Malgré tout le mal qui circule autour de nous, il y aura toujours du bien pour qui le voudra.

[…] l’éthique ne peut attendre la politique. N’écoute pas ceux qui te diront que le monde est politiquement foutu, pire que jamais, que personne ne peut prétendre s’offrir une belle vie (éthiquement parlant) dans la situation injuste, violente et aberrante que nous vivons. Cette affirmation a été répétée à toutes les époques et à juste raison, car les sociétés humaines n’ont jamais rien eu en commun avec l’ « autre monde », comme on dit, elles ont toujours été un produit de celui-ci, et donc pleines de défauts, d’abus, de crimes. Mais à toutes les époques, il y a eu des gens capables de bien vivre ou au moins d’essayer. Quand ils le pouvaient, ils contribuaient à améliorer la société dans laquelle il leur avait été donné de vivre; en tout cas, ils ne la détérioraient pas davantage, ce qui n’est déjà pas rien. Ils ont lutté – et ils luttent encore aujourd’hui, tu peux en être certain – pour rendre les relations établies politiquement de plus en plus humaines (autrement dit, moins violentes et plus justes), mais ils n’ont jamais attendu que tout soit parfait et humain autour d’eux pour viser à la perfection et à la véritable humanité. Ils veulent être les pionniers de la belle vie, entraîner les autres, et ne pas rester en rade. Les circonstances leur permettront tout juste de mener une vie passable, moins belle qu’ils le désiraient… Et alors? Seraient-ils plus censés en étant entièrement mauvais, dans le dessein de plaire à ce qu’il y a de pire au monde et de déplaire au meilleur d’eux-mêmes? Si tu es sûr que, parmi tous les aliments qu’on t’offre, beaucoup sont gâtés ou pourris, essaierais-tu de manger une nourriture saine, même s’il y a encore des produits avariés sur le marché, ou t’empoisonnerais-tu le plus vite possible pour suivre le courant majoritaire? Aucun ordre politique n’est jamais assez mauvais pour qu’on n’y trouve pas au moins un être à demi bon : les circonstances ont beau jouer contre nous, la responsabilité finale de nos actes est en chacun de nous, tout le reste n’est qu’alibis. De la même façon, les rêves d’un ordre politique impeccable (on appelle cela une utopie), où tout le monde serait « automatiquement » bon car les circonstances empêcheraient de mal agir, sont une façon de se voiler la face. Malgré tout le mal qui circule autour de nous, il y aura toujours du bien pour qui le voudra; malgré tout le bien que nous aurons pu offrir au public, le mal sera toujours à la portée de qui le voudra. Tu t’en souviens? Il n’y a pas longtemps, nous avons appelé cela « liberté »…

 

(Fernando Savater, Éthique à l’usage de mon fils, traduit de l’espagnol par Claude Bleton, Paris, Éditions du Seuil, © 1994, coll. Points, 2005, p. 165)

 

Fernando Savater

Photo : http://img.informador.com.mx/biblioteca/imagen/677×508/878/877658.jpg

Hommes et femmes politiques, ne mêlez pas vos enfants à vos histoires d’adultes.

Véronique Hivon, qui aspire à devenir la chef du Parti québécois, dit vouloir réinventer sa formation. Il semble toutefois qu’elle va faire sa campagne comme les vieux politiciens : en tenant son enfant par la main : aujourd’hui (10 mai 2016), le quotidien Le Soleil publie une photo de la famille de la députée : Madame Hivon marche avec son mari, entre eux leur fillette. Plus ça change, plus c’est pareil?

Hommes et femmes politiques, laissez donc vos enfants tranquilles, ne les mêlez pas à vos histoires d’adultes. Les assiettes r’volent chez vous, votre couple se brise, votre famille s’effondre, vous recourez à la médiation familiale, vous divorcez? N’allez pas en parler devant un million de téléspectateurs. Et si jamais vous quittez la politique, ne dites pas que c’est pour le bien de vos enfants: il sera difficile de vous croire.

Roger Martel

 

veronique-hivon pq candidate sa fille son mari 05-2016_c - Version 3

Photo de Graham Hughes, La Presse Canadienne

Il faut suivre de près les événements qui se passent près ou loin de nous.

MeSsage de Lise Payette

« En fait, toute cette chronique pour vous demander de suivre de près les événements qui se passent près ou loin de nous. Nous sommes partie prenante de cette planète. Nous n’avons pas le droit de tout vivre en marge comme si nous n’en faisions pas partie. Ce ne sont pas les idées qui nous manquent, ce sont les lieux où les faire entendre. Un jour, peut-être, pourrons-nous parler de notre propre voix. »

(Lise Payette, Comment en sommes-nous arrivés là? Le Devoir, 25 mars 2016, page A9, http://www.ledevoir.com/politique/quebec/466470/vaut-mieux-en-rire)

Source : http://www.dictionnaire.enap.ca/dictionnaire/docs/definitions/defintions_francais/participation_citoyenne.pdf

PARTICIPATION CITOYENNE

Pierre André, Professeur, Université de Montréal pierre.andre@umontreal.ca

Avec la collaboration de Patricia Martin et Georges Lanmafankpotin

La participation citoyenne peut se définir comme un processus d’engagement obligatoire ou volontaire de personnes ordinaires, agissant seules ou au sein d’une organisation, en vue d’influer sur une décision portant sur des choix significatifs qui toucheront leur communauté. Cette participation peut avoir lieu ou non dans un cadre institutionnalisé et être organisée sous l’initiative des membres de la société civile (recours collectif, manifestation, comités de citoyens) ou des décideurs (référendum, commission parlementaire, médiation).

Cette brève définition inclut des contextes variés dans lesquels la participation peut s’exercer. Ainsi, les dispositifs institutionnalisés obligatoires sont juridiquement définis et obligent les per-sonnes à participer, à défaut de quoi elles sont passibles de sanctions généralement appliquées sous forme d’amende ou d’emprisonnement. Par exemple, c’est le cas, sous plusieurs juridictions, des élections, des référendums, des sommations à comparaître et des recensements. Les dispositifs institutionnalisés volontaires sont juridiquement ou administrativement définis et invitent les per-sonnes à participer, tout en les laissant libres de le faire. C’est le cas, par exemple, des commissions parlementaires, des débats publics, des commissions d’enquête et des audiences publiques. Enfin, les dispositifs non institutionnalisés sont des formes moins rigides de participation que prennent des personnes, qu’il s’agisse d’individus, de groupes organisés ou de rassemblements spontanés. La participation au sein d’un comité de citoyens ou d’un groupe d’intérêt ou la manifestation en sont des exemples.

Selon son origine, le mot participation implique un engagement au dialogue, un certain partage du pouvoir. Du bas latin participatio, -onis, ce substantif serait apparu vers 1175 avec comme signification l’« action d’avoir part, de participer à » (Centre national de ressources textuelles et lexi-cales14e éd.). L’édition de 1694 du Dictionnaire de l’Académie française (1re éd.) la définit comme « la part qu’on a à quelque chose » ainsi que comme « la communication qu’on donne d’un événement, d’un dessein, d’un projet ». L’édition de 1762 de ce même dictionnaire () souligne que la participation signifie aussi « la connaissance qu’on nous a donnée d’une affaire, et la part que nous y avons eue ». Le Dictionnaire Larousse contemporain donne cinq définitions de la participation, dont sont retenues ici que les deux suivantes : action de participer à quelque chose, part prise à quelque chose et association des citoyens au pouvoir.

Mais qui sont les personnes visées par la participation citoyenne? Durant les années 1950-1960, ce concept apparaît aux États-Unis dans le cadre des programmes de renouvellement urbain et de lutte contre la pauvreté2. Cunningham (1972) reconnaît trois éléments définitoires essentiels : (1) des gens ordinaires3, à savoir les membres de la communauté qui n’ont pas de sources formelles de pouvoir au-delà de leur nombre; (2) un pouvoir assumé par ces gens qui amène le groupe à penser et à agir dans le sens qu’ils pensent; (3) des décisions qui portent sur des choix significatifs et substantifs qui auront une influence sur la communauté. Ainsi, il définit la participation citoyenne comme « un processus dans lequel les gens ordinaires d’une communauté exercent le pouvoir sur des décisions relatives aux affaires générales de leur communauté ». Plus récemment, Hardina (2008) définit la participation citoyenne comme un processus d’implication des gens les plus dé-munis ou marginalisés dans les décisions qui concernent les services qu’ils reçoivent, que prennent ceux qui les représentent, nommément le gouvernement et les organisations à but non lucratif. Elle insiste sur l’effet bénéfique qu’apporte un contrôle local des décisions en réaction aux effets d’oppression économique et sociale que vivent ces groupes de personnes. Ainsi, la participation citoyenne réfère plus spécifiquement à celle des gens ordinaires, de ceux dont les sources de pou-voir sont limitées4.

Le concept de participation citoyenne revêt, dans la pratique, de multiples connotations qui l’éloignent des caractéristiques définitoires de Cunningham et d’Hardina. Plusieurs auteurs ont regroupé les significations en catégories selon le degré d’engagement des citoyens dans le processus décisionnel, le sens du flux d’information entre les participants ou ceux qui en ont pris l’initiative. L’exemple désormais classique d’une typologie fondée sur le degré d’engagement des citoyens est le travail d’Arnstein (1969). Cette auteure suggère une échelle de la participation com-posée de huit échelons, croissant selon le degré d’engagement des citoyens au processus décisionnel. Au bas de l’échelle (échelons 1 et 2) figurent la manipulation et la thérapie, deux approches qu’elle catégorise comme de la « non-participation ». Aux échelons médians (échelons 3, 4 et 5), elle regroupe l’information, la consultation et la participation accessoire à des comités dans la catégorie « instrumentalisation » (tokenism). Au sommet de l’échelle (échelons 6, 7 et 8), se trouvent le partenariat, la délégation de pouvoir et le contrôle citoyen regroupés sous le vocable « pouvoir citoyen ». Plus la participation se situe en haut de l’échelle, plus les citoyens ont l’assurance que leur opinion sera intégrée à la décision et appliquée dans l’intérêt des communautés. Comme l’auteure le souligne, cette échelle, simplificatrice de la réalité et non exhaustive, illustre la polysémie de la participation citoyenne. .

La participation citoyenne doit être distinguée de la participation publique, d’une part parce que ces deux concepts se chevauchent et d’autre part parce que la première est plus large que la seconde. L’expression participation publique a gagné en importance depuis la fin des années 1970. Plusieurs objectifs de la participation publique font en sorte qu’elle s’éloigne du partage de pouvoir et de la décision des gens ordinaires (Rowe et Frewer, 2005; André et autres, 2006 et 2010). Celle-ci

inclut, sans s’y limiter, à la fois les dispositifs de communication publique, de consultation publique et de participation publique. Ainsi, comme il a été précisé, si la participation citoyenne inclut un partage du pouvoir et une influence sur les décisions majeures de la communauté, cette participation se situe clairement dans la catégorie supérieure d’Arnstein
5, celle de la véritable participation publique comme le soulignent Gauvin et Abelson (2006)6

Malgré toute la valeur que la participation citoyenne revêt, sa pratique soulève plusieurs enjeux. Avec la croissance du cynisme envers les dirigeants et la baisse généralisée des taux de participation aux élections, les limites de la démocratie représentative sont mises en exergue par plusieurs (Rosenvallon, 2008). La participation citoyenne s’inscrit dans la recherche d’un modèle de démocratie plus près des citoyens, s’approchant en ce sens de la démocratie participative. Tant à l’échelle locale qu’internationale, ce concept occupe une place centrale et grandissante dans les agendas de développement, notamment dans ceux de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international; la participation citoyenne s’instrumentalise. Pourtant, comme le soulignait McEwan (2005), les politiques construites autour de la participation citoyenne ont des effets ambigus. Il est possible, par exemple, que les formes les plus radicales de l’engagement citoyen ne soient pas considérées comme de la participation. En ce sens, les pratiques officielles de participation citoyenne peuvent conduire elles-mêmes, selon Foucault, à de nouvelles formes de « gouvernementalité ». Au final, les pratiques participatives risquent de renforcer la position de ceux qui ont le plus de voix dans la société, marginalisant les plus démunis (McEwan, 2005). À la lumière de ce constat, les politiques orientées vers la participation citoyenne ne doivent pas être vues comme une panacée pour combler le déficit démocratique. L’attention doit aussi être dirigée vers les formes d’action politique qui existent à l’extérieur des lieux officiels de l’expression de la citoyenneté. . Par ailleurs, la participation publique est souvent définie comme « l’action de prendre part aux décisions collectives au sein du gouverne-ment, d’une institution publique ou d’un organisme de la société civile » (Thibault, Lequin et Tremblay, 2000). La participation électorale, l’action collective et les manifestations publiques sont autant de formes de participation citoyenne en vue d’influencer une décision qui sont exclues de cette définition de la participation publique. Ainsi, la participation citoyenne comprend plus qu’une participation à une décision dans le cadre de dispositifs participatifs formels.

Quelles sont les forces et les faiblesses des dispositifs récents de participation? Comment s’assurer que les gens ordinaires ont une réelle influence sur les décisions majeures? Comment articuler démocratie représentative et démocratie participative? Qu’est-ce qu’un processus de participation citoyenne efficace et comment l’évaluer? Voilà autant de questions sur lesquelles se penchent actuellement les chercheurs.

Notes

1 Certaines définitions renvoient aux affaires religieuses, d’autres aux affaires commerciales, d’autres enfin demeurent plus générales. Ici, ne sont présentées que les plus pertinentes qui se situent dans les définitions les plus générales.

2 Imposée par l’État, la participation citoyenne devait être appliquée par la bureaucratie, ce qui a amené Krause (1968) à parler d’« idéologie bureaucratique de la participation citoyenne ». 3 Arnstein utilise l’expression common amateurs. Pour une discussion de cette idée de personnes ordinaires ou lambda, voir Blondiaux (2007). 4 Ceci rejoint le sens récent donné, par exemple, aux jurys de citoyens ou aux assemblées citoyennes.

5 Celle-ci correspond également à la troisième catégorie définie par Rowe et Frewer (2005).

6 La fiche d’information sur la participation publique produite pour le Conseil canadien de la santé par Gauvin et Abelson (2006) fait reposer une large part de sa discussion sur Rowe et Frewer (2005).

Bibliographie

André, P. et autres (2006). Participation publique : principes internationaux pour une meilleure pratique, Publication spéciale Série no 4, Fargo, USA, International Association for Impact Assessment.
Arnstein, S. R. (1969). « A Ladder of Citizen Participation », Journal of American Institute of Planners, vol. 35, no 4, p. 216-224. Blondiaux, L. (2007). « La démocratie participative, sous conditions et malgré tout. Un plaidoyer paradoxal en faveur de l’innovation démocratique », Mouvements, no 50, p. 118-129, http://www.adels.org/edition/Blondiaux_Mouvements_07.pdf (page consultée en septembre 2010). Cunningham, J. V. (1972). « Citizen Participation in Public Affairs », Public Administration Review, vol. 32, no spécial, p. 589-602. Gauvin, P. et J. Abelson (2006). Fiche d’information sur la participation publique, Conseil canadien de la santé. Hardina, D. (2008). « Citizen Participation », dans T. Mizrahi et L. E. Davis, Encyclopedia of Social Work, National Association of Social Workers and Oxford University Press, (e-reference edition), http://www.oxford-naswsocialwork.com/entry?entry=t203.e57 (page consultée en septembre 2010). Krause, E. A. (1968). « Functions of a Bureaucratic Ideology: “Citizen Participation” », Social Problems, vol. 16, n° 2, p. 129-143. McEwan, C. (2005). « New Spaces of Citizenship? Rethinking Gendered Participation and Empowerment in South Africa », Political Geography, vol. 24, no. 8, p. 969-991. Partoune, C. (2009). « Typologie de la participation », dans Tableau de bord « Participation et espaces publics – Pour un développement et une gestion concertée des espaces publics », Recherche Topozym pour la Poli-tique scientifique fédérale, partenariat Ulg (UGES), UCL (USEG), Institut d’Eco-pédagogie (IEP), Vorming-plus Antwerpen, article 36. Rosenvallon, P. (2008). La légitimité démocratique : impartialité, réflexivité, proximité, Paris, Seuil. Rowe, G. et L. J. Frewer (2005). « A Typology of Public Engagement Mechanisms », Science, Technology, & Human Values, vol. 30, no 2, p. 251-290. Thibault, A., M. Lequin et M. Tremblay (2000). Cadre de référence de la participation publique (Démocratique, utile et crédible), proposé pour avis aux citoyens actifs du Québec, par le Groupe de travail sur la qualité de la participation publique formé à la suite du Forum sur le développement social, Gouvernement du Québec, Conseil de la santé et du bien-être.

REPRODUCTION La reproduction totale ou partielle des définitions du Dictionnaire encyclopédique de l’administration publique est autorisée, à condition d’en indiquer la source.

POUR CITER André, P. avec la collaboration de P. Martin et G. Lanmafankpotin (2012). « Participation citoyenne », dans L. Côté et J.-F. Savard (dir.), Le Dictionnaire encyclopédique de l’administration publique, [en ligne], www.dictionnaire.enap.ca

INFORMATION Pour information veuillez consulter www.dictionnaire.enap.ca

DÉPÔT LÉGAL Bibliothèque et Archives Canada, 2012 | ISBN 978-2-923008-70-7 (En ligne)

Gouverner, selon le duc de Shao…

 

« Quand l’empereur sait vraiment gouverner, les poètes font librement des vers, les comédiens jouent des pièces de théâtre, les historiens racontent la vérité, les ministres donnent des conseils judicieux, les pauvres ne dissimulent pas le mécontentement que leur donnent les impôts, les étudiants apprennent leurs leçons à haute voix, les artisans se plaisent à leur tâche et recherchent du travail, le public parle de tout et les vieillards se plaignent de tout. »

 

(Supplique du duc de Shao au roi Li-Wang, vers 845 avant Jésus-Christ. Cité par Will Durant, Histoire de la civilisation III, Notre héritage oriental, La Chine et le Japon, traduction de Charles Mourey, Paris, Cercle du bibliophile, 1962, p. 5, © Éditions Rencontre 1962. Titre original : The Story of Civilization. Our Oriental Heritage)

Si le ridicule faisait rosir, de quelle couleur serait le maire de Lévis, Gilles Lehouillier?

Regardez cette page publicitaire que les dirigeants de la ville de Lévis (et le parti politique du maire, Lévis Force 10) se sont offertes dans le quotidien Le Soleil le 9 février 2015 :

 

Levis Lehouillier Pub Le Soleil 09-02-2015
Le Soleil, 9 février 2015

 

Difficile à oublier, cette page! Parce que le maire, Gilles Lehouillier, en affichant son corps comme il le fait, se montre ridicule. Ridicule parce qu’il est inconvenant qu’une photo géante d’un maire figure dans une publicité portant sur le développement économique de sa ville ou sur tout autre sujet. Que peuvent bien apprendre les lecteurs sur le développement économique de Lévis en regardant la photo géante de M. Lehouillier? Rien. (Mais ils se demandent peut-être si M. Lehouillier ne s’aime pas un peu trop…)
En plus d’avoir été ridicule, le maire a été gaspilleur : sans la photo géante, la publicité aurait coûté moins cher, sans la couleur, nullement essentielle, la publicité aurait coûté encore moins cher.
L’an dernier, après avoir vu la publicité, je me suis dit qu’une personne de l’entourage de M. Lehouillier (un bon chef sait s’entourer de personnes qui ont du bon sens) allait avoir la bonne idée de lui faire savoir que la décision de mettre en vedette le corps du maire dans le message publié le 9 févier 2015 avait été une erreur. Je me suis trompé : le 24 février 2016, dans Le Soleil, le chef de Lévis Force 10 récidive :

 

Lehouillier Gilles_pub geante Soleil 24-02-2016_a
Le Soleil, 24 février 2016

 

Puisque M. Lehouillier semble mal entouré, je me permets, cette année, de lui conseiller d’éviter de se montrer ridicule et gaspilleur, et ce, même si je sais qu’il ne me remerciera pas (il a l’habitude de ne pas répondre à mes courriels; c’est peut-être pour ça que, quand il me rencontre, ses joues se teintent de rouge clair).

 

Roger Martel, citoyen de Lévis

 

Aujourd,hui, 19 oct. 2015, les Canadiens votent. Élections, piège à cons ?

Éditorial du numéro 61, octobre-novembre 2015

Élections, piège à cons ?

Le Collectif de la revue À bâbord !

Source : revue québécoise À Bâbord !, https://www.ababord.org/Elections-piege-a-cons

Surgie dans la foulée de Mai 1968, cette question en forme d’affirmation était et demeure provocatrice. Elle signale toutefois un problème réel, celui de la démocratie en tant qu’exercice de la souveraineté politique du peuple. Les élections et les péripéties souvent peu glorieuses qui les accompagnent favorisent-elles effectivement l’idéal démocratique ou n’en sont-elles que la caricature ? Quelques exemples récents incitent à se poser à nouveau la question.

 

En Grèce, Syriza a abruptement détruit les rêves immenses qu’il avait suscités. Élu avec un fort appui populaire pour mettre fin aux plans d’austérité qui ont saigné le pays pendant les cinq dernières années, il paraissait se battre avec courage. Devant les institutions européennes et l’Allemagne, qui exigeaient de nouvelles compressions, il a recouru à un référendum qui devait permettre de trancher la question. La population du pays, on le sait, a rejeté à 61 % les mesures que voulaient imposer ces instances. Pourtant, à la surprise générale, le gouvernement issu de ce même parti s’est soumis de la façon la plus complète et la plus désolante aux volontés impitoyables des institutions européennes. Et cela même si, selon un avis largement partagé, les solutions retenues plongeront davantage le pays dans la misère.

 

Chez nous, le NPD ne se donne même pas la peine de créer l’espoir d’un véritable changement. Plus il se rapproche du pouvoir, plus il vise le centre. Il a rayé le terme « socialiste » de son vocabulaire. Il refuse de prendre clairement position sur des enjeux fondamentaux, comme le libre-échange ou les projets d’oléoducs. Il veut atteindre le déficit zéro dès la première année d’exercice du pouvoir, alors que les libéraux – c’est le monde à l’envers ! – promettent davantage d’investissements pour relancer l’économie. Le chef du parti Thomas Mulcair a même réprimandé l’une de ses plus prestigieuses candidates, Linda McQuaig, pour avoir affirmé qu’il fallait laisser une grande quantité du pétrole des sables bitumineux sous terre !

 

Ces exemples, et on pourrait en évoquer bien d’autres, montrent une fois de plus à quel point la politique a souvent tendance à devenir une farce cynique. Dans le genre, la campagne de Donald Trump dans les primaires républicaines représente un sommet de bouffonnerie. Le spectacle que la politique nous offre n’est pas toujours aussi débilitant, mais il reste qu’elle s’avère trop souvent mauvaise et décevante, bien loin de l’idéal démocratique. D’autant plus que les décisions des élu·e·s sont de plus en plus limitées par des forces plus grandes qui viennent bousiller le système démocratique lui-même : le lobbyisme qui soumet leur travail à des intérêts très restreints et les accords internationaux – de libre-échange, entre autres –, qui contraignent les interventions des gouvernements en leur enlevant de plus en plus de souveraineté politique Ce dont nous avons d’ailleurs été témoins dans le cas navrant de la Grèce.

 

Si bien qu’on se demande quoi faire pour que le pouvoir politique se consacre un tant soit peu aux intérêts des citoyen·ne·s et respecte les décisions démocratiques. Pour échapper aux jeux d’influence qui minent la démocratie, faudrait-il promouvoir un tout autre système ? Certains en viennent même à envisager dans cette optique l’hypothèse d’une « lotocratie », qui permettrait de choisir la classe gouvernante au hasard parmi la population, un peu comme on le fait pour les jurys. Des personnes honnêtes, sans famille politique ou financière, ne seraient-elles pas les mieux placées pour prendre des décisions courageuses et avantageuses dont on prive systématiquement les populations ?

 

Les errements de la démocratie aujourd’hui soulèvent une série de problèmes très difficiles à résoudre. Il devient alors tentant de se réfugier dans un grand cynisme, de rejeter d’emblée un système politique qui ne permet que d’accumuler les déceptions. Il s’ensuit une apathie générale pour tout ce qui touche le politique, à un moment où les besoins de mobilisation sont pourtant immenses. Le grand refus et la désillusion, bien que très compréhensibles, ne règlent cependant rien. On aurait tort de laisser tout le champ politique à des intérêts qui pourront alors se réjouir d’avoir atteint ce qui représente pour eux la réussite suprême : celle d’avoir éliminé une fois pour de bon tous leurs adversaires.

 

Les trahisons successives que permet notre système politique nous mettent dans la position du funambule. Comment conserver nos idéaux face aux manipulations minables de ceux et celles qui nous gouvernent ? Comment, dans ce contexte, continuer à défendre des valeurs que nous considérons incontournables, mais auxquelles on accorde si peu d’importance ? Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas baisser pavillon. Il sera nécessaire de surveiller attentivement de près le prochain gouvernement, quel qu’il soit, même si les conservateurs sont chassés du pouvoir. Il faudra continuer à travailler au renouvellement du processus démocratique, malgré tout. Il faudra surtout garder les luttes bien vivantes et s’assurer qu’elles débouchent sur de véritables victoires. Ce sont là sûrement les plus grands défis qui nous attendent dans les prochaines années.

 

Le Collectif de la revue À bâbord !

L’austérité, oeuvre des « juntes civiles ».

L’austérité, oeuvre des « juntes civiles »

Par André Jacob

EXTRAIT

Dans le numéro du Monde diplomatique de décembre 2011, Serge Halimi intitulait son éditorial tout simplement ‘ »Juntes civiles » pour qualifier les gouvernements de la droite politique et économique qui ont dominé la scène européenne de la dernière décade avec leur stratégie politique appelée « lutte au déficit et austérité » notamment en Grèce, en Italie et en Espagne. Dans un article récent paru dans le Huffington Post Québec, le professeur Bernard Vachon qualifie le gouvernement Couillard de « dictature démocratique ».

Les mots ne sont p;as anodins. Une junte, au sens moderne du terme, réfère à un groupe de militaires ardents défenseurs du libéralisme économique qui prennent le pouvoir par un coup d’État. Par analogie, le gouvernement de Philippe Couillard a pris le pouvoir en ne présentant pas son vrai programme de restructuration (voire de destruction) de l’État, ce que Francine Pelletier du Devoir a qualifié de coup d’État. Pour arriver à ses fins, un « noyau dur » composé de banquiers, fidèles croyant aux dogmes du libéralisme économique (Leitão, Coiteux, D’Aoust), impose un nouveau modèle de société générateur d’inégalités sociales et économiques. Ces représentants d’une minorité de la classe dominante au plan économique mettent leur idéologie en pratique avec le soutien des « orienteurs professionnels de la droite » qui se drapent de l’orthodoxie néolibérale réunis sous diverses bannières comme l’Institut économique de Montréal, la Fédération des Chambres de commerce, le Conseil du patronat, quelques experts du monde économique (universitaires, pensons notamment aux individus derrière le rapport Godbout) et des amuseurs publics des stations de radio démagogiques et populistes.

L’austérité, oeuvre des « juntes civiles », revue À Bâbord, numéro 60 (été 2015), p. 36

NOTES du Passeur de la Côte
Serge Halimi « Membre de l’équipe de rédaction du Monde diplomatique depuis 1992, il occupe depuis mars 2008 le poste de directeur de ce mensuel. Fils de l’avocate Gisèle Halimi, Serge Halimi, docteur en sciences politiques de Berkeley, a été professeur associé à l’université Paris VIII de 1994 à 2000. » (http://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Halimi)
« Bernard Vachon a fait carrière comme professeur-chercheur au département de géographie de l’Université du Québec à Montréal (1969-2000). Il est […] détenteur d’un doctorat de la London School of Economics and Political Science en Angleterre ainsi que de l’Université de Liège en Belgique dans les domaines de l’aménagement et du développement territorial. » (http://quebec.huffingtonpost.ca/bernard-vachon/)
Francine Pelletier « Journaliste depuis plus de 30 ans, Francine Pelletier a travaillé tant en français qu’en anglais, à la presse électronique qu’à la presse écrite. Sa carrière l’a menée de la co-fondation et direction éditoriale d’un magazine féministe (La Vie en rose) à l’écriture d’une chronique hebdomadaire au quotidien La Presse. Elle a également collaboré au journal Le Devoir et The Gazette, aux magazines L’Actualité, Macleans et Châtelaine, ainsi qu’aux émissions Sunday Edition au réseau CTV, The Editors à PBS et Morningside à la radio de CBC. » (http://www.francinepelletierleblog.com)
Leitão, Carlos J., ministre des Finances, gouvernement du Québec
Coiteux, Martin, ministre responsable de l’Administration gouvernementale et de la Révision permanente des programmes
Président du Conseil du trésor, gouvernement du Québec
Daoust, Jacques, ministre de l’Économie, de l’Innovation et des Exportations, gouvernement du Québec
L’article de Serge Halimi dont parle André Jacob commence ainsi :
« Maniant le chantage à la faillite et la peur du chaos, deux anciens banquiers, MM. Lucas Papadémos [économiste, premier ministre de la Grèce en 2011 et 2012] et Mario Monti [Italien, économiste, président du Conseil des ministres de 2011 à 2013] viennent de prendre le pouvoir à Athènes et à Rome. Ce ne sont pas des techniciens apolitiques, mais des hommes de droite, membres de la Commission trilatérale, connue pour avoir dénoncé l’excès de démocratie des sociétés occidentales. »
On peut lire la suite au http://www.monde-diplomatique.fr/2011/12/HALIMI/47028.