Message destiné à l’imam de Lévis, M. Karin Elabed – La loi islamique (charia)

Lévis, le 30 juillet 2018

 

Monsieur Karim Elabed, imam

Mosquée

Lévis (Québec)

 

Monsieur,

À Lévis, devant des Lévisiennes et des Lévisiens (j’imagine que la majorité étaient des catholiques ou avaient grandi auprès de parents catholiques), vous avez présenté sous un très beau jour ce que vous avez appelé « la charia » (loi islamique); cette rencontre, organisée par votre mosquée et Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles, portait ce nom : « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane ».

Dire à l’autre qui l’on est

« ON A DU MAL À SAVOIR CE QUE LE TERME « CHARIA » RECOUVRE PRÉCISÉMENT » (1) Comme il existe beaucoup de « charias » dans le monde, il me semble, Monsieur Elabed, que vous n’auriez pas dû présenter votre « charia » sans dire avec un minimum de précision ce qu’elle contient. Pourriez-vous dire maintenant aux gens de Lévis quel est le contenu de votre « charia »?

(1) Beaudoin Dupret, La charia. Des sources à la pratique, un concept pluriel, Paris, La Découverte, coll. Cahiers libres, 2014, p. 27. M. Dupret, spécialiste du droit dans les sociétés arabes et islamiques, est chercheur à l’Institut français du Proche-Orient.

LA CHARIA EST LA « LOI CANONIQUE ISLAMIQUE » La charia, dit un dictionnaire Larousse (2), est la « Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle, appliquée de manière stricte dans certains États musulmans » (vous avez bien lu : le dictionnaire dit bien que la charia régit la vie politique, la vie sociale…). Vous n’avez pas expliqué, Monsieur Elabed, comment pourrait être appliquée votre « charia » au Canada et au Québec, des entités laïques. Pourriez-vous le faire maintenant, pour les gens de Lévis? Pourriez-vous aussi expliquer pourquoi le quotidien montréalais La Presse en 2014 a pu écrire ce titre : « La Tunisie rejette la charia » (http://www.lapresse.ca/international/afrique/201401/04/01-4725613-constitution-la-tunisie-rejette-la-charia.ph), pourquoi la Tunisie, dont la grande majorité des citoyennes et des citoyens sont des musulmans sunnites (http://www.liberte-religieuse.org/tunisie/), n’ont pas voulu de la charia?

(2) https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/charia/14756

Dans les activités comme « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane », il faut que les imams (les prêtres aussi, il va de soi) et les porte-paroles officiels ou « autoproclamés » des musulmans (et ceux des chrétiens aussi, bien sûr) : évitent de faire des affirmations qui ne sont pas claires et qui peuvent embrouiller ou embrouillent celles et ceux qui les entendent; il faut qu’ils évitent de faire des affirmations qui ne sont pas suffisamment élaborées; il faut qu’ils évitent de faire des affirmations qui constituent des demi-vérités (à plus forte raison, il faut qu’ils évitent de mentir par omission ou autrement, est-il nécessaire de le dire?). Naturellement, la communauté musulmane doit veiller à ce que les personnes dûment autorisées à parler en son nom (mais qui leur donne cette autorisation?) possèdent les connaissances requises pour assumer cette importante responsabilité, pour traiter des sujets au programme, et ne pas tolérer les porte-paroles « autoproclamés », dans la mesure du possible. J’ajoute qu’il ne peut être satisfaisant, acceptable, d’organiser des échanges entre un ou deux musulmans inaptes à jouer leur rôle correctement ou même avec des musulmans possédant de vastes connaissances sur l’islam, d’une part, et un auditoire catholique, d’autre part, sur des sujets comme les rapports entre l’islam et la violence, les différences entre le dieu des musulmans et celui des chrétiens (y en a-t-il? islam et christianisme ont-ils le même dieu?), le salafisme, etc.; il vaut mieux organiser des échanges entre des spécialistes rigoureux pour traiter de tels sujets avec une profondeur suffisante devant des personnes qui s’interrogent (à qui on donnera la possibilité de poser des questions). On comprendra que des personnes qui n’ont jamais tenu un Coran entre leurs mains, qui n’ont pas beaucoup lu sur l’islam, peuvent difficilement trouver quelque chose à redire à un musulman qui leur exprimerait sa pensée, du haut d’une estrade, sur des points de doctrine, sur des dogmes, sur les droits humains islamiques, ou sur la loi islamique (charia).

Dans les dialogues entre les musulmans et les chrétiens, la clarté des déclarations écrites ou orales, la franchise des interlocuteurs et la sincérité de leurs paroles sont de première importance. La mauvaise foi n’est pas le fait d’amis. La mauvaise foi mène à un cul-de-sac.

L’islam inquiète-t-il?

Qui peut nier – vous-même, Monsieur Elabed, ne le nieriez sans pas, que des musulmans se soumettent ou sont obligés de se soumettre, dans certaines parties du monde, à des lois, à des règles, à des interdits que la grande majorité des citoyennes et des citoyens du Québec et du reste du Canada rejettent catégoriquement? Il n’est pas étonnant, par conséquent, que l’islam inquiète (que celle ou celui qui en doute consulte des sources sérieuses du web).

Pour l’islam au Canada, il serait très bénéfique, ça m’apparaît évident, que les musulmanes et les musulmans manifestent publiquement leur opposition aux lois, règles et interdits de l’islam inacceptables au Canada, mais qui existent ailleurs.

Il serait bénéfique pour l’islam au Canada que les musulmanes et les musulmans canadiens interviennent publiquement quand, par exemple, il est question dans les organes d’information de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981 et de son article 12 qui se lit ainsi « Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi », c’est-à-dire la charia, comme le précise cette note d’explication de la Déclaration : « Le terme « Loi » signifie la shari’ah, c’est-à-dire la totalité des ordonnances tirées du Coran et de la Sunnah et toute autre Loi déduite de ces deux sources par des méthodes jugées valables en jurisprudence islamique. « (3). La plupart des Québécoises et des Québécois n’accepteraient pas que leur déclaration des droits humains contienne des limites imposées par une religion.

(3) https://fr.wikisource.org/wiki/D(%C3%A9claration_islamique_universelle_des_droits_de_l%E2%80%99homme_de_1981

Il serait bénéfique pour l’islam au Canada que les musulmanes et les musulmans canadiens dénoncent publiquement le sort des musulmanes de l’étranger qui sont considérées comme des personnes mineures et qui sont placées sous la responsabilité d’un tuteur masculin, réclament que les musulmans et les musulmanes aient partout le droit d’abandonner leur religion publiquement, fassent campagne pour que les musulmanes et les musulmans homosexuels ne soient pas traités différemment des hétérosexuels et des bisexuels.

Ne croyez-vous pas, Monsieur Elabed, que les communautés musulmanes du Canada réduiraient l’inquiétude que l’islam fait naître dans une partie de la population du Canada si elles faisaient savoir plus souvent aux Canadiennes et aux Canadiens ce qu’elles pensent de telle ou telle question (liberté religieuse, homosexualité, etc.)? Cela permettrait aux non-musulmans de les connaître mieux, les non-musulmans se rendraient compte que l’islam n’est pas vécu de la même façon partout dans le monde. La vie ne serait-elle pas plus belle?

(Je vous soumets une idée : l’islam du Canada devrait publier un livre informatif qui pourrait s’intituler L’Islam : comment on le vit au Canada.)

Des enfants à l’école coranique

Depuis peu, le dimanche, je pense à des enfants musulmans que je connais depuis quelques années; je pense à eux d’une manière particulière depuis que j’ai appris qu’ils fréquentent une école coranique, le dimanche (des écoles coraniques accueillent les enfants de quatre ans, comme vous le savez, Monsieur Elabed). J’ai fait découvrir la Terrasse du Chevalier de Lévis à ces enfants et à leurs parents; un jour, je suis allé les rencontrer, à l’invitation de leurs parents, dans un parc de Lévis (le plus âgé des enfants allait jouer au soccer); ces enfants ont vécu un nuit de Noël chez moi, avec leurs parents, avec les miens, avec d’autres personnes nées au Québec ou ailleurs. Aujourd’hui, ces enfants fréquentent une école coranique, ils récitent le Coran. Je me demande : est-il pour bientôt, le dimanche où on leur fera lire le passage qui constitue un appel à tuer les juifs et les chrétiens, ou un autre des passages dits douloureux du Coran (on sait que la Bible contient elle aussi des passages douloureux)? J’imagine que l’école aura la bonne idée de reporter à plus tard, à des années plus tard, la lecture (et l’explication ou la tentative d’explication) des passages douloureux. Par ailleurs, je sais que les musulmanes et les musulmans ne prennent pas au pied de la lettre les passages douloureux (il y en a qui le font – des candidats au terrorisme et des terroristes, par exemple, mais ils constituent une minorité); je sais aussi que les enfants dont je parle ici ont des parents qui voudront leur faire comprendre qu’il n’est pas question pour les musulmans de tuer les adeptes d’autres religions ou qui que ce soit. Malgré tout, j’aimerais que les passages violents des livre sacrés soient supprimés; je ne vois pas pourquoi quelqu’un y perdrait. Je sais que des penseurs musulmans respectés demandent que certains passages du Coran soient retirés. Qu’en pensent les musulmanes et les musulmans du Canada, les imams du Canada, Monsieur Elabed?

Les dialogues entre l’islam et le christianisme sont laborieux, ils s’éternisent. Mahomet lui-même, mort en 632, a dû dialoguer avec des chrétiens, ou des chrétiens ont dû dialoguer avec Mahomet; des siècles et des siècles plus tard, dans les années 1960, le Concile Vatican II (chez les catholiques, assemblée d’évêques et de théologiens présidée par le pape) a cherché à favoriser les discussions entre les chrétiens et les musulmans; mais, en 2015, François Jourdan, islamologue, docteur en histoire des religions et en anthropologie religieuse, théologien, a écrit : « lorsque le Concile Vatican II a ouvert les portes de l’altérité et du dialogue, après un moment d’euphorie bien compréhensible pour sortir des ornières du passé, on s’est installé commodément dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel » (Islam et christianisme. Comprendre les différences de fond, nouvelle édition, Paris, Éditions du Toucan, 2015); et en 2018, le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, dans son message aux musulmanes et aux musulmans célébrant le début du Ramadan, s’est permis d’écrire, un demi-siècle après Vatican II, cette phrase qui en dit long sur le dialogue islamo-chrétien : « Chrétiens et musulmans doivent passer de la confrontation à la collaboration » (https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/Pape/Le-Vatican-appelle-collaboration-entre-chretiens-musulmans, 18 mai 2018). Nous deux, Monsieur Elabed, on s’essaie, on entame un vrai dialogue?

Je vous lirais avec intérêt.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

P.-S. Cette communication et votre réponse, si vous me répondez, seront publiées dans le web, au www.lepasseurdelacote.com.

Je transmettrai cette communication au Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles ainsi qu’à un certain nombre de personnes, dont M. Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec.

Roger Martel

À propos, encore une fois, de la Soirée d’échange avec la communauté musulmane tenue à Lévis (Québec)

Lévis (Québec), le 27 juillet 2018

Monsieur Elhadji Mamadou Diarra

Président du conseil d’administration

Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

Lévis (Québec)

Monsieur,

Permettez-moi de vous inviter à lire cette déclaration :

Pour le bien des citoyennes et des citoyens du Québec et du « pays » qu’ils forment, il est essentiel de dénoncer les faux dialogues entre les musulmanes et les musulmans, d’une part, et les non-musulmanes et les non-musulmans, d’autre part, de même que les affirmations inexactes, approximatives, inacceptables faites dans le cadre de ces dialogues ou dans d’autres contextes. Faux dialogues, demi-vérités et mensonges mènent à un cul-de-sac. La mauvaise foi n’est pas le fait d’amis.

Le 18 mai 2017, à Lévis, des citoyennes et des citoyens ont participé à une activité appelée « Vivre ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane », organisée par la Mosquée de Lévis et Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles. L’imam de la Mosquée locale, M. Karim Elabed, et la porte-parole de la communauté musulmane de Québec, Mme Marie-Josée Coulombe (qui a dit être une Québécoise de souche convertie à l’islam), ont été les principaux protagonistes de cette soirée. Je vous ai déjà écrit au sujet de cette soirée.

Je vous ai rappelé que l’activité « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane » devait servir à M. Elabed et à Mme Coulombe, selon Le Tremplin, à atteindre le but suivant : « démystifier la religion musulmane et la culture islamique, faisant le rapprochement entre les valeurs islamiques et les valeurs de la société québécoise ».

Je vous ai dit que Le Tremplin et son conseil d’administration avaient commis une erreur en faisant appel uniquement à des musulmans pour « démystifier » l’islam et la culture des musulmanes et des musulmans (comme si l’islam était pratiqué de la même façon partout, comme si la culture des adeptes de l’islam français était identique à celle des musulmanes et des musulmans de l’Arabie saoudite), et ce, devant un auditoire qui ne pouvait pas savoir si ces musulmans avaient la formation requise pour remplir leur mission convenablement (que savaient ces musulmans de la théologie musulmane et de la théologie catholique, par exemple?), sans savoir s’ils étaient capables de faire l’examen du christianisme et des valeurs québécoises, et de faire l’examen de leur religion et de leurs valeurs, qu’ils vénèrent sans doute, sans les embellir, devant un auditoire probablement composé surtout de catholiques ou de personnes ayant grandi auprès de parents catholiques, des personnes, faut-il ajouter, qui n’avaient peut-être jamais tenu un exemplaire du Coran entre leurs mains, jamais lu un livre sur l’islam, et qui peuvent difficilement trouver quelque chose à redire à des musulmanes ou à des musulmans qui leur parlent, du haut d’une estrade, de points de doctrine, de dogmes, de droits humains islamiques, de la loi islamique (charia) présentée sous un très beau jour, le 18 mai 2017, par l’imam Elabed qui devait pourtant : savoir que la charia est la « Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, POLITIQUE, SOCIALE et individuelle, appliquée de manière stricte dans certains États musulmans », écrit Larousse (https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/charia/14756); M. Elabed devait pourtant savoir que la charia est la traduction juridique du Coran (Mohammed Arkoun, professeur d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne, ABC de l’islam, Paris, Éditions Grancher, © 2007, p. 86); M. Elabed devait pourtant savoir que, en 2014, « La Tunisie tourne le dos à la charia », lit-on dans Le Monde, au https://www.lemonde.fr/international/article/2014/01/07/la-tunisie-officialise-le-renoncement-a-la-charia_4343892_3210.html, « La Tunisie s’affranchit de la charia », lit-on au https://www.lesechos.fr/08/01/2014/LesEchos/21600-030-ECH_la-tunisie-s-affranchit-de-la-charia.htm, « La Tunisie rejette la charia », lit-on dans le quotidien montréalais La Presse, au http://www.lapresse.ca/international/afrique/201401/04/01-4725613-constitution-la-tunisie-rejette-la-charia.phà.

– NOTE importante : « La grande majorité des Tunisiens sont des musulmans sunnites », écrit l’Observatoire de la liberté religieuse, au http://www.liberte-religieuse.org/tunisie/.

Servirait-il à quelque chose que nous dialoguions, vous et moi? Je pense que oui. Mais pas en tête-à-tête entre quatre murs, bien sûr; il y a beaucoup mieux à faire : je vous propose que nous nous exprimions tous les deux par écrit, que nous échangions des lettres, et que toutes nos paroles soient rendues publiques dans le site web du Tremplin ainsi que dans mon blogue, www.lepasseurdelacote.com; de cette façon, nos dires parviendraient à un certain nombre de nos concitoyennes et concitoyens (et à d’autres personnes, le web étant ce qu’il est), et ils pourraient leur être utiles; ils seraient beaucoup plus utiles que si nous les gardions pour nous deux. Qu’en pensez-vous?

Cette lettre et votre réponse, si vous me répondez, seront publiées au WWW.LEPASSEURDELACOTE.COM.

Recevez, Monsieur, mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

P.-S. Ce message sera transmis à des employés du Tremplin.

Un « dialogue » désespérant entre musulmans et non-musulmans à Lévis

Le 18 mai 2017, à Lévis, des citoyennes et des citoyens ont participé à une activité baptisée « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane », organisée par Le Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles. L’imam de la Mosquée locale, M. Karim Elabed, et la porte-parole de la communauté musulmane de Québec, Mme Marie-Josée Coulombe (qui a dit être une Québécoise de souche convertie à l’islam), ont été les principaux protagonistes de cette soirée. M. Elabed (qui a mentionné avoir fait des études théologiques, sans toutefois préciser leur durée) a présenté sous un très beau jour ce qu’il a appelé « la charia »; il a déclaré que « la charia » est la voie qu’il faut suivre, la  loi des musulmans. Mais qu’est-ce que la charia au juste?

La charia est la « Loi canonique islamique régissant la vie religieuse, politique, sociale et individuelle», écrit Larousse1. Un spécialiste du droit dans les sociétés arabes et islamiques et chercheur à l’Institut français du Proche-Orient, M. Baudouin Dupret, précise que l’ « on a du mal à savoir ce que le terme « charia » recouvre précisément […] « charia » en finit par connoter des tas de choses, faute d’en dénoter aucune ».2 Un professeur de philosophie marocain, membre sénior de l’Institut universitaire de France, M. Ali Benmakhlouf, abonde dans le même sens que M. Dupret : « Il faut reconnaître que le mot [charia] n’est pas suffisamment clair et qu’il ne renvoie pas à un ensemble de normes connues de tous, pour que l’on puisse dire avec sérieux que la charia est appliquée ici ou là.3

Comme il existe beaucoup de charias dans le monde, on ne peut prôner l’application de « la charia » sur un territoire sans préciser ce que cette charia contiendrait; le 18 mai 2017, l’imam Elabed n’a pas décrit le contenu de « la charia » qu’il présentait sous un très beau jour.

Les Canadiens qui vantent « la charia » veulent-ils que :

Les Canadiennes musulmanes soient considérées comme des personnes mineures et placées sous la responsabilité d’un tuteur masculin, comme en Algérie?4 La mort par lapidation soit le châtiment réservé aux musulmanes et musulmans homosexuels du Canada?5 Un tribunal islamique soit instauré au Canada et puisse, par exemple, condamner à la peine de mort les Canadiennes et les Canadiens musulmans qui renoncent à leur religion, ce qui se fait en Arabie saoudite, au Brunei, en Jordanie, au Koweit, au Soudan, en Somalie, au Yémen?6

Les partisans canadiens de « la charia » veulent-ils qu’il soit possible un jour, au Canada, de punir de lapidation la Canadienne musulmane adultère (cette peine est infligée en Iran),7 de condamner à la prison les Canadiennes et les Canadiens musulmans qui déclarent leur athéisme, comme en Indonésie, d’obliger les Canadiennes musulmanes à obtenir l’autorisation d’un tuteur masculin pour voyager, se marier, accéder à des études supérieures?

Les Canadiens adeptes de « la charia » veulent-ils que le Canada évolue comme l’a fait l’Indonésie, qui « n’est certes pas un État islamique », mais qui « ne peut toutefois pas plus prétendre être un État laïque. La place de la foi islamique s’est bâtie par étapes, sur une succession de compromis, avec sa part d’échecs et de réussites. Les gouvernements ont tenté de trouver un équilibre entre les aspirations des partisans de la charia et la pluralité structurelle d’un pays qui reste multiconfessionnelle, multiethnique et multilingue ».8

Les Canadiens qui présentent la charia sous un très beau jour sont-ils d’accord avec l’article 12 de la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme de 1981, qui se lit ainsi « Toute personne a le droit d’exprimer ses pensées et ses convictions dans la mesure où elle reste dans les limites prescrites par la Loi », c’est-à-dire la charia, comme le précise cette note d’explication de la Déclaration : « Le terme « Loi » signifie la shari’ah, c’est-à-dire la totalité des ordonnances tirées du Coran et de la Sunnah et toute autre Loi déduite de ces deux sources par des méthodes jugées valables en jurisprudence islamique. »9

À noter que c’est pendant la première partie de la « Soirée d’échange » que l’imam de Lévis a vanté « la charia ». Après la pause, il a cru bon de dire à l’assistance (lui avait-on conseillé de le faire?) qu’il n’était pas question d’imposer ladite charia aux Canadiennes et aux Canadiens. Rappelons qu’en 2005 l’Assemblée nationale du Québec a adopté à l’unanimité la motion suivante : « Que l’Assemblée nationale du Québec s’oppose à l’implantation des tribunaux dits islamiques au Québec et au Canada ».10

Le Canada et le Québec sont des sociétés laïques

Le 18 mai 2017, des personnes présentes à la « Soirée d’échange » ont rappelé à l’iman Elabed, après l’avoir entendu vanté « la charia », que le Canada et le Québec sont des sociétés laïques, c’est-à-dire des sociétés qui « visent à la neutralité réciproque des pouvoirs spirituels et religieux par rapport aux pouvoirs politiques, civils, administratifs ».11

Le Tremplin a choisi de ne pas parler de ces interventions dans les textes qu’il a publiés au sujet de la « Soirée d’échange » dans l’édition de juin 2017 de son journal; on peut trouver ça curieux. Le Tremplin n’a rien dit non plus de la déclaration de M. Elabed concernant sa grande admiration de « la charia »; on peut se demander pourquoi.

Le 18 mai 2017, Le Tremplin a choisi de ne donner la parole qu’à deux musulmans. Comme la Soirée d’échange devait servir à « démystifier la religion musulmane et la culture islamique », il aurait absolument fallu que des non-musulmans ayant des connaissances étendues sur l’islam participent eux aussi à la Soirée. Leur présence aurait probablement amené M. Elabed et Mme Coulombe à parler de sujets qui n’ont pas été abordés. Par exemple : adaptation de l’islam au temps présent; affirmation du Coran selon laquelle l’islam est la « Religion vraie » et qu’il faut « la faire valoir sur toute autre religion en dépit des polythéistes » (pour l’islam les chrétiens sont des polythéistes) (« l’islam ne se considère pas comme les autres religions et doit dominer », a dit en 2016 un docteur en théologie, François Jourdan12); séparation de la religion et de la politique dans l’islam; respect des droits des enfants, de la femme et de l’homme; interdiction faite aux chrétiens, dans plusieurs pays musulmans, de commémorer la naissance de Jésus; violence faite aux chrétiens au Moyen-Orient par les fondamentalistes islamistes : M. Jean Fahmy, qui écrit pour l’Association catholique d’aide aux chrétiens d’Orient, dans une revue publiée par l’archidiocèse de Québec, mentionne notamment que : « Des maisons et des commerces appartenant à des chrétiens sont […] détruits et les habitants de certains villages ou de certaines régions sont obligés de quitter leurs terres ancestrales par peur pour leur sécurité; Des jeunes filles sont régulièrement kidnappées, converties de force et mariées à de parfaits inconnus, notamment en Égypte; Les conversions au christianisme sont frappées d’interdit et peuvent mener à des peines sévères »13; tolérance à l’égard des adeptes des religions autres que la nôtre; compatibilité ou incompatibilité entre « la charia » et la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Le Tremplin ne doit pas faire comme s’il ne s’était rien passé d’inacceptable le 18 mai 2017

Considérant que l’activité « Vivre-ensemble : Soirée d’échange avec la communauté musulmane » devait servir à M. Karim Elabed et à Mme Marie-Josée Coulombe, selon Le Tremplin, à atteindre le but suivant : « démystifier la religion musulmane et la culture islamique, faisant le rapprochement entre les valeurs islamiques et les valeurs de la société québécoise »14;

considérant que Le Tremplin et son conseil d’administration ont commis une erreur en faisant appel à seulement deux musulmans pour accomplir une tâche complexe, et que l’auditoire ne pouvait pas savoir si ces personnes avaient la formation requise pour remplir leur mission convenablement et étaient capables de faire l’examen de leur religion et de leur valeurs, qu’ils vénèrent sans doute, sans les embellir; considérant que les protagonistes ont fait une présentation incomplète, inexacte, de ce qui a été appelé « la charia » et qu’ils ont moins visé à renseigner objectivement l’assistance qu’à influencer l’opinion;

il serait indiqué que Le Tremplin organise des activités consacrées aux points communs et aux divergences du christianisme et de l’islam ainsi qu’à des questions comme celles qui sont énumérées ci-dessus et qui ont été été ignorées le 18 mai 2017.

Le 18 mai 2017, les deux membres musulmans du conseil d’administration du Tremplin étaient au Patro de Lévis.

Pour terminer, je crois bon de dire que je ne manifeste pas d’hostilité à l’égard des étrangers et des adeptes de l’islam, et que des musulmanes et des musulmans le savent, comme Le Tremplin qui a appris à me connaître depuis mon entrée dans son groupe de bénévoles. Ce que sera demain? Je ne suis pas optimiste. Pour la raison suivante : sur la scène il y a deux acteurs dont le rôle est vraiment trop petit : la raison et la volonté de « satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique. » (Déclaration universelle des droits de l’homme, article 29)

Roger Martel, citoyen de Lévis

COMPLÉMENT

« Le Canada applique plus la charia que n’importe quel pays musulman. »

 

« Mahomet a instauré la laïcité. »

 

Ces phrases ont été prononcées par l’imam de Lévis, M. Karim Elabed, qui avait bien voulu être interrogé, à la radio, par M. Stéphane Gendron, ancien maire de Huntingdon, le 26 avril 2017. Écoutez-le :

https://soundcloud.com/commission-gendron/limam-karim-alkabed-charia-26-avril

(entendu le 29 juin 2018)

NOTES

1 https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/charia/14756 , consulté en 2018

2 La charia. Des sources à la pratique, un concept pluriel, Paris, La Découverte, coll. Cahiers libres, 2014, p. 27

3 Ce que la charia n’est pas, Courrier de l’UNESCO, https://fr.unesco.org/courier/ce-que-charia-n-est-pas, consulté le 25 juin 2018

4 https://www.franceculture.fr/religion-et-spiritualite/les-mondes-de-l-islam-410-les-applications-de-la-charia

5 France Culture, https://www.franceculture.fr/religion-et-spiritualite/les-mondes-de-l-islam-410-les-applications-de-la-charia

6 https://fr.wikipedia.org/wiki/Apostasie_dans_l%27islam (texte inspiré du livre Loi d’Allah, loi des hommes. Liberté, égalité et femmes en islam de Leïla Babès avec T. Oubrou, éditions Albin Michel, 2002)

7 Baudouin Dupret, Où et comment la charia est-elle appliquée dans le monde? Propos recueillis par Hélène Decommer, http://leplus.nouvelobs.com/contribution/326641-ou-et-comment-la-charia-est-elle-appliquee-dans-le-monde.html, publié le 24-02-2012

8 Ayang Utriza, La transformation du droit musulman en droit positif de l’État indonésien, in La charia aujourd’hui. Usages de la référence au droit islamique, ouvrage publié sous la direction de Baudoin Dupret, Paris, Éditions La Découverte, © 2012, p. 207

9 https://fr.wikisource.org/wiki/D(%C3%A9claration_islamique_universelle_des_droits_de_l%E2%80%99homme_de_1981

10 http://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/assemblee-nationale/37-1/journal-debats/20050526/2773.html#_Toc104971753

11 http://www.toupie.org/Dictionnaire/Laicite.htm

12 Paul Sugy (journaliste), Père François Jourdan : « On ne peut pas faire comme si on ignorait ce qu’il y a dans le Coran ! », Le Figaro, 04/05/2018, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2018/05/04/31004-20180504ARTFIG00382-pere-francois-jourdan-on-ne-peut-pas-faire-comme-si-on-ignorait-ce-qu-il-y-a-dans-le-coran.php

13 Les chrétiens du Moyen-Orient: Présence millénaire, contribution essentielle, revue Pastorale-Québec publiée par l’Archidiocèse catholique de Québec, octobre 2017, https://www.ecdq.org/les-chretiens-du-moyen-orient-presence-millenaire-contribution-essentielle/

14 http://www.letremplinlevis.com/actualite-le-tremplin/communiques/soiree-d-echange-avec-la-communaute-musulmane-un-bilan-positif

 

 

 

Le regard de Michel Lessard sur la Fresque Desjardins de Lévis. Une explication ?

Les Lévisiens connaissent la Fresque Desjardins de Lévis, réalisée sur un mur du gymnase du Collège de Lévis, rue Mgr-Gosselin. Le 6 octobre 2006, jour de son inauguration, l’historien Michel Lessard a prononcé une allocution. Peu après, dans le numéro 104 de La Seigneurie de Lauzon, revue de la Société d’histoire régionale de Lévis, j’ai signé un texte consacré à des réserves émises par des citoyennes et des citoyens au sujet de ladite œuvre; dans ce texte, j’ai aussi lancé une flèche à M. Lessard : « Le docteur Michel Lessard, historien de l’art chargé de présenter [la Fresque] par les bailleurs de fonds, ai-je écrit, n’a pas tari d’éloges à son égard ».
Au nombre des réserves figurent celles-ci : « Guillaume Couture, le premier colon de la seigneurie de Lauzon, n’est pas représenté avec éclat »; «  L’histoire ferroviaire n’est que chuchotée; or, c’est le chemin de fer qui « donne naissance à la première ville de la région, Lévis » (Roch Samson et al., Histoire de Lévis-Lotbinière) »; «  Les élites, les intellectuels, sont bien représentés; où est l’ouvrier de l’industrie? ».
Guillaume Couture, qui exploitait une terre au dix-septième siècle, ne devait pas trouver nécessaire de s’occuper trop trop de son apparence, contrairement aux professeurs d’université de 1964. Les travailleurs manuels qui construisaient des chemins de fer au dix-neuvième siècle devaient juger superflu de soigner leur apparence avant d’aller déchirer leur chemise au chantier, ce qui n’était pas le cas des professeurs d’université de 1964; les ouvriers de l’industrie n’ont jamais éprouvé le besoin de soigner leur apparence avant d’aller suer des aisselles, des pieds, du visage, de tout le corps, un problème que ne connaissaient pas les professeurs d’université de 1964.
Or, un passage d’un texte publié le 25 mars 2018 dans Le Soleil de Québec nous donne peut-être la raison pour laquelle M. Lessard n’a pas remarqué certaines des failles de la Fresque : «  Dès mon premier cours au Département d’histoire de l’Université Laval en septembre 1964, lit-on, le professeur m’a immédiatement séduit par son érudition et sa maîtrise du métier d’historien. L’homme m’a d’abord conquis par son élégance. Au Collège de Lévis, j’étais habitué à un corps professoral en soutane. Claude Galarneau arrivait d’un séjour d’études à Paris. Ce jour-là, il portait un complet coupé à la française d’un bleu royal flamboyant, chemise blanche et cravate harmonisée donnant dans le plus chic de la mode européenne. J’ai toujours été sensible aux gens soignant leur apparence et mon nouveau maître a toujours été un peu une carte de mode, comme on dit, une carte de mode classique. » Le texte en question, vous l’avez compris, est l’oeuvre de M. Lessard.
Guillaume Couture, les constructeurs des chemins de fer, les ouvriers de l’industrie n’étaient pas des cartes de mode… Vous pensez sans doute que ce n’est pas une raison pour les rayer de l’histoire. Je pense comme vous. Je suis sûr que M. Lessard pense comme nous. Mais alors pourquoi n’a-t-il pas vu les imperfections, notables, de la Fresque Desjardins de Lévis?

 

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

P.-S. Que pensent les élèves du Collège de Lévis quand ils découvrent que leur maison d’enseignement met sous leurs yeux, tous les jours, un ouvrage trompeur?

 

Détail de la Fresque Desjardins de Lévis. Photo prise en 2013.
La Fresque Desjardins de Lévis montre un Alphonse Desjardins très très bien habillé (sa conjointe le disait très dépensier); son complet me semble être coupé à l’ontarienne (M. Desjardins a occupé un modeste emploi à Ottawa); sa conjointe est élégante, mais on voit (difficilement, tout de même) qu’elle ne dépensait pas sans compter.
Dans la Fresque, que le passage du temps et le soleil effacent, le Mouvement Desjardins est représenté par deux personnages et trois édifices.

Lévis (Québec) : Attache ta tuque, 2018

L’événement Lévis : Attache ta tuque ! associé au 64e Carnaval de Québec, revient cette année (2018), aujourd’hui, demain et dimanche (10 février 2018), dans le quartier du Vieux-Lévis.

Plusieurs activités extérieures vous seront offertes telles que : glissade géante, cabane à sucre urbaine, kermesse organisée par le Patro de Lévis, parc d’initiation à la planche à neige avec démonstrations, zone d’amusement pour les enfants, village de maisonnettes, soirée DJ (ce soir) animation, spectacles de rue et visite de Bonhomme Carnaval, des Duchesses et d’une fanfare.

Renseignements : http://www.vieux-levis.com.

(Source : Pierre Gingras, http://www.journaldequebec.com/2018/02/09/levis-attache-ta-tuque, 9 février 2018)

ATTACHE TA TUQUE

L’expression française Ça va décoiffer qui signifie «il va y avoir de l’action» est pratiquement inconnue au Québec. Un des synonymes québécois à cette expression française est Attache ta tuque (tuque étant un bonnet de laine, parfois surmonté d’un pompon).

(https://www.dufrancaisaufrancais.com/etre-en-shape/)


Photos prises le samedi 9 février 2018 par Roger Martel

 

 

Le maire de Lévis, M. Gilles Lehouillier, à la porte d’une buvette (qui aurait cru qu’il n’était pas parfait ? …).

😉

 

 

12 Lévis Attache ta tuque 09-02-2018_4

 


 

CÔTE-DU-PASSAGE

Dans le premier quart du XIXe siècle, la route ou côte du Passage Lévis] était la seule voie pour se rendre au fleuve Saint-Laurent. Les habitants de la Beauce et de l’Etchemin devaient donc passer par là pour aller à Québec.

(Source : ROY, Pierre-Georges. Les rues de la citée de Lévis. Lévis, s. é., 1931, p. 21. http://www.toponymie.gouv.qc.ca/ct/ToposWeb/Fiche.aspx?no_seq=185089)

Encan silencieux au Magasin général Rive-Sud, à Lévis (Québec)

L’encan prend fin le lundi 11 décembre 2017.

Ce sont des manteaux qui sont offerts.

106, Côte du Passage, Lévis, Qc, G6V 5S9

Téléphone : 418-833-2166

Société Saint-Vincent-de-Paul

http://www.magasingeneralrivesud.org/

Heures d’ouverture

Lundi 9 h 30 à 17 h 00
Mardi 9 h 30 à 17 h 00
Mercredi 9 h 30 à 17 h 00
Jeudi 9 h 30 à 17 h 00
Vendredi 9 h 30 à 17 h 00
Samedi 9 h 30 à 17 h 00
   

MISSION GÉNÉRALE du magasin

Aider les plus démunis de notre communauté en leur offrant des biens essentiels à la vie de tous les jours. 

Promouvoir auprès de tous la réutilisation des biens donnés.