Pour aider votre prochain, vous devez vous connaître, car vous êtes le prochain.

Jiddu Krishnamurti Mystique indien (Madanapalle, près de Madras, 1895-Ojai, Californie, 1986). – Il naquit dans une famille brahmane. Deux chefs de la Société théosophique, C. W. Leadbeater puis Annie Besant, virent en lui le grand Instructeur spirituel en qui le Seigneur Maitreya s’incarnerait. L’ordre de l’Étoile d’Orient fut fondé en 1911 à Adyar, afin de préparer son avènement. Vers 1926, Krishnamurti modifia son rôle et, en 1929, il supprima la secte. Il parcourut le monde, voulant affranchir les hommes de toute crainte et de toute limitation, de toute religion et de toute doctrine. On lui doit la Première et Dernière Liberté (1954), l’Éveil de l’intelligence (1973). Il a dirigé en Californie, à partir de 1969, une association qui portait son nom. (ource : http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Krishnamurti/128072)

Auteur : Krishnamurti Jiddu
Ouvrage : Conférences données à Ojai, USA 1944
Jean Vigneau, éditeur, 1947

(Le texte suivant date des années 1940. Il est tiré de Civilisation contemporaine. Aspects et problèmes, Textes choisis, classés et commentés par M.-A. Baudouy et R. Moussay, Paris, Hatier, 1965, p. 232-233)

Pour aider votre prochain, vous devez vous connaître, car vous êtes le prochain. Nous sommes extérieurement dissemblables, jaunes, noirs, bruns ou blancs, mais nous sommes tous poussés par l’avidité, la peur, la convoitise ou l’ambition; intérieurement nous nous ressemblons beaucoup. Sans connaissance de soi, comment peut-on connaître les besoins des autres? Si vous ne vous comprenez vous-même, vous ne pouvez comprendre un autre, ni le servir; vous agissez dans l’ignorance et créez ainsi de la douleur.

Examinons tout cela. L’industrialisme [industrialisme n.m. Système économique dans lequel l’industrie est considérée comme le pivot de la société. Prédominance sociale des industriels.*) s’étend rapidement sur le monde, poussé par l’avidité et la guerre. Il peut procurer des emplois, nourrir plus de gens, mais quel est le résultat général? Qu’arrive-t-il à un peuple parvenu à un niveau très haut de technique? Il sera plus riche, il aura plus d’autos, plus d’avions, plus de séances de cinéma, des maisons plus grandes et mieux construites, mais qu’en est-il des individus en tant qu’êtres humains? Ils deviennent toujours plus cruels, ils vivent en automates et sont de moins en moins créateurs. La violence doit se propager et le gouvernement devient alors l’organisation de la violence. L’industrialisme peut amener de meilleures conditions économiques, mais quels épouvantables résultats : taudis, antagonismes entre la classe ouvrière et les autres, entre patrons et esclaves, entre capitalisme et communisme. Il y a là toute une situation chaotique qui va se répandant en différents points du monde. Nous déclarons avec optimisme que le niveau de la vie sera relevé, que la pauvreté sera bannie, qu’il y aura du travail, de la dignité, de la liberté et le reste. Mais la division entre riches et pauvres, entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui le recherchent, cette division et cet incessant conflit continuent. Quelle en sera la fin? Que s’est-il produit en Occident? Des guerres, des révolutions, d’éternelles menaces de destructions, un complet désespoir où l’on ne sait qui aide et qui est aidé, qui sert et qui est servi. Lorsque tout se détruit autour dé nous, ceux qui pensent doivent en rechercher les causes profondes, mais peu semblent le faire ! L’homme qu’une bombe explosive a chassé de sa maison doit envier l’homme primitif. Vous apportez sûrement la civilisation aux peuples dits arriérés, mais à quel prix! Vous servez, peut-être, mais regardez plutôt ce qui se produit dans votre sillage. Ceux qui comprennent les causes profondes du désastre sont peu nombreux. On ne peut détruire l’industrie, ni supprimer l’avion, mais on peut déraciner les causes qui produisent leur emploi néfaste : les causes de leur effroyable emploi résident en vous. Vous pouvez les déraciner, ce qui est une tâche ardue; mais parce que vous ne voulez pas affronter cette tâche, vous essayez de codifier la guerre; vous établissez des accords, des ligues, une sécurité internationale, mais la cupidité, l’ambition les dominent et les guerres et les catastrophes s’ensuivent inévitablement.

Pour aider votre prochain, vous devez vous connaître; il est, comme vous, le produit du passé. Nous sommes tous reliés les uns aux autres. Si vous êtes intérieurement contaminé par l’ignorance, la mauvaise volonté et la colère, vous propagerez inévitablement votre maladie et vos ténèbres. Si vous êtes intérieurement sains et harmonieux, vous répandrez la lumière et la paix; autrement vous ajouterez au chaos et à la misère.

* (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/industrialisme/42739)

La réforme de la curie romaine : vision, enjeux et perspectives. Soirée Relations à Québec le jeudi 20 avril 2017.

Le jeudi 20 avril 2017, de 19 h à 21 h 30

Services diocésains de Québec

1073, boulevard René-Lévesque Ouest

Salle 153

Les Soirées Relations sont organisées par le Centre justice et foi.

La réforme de la curie: vision, enjeux et perspectives

La réforme de la curie romaine entreprise par le pape François depuis le début de son pontificat commence à être visible. De nouveaux dicastères ont été créés : d’abord, celui concernant les communications et l’économie, en réponse aux scandales sur ces deux questions (notamment «l’affaire Vatileaks» et les malversations financières); ensuite, celui pour les laïques, la famille et la vie, faisant suite au Synode sur la famille ; enfin, celui pour le développement humain intégral, mis sur pied dans la foulée de l’encyclique Laudato Si’. Quel esprit et quelle vision animent cette réforme ? Que nous dit-elle sur les orientations et priorités du pape François à l’égard de la justice sociale ? Comment est-elle prise en compte par l’Église du Québec ?

NOUS ABORDERONS CES ENJEUX AVEC :

• Gilles Routhier, doyen de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval ;

• Nadia-Elena Vacaru, professeure adjointe à Faculté de théologie et de sciences religieuses

de l’Université Laval ;

• Marco Veilleux, délégué à l’apostolat social et adjoint aux communications de la Province

jésuite du Canada français.

Contribution suggérée : 5 $

 

RENSEIGNEMENTS : Christiane Le Guen : 514-387-2541, poste 234

ou cleguen@cjf.qc.ca | http://www.cjf.qc.ca/ap

 

Centre Justice et Foi :

http://www.cjf.qc.ca/fr/index.php

Revue Relations :

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Vivre ensemble :

http://www.cjf.qc.ca/fr/ve/index.php

 

 

La liberté d’expression. Le refus de la liberté d’expression.

Le texte suivant est mon cadeau de Noël, un très beau cadeau; la plupart le refuseront.

Roger Martel, citoyen de Lévis, 25 décembre 2016

 

RIEN N’EST MOINS INNOCENT QUE LE LAISSER-FAIRE. *

(Pierre Bourdieu, in Pierre Bourdieu (dir.), La misère du monde, Paris, Seuil, © 1993; coll. Points, p. 1453-1454)

MON IDÉE À MOI, C’EST QUE NOUS SOMMES PLUS LIBRES QUE NOUS NE LE PENSONS ; C’EST PAS LA LIBERTÉ QUI MANQUE,

C’EST LE COURAGE DE PRENDRE LES LIBERTÉS QUE L’ON A. **

Jean-Paul Desbiens (alias Le Frère untel), Les insolences du Frère untel, Montréal, Les Éditions de l’Homme, © 1960, p. 83) – Jean-Paul Desbiens, Les insolences du Frère untel, Texte annoté par l’auteur, Montréal, Les Éditions de l’Homme, © 1988, p. 86)

 

* “Porter à la conscience des mécanismes qui rendent la vie douloureuse, voire invivable, ce n’est pas les neutraliser; porter au jour les contradictions, ce n’est pas les résoudre. mais, pour si sceptique que l’on puisse être sur l’efficacité sociale du message sociologique, on ne peut tenir pour nul l’effet qu’il peut exercer en permettant à ceux qui souffrent de découvrir la possibilité d’imputer leur souffrance à des causes sociales et de se sentir ainsi disculpés; et en faisant connaître largement l’origine sociale, collectivement occultée, du malheur sous toutes ses formes, y compris les plus intimes et les plus secrètes.

« Constat, qui, malgré les apparences, n’a rien de désespérant : ce que le monde social a fait, le monde social peut, armé de ce savoir, le défaire. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est que rien n’est moins innocent que le laisser-faire : s’il est vrai que la plupart des mécanismes économiques et sociaux qui sont au principe des souffrances les plus cruelles, notamment ceux qui règlent le marché du travail et le marché scolaire, ne sont pas faciles à enrayer ou à modifier, il reste que toute politique qui ne tire pas pleinement parti des possibilités, si réduites soient-elles, qui sont offertes à l’action, et que la science peut aider à découvrir, peut être considérée comme coupable de non-assistance à personne en danger. »

(Pierre Bourdieu, in Pierre Bourdieu (dir.), La misère du monde, Seuil, copyright 1993; coll. Points, p. 1453-1454) (Reproduit au https://lepasseurdelacote.com/2015/09/02/la-misere-du-monde-contre-le-laisser-faire/ le 2 septembre 2015)

 

 

** « Mon petit Frère Untel en or, mon petit lapin bleu, tu vas maintenant me dire pourquoi tu écris des choses comme ça, et à la face de la Province ?

« J’écris ces choses par charité. Et ne rigolez pas, s’il vous plaît. Pourquoi n’écrirais-je pas ces choses par charité ? Pourquoi n’aurais-je pas une étincelle de charité ? Quelqu’un aime la musique et il le dit et personne ne rigole ; quelqu’un aime les ouvrages de Camus et il le dit et personne ne rigole. Il est bien possible que moi, j’aime un peu les Canadiens français, et que je cherche à leur parler. Je vis au bout du monde et je m’ennuie de parler à des hommes.

« J’écris aussi pour bien établir qu’il est possible de dire ce que l’on pense. Pour bien établir que toute vérité est bonne à dire. Mon idée à moi, c’est que nous sommes plus libres que nous ne le pensons ; c’est pas la liberté qui manque, c’est le courage de prendre les libertés que l’on a. Nous pleurnichons sur la liberté absente et nous n’avons même pas essayé la liberté. Nous sommes un peu comme ce chien d’un conte de Jules Renard : nous flairons une chaîne qui ne nous retient peut-être plus. Ici je commets un canadianisme : tout d’un coup qu’on serait libres ? »

Jean-Paul Desbiens (alias Le Frère untel), Les insolences du Frère untel, Montréal : Les Éditions de l’Homme, 1960, 158 pp.

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Bizarre : le pape François doit commander la compassion aux fidèles de son Église.

Les médias nous apprennent que : « Dans sa traditionnelle homélie de Noël (2016), le pape François a lancé un appel à la compassion pour les enfants qui souffrent de la guerre et de la misère à travers le monde »; ils nous informent que le pape « a également critiqué “l’indifférence” des sociétés consuméristes où les fidèles se donnent “du mal pour les cadeaux” en restant “insensibles à celui qui est exclu”.

Pourquoi le pape croit-il nécessaire de demander aux fidèles de son Église d’être sensibles aux malheurs d’autrui? – La compassion, ça ne se commande pas.

Roger Martel, citoyen de Lévis en pays autrefois très catholique

 


Dans sa traditionnelle homélie de Noël, le pape François a lancé un appel à la compassion pour les enfants qui souffrent de la guerre et de la misère à travers le monde.

L‘évêque de Rome s’exprimait devant une dizaine de milliers de fidèles rassemblés dans la basilique Saint-Pierre de Rome et il a répété sa condamnation de l’avortement.

Le pape François : “Laissons-nous interpeller par les enfants qu’on ne laisse pas naître, par les enfants en pleurs parce que personne n’assouvit leur faim, par ceux qui n’ont pas des jouets, mais des armes entre leurs mains.”

Le souverain Pontife a également critiqué le “l’indifférence” des sociétés consuméristes où les fidèles se donnent “du mal pour les cadeaux” en restant “insensibles à celui qui est exclu.”

Source : http://fr.euronews.com/2016/12/25/noel-le-pape-francois-appel-a-la-compassion-pour-les-enfants vu le 25 décembre 2016

 

COMPASSION, subst. fém. Sentiment qui incline à partager les maux et les souffrances d’autrui.

 

cci25122016

Le Monde des religions, novembre-décembre 2016

La trahison des élites – Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec – Revue Relations, numéro de décembre 2016.

Revue Relations – Pour qui veut une société juste

Source : Infolettre Revue Relations

La trahison des élites – Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

Depuis plusieurs années, nos élites néolibérales martèlent que le Québec est dans le rouge et vit au-dessus de ses moyens. À force d’être répété, le message a fini par être largement accepté. Or, le mythe tenace qui prétend que l’état des finances publiques québécoises est catastrophique et qu’il justifie les mesures d’austérité des dernières années doit être déboulonné. Car ces mesures cachent plutôt un projet politique de privatisation accrue et de dépossession de la majorité au profit d’une minorité fortunée. Pourtant, des solutions existent et d’autres voies permettent de penser un Québec plus juste et solidaire. Il en est question dans ce dossier.

 

 

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Lecture proposée

Paul Journet et l’aveuglement de l’élite libérale québécoise, http://blogue.revuerelations.qc.ca

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Source : Revue québécoise Relations, numéro 787, décembre 2016

 

La trahison des élites. Austérité, évasion fiscale et privatisation au Québec

 

Catherine Caron, rédactrice en chef adjointe

 

« On parle souvent de la loi comme étant la traduction de la volonté des dieux… […] mais la loi, c’est vous qui la faites ! Faites-en une qui soit conforme à ce qu’est la loi, c’est-à-dire une traduction de la conscience publique. » Alain Deneault, aux membres de la Commission des finances publiques du Québec, 15 septembre 2016

 

Laissé à lui-même, l’État prendra de l’expansion à l’infini, nous disent avec inquiétude John Micklethwait et Adrian Wooldridge dans The Fourth Revolution – The Global Race to Reinvent the State (Penguin Press, 2014), le livre vu comme étant la « bible » du premier ministre Philippe Couillard. Leur viendrait-il jamais à l’esprit d’affirmer que laissée à elle-même, l’entreprise privée prendra de l’expansion à l’infini ? À l’heure où dix multinationales pèsent davantage financièrement que 180 des 197 États reconnus par l’ONU, c’est pourtant cela qui devrait les préoccuper.

En effet, selon une compilation récente réalisée par l’ONG britannique Global Justice Now, en 2015, sur les 100 premières entités économiques mondiales, 69 étaient des multinationales et 31 des États. On y trouve Apple, Shell, Costco, Toyota, Amazon, HSBC, Nestlé et Walmart, laquelle se positionne au 10e rang, juste après le Canada. Il est certes difficile de comparer les revenus annuels d’une entreprise et ceux d’un État. Toutefois, il est clair – les altermondialistes sonnent l’alerte à ce sujet depuis des décennies – que la domination de ces géants financiers et commerciaux sur des pans de plus en plus vastes de notre vie en société brouille nos repères habituels concernant le pouvoir, la souveraineté, qui les détient vraiment et grâce à quelles complicités. La situation est devenue telle qu’un traité international contraignant portant sur les obligations des multinationales en matière de droits humains est en négociation au sein de l’ONU, parmi d’autres actions en cours visant à dompter quelque peu « la bête », comme le dit Alain Deneault dans ce dossier.

« La bête » – soit ces multinationales qui sont l’une des incarnations fondamentales du capitalisme financier actuel – s’abreuve comme on le sait à l’idéologie néolibérale qui la renforce et a rendu récurrent, ici comme ailleurs, le discours sur la nécessité de « soigner » des finances publiques qui seraient atteintes d’obésité morbide en raison de dépenses publiques excessives, ce qui gonflerait la dette à un niveau inacceptable. Depuis des années, « la bête » est admirée et nourrie – à coups de privilèges fiscaux, de privatisations, de déréglementations, de droits acquis grâce au libre-échange et d’une série d’entourloupettes pour lesquelles nous n’avons jamais voté – par des élites politiques qui trahissent ainsi leur responsabilité de veiller sur l’intérêt public et le bien commun. Certes, le Québec n’est pas le pire en la matière. Mais soyons francs, quelles « vraies affaires » passionnent nos élites ? La protection de l’environnement et de nos services publics ? Ou que nos grandes entreprises se hissent dans le palmarès des plus importantes du monde, et tant pis si notre fisc ou encore les services publics d’autres pays écopent ?

Tel un épais brouillard, le néolibéralisme qui s’est installé au Québec depuis 30 ans sous le règne des péquistes comme des libéraux empêche souvent de voir quelle est notre vraie richesse et qui sont les vrais gloutons. D’aucuns ont l’impression que tout a été dit sur le sujet, mais si c’était le cas, nous n’en serions pas là, 20 ans après le sommet socioéconomique d’octobre 1996 orchestré par le premier ministre Lucien Bouchard, qui fut un moment-charnière.

Lors de ce fameux sommet, l’excès de dépenses publiques n’était pas – et n’est toujours pas – la cause centrale de l’endettement de l’État québécois. Pourtant, cette idée nous hante jusqu’à aujourd’hui, justifiant l’obsession du déficit zéro (devenue la Loi sur l’équilibre budgétaire) et la priorité accordée au paiement de la dette avant le financement de nos services publics. Il y en aurait long à dire sur les magouilles politico-comptables qui servent à effrayer les gens, à creuser artificiellement des déficits le temps d’imposer des politiques qui ne seraient jamais acceptées autrement, le tout pour ensuite cacher des surplus dont le parti au pouvoir voudra se servir au bon moment – à l’approche d’élections par exemple – pour privilégier ses clientèles électorales. Le gouvernement de Philippe Couillard excelle dans le genre. Sans scrupules, il ose discourir sur les inégalités et la lutte contre la pauvreté après avoir effectué, en trichant avec les motifs budgétaires, des compressions de plus de 4 milliards de dollars depuis 2014. Il compte ainsi faire avancer au Québec la « révolution inachevée du néolibéralisme », comme la qualifient les auteurs de The Fourth Revolution.

Depuis la crise financière de 2008, nous savons jusqu’où ces forces « révolutionnaires » sont prêtes à aller pour s’approprier la richesse collective : transformer les dettes privées des banques en dettes publiques, faire payer les pauvres en continuant d’imposer des mesures abjectes qui font dire à la grande essayiste et militante malienne Aminata Traoré que ce qu’on a mondialisé, ce sont l’injustice, le désespoir et le mépris. Ce constat nous impose de nouer de nouvelles solidarités entre les peuples et de consolider les luttes populaires qui n’ont jamais cessé d’exister au Québec comme ailleurs. « La bête », avec ses parasites, ses complices et l’idéologie néolibérale qui la fait grandir, doit être plus sérieusement traquée, bien davantage que ses nombreux boucs émissaires chargés de nous distraire.

Fuir les consensus piégés : tel est aussi l’autre impératif… C’est plutôt une bonne nouvelle qu’il soit « difficile aujourd’hui de recueillir des consensus », comme s’en plaignait Lucien Bouchard il y a un an (Le Devoir, 24 novembre 2015), lui qui avait profité, en 1996, de l’inclination du milieu syndical pour le partenariat plutôt que pour la confrontation. Osons croire que plusieurs consensus sont devenus plus difficiles parce qu’assez, c’est assez : assez d’irresponsabilité écocriminelle (Énergie Est), assez d’indécence (la réforme de l’aide sociale, les salaires de médecins), assez de servilité (le capital des banques et des compagnies minières à l’abri de l’impôt), assez de corruption (la commission Charbonneau)… Osons croire que l’avenir dépend de notre salutaire indignation et mobilisation face à la trahison des élites.

 

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La revue Relations

Depuis 75 ans, Relations œuvre à la promotion d’une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis. Libre et indépendante, la revue pose un regard critique sur les enjeux sociaux, culturels, économiques, politiques et religieux de notre époque.

Pour contribuer au débat public et offrir une parole alternative dans un contexte où l’opinion prime souvent sur l’analyse, Relations propose des analyses de fond, des éditoriaux, des chroniques culturelles et littéraires dans un cadre aéré, où la beauté de l’iconographie fait écho à l’intelligence du texte. Elle offre aussi une diversité de voix – chercheurs, acteurs sociaux, penseurs, artistes, croyants et non-croyants de différentes générations.

La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d’analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.

Province de Québec : S’il fallait que la directrice des poursuites criminelles et pénales ne soit pas indépendante du pouvoir politique…


Lévis, le 7 novembre 2016

Me Annick Murphy

Directrice des poursuites criminelles et pénales

2828, boulevard Laurier, Tour 1, bureau 500, Québec, G1V 0B9

Courriel : info@dpcp.gouv.qc.ca

 

Madame la directrice,

 

Le directeur du quotidien Le Devoir, M. Brian Myles, signe le 7 novembre 2016 un éditorial qui ne peut qu’augmenter l’inquiétude des Québécoises et des Québécois concernant leur système de justice. Ses derniers mots sont particulièrement troublants; je les reproduis : « Pour les élus [députés], il est toujours délicat d’exiger publiquement des comptes du DPCP [Directrice des poursuites criminelles et pénales], au risque de remettre en question son indépendance. Devant tant d’enquêtes politiques qui sont freinées sans explication (le volet 2 de Diligence [enquête de la Sûreté du Québec sur l’infiltration du crime organisé dans l’économie légale], le financement du PLQ [Parti libéral du Québec] sous l’argentier bénévole Marc Bibeau, et maintenant la fraude alléguée à la SIQ [Société immobilière du Québec]), il y a lieu de se demander si le DPCP est aussi indépendant du pouvoir politique qu’il le prétend. Si le DPCP a l’intention de classer sans suite les enquêtes touchant le PLQ et la SIQ, il doit au moins dire pourquoi à la population.» (Le Devoir, 7 nov. 2016, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/484053/les-pas-bons)

Votre mission, Madame la directrice, lit-on dans votre site Internet, consiste à « [fournir], au nom de l’État, un service de poursuites criminelles et pénales indépendant, [pour contribuer] à assurer la protection de la société »; la population est en droit de s’interroger sur votre capacité de remplir cette mission, vous qui, selon le journaliste Myles qui connaît bien le sujet dont il parle (il a couvert les commissions Gomery et Charbonneau), freinez des enquêtes politiques sans explication et faites craindre que les enquêtes touchant le PLQ et la SIQ soient classées sans suite.

Je vous prie, Madame la directrice, d’agréer l’expression de mes sentiments distingués.

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. La présente et votre réponse seront publiées au www.lepasseurdelacote.com.

Vous trouverez l’éditorial de M. Brian Myles au http://www.ledevoir.com/politique/quebec/484053/les-pas-bons.

ÉCRIVEZ À LA DIRECTRICE DES POURSUITES CRIMINELLES ET PÉNALES 

Me Annick Murphy

Directrice des poursuites criminelles et pénales

2828, boulevard Laurier

Tour 1, bureau 500

Québec, G1V 0B9

Courriel : info@dpcp.gouv.qc.ca

Le revenu minimum garanti. Une mesure de lutte contre la pauvreté?

Source : Activités publiques, Centre justice et foi

Soirées de la revue Relations et du Centre justice et foi à Québec le 27 septembre 2016, à Montréal le 28 septembre 2016. Ciquez sur le lien ci-dessus pour en savoir plus.