mon Maître, je serai ton esclave à cause de l’herbe merveilleuse.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes, voilà un sot Poulain. Et il s’en retourna par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, en remuant la queue et tout seul. Mais il ne dit rien à personne.

Quand l’Homme et le Chien revinrent de la chasse, l’Homme dit :

— Que fait le Poulain Sauvage ici ?

Et la Femme dit :

— Il ne s’appelle plus Poulain Sauvage, mais Premier Fidèle ; car il nous portera de place en place, désormais et toujours. Monte sur son dos, quand tu vas à la chasse.

Le jour après, la tête haute pour que ses cornes ne se prennent pas aux branches des arbres sauvages, Vache Sauvage vint à la Caverne, et le Chat suivit, se cachant comme avant ; et tout arriva tout à fait comme avant ; et le Chat dit les mêmes choses qu’avant ; et quand Vache Sauvage eut promis son lait à la Femme tous les jours, en échange de l’herbe merveilleuse, le Chat s’en retourna par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, en remuant la queue et tout seul, juste comme avant. Mais il ne dit rien à personne. Et quand l’Homme, le Cheval et le Chien revinrent de la chasse et demandèrent les mêmes questions qu’avant, la Femme dit :

— Son nom n’est plus Vache Sauvage, mais Nourricière du Logis. Elle nous donnera le bon lait tiède et blanc, désormais et toujours, et je prendrai soin d’elle, pendant que toi, Premier Ami et Premier Fidèle vous serez à la chasse.

Le jour après, le Chat attendit voir si quelque autre Chose Sauvage s’en irait à la Caverne ; mais rien ne bougea dans les Chemins Mouillés du Bois Sauvage. Alors le Chat s’en fut tout seul, et il vit la Femme qui trayait la Vache, et il vit la clarté du feu dans la Caverne, et il sentit l’odeur du lait tiède et blanc.

Chat dit :

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, où Vache Sauvage est-elle allée ?

La Femme rit et dit :

— Sauvage Enfant du Bois Sauvage, retourne au Bois d’où tu viens, car j’ai rattaché mes cheveux, j’ai serré l’éclanche magique, et nous n’avons plus besoin, dans notre Caverne, d’amis ni de serviteurs.

Chat dit :

— Je ne suis pas un ami et je ne suis pas un serviteur. Je suis le Chat qui s’en va tout seul, et je désire entrer dans votre Grotte.

La Femme dit :

— Alors, pourquoi n’es-tu pas venu la première nuit avec Premier Ami ?

Chat se fâcha très fort et dit :

— Chien Sauvage a-t-il fait des contes sur moi ? Alors la Femme rit et dit :

— Tu es le Chat qui s’en va tout seul, et tous lieux se valent pour toi. Tu n’es ami ni serviteur. Tu l’as dit toi-même. Va-t’en donc, puisque tous lieux se valent, te promener à ton gré.

Alors Chat fit semblant de regretter et dit :

— N’entrerai-je donc jamais dans la Grotte ? Ne m’assoirai-je jamais près du feu qui tient chaud ? Ne boirai-je jamais le lait tiède et blanc ? Vous êtes très sage et très belle. Vous ne devriez pas faire de mal, même à un Chat.

La Femme répondit :

— Je savais que j’étais sage ; mais belle, je ne savais pas. Soit. Nous ferons un marché. Si jamais je prononce un seul mot à ta louange, tu pourras entrer dans la Grotte.

— Et si tu en prononces deux ? dit le Chat.

— Cela n’arrivera jamais, dit la Femme ; mais si je prononce deux mots à ta louange, tu pourras t’asseoir près du feu dans la Grotte.

— Et si tu dis trois mots ? dit le Chat.

— Jamais cela n’arrivera, dit la Femme ; mais si je dis trois mots à ta louange, tu pourras laper le lait tiède et blanc trois fois le jour, à jamais.

Alors le Chat fit le gros dos et dit :

— Que le rideau qui ferme la Grotte, le Feu qui brûle au fond et les pots à lait rangés près du Feu soient témoins de ce qu’a juré mon Ennemie, Femme de mon Ennemi.

Et il s’en alla par les Chemins Mouillés des Bois Sauvages, remuant la queue et tout seul.

Cette nuit-là, quand l’Homme, le Cheval et le Chien revinrent de la chasse, la Femme ne leur parla pas du marché qu’elle avait fait avec le Chat, parce qu’elle avait peur qu’il ne leur plût point.

Chat s’en alla très loin et se cacha parmi les Mousses Mouillées des Bois Sauvages, tout seul, à son gré, pendant très longtemps, si long que la Femme n’y pensa plus. Seule, la Chauve-Souris, la petite Souris-Chauve, qui pendait tête en bas à l’intérieur de la Grotte, sut où il se cachait, et, tous les soirs, s’en allait voletant lui porter les nouvelles.

Un soir, Chauve-Souris dit :

— Il y a un Bébé dans la Grotte. Il est tout neuf, rose, gras et petit, et la Femme en fait grand cas.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes ; et le Bébé, de quoi fait-il cas ?

— Il aime les choses moelleuses, douces et qui chatouillent. Il aime des choses tièdes à tenir dans les bras en s’endormant. Il aime qu’on joue avec. Il aime tout cela.

— Ah ! dit le Chat aux écoutes ; alors mon temps est venu.

La nuit après, Chat s’en vint par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage et se cacha tout contre la Grotte jusqu’au matin où l’Homme, le Cheval et le Chien partirent pour la chasse. La Femme faisait la cuisine, ce matin-là, et le Bébé pleurait et l’empêchait de travailler. C’est pourquoi elle le porta hors de la Grotte et lui donna une poignée de cailloux pour jouer. Mais le Bébé continua de pleurer.

Alors le Chat avança sa patte pelote et toucha la joue du Bébé, qui fit risette ; et le Chat se frotta contre les petits genoux dodus et chatouilla du bout de la queue sous le petit menton gras, et le Bébé riait. Et la Femme, l’entendant, sourit.

Alors la Chauve-Souris — la petite Souris-Chauve qui pendait la tête en bas — dit :

— O mon Hôtesse, Femme de mon Hôte et Mère du Fils de mon Hôte, un sauvage enfant des Bois Sauvages est là qui joue très bellement avec votre Bébé.

— Béni soit-il, quelque nom qu’on lui donne, dit la Femme en se redressant. J’avais fort à faire ce matin et il m’a rendu service.

À cette même minute et seconde, Mieux Aimée, la Peau de cheval séchée qui pendait, la queue en bas, devant la porte de la Caverne, tomba — wouch… à cause qu’elle se rappela le marché conclu avec le Chat ; et quand la Femme alla pour la raccrocher — vrai comme je le dis —, voilà qu’elle vit le Chat installé bien aise dans la Grotte.

Kipling Le-chat-quI-s'en-va-tout-seul_Just_So_Stories_(c1912)

Ça, c’est le portrait du Chat qui s’en va par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, remuant la queue et tout seul. Il n’y a pas autre chose dans l’image, excepté des champignons. Ils ne pouvaient pas faire autrement que de pousser là, à cause que les Bois étaient si mouillés. La chose comme une motte sur la branche du bas n’est pas un oiseau. C’est de la mousse qui poussait là, parce- que les Bois Sauvages étaient si mouillés.

Au-dessous de l’image pour de vrai, il y en a une autre de la Caverne commode où l’Homme et la Femme s’installèrent après la venue du Bébé. C’était la Caverne d’été, et Us plantèrent de l’orge devant. L’Homme part sur le dos du Cheval chercher la Vache, afin de la ramener à la Grotte pour se faire traire. Il lève une main pour appeler le Chien qui a traversé à la nage pour courir après des Lapins.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, c’est moi ; car tu as prononcé un mot à ma louange, et maintenant je puis rester dans la Grotte, désormais et toujours. Pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul, et tous lieux se valent pour moi.

La Femme fut très en colère et serra les lèvres et prit son rouet et se mit à filer.

Mais le Bébé pleurait que le Chat fût parti et la Femme n’arrivait plus à le faire taire, car il gigotait et se débattait et devenait violet.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, prends un bout du fil que tu files, attache-le à ton fuseau et laisse-le traîner par terre, et je te montrerai une Magie qui fera rire ton Bébé aussi fort qu’il pleure à présent.

— Je vais le faire, dit la Femme, parce que je suis à bout, mais je ne te dirai pas merci.

Elle attacha le fil au petit fuseau d’argile et le fit traîner par terre ; alors le Chat courut après et lui donna des coups de patte et fit des culbutes et l’envoya par-dessus son épaule et le poursuivit entre ses pattes de derrière et fit semblant de le perdre, et fonça dessus de nouveau jusqu’à ce que le Bébé rît aussi fort qu’il avait pleuré et jouât d’un bout de la grotte à l’autre tant qu’il fut las et s’installa pour dormir avec le Chat dans ses bras.

— Maintenant, dit Chat, je chanterai au Bébé une chanson qui l’empêchera de s’éveiller d’une heure.

Et il se mit à ronronner tout bas, tout doux, tout doux, tout bas, jusqu’à ce que le Bébé s’endormît.

La Femme sourit et les regarda tous deux et dit :

— Voilà qui fut très bien fait. Nul doute que tu sois très habile, ô Chat.

À la minute, à la seconde, Mieux Aimée, la fumée du Feu au fond de la Grotte descendit tout à coup de la voûte — poff ! — parce qu’elle se rappelait le marché fait avec le Chat, et quand elle se dissipa, vrai comme je le dis, voici le Chat installé bien aise auprès du feu !

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi, et Mère de mon Ennemi, c’est moi ; car pour la seconde fois tu as parlé à ma louange, et maintenant j’ai droit de me mettre auprès du feu qui tient chaud, désormais et toujours. Pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul, et tous lieux se valent pour moi.

Alors la Femme fut très en colère et défit ses cheveux et remit du bois sur le feu et sortit le grand os d’éclanche et se mit à faire un sortilège qui l’empêchât de dire un troisième mot à la louange du Chat. Ce n’était pas une magie à musique, Mieux Aimée, c’était une magie muette ; et bientôt il fit si tranquille dans la Grotte, qu’un petit, tout petit bout de souris sortit d’un coin noir et traversa en courant.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, cette petite souris fait-elle partie de ton sortilège ?

— Hou ! Oh ! là là ! Au secours !. Non, certes, dit la Femme en laissant tomber l’éclanche et en sautant sur l’escabeau devant le feu et en rattachant ses cheveux dare-dare, de peur que la souris n’y grimpât.

— Ah ! dit le Chat ouvrant l’œil. Alors la souris ne me fera pas de mal si je la mange ?

— Non, dit la Femme, en rattachant ses cheveux, mange-la vite et je t’en serai reconnaissante à jamais.

Chat ne fit qu’un bond et goba la petite souris. Alors la Femme dit :

— Merci mille fois. Le Premier Ami lui-même n’attrape pas les petites souris aussi vivement. Tu dois être très habile.

À la minute, à la seconde, Mieux Aimée, le Pot à Lait qui chauffait devant le feu se fendit en deux — ffft ! — parce qu’il se rappela le marché conclu avec le Chat ; et quand la Femme sauta à bas de l’escabeau — vrai comme je le dis ! — voilà le Chat qui lapait le lait tiède et blanc resté au creux d’un des morceaux.

— Ô mon Ennemie, Femme de mon Ennemi et Mère de mon Ennemi, dit le Chat, c’est moi. Car tu as dit trois mots à ma louange et, maintenant, je pourrai boire le lait tiède et blanc trois fois le jour à tout jamais. Mais, pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi.

Alors la Femme rit et mit devant le Chat un bol de lait tiède et blanc et dit :

— Ô Chat, tu es aussi habile qu’un homme, mais souviens-toi, ton marché ne fut conclu avec l’Homme ni le Chien, et je ne sais pas ce qu’ils feront en rentrant.

— Que m’importe, dit le Chat. Pourvu que j’aie ma place dans la Grotte, près du feu et mon lait tiède et blanc trois fois le jour, je ne me soucie pas de l’Homme ni du Chien.

Ce soir-là, quand l’Homme et le Chien rentrèrent dans la Grotte, la Femme leur dit l’histoire du marché, tandis que le Chat, assis au coin du feu; souriait en écoutant. Alors l’Homme dit :

— Oui, mais il n’a pas fait de marché avec moi ni avec tous les Hommes qui me ressemblent.

Alors il retira ses deux bottes de cuir, il prit sa hachette de pierre (ce qui fait trois) et les rangea devant lui et dit :

— Maintenant nous ferons marché à notre tour. Si tu n’attrapes pas les souris tant que tu seras dans la Grotte à jamais et toujours, je te jetterai ces trois choses partout où je te verrai, et de même feront après moi tous les Hommes qui me ressemblent

— Ah ! dit la Femme aux écoutes, tu es un très habile Chat, mais pas autant que mon Homme.

Le Chat compta les trois choses (elles avaient l’air très dures et bosselées), et il dit :

— J’attraperai des souris tant que je serai dans la Grotte à jamais et toujours ; mais, pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi.

— Pas tant que je serai par là, dit l’Homme. Si tu n’avais pas dit ces derniers mots, j’aurais serré ces choses pour jamais et toujours, mais à présent je te jetterai mes deux bottes et ma hachette de pierre (ce qui fait trois) toutes les fois que je te rencontrerai. Et ainsi feront après moi tous les Hommes qui me ressemblent.

Alors le Chien dit :

— Attends une minute. Il n’a pas fait marché avec moi ni avec tous les Chiens qui me ressemblent.

Et il montra les dents et dit :

— Si tu n’es pas gentil pour le Bébé pendant que je suis dans la Grotte, je te courrai après jusqu’à ce que je t’attrape, et quand je t’attraperai je te mordrai. Et ainsi feront avec moi tous les Chiens qui me ressemblent.

— Ah ! dit la Femme aux écoutes. C’est là un très habile Chat, mais pas autant que le Chien.

Chat compta les crocs du Chien (ils avaient l’air très pointus), et il dit :

— Je serai gentil pour le Bébé tant que je serai dans la Grotte et pourvu qu’il ne me tire pas la queue trop fort, à jamais et toujours. Mais, pas moins, je suis le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour moi !

— Pas tant que je suis là, dit le Chien. Si tu n’avais pas dit ces derniers mots, j’aurais refermé ma gueule pour toujours et jamais : mais à présent je te ferai grimper aux arbres en quelque endroit que je te trouve. Et ainsi feront après moi tous les Chiens qui me ressemblent.

Alors l’Homme jeta ses deux bottes et sa hachette de pierre (ce qui fait trois), et le Chat s’enfuit hors de la Grotte et le Chien courut et le fit monter aux arbres ; et de ce jour à celui-ci, Mieux Aimée, trois Hommes sur cinq ne manqueront jamais de jeter des choses à un Chat quand ils le rencontrent, et tous les Chiens courront après et le feront grimper aux arbres. Mais le Chat s’en tient au marché de son côté pareillement. Il tuera les souris, il sera gentil pour les Bébés tant qu’il est dans la maison et qu’ils ne lui tirent pas la queue trop fort. Mais quand il a fait cela, entre-temps, et quand la lune se lève et que la nuit vient, il est le Chat qui s’en va tout seul et tous lieux se valent pour lui. Alors il s’en va par les Chemins Mouillés du Bois Sauvage, sous les Arbres ou sur les Toits, remuant sa queue, solitaire et sauvage.

 

FIN

 

Contre l’abolition du programme d’ethnologie à l’Université Laval

Source : http://www.ledevoir.com/societe/education/465536/a-la-defense-de-l-ethnologie

À la défense de l’ethnologie

La décision de l’Université Laval d’abolir son programme causera un déficit épistémologique

16 mars 2016 | Philippe Dubé – Département des sciences historiques de l’Université Laval 

L’Université Laval doit réviser ses positions, car elles vont clairement à l’encontre des tendances actuelles dans un monde en transformation continue.

L’ethnologie en tant que science s’intéresse au petit, au privé, à l’officieux, au communautaire, à l’ordinaire, voire au banal. Elle fait la recension systématique des faits et gestes du quotidien qui, à terme, en viennent à définir une culture, une civilisation. En faisant l’analyse de ces données recueillies sur le vif du terrain, elle offre une compréhension de proximité d’une société tout entière en révélant des parts invisibles du vivre-ensemble. Ce champ de connaissances en sciences humaines est le seul de toutes les sciences à savoir entrer dans l’intime des personnes et des groupes et en faire état de manière systématique. Il sait depuis longtemps dénicher des trésors de la langue, des légendes, des mythes et des récits de toutes sortes qui, portés par l’imaginaire populaire, traduisent des valeurs, des états d’âme, des questionnements qui sont partagés par le plus grand nombre.

L’ethnologie consigne dans le menu détail les traits de la culture dont font partie l’humour tout comme la cuisine, la musique, la façon de se vêtir, de se coiffer et de prendre soin de son corps à tout âge. En somme, décrypter les multiples manières de naître, de vivre et de mourir tout en détectant la part d’universel dans la multitude des pratiques culturelles. De plus, elle a longuement exploré les avenues d’une littérature orale pour en déterminer les substrats et comprendre les formes langagières propres au terroir (régionalismes). Les études de folklore ont peut-être perdu de leur lustre au temps des technologies numériques, des réseaux sociaux et de la mondialisation, mais on doit comprendre qu’elles ont leur pertinence aujourd’hui dans un monde qui change à la vitesse grand V. L’interculturalité ambiante et galopante aura un jour à s’expliquer pour mieux se comprendre, et c’est là que l’ethnologie sera d’un grand secours par son approche intimiste et compréhensive. On parle ici du devenir sociétal dans toute sa complexité et ses aspects les plus fragiles, soit la culture du proche et l’héritage varié de la multiethnicité.

Science de la proximité

Dans le vaste domaine des sciences historiques pour développer et faire avancer les connaissances — si l’on peut ici schématiser —, on doit rappeler que l’histoire se réfère au document écrit (archives) et à son analyse, l’histoire de l’art à l’oeuvre d’art et à son interprétation, l’archéologie au vestige (fragment) et à son étude, alors que l’ethnologie se réfère directement au témoignage humain, c’est-à-dire à la parole énoncée in vivo et recueillie sur le terrain. Il s’agit d’une pièce maîtresse dans la quête de documents pour éclairer un élément de culture et de civilisation, si banal soit-il. On l’aura compris, le matériau de base chez l’ethnologue est de l’ordre du vivant, et c’est ce qui rend son travail si passionnant et essentiel quand il s’agit de comprendre un groupe, une société à l’échelle de ses besoins les plus élémentaires : se loger, se nourrir, se vêtir, créer des liens et établir une communauté de biens et de valeurs. Cette microhistoire raconte en quelque sorte la vie de tous les jours selon les saisons et les lieux qu’on occupe. Il s’agit d’une explication basique de notre relation au monde, mais combien vitale.

Au Québec, la construction identitaire a occupé beaucoup de place ces dernières années dans le domaine des activités ethnologiques au moment où la société cherchait à comprendre ses héritages et qu’un changement de civilisation se profilait à l’horizon. Les références traditionnelles et son modèle social devenaient progressivement obsolètes aux yeux de la majorité. Tout se bousculait, on devait se mettre au travail d’une renaissance sociétale que l’on a nommée « Révolution tranquille ». L’Église catholique n’avait plus l’effet structurant d’antan. Il fallait collectivement s’inscrire dans la modernité, tandis que la postmodernité était déjà à nos portes, à travers notamment la technologie et les valeurs montantes. La création du ministère des Affaires culturelles du Québec, en mars 1961, annonçait déjà ce changement de paradigme, et c’est dans ce contexte que l’ethnologie est devenue centrale pour faire état du chemin parcouru d’une société en pleine mutation. On aura compris que la discipline ethnologique l’est encore aujourd’hui et le sera encore demain pour expliquer un monde bousculé par le changement qui semble maintenant installé pour de bon.

Position indéfendable

L’Université Laval vient de fermer son programme d’ethnologie après une existence de plus de soixante-dix ans d’enseignement et de recherche, laissant une masse incalculable d’informations déposée aux Archives de folklore et, à l’avenant, une production scientifique sans pareil diffusée à grande échelle par le livre, le film, le disque et l’exposition muséale. Il s’agit en fait du seul programme au Québec et au Canada à s’intéresser aux expressions de la culture populaire issues, hier de souches française, irlandaise, écossaise et amérindienne en Amérique du Nord et aujourd’hui, de tous les horizons culturels, du fin fond de l’Extrême-Orient aux confins de l’Occident. En mettant fin à ce champ d’études, l’Université Laval prive la société québécoise de comprendre d’où elle vient et où elle va. Ainsi, elle empêche notre intelligence collective de saisir par quelles stratégies culturelles une société réussit à survivre en tant que nation francophone aux héritages multiples. Voire, comment fait-elle pour se développer par les voies insoupçonnées du progrès au gré des occasions, et ce, malgré les embûches et les menaces qui pèsent toujours contre elle ?

Il s’agit là d’une responsabilité sociétale que l’Université Laval a le devoir de soutenir et de continuer à développer : à savoir, reconnaître et valoriser une expertise unique au monde, celle de pouvoir élucider une culture dans ses moindres replis, les consigner, les étudier et les raviver alors que tout fuit si rapidement dans une société du prêt-à-porter et du prêt-à-jeter. Parions que l’ethnologie en tant que science humaine deviendra dans l’oeil de la tornade un outil indispensable pour retrouver ses repères au regard des enjeux sociaux et culturels de demain. Que l’Université Laval se ravise et revoie ses positions qui vont clairement à l’encontre des tendances actuelles dans un monde en transformation continue.

Un nez parfait. Publicité destinée aux têtes qui pourraient ne pas être mal faites.

Nez parfait Pub in Revue pop juill 1927

La Revue populaire (publiée à Montréal), juillet 1927

M. Trilety réussirait-il à vendre des redresseurs de nez aujourd’hui ?

Réponse : oui (malheureusement).

Et il trouverait des vedettes pour les annoncer : « Regardez cette photo, voyez comment j’étais avant que j’utilise le redresseur de nez de M. Trilety. Voyez comme je suis belle maintenant ! Utilisez vous aussi le redresseur de nez de M. Trilety. Recommandez-le à votre conjoint ou conjointe si vous en avez assez de lui voir le nez au milieu de la figure. Il ou elle vous en remerciera éternellement et vous l’aimerez davantage. Croyez-moi sur parole ! »

L’esprit critique, ça se développe. Se le dit-on assez dans les ministères de l’Éducation ?

Roger Martel, le Passeur de la Côte

Ces enfants qu’on ne peut pas se payer. L’état de l’éducation au Québec.

Nos enfants ont commencé l’école. Un peu d’anxiété habite les tout-petits et la colère gronde chez les parents.

Source : Ces enfants qu’on ne peut pas se payer | JDM

Par Françoise David (Québec solidaire)

Parents et enfants remarqueront bientôt l’empreinte des compressions du ministre Blais. Le dernier budget libéral a choisi d’infliger au milieu scolaire les pires compressions en vingt ans, soit un manque à gagner pour cette année seulement, de 350 millions de dollars.