Les nouveaux penseurs de l’islam

Les nouveaux penseurs de l’islam

EXTRAIT DU LIVRE SUIVANT :

Rachid benzine, Les nouveaux penseurs de l’islam, Paris, Édition Albin Michel, collection Espaces libres, © 2008 (Première édition : © 2004) (La préface a été reproduite dans la revue La Pensée, numéro 384, 2015/4; on la trouve aussi au https://www.cairn.info/revue-la-pensee-2015-4-page-7.htm#.)

RACHID BENZINE : islamologue et historien, auteur notamment de Des mille et une façons d’être juif ou musulman avec la rabbin Delphine Horvilleur (Seuil) et de Finalement, il y a quoi dans le Coran ? (Journal français La Croix, https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Rachid-Benzine-Lurgence-nest-pas-dexpurger-Coran-den-faire-lecture-critique-2018-04-23-1200933990

L’entreprise la plus audacieuse, la plus riche de promesses sans doute mais aussi la plus risquée parce que la moins facile à faire comprendre, en l’état, par les sociétés musulmanes, est tout cet effort de travail sur le texte coranique lui-même. Ainsi, pour Nasr Hamid Abu Zayd, qui concentre ses efforts sur l’analyse littéraire du Coran, si la forme finale du texte coranique reste bien Parole divine, elle n’en est pas moins humanisée, insérée dans l’histoire humaine. Cette Parole divine peut donc être étudiée comme tout objet d’étude historique : « Il s’agit d’un texte historique, affirme-t-il. Cela signifie qu’il a été révélé à une époque spécifique, en un lieu spécifique, en une langue spécifique – l’arabe- en somme dans un contexte culturel. Bien qu’il soit révélé par Dieu, comme nous tous, musulmans, nous le croyons, il est incarné en une langue humaine. » [5] Aussi réclame-t-il de pouvoir traiter le Coran comme un texte ouvert à l’interprétation.

Écouter ces nouvelles voix de l’islam

Tous ces penseurs sont préoccupés de penser la place de la religion dans un monde qui, malgré les apparences, se sécularise chaque jour davantage. Car la modernité a surgi dans les sociétés musulmanes qui n’y étaient pas préparées. Et cette modernité qui maintenant les touches n’est pas le fruit de leur mûrissement interne. Comment concilier ce qui est considéré comme immuable (la religion) avec le changement ? L’affirmation centrale du penseur iranien Abdul Karim Soroush est que toutes les sciences et tous les domaines de connaissances sont dans un état de transformation constante, et que des changements dans un domaine de l’érudition ne peuvent que provoquer des modifications dans les autres domaines, y compris dans la jurisprudence musulmane. Aussi a-t-il élaboré progressivement une « théorie de l’extension et de la contraction de la connaissance religieuse ». Il estime, à partir de celle-ci, que le cadre de développement du fiqh (jurisprudence musulmane) doit s’étendre constamment en prenant en compte les développements qui ont lieu dans d’autres sphères que le religieux.

Pour les nouveaux penseurs de l’islam, seule une nouvelle lecture des textes fondamentaux pourra permettre d’harmoniser les valeurs cardinales de l’islam avec les exigences de la modernité. Seule cette réformation-là permettra l’ouverture de la jurisprudence, l’adhésion véritable de la pensée politique de l’islam à la démocratie aux droits de l’Homme, la réalisation de l’égalité entre les hommes et les femmes, l’émancipation des sociétés musulmanes.

Ces voies nouvelles surgies du monde musulman ces dernières décennies ont beaucoup à nous dire. Leurs questionnements sont ceux d’un grand nombre, parmi les musulmans comme chez les non musulmans. Les réponses qu’ils apportent ne sont pas destinées à faire nécessairement l’unanimité, mais poser de bonnes questions est déjà faire œuvre utile.

(Pages 26-28 de l’édition de 2008)

Note [5] Entretien avec l’auteur, 2002.


Rachid Benzine : « L’URGENCE N’EST PAS D’EXPURGER LE CORAN MAIS D’EN FAIRE UNE LECTURE CRITIQUE »

https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Rachid-Benzine-Lurgence-nest-pas-dexpurger-Coran-den-faire-lecture-critique-2018-04-23-1200933990

Plus que d’« épurer » le Coran, il est urgent selon lui [Rachid Benzine] : d’enseigner la « lecture critique » des textes. Une tâche qui incombe selon lui aussi aux responsables religieux musulmans.

Recueilli par Anne-Bénédicte Hoffner, le 23/04/2018

 

Islam/Allah est-Il schizophrène?

Mounia Ait Kabboura est la co-autrice de L’Islam, regards en coin, en collaboration avec Patrice Brodeur et autres, Québec, Presses de l’Université Laval, 2015.

Allah est-Il schizophrène?

Mounia Ait Kabboura, Doctorante au Département de philosophie et chargée de cours à l’UQAM, chercheuse à la Chaire UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique.

Idées

Coups de feu à Ottawa. Meurtre à Saint-Jean-sur-Richelieu. Ces événements dramatiques récemment survenus posent tous pour moi la même question : Allah est-Il schizophrène ? Si Allah nous ordonne à nous, les musulmans, de tuer, pourquoi interdit-Il le meurtre dans le verset 32 de la sourate al-Maida (« La table servie ») du Coran ? « C’est pourquoi Nous avons prescrit pour les enfants d’Israël que quiconque tuerait une personne non coupable d’un meurtre ou d’une corruption sur la Terre, c’est comme s’il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de vie, c’est comme s’il faisait don de la vie à tous les hommes. En effet, nos messagers sont venus à eux avec les preuves. Et puis voilà qu’en dépit de cela, beaucoup d’entre eux se mettent à commettre des excès sur la Terre. »

Si Allah nous ordonne à nous, musulmans, d’éliminer la diversité et d’unifier l’humanité dans un seul clan, pourquoi affirme-t-Il et recommande-t-Il le respect de la diversité humaine dans le verset 13 de la sourate Al-Hujurat (« Les appartements privés ») ? « Ô hommes ! Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femelle et Nous avons fait de vous des nations et des tribus, pour que vous vous entre-connaissiez. Le plus noble d’entre vous, auprès d’Allah, est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand-Connaisseur. »

Si Allah traite tout croyant en Lui et qui n’est pas forcément musulman de mécréant, comment peut-Il rassurer les humains dans le verset 69 de la sourate al-Maida (« La table servie ») en disant : « ceux qui ont cru, ceux qui se sont judaïsés, les Sabéens et les Chrétiens, ceux parmi eux qui croient en Allah, au jour dernier, et qui accomplissent les bonnes oeuvres, pas de crainte sur eux, ils ne seront point affligés ».

Si Allah est contraignant, pourquoi interdit-Il dans le verset 256 de la sourate Al-Baqarah (« La vache ») la contrainte ? « Nulle contrainte en religion ! car le bon chemin s’est distingué de l’égarement. » Et pourquoi traite-t-Il alors les non-croyants d’égarés et non de mécréants ? « Quiconque ne croit pas en Allah, en ses anges, en ses Livres, en ses messagers et au jour dernier s’égare, loin dans l’égarement. »

Si Allah est Un, et s’Il n’est pas schizophrène, quel est ce dieu du Dai’ch (« État islamique ») et des fanatiques ? Est-il un monstre de Frankenstein fait de versets coraniques privés de leur contexte textuel et historique ? Fait sur mesure pour servir les intérêts de certains groupes d’individus ? Pourquoi M. Rouleau est-il allé à la rencontre de ce monstre sur Internet ? Pourquoi a-t-il voulu devenir son martyr ? Qu’est-ce que ce monstre lui a offert que notre société était incapable de lui offrir ? Ces martyrs annoncent-ils la fin de la société postmoderne comme l’a signifié Alain Touraine dans son dernier livre ? Cherchent-ils l’authenticité du soi dans une société atomisée comme l’a expliqué Charles Taylor dans Les sources du moi ? Ou cherchent-ils simplement un idéal moral ?

L’islam n’est pas tombé du ciel.

https://www.lescahiersdelislam.fr/L-islam-est-il-parfait-Reforme-islamiste–reforme-islamique–reforme-de-l-islam_a601.html

PAR Dr. Moreno Al Ajamî – Médecin, Docteur en Littérature et Langue arabe, Islamologue, Théologien

3 Avril 2014

L’islam est-il parfait ? – Réforme islamiste ; réforme islamique ; réforme de l’islam –EXTRAIT

L’islam serait-il parfait ?

Aussi, le syllogisme de la perfection [syllogisme de la perfection : « Dieu est parfait, l’islam provient de Dieu, donc l’islam est parfait. »] supposerait pour être valide que l’islam provienne de Dieu, exactement comme la perfection du Coran est présumée de son origine divine. Toutefois, cette perfection supposée de l’islam se heurte aux faits : l’historicité et la multiplicité.Il est historiquement possible de retracer la formation et l’évolution de l’islam religieux: le Droit musulman, le fiqh, tout comme le dogme, al ‘aqîda, ne connurent leurs formes actuelles que deux siècles après la disparition du Prophète ; le Hadîth dut attendre presque un siècle de plus pour être stabilisé ; l’Exégèse coranique, tafsîr, un siècle encore pour imposer une détermination paradigmatique du Coran, une herméneutique orthodoxe. Durant cette gestation de quasiment quatre siècles, les avis furent très divers, souvent opposés, parfois conflictuels, les Écoles ou madhâ’ib en sont toujours les témoins, les grands courants dogmatiques du kalâm de même. Cette diversité résiduelle ne fut jamais réduite, et les dernières tentatives d’éradication au nom de l’unitarisme totalitariste néo-wahhabite ne devraient pas non plus y parvenir. L’islam n’est donc pas un objet unique de définition unique, mais une somme complexe et riche de ses différences. Ce que nous appelons par habitude islam, à titre collectif et individuel, n’est ainsi qu’une simplification de cette entité multiforme destinée à rendre fonctionnelle une interface entre nous et Dieu. L’islam en tant qu’expression parfaite du rapport à Dieu est certes inscrit dans le Coran, mais, en tant que dessin religieux, il n’est qu’un produit de l’histoire inscrit en l’Histoire. L’islam est de toute évidence le fruit d’une élaboration humaine, il résulte d’une réflexion menée à partir de matériaux de la Révélation, le Coran, et de la tradition mêlée des hommes. L’islam ne pourrait donc avoir de perfection que de par la perfection humaine ; or l’homme n’est pas parfait. En conséquence, autre syllogisme, l’islam est à l’image de l’homme : perfectible.

La deuxième voie de démonstration épistémologique est l’expérimentation. Ici il s’agit de l’épreuve des faits historiques. Depuis mille ans, tout mouvement de réforme, toute tentative de retour à l’islam, s’est soldé par un échec. […] Inexorablement, l’islam s’est avéré incapable de redonner vitalité à ce grand corps malade. Aux temps présents, depuis plus d’un siècle, toutes les entreprises de réforme ont prôné un retour à un islam pur ou authentique ou théorique et toutes ont échoué à réaliser leurs objectifs […] le mythe du retour à la pureté originelle doit être abandonné en tant que paradigme majeur de la réforme de l’homme musulman. Rêver a un passé perdu est la manière la plus sûre de ne pas comprendre le présent et d’échouer l’avenir. Conséquemment, l’on en déduira que tout discours de type hanbalo-wahhabite est une démarche vouée à l’échec.

Si l’islam fut parfait, c’est en tant qu’expression parfaite d’une culture et d’un temps, mais ces facteurs civilisationnels sont par définition variables. Or, la sacralisation de l’islam, à moins que de figer le monde musulman, induit le décalage entre les musulmans et leurs réalités. C’est cette sacralisation qui a provoqué la non-évolution caractérisant la longue période de stagnation, puis de régression, du monde musulman.


Il est inacceptable que la Ville de Lévis subventionne l’organisme Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles.

Courriel envoyé à la majorité des conseillères et des conseillers municipaux de Lévis et au maire de Lévis, M. Gilles Lehouillier, le 6 juillet 2020

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Lévis, le 6 juillet 2020

Monsieur… conseiller municipal, Lévis

Monsieur le conseiller municipal,

Ce soir vous allez côtoyer M. Gilles Lehouillier, notre maire, pendant toute une séance du conseil municipal.

Ce soir, pourriez-vous tenter, vous et les autres conseillers, de convaincre le maire qu’il est inacceptable que la Ville subventionne l’organisme Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles.

C’est inacceptable parce que Le Tremplin fait de la propagande en faveur d’une religion, l’islam (comme par hasard, c’est la religion de l’homme qui préside le conseil d’administration du Tremplin depuis 2017, M. Elhadjid Mamadou Diarra). (Le directeur du Tremplin, M. Guillaume Boivin, semble être d’accord pour que le Tremplin favorise l’expansion de l’islam et proclame la grandeur de la charia, la charia rejetée par l’assemblée nationale du Québec, rejetée à l’unanimité! rejetée aussi par le reste du Canada!

Vous n’avez pas oublié qu’en 2017 Le Tremplin a organisé, avec la Mosquée de Lévis et son imam, M. Karim Elabed, une activité baptisée par eux « Soirée d’échange avec la communauté musulmane » et qui devait, selon eux, montrer l’islam tel qu’il est. Or, pour montrer l’islam tel qu’il est, Le Tremplin et la Mosquée n’avaient invité que deux personnes : l’Imam Elabed et une Québécoise convertie à l’islam, elle et lui très admiratifs de la charia, évidemment. Un imam « débutant » et une jeune convertie, rien de mieux pour montrer l’islam tel qu’il est, n’est-ce pas? La Mosquée et Le Tremplin ont pris les Lévisiens pour des gnochons, et continuent de le faire.

Avez-vous déjà vu ou entendu Le Tremplin dénoncer la christianophobie dans le monde? Pas moi. Mais Le Tremplin met la main à la pâte pour écraser le racisme, il faut sous-entendre : surtout le racisme au Québec, surtout le racisme dont sont victimes des musulmans. Des christianophobes, il y en a en Arabie saoudite, pays musulman qui interdit aux chrétiens de construire des églises; avez-vous déjà entendu Le Tremplin et les musulmans du Québec, de Lévis, protester contre la christianophobie des musulmans de l’Arabie saoudite (ou contre les persécutions musulmanes contre les chrétiens, en général)? Et ce n’est pas Le Tremplin qui va apprendre aux Lévisiens que les musulmans s’y connaissent depuis des siècles en matière, par exemple, de négrophobie : 1) « La négrophobie des pays arabo-musulmans s’étend dans d’autres pays d’Afrique du Nord, que ce soit en Algérie, au Maroc, en Tunisie, mais aussi dans les pays du Golfe, dans lesquels les attaques négrophobes se multiplient contre les migrant·e·s » (Lallab, http://www.lallab.org/la-negrophobie-dans-les-societes-arabo-musulmanes-na-rien-de-nouveau/); 2) « l’anthropologue et économiste franco-sénégalais Tidiane N’Diaye revient sur ce phénomène. Africain, musulman, il a dénoncé en 2008 treize siècles de traite arabo-musulmane sur le continent noir dans son essai Le Génocide voilé (Gallimard), réédité en poche en mars 2017 » (quotidien Le Monde, https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/12/02/sur-l-esclavage-moderne-la-prise-de-conscience-est-faible-et-derisoire_5223711_3212.html#03phA7AlfEjEwLjD.99).

Je ne vous retiendrai pas davantage, j’en ai assez dit, je pense, pour vous convaincre que Le Tremplin triche : il n’a pas pour mission de faire de la propagande en faveur d’une religion, mais il l’ « oublie »; il trompe les Lévisiennes et les Lévisiens en les renseignant très mal sur l’islam, il utilise à mauvais escient l’argent que lui donnent la Ville de Lévis, le gouvernement du Québec et le gouvernement du Canada, entre autres. Des fonds publics ne doivent plus se retrouver dans les poches du Tremplin! Jamais plus! À vous d’agir, Monsieur le conseiller!

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. Ce courriel sera publié au http://www.lepasseurdelacote,.com, votre réponse aussi si vous me répondez.

ILS DISENT QUE L’ISLAMISME EST INDISSOCIABLE DE L’ISLAM.  QU’EN PENSEZ-VOUS?

INTRODUCTION :

LA VIOLENCE DANS LE CORAN, LIVRE SACRÉ DE L’ISLAM

EXTRAITS DU CORAN

Nous jetterons bientôt dans le Feu

ceux qui ne croient pas à nos Signes.

Chaque fois que leur peau sera consumée,

nous en leur donnerons une autre

afin qu’ils goûtent le châtiment.

– Dieu est, en vérité, puissant et juste –

(Coran 4, 56) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

Telle sera la rétribution de ceux qui font la guerre contre Dieu et contre son prophète [Mahomet], et de ceux qui exercent la violence sur la terre : ils seront tués ou crucifiés, ou bien leur main droite et leur pied gauche seront coupés, ou bien ils seront expulsés du pays. (Coran 5, 33).1

Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier : ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son prophète [Mahomet] ont déclaré illicite; ceux qui parmi les gens du Livre [juifs et chrétiens ou « Nazaréens »], ne pratiquent pas la vraie Religion [l’islam ]. Combattez-les, jusqu’à ce qu’ils paient directement le tribut après s’être humiliés. (Coran 9, 29)1

Ne faiblissez pas! Ne faites pas appel à la paix quand vous êtes les plus forts. Dieu est avec vous, il ne vous privera pas de la récompense due à vos œuvres. (Coran, 47,35)1

Quant à ceux qui ne croient pas,

je les châtierai d’un terrible châtiment,

en ce monde et dans la vie future.

– Ils ne trouveront pas d’auxiliaires [secoureurs].

(Coran,3, 56) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

Ô Prophète, combats les hypocrites et les infidèles; traite-les avec rigueur. La géhenne  [lieu destiné au supplice des damnés] est leur demeure. Quelle détestable séjour!

(Coran 9, 74) (Traduction : Kasimirski)

Quant aux incrédules,

ils jouissent un certain temps des biens de ce monde,

ils mangent comme mangent les bestiaux;

leur lieu de séjour sera le Feu.

(Coran 47,12) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

Nous avons préparé pour les incrédules

des chaînes, des carcans et un brasier.

(Coran 76,4) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

Les Juifs disent : Ozaïr est fils de Dieu. Les Chrétiens disent : Moïse est le fils de Dieu. Telle sont les paroles de leurs bouches; elles ressemblent à celles des infidèles d’autrefois. Que Dieu leur fasse la guerre! Qu’ils marchent à rebours!

(Coran 9, 30) (Traduction : Kasimirski)

Combattez dans le chemin de Dieu

ceux qui luttent contre vous.

  • Ne soyez pas transgresseurs; Dieu n’aime pas les transgresseurs –
  • Tuez-les partout où vous les rencontrerez; chassez-les des lieux d’où ils vous auront chassés.
  • La sédition est pire que le meurtre –

(Coran 2, 190) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

Ils [les hypocrites] aimeraient vous voir incrédules,

comme ils le sont eux-mêmes,

et que vous soyez ainsi semblables à eux.

Ne prenez donc aucun protecteur parmi eux,

jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le chemin de Dieu.

S’ils se détournent, saisissez-les;

tuez-les partout où vous les trouverez.

(Coran 4, 89) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

Ô vous qui croyez!

Ne prenez pas pour amis les Juifs et les Chrétiens;

ils sont amis les uns des autres.

(Coran 5, 51) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

Telle sera la rétribution

de ceux qui font la guerre

contre Dieu et contre son prophète,

et de ceux qui exercent la violence sur la terre :

ils seront tués ou crucifiés,

ou bien,

leur main droite et leur pied gauche seront coupés,

ou bien ils seront expulsés du pays.

Tel sera leur sort :

la honte en ce monde

et le terrible châtiment dans la vie future;

(Coran 5, 33) (Traduction : Denise Masson, islamologue)

1. Cité par Annie Laurent, L’Islam pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore), Paris, Éditions Artège, © 2017

« IL EST ÉVIDENT QUE LES TERRORISTES SE RÉFÈRENT AU CORAN POUR JUSTIFIER LE REJET DE L’AUT ET LE RECOURS À LA VIOLENCE. »

(Annie Laurent, docteur d’État en sciences politiques, spécialiste reconnue du Proche-Orient depuis 1980,

L’Islam pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore), Paris, Éditions Artège, © 2017, p. 75)

ILS DISENT QUE L’ISLAMISME EST INDISSOCIABLE DE L’ISLAM.

ANNE-MARIE DELCAMBRE. Docteure de troisième cycle de l’Université Paris-IV en études islamiques

Anne-Marie Delcambre (1943-2016) était une islamologue française.Docteure de troisième cycle de l’Université Paris-IV en études islamiques, docteure d’État en droit et agrégée d’arabe classique. Elle a été professeur d’arabe au lycée Louis-le-Grand et a participé à la rédaction d’articles dans l’Encyclopædia of Islam. Elle est également l’auteur de nombreux livres et articles sur Mahomet et l’islam. (Source : https://fr.wikiquote.org/wiki/Anne-Marie_Delcambre)

[…] dans la langue française, islam et islamisme étaient synonymes, et cela depuis 1697, quand Barthélémy d’Herbelot de Molainville, professeur au Collège de France, ajouta le suffixe « isme » au mot arabe islam pour en faire un nom désignant une religion.

En effet, de tous les noms désignant des religions, « islam » était le seul qui ne fût pas terminé par « isme ». Or, dans l’édition de 1992 du Dictionnaire Le petit Larousse, on constate que le mot « islamisme » pour désigner la religion est considéré comme « vieilli ». En revanche, la définition de l’islamisme est devenue politique : « Mouvement politico-religieux préconisant l’islamisation complète, radicale, du droit, des institutions, du gouvernement dans les pays islamiques. […] une acception est dite « vieillie » quand elle n’est plus attestée depuis plus d’un siècle. Un sens qui vieillit en moins de dix ans, cela ne s’est vu dans aucun pays au monde. Et c’est ainsi que « islam » et « islamisme » ne sont plus synonymes. On ne s’étonnera pas de lire que, pour le professeur Khaled Dourane de l’université de Philadelphie, « l’islamisme est un genre de totalitarisme qui s’est répandu dans le monde à la fin du XXe siècle. Il est identique aux régimes fascistes ou communistes et aspire à dominer le monde. » En fait, cette distinction est en partie due au juriste égyptien Al-Achmâwi qui avait lancé : « Dieu voulait que l’islam fût une religion, mais les hommes ont voulu en faire une politique ».

Désavoué par ses coreligionnaires, considéré comme hétérodoxe, Achmâwi allait fournir à l’Occident la plus belle porte de sortie qu’on puisse imaginer. Désormais, il serait interdit de faire un amalgame entre l’islam et l’islamisme. D’un commun accord, religieux, politiques, journalistes se mirent à répéter que l’islam, ce n’était pas l’islamisme ; que les deux réalités étaient bien distinctes ; que l’islam ne pouvait être tenu pour responsable des crimes commis par les islamistes, assimilés à des terroristes.

Soufi ou mufti ? Quel avenir pour l’islam, Anne-Marie Delcambre, éd. Desclée de Brouwer, 2007, p. 141

Cité in https://fr.wikiquote.org/wiki/Anne-Marie_Delcambre


ANNE-MARIE DELCAMBRE. Docteure en études islamiques. Docteure d’État en droit. Agrégée d’arabe classique.

Anne-Marie Delcambre (1943-2016). Islamologue française, docteure en études islamiques.

Au risque de choquer, il faut avoir le courage de dire que l’intégrisme n’est pas la maladie de l’Islam. Il est l’intégralité de l’Islam. Il en est la lecture littérale, globale et totale de ses textes fondateurs. L’Islam des intégristes, des islamistes, c’est tout simplement l’Islam juridique qui colle à la norme.

L’Islam des interdits, Anne-Marie Delcambre, éd. Desclée de Brouwer, 2003, p. 11.

Cité in https://fr.wikiquote.org/wiki/Anne-Marie_Delcambre


ANNIE LAURENT. Docteure d’état en sciences politiques.

Annie Laurent est docteur d’État en sciences politiques. Spécialiste reconnue du Proche-Orient depuis 1980, ses recherches et publications portent sur toutes les questions politiques qui secouent cette région, sur l’Islam, les Chrétiens d’Orient et sur le dialogue interreligieux. Le pape Benoît XVI l’a nommée experte au Synode spécial des Évêques pour le Moyen-Orient qui s’est tenu à Rome en octobre 2010. Elle est l’auteur de nombreux articles publiés dans des revues spécialisées et d’ouvrages tels que :

L’Islam peut-il rendre heureux ? (Artège, 2012), Vivre avec l’Islam ? (Saint-Paul, 1996),

L’Europe malade de la Turquie (François-Xavier de Guibert, 2005),

Les chrétiens d’Orient vont-ils disparaître ? (Salvator, 2008), L’Islam, un danger pour l’Europe ? (La Nef, 2009), L’Islam pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore) (Artège, 2017).

Que penser de la recommandation à ne pas faire d’amalgame entre islam et islamisme? S’ll ne faut pas réduire l’islam à ses seules manifestations extrémistes, la lucidité impose de reconnaître qu’elles ne lui sont ni étrangères ni opposées. […] Entre islam et islamisme, il y a […] une différence de degré, mais pas de nature.

[…]

Il n’appartient […] pas aux Occidentaux et aux chrétiens de se prononcer sur ce qu’est le véritable islam. Mais leur regard sur les musulmans doit prendre en considération l’attitude concrète de ces derniers dans la vie quotidienne et dans les événements du monde.

Annie Laurent, L’Islam pour tous ceux qui veulent en parler (mais ne le connaissent pas encore), Paris, Éditions Artège, © 2017, p. 54-55


YVON QUINIOU. Docteur en philosophie.

Yvon Quiniou, agrégé et docteur en philosophie, est connu pour ses travaux sur le matérialisme, la morale et la politique qui lui ont souvent valu d’intervenir sur France Culture et même à la télévision. Il collabore à diverses revues et, citoyen engagé, il intervient dans divers journaux, comme L’Humanité, Le Monde ou Marianne. (Source : http://denis-collin.viabloga.com/news/pour-une-approche-critique-de-l-islam vu le 05-02-2017 Philosophie et politique Site de Denis Collin)

Je veux démontrer que, contrairement à une idée reçue,on ne peut pas séparer l’islamisme radical de l’islam tout court, qui ne serait pas violent. Or ce n’est pas vrai : le Coran comporte des appels multiples à la haine et au meurtre des infidèles ou des non-croyants. Il s’y ajoute d’autres défauts inadmissibles : l’obscurantisme, le dogmatisme, la Charia qui nie l’autonomie politique de l’homme. Il faut avoir le courage de le dire etinciter l’islam à se réformer profondément. (Manuel Rodriguez, Le philosophe lyonnais Yvon Quiniou sort un essai intitulé Pour une approche critique de l’islam, Pays de la Loire (le Journal du pays Yonnais), 20 juin 2016)

[…] il faut avoir l’audace de voir les choses en face : « Le sommeil de la raison engendre des monstres » disait Goya… même s’il est entendu que l’islamisme trouve sa source aussi, sinon surtout, dans des facteurs socio-politiques qui sont hors-raison. Mais dénier aux idées ou aux croyances irrationnelles et déraisonnables une causalité propre dans la genèse ou l’entretien du malheur du monde, relève d’un angélisme ou d’une intelligence impardonnables à mes yeux, et l’on sait depuis Pascal que « qui fait l’ange fait la bête », en l’occurrence s’aveugle et alimente « la bête immonde ». Je ne veux pas participer à cette défaite inédite aujourd’hui de la pensée critique. (Yvon Quiniou, cité in http://denis-collin.viabloga.com/news/pour-une-approche-critique-de-l-islam consulté le 05-02-2017, Philosophie et politique Site de Denis Collin)

Mais est-ce l’islam qui est en cause [l’auteur vient de parler de l’attentat contre Charlie Hebdo et des massacres de novembre 2015 à Paris], me dira-t-on, de façon à innocenter d’une manière subreptice le premier distingué artificiellement du second? Car telle est l’antienne que j’entends partout, avec l’appui irresponsable des médias […] : l’islam est une religion d’amour et de paix, proclame-t-on, et l’islamisme (radical) n’en est qu’une déformation ou une trahison. Or, soyons clair : étant entendu que ce que je vais dire ne concerne pas les musulmans dans leur pratique quotidienne, mais seulement la religion musulmane en elle-même, ignorée dans ses fondements par la majorité d’entre eux, ce propos est faux, totalement faux. Il faut le dire : j’entends avoir le courage, intellectuel et moral de le dire, comme Spinoza avait le courage, dans son traité théologico-politique de dénoncer les aberrations de toutes les religions, hormis leur message d’amour à l’égard de tout être humain – ce qui n’est pas le cas, précisément, de l’islam quoi qu’on prétende. (Yvon Quiniou, Pour une approche critique de l’islam, H&O éditions, © 2016, p.13-14)


BERNARD LEWIS. Historien.

Bernard Lewis, historien, est né à Londres en 1916, il est décédé en 2018.

« Mr. Lewis, who wrote or edited more than two dozen books and hundreds of articles, was regarded as perhaps the leading expert on interactions between the Christian and Islamic worlds. » (Douglas Martin, Bernard Lewis, Influential Scholar of Islam, Is Dead at 101, New York Times, 21 mai 2018, https://www.nytimes.com/2018/05/21/obituaries/bernard-lewis-islam-scholar-dies.html

On touche ici une question beaucoup plus vaste, celle de la position des religions vis-à-vis du recours à la force, à la violence et plus précisément au terrorisme. De nombreux mouvements ont, à un moment ou à un autre, invoqué leur religion pour justifier le meurtre pratiqué à petite ou grande échelle. Deux noms propres originaires d’Orient sont d’ailleurs entrés, sous forme de noms communs, dans l’anglais comme dans le français : « thug » de l’Inde, et « assassin » du Moyen-Orient, l’un et l’autre désignant à l’origine des sectes religieuses fanatiques qui s’étaient fait une spécialité d’assassiner ceux qu’elles tenaient pour des ennemis de la foi.

La pratique puis la théorie de l’assassinat sont apparues plus tôt dans l’histoire du monde musulman, à l’occasion de conflits autour de la direction politique de la communauté musulmane [des successeurs de Mahomet, appelés califes, ont été assassinés, etc.]. […]

La secte musulmane des « Assassins » […] est apparemment la première à avoir fait de l’acte dont elle tire son nom un système et une idéologie. Contrairement à la croyance populaire, ses attaques ne visaient pas tant les croisés que les dirigeants musulmans qu’elle tenait pour des usurpateurs impies. En ce sens […] les Assassins sont les véritables précurseurs des terroristes « islamistes » actuels, dont certains avancent précisément cet argument. […]

[…] les Assassins furent finalement vaincus par des expéditions militaires […] Il est fort possible que les assassins d’aujourd’hui soient eux aussi vaincus, mais la route sera longue et ardue. Les Assassins médiévaux étaient une secte extrémiste, très éloignée du courant principal de l’islam. Tel n’est pas le cas de leurs épigones [successeurs] actuels.

Bernard Lewis, L’Islam en crise, traduit de l’anglais par Jacqueline Carnaud, Paris, Gallimard, © 2003, passages tirés des pages 156, 157, 158 et 159. Titre original : The crisis of islam. Holy war and unholy terror, 2003)


SOHEIB BENCHEIKH. Docteur en Religions et systèmes de pensée (Sorbonne). Ancien interprète officiel de la loi musulmane, à Marseille.

Soheib Bencheikh, islamologue français, a étudié la théologie islamique à Alger et au Caire et a obtenu un doctorat en Religions et systèmes de pensée à la Sorbonne (Paris). Il a été nommé mufti ( interprète officiel de la loi musulmane) de Marseille par l’Institut musulman de la Grande Mosquée de Paris en 1995, poste qu’il a occupé 10 ans. (D’après le quotidien Le Devoir, http://www.ledevoir.com/politique/canada/483568/islam-la-modernite-ou-la-marginalite)

« Si on prend le texte fondateur de l’islam et on l’applique, on ne doit rien reprocher à Daech ! Alors, soit on combat une lecture littéraliste parce qu’il s’agit d’une convention d’un siècle qui n’est pas le nôtre, et qu’au nom de l’intelligence et de l’humanité, on fait face à cette lecture conquérante et dangereuse, soit on doit reconnaître qu’eux [Daech] sont plus musulmans que les autres ! »

Cité par Hélène Buzzetti, La modernité ou la marginalité. L’islamologue français invite les musulmans à vivre leur religion en phase avec l’époque, Le Devoir (quotidien de Montréal), 1 novembre 2016, http://www.ledevoir.com/politique/canada/483568/islam-la-modernite-ou-la-marginalite


KHADIYATOULAH FALL ET SAMIR AMGHAR

Khadiyatoulah Fall, Samir Amghar, respectivement de l’Université du Québec à Chicoutimi et de l’European Foundation for Democracy, à Bruxelles.

Qu’y a-t-il dans le Coran et dans la Sunna prophétique qui autorise les djihadistes à se réclamer de l’islam, à scander le nom d’Allah chaque fois qu’ils commettent un attentat meurtrier? Voilà une question légitime qui doit être posée et devant laquelle les communautés musulmanes ne peuvent se dérober.

[…] comment ne pas céder ni à l’amalgame qui fait de l’islam un problème en soi, ni à l’angélisme qui déconnecte le terroriste djihadiste de toute base idéologique religieuse ?

Les explications scientifiques du processus d’engagement violent au nom de l’islam ne s’entendent pas sur la place qu’il faut accorder à la religion musulmane dans l’équation de la radicalisation. Tantôt l’islam est présenté comme le vernis religieux, le prétexte facile pour justifier à postériori des positions violentes, tantôt il est analysé comme la matrice fondatrice des actions violentes.

[…]

Si l’on ne peut éviter d’interroger le Coran dans ses fondements, dans son passé et dans ce que l’islam apportait comme instrument d’émancipation ou de domination, il demeure cependant que la demande urgente de la forte majorité des musulmans, et surtout des musulmans de la diaspora, porte sur la capacité aujourd’hui du Coran d’autoriser une réflexion religieuse qui soit audible dans un contexte du vivre-ensemble fondé sur le respect de l’égalité des droits, de la liberté de croyance et sur le rejet sans ambiguïté de toute idéologie de la violence au nom de la foi. Il est demandé aux musulmans d’aujourd’hui de produire une interprétation du Coran qui ferme toute possibilité pour l’islamisme meurtrier de cheminer à côté du Livre saint.

L’islam est-il responsable de la violence islamiste? Le Devoir (quotidien du Québec), 8 juillet 2017, https://www.ledevoir.com/opinion/idees/502977/l-islam-est-il-responsable-de-la-violence-islamiste

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ADRIEN CANDIARD. Membre de l’Institut dominicain d’études orientales au Caire.

Frère dominicain né en 1982. Ancien élève de l’École normale supérieure de Paris et de Sciences-Po Paris. Membre de l’Institut dominicain d’études orientales au Caire. Auteur de En finir avec la tolérance? (Presses universitaires de France, 2014) et Veilleur, où en est la nuit? (Cerf, 2016). (Source : Flammarion, quatrième page de couverture du livre Comprendre l’islam ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, signé par Adrien Candiard, 2016)

« D’autres [des experts] […] nous disent que l’islam est évidemment une religion brutale, dont la violence n’est pas un accident de l’histoire ou l’effet de la folie de quelques-uns de ses adeptes, mais bien la conséquence nécessaire de ses textes sacrés. Pour ce faire, ils nous citent des passages insupportables tirés du même Coran, comme le célèbre « verset du sabre » : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son prophète [Mahomet] ont déclaré illicite; ceux qui, parmi les gens du Livre [les juifs et les chrétiens], ne pratiquent pas la vraie Religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils payent directement le tribut, après s’être humiliés » (Coran 9, 29).

On pourrait multiplier longuement les exemples et les citations, dans les deux sens., Vérification faite, tous ces versets aux accents si différend se trouvent bien dans le Coran. Alors qui a raison? Pourquoi ne peut-on pas les départager une bonne fois pour toutes, en ouvrant le livre? Pourquoi peut-on dire sur l’islam tant de choses contradictoires et apparemment fondées?

Adrien Candiard, Comprendre l’islam ou plutôt : pourquoi on n’y comprend rien, Flammarion, 2016, p. 14-15


ABDELWAHAB MEDDEB. Écrivain. Spécialiste du soufisme.

Écrivain (Prix François-Mauriac, 2002), directeur de la revue Dédale, spécialiste du soufisme, animateur de l’émission Cultures d’islam sur France Culture, essayiste en faveur d’un islam libéral. (Source : Wikipedia consulté le 7 juin 2020) (Soufisme : règles et pratiques ascétiques et mystiques d’un ensemble d’écoles, de sectes et de confréries musulmanes. – Source : Encyclopédie Larousse en ligne)

L’islamisme est la maladie de l’islam, mais les germes sont dans dans le texte [le Coran].

(Marc Semo et Christophe Boltanski, Abdelwahab Meddeb : L’islammisme est la maladie de l’islam, mais les germes sont dans dans le texte », journal français Libération, 23 septembre 2006)


ALEXANDRE ADLER. Historien. Journaliste.

Agrégé d’histoire, éditorialiste associé au quotidien français Le Monde, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Courriel international. (Source : quatrième page de couverture du livre d’Alexandre Adler intitulé J’ai vu finir le monde ancien, Paris, Grasset, © 2002)

« Quel est le discours du fondamentalisme religieux? En quoi est-il fidèle à la tradition du texte sacré? C’est la question que nous nous posons tous.

[…]

« Le problème politique majeur, c’est que ceux qui s’opposent [chez les musulmans] à l’intégrisme n’ont pas tout à fait la théorie adéquate. Tour ce que disent les islamistes est bien dans le texte [le Coran]. Les intégristes ne sont pas des hérétiques – en tout cas en ce qui concerne les sunnites, comme Oussama ben Laden. Ils ne développent pas des conception nouvelles de l’islam. Simplement, au nom de la guerre sainte, ils veulent créer un État pour tous les croyants [musulmans]. »

Alexandre Adle, J’ai vu finir le monde ancien, Paris, Bernard Grasset, © 2002, p. 109-110


EMMANUEL PISANI. Docteur en philosophie, docteur de théologie.

Directeur de l’Institut de Science et de Théologie des Religions (Paris). Frère dominicain, docteur en philosophie, docteur de théologie. Auteur notamment de :  Le dialogue islamo – chrétien à l’épreuve. Père Anawati-Dr Baraka, Une controverse au vingtième siècle, Paris, L’Harmattan, 2014; 100 questions sur l’Église, Perpignan, Artège, 2013; 100 questions sur Dieu, Perpignan, Artège, 2012. Il a reçu le prix Mohammed Arkoun de la thèse d’islamologie. (Source : https://www.icp.fr/a-propos-de-l-icp/decouvrez-l-icp/facultes-et-instituts/emmanuel-pisani–27474.kjsp)

EXTRAITS DE : Emmanuel Pisani, Islam et islamisme. Le défi de la question théologique, Revue Études, février 2018, https://www.revue-etudes.com/rubrique/societe-45 :

On peut distinguer l’islamisme, comme idéologie politique à l’origine des attentats, et l’islam, comme religion. On ne peut pourtant pas séparer complètement les deux. Il convient donc de déconstruire l’idéologie islamiste et de la rapporter aux textes fondateurs. […]

[…]

Il reste une question difficile mais incontournable : l’islam, la charia (« loi »), l’oumma (« communauté ») sont les ciments idéologiques du discours des islamistes et de la mise en œuvre d’une propagande efficace conduisant et justifiant les outrances criminelles en rupture totale avec le modèle occidental des droits de l’Homme. […]Les fous d’Allah n’ont rien d’esprits irrationnels ou dérangés, bien au contraire, leurs discours sont d’une logique implacable et c’est en se situant à la fois au niveau de la raison et de la foi, dans des contextes certes favorables, que l’on peut comprendre la propagation rapide de leurs idées.

[…]

Les causes économiques ou sociétales n’expliquent pas tout du phénomène islamiste. Il y a là une question incontournable. Qu’est-ce qui, dans l’islam, permet, nourrit, justifie l’islamisme ?

[…]

L’islamisme désigne, depuis les années 1970, l’idéologie religieuse qui s’inscrit dans le cadre du réformisme musulman et vise à purifier l’islam de ses « scories occidentales » en vue de contribuer à réislamiser le monde musulman et promouvoir la mission islamique pour rétablir le califat.

[…]

[…] les textes sacrés fondant les piliers de l’islamisme existent et ignorer l’acuité des lectures islamistes ne répond pas au problème. Ces textes gardent une capacité à définir et à préciser l’orthodoxie musulmane dans une perspective violente et antihumaniste. […]

[…] S’il n’y a pas en islam de magistère, il manque aujourd’hui une lecture consensuelle du Coran qui permettrait, par une historicisation, de neutraliser les versets qui appellent à l’usage concret de la violence sur le prochain.

[…] nonobstant les efforts de Tariq Ramadan pour présenter le visage de Muhammad sous les traits d’un homme moderne, les sources musulmanes le décrivent comme un chef de guerre, sans compassion pour l’apostat, combattant les tribus juives et les païens de La Mecque avec ardeur. Aujourd’hui, on hésite parfois à rappeler ces évidences car elles n’apparaissent pas « politiquement correctes » et renvoient à l’esprit de la polémique bien connue aux temps du Moyen Âge. Mais les récits des batailles sont toujours là et ils sont encore aujourd’hui convoqués. Sans l’enseignement explicite de leur historicisation et leur relativisation, ils peuvent à tout moment servir le pire. Sans ce travail historique et scientifique, légitimé par la raison, sur les dits qualifiés d’authentiques (sahih) et dont beaucoup justifient le meurtre ou les châtiments corporels, l’islam pourra toujours faire le lit de l’islamisme. L’enjeu théologique est donc incontournable.

Emmanuel Pisani, Islam et islamisme. Le défi de la question théologique, Revue Études, février 2018, https://www.revue-etudes.com/rubrique/societe-45


IBN WARRAQ.

Historien, « Islamic scholar and a leading figure in Qur’anic criticism » (https://secularhumanism.org/authors/ibn-warraq/). Auteur de l’«  ouvrage passionnant Pourquoi je ne suis pas musulman ? » (https://www.cairn.info/revue-cites-2002-1-page-3.htm). Auteur aussi de : The Origins of the Koran (1998), The Quest for the Historical Muhammad (2000), What the Koran Really Says: Language, Text and Commentary (2002).

 » He addressed the United Nations « Victims of Jihad » conference organized by the International Humanist and Ethical Union, alongside such speakers as Bat Ye’or, Ayaan Hirsi Ali, and Simon Deng. » (https://www.goodreads.com/author/show/3665.Ibn_Warraq)

CITATION 1

« … il n’existe pas de différence entre l’islam et l’intégrisme islamique. »

(Ibn Warraq, Pourquoi je ne suis pas musulman, 1999. Cité in http://fr.danielpipes.org/1825/pourquoi-je-ne-suis-pas-musulman)

CITATION 2

Il est temps, pour nous qui vivons en Occident et qui avons la chance de pouvoir nous exprimer librement, d’examiner calmement et avec le recul nécessaire les sources théoriques de l’islamisme, y compris le Coran dont de nombreux passages légitiment au nom de Dieu le recours à la violence:

[…]

IV.91: Ne prenez pas de patrons parmi eux [les incroyants], jusqu’à ce qu’ils soient revenus dans le sentier d’Allah. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les et tuez-les, partout où vous les trouverez.

VIII.12: Moi, je répandrai la terreur dans le cœur de ceux qui sont incroyants [en arabe: kafarû], et Je frapperai sur les nuques, et Je frapperai en eux toutes les extrémités des doigts.

[L’auteur cite d’autres passages violents du Coran.]

La vie du Prophète lui-même ne doit pas échapper à cet examen critique, lui qui ne reculait pas devant l’assassinat politique et le massacre des Juifs. «Ah, mais vous confondez l’islam avec le fondamentalisme islamique! Le véritable islam n’a rien à voir avec la violence», rétorquent les avocats inconditionnels de cette confession.

Certes, il existe des musulmans modérés mais l’islam en lui-même n’est pas modéré. Tous les principes qui inspirent les extrémistes viennent du Coran, de la Sunna et des Hadiths [recueil des actes et paroles de Mahomet et de ses compagnons, à propos de commentaires du Coran ou de règles de conduite, lit-on dans un dictionnaire Larousse en ligne]. L’islamisme est une construction totalitaire édifiée par des juristes musulmans sur la base des textes fondamentaux de l’islam. Ils ont fait de l’islam le fondement d’une idéologie radicale et utopique qui vise à se substituer au capitalisme et à la démocratie en tant que système universel. D’où l’apparition d’une profonde haine anti-américaine dans des endroits très éloignés du Moyen-Orient, tels le Nigeria ou l’Afghanistan, démontrant ainsi que le conflit israélo-arabe n’est pas la seule clé d’explication du phénomène nommé islamisme. Si un Palestinien avait été impliqué dans l’attentat du World Trade Center, il aurait été considéré comme un martyr de la cause palestinienne, mais plus encore comme un martyr de l’islam.

(Ibn Warraq, Contre l’islam militant, Revue Politique internationale, n° 95 – Printemps 2002, http://www.politiqueinternationale.com/revue/print_article.php?id=276&id_revue=10&content=texte)

CITATION 3

Tous les musulmans ne sont pas terroristes. Tous les musulmans ne sont pas impliqués dans les événements tragiques qui ont frappé l’Amérique [11 septembre 2001]. Et il serait effrayant que se développent contre eux, contre leurs mosquées et leurs institutions, des actes de vengeance infâmes. Cependant, déclarer que l’islam n’a rien à voir avec les attaques terroristes, c’est ignorer l’évidence. C’est refuser pour toujours de comprendre. Car enfin, qu’est-ce qui conduit des fanatiques à abandonner leur vie sur terre pour gagner un paradis où 72 vierges attendent les martyrs musulmans ? L’islam !

(Ibn Warraq, Une idéologie totalitaire, Marianne (revue française)321e, 4/09/2001, https://www.marianne.net/archive/une-ideologie-totalitaire)

FIN

Arabe et musulmane, elle présente ses excuses pour les sanglants attentats commis par des musulmans.

Courrier international, https://www.courrierinternational.com/article/attentats-moi-arabe-et-musulmane-je-presente-mes-excuses

Attentats. Moi, arabe et musulmane, je présente mes excuses.

SHAFFAF – PARIS

Publié le 10/11/2016 

En avril dernier, la journaliste et présentatrice saoudienne Nadine Al-Bdear implorait le pardon des victimes pour tous les massacres commis au nom de l’islam. Un texte publié dans notre hors-série Les libres penseurs de l’islam.

On m’a beaucoup reproché au Moyen-Orient d’avoir présenté mes excuses à l’humanité pour les sanglants attentats commis par des musulmans. []

Mes détracteurs, je vous connais. Vous vous dédouanez de tout reproche en invoquant tout ce qu’on peut reprocher à l’Occident. Vous justifiez vos turpitudes en pointant les turpitudes du monde civilisé. Par contre, l’égalité, la justice, la compassion qui y existent, vous ne les voyez pas. Vous n’y voyez que ce qui ne va pas, pour minimiser ce qui ne va pas chez vous-mêmes.

[]

Voici le texte de mon article “Moi, arabe et musulmane, les excuses que je présente au monde”. Ces excuses, je les ferai probablement encore. Cela m’enlève un poids, celui des cris de détresse de ceux qui ont été victimes de notre barbarie. J’ajoute des excuses particulières pour les larmes des Belges après qu’une trentaine de personnes sont mortes et des centaines ont été blessées [le 22 mars 2016]. []

Mille excuses aussi aux Afghans pour les attentats de Kaboul, pour le sort infligé aux femmes afghanes, pour les horreurs des années 1980. Des excuses sans bornes aux Pakistanais, pour l’attentat de Lahore [27 mars 2016] qui a fait au moins 70 morts et des centaines de blessés. C’est nous qui avons produit les talibans, et c’est nous qui refusons jusqu’à présent de renier cet héritage insidieux.

Des excuses aussi à chaque chrétien [d’Orient] qui a pris la décision d’émigrer. [] Mais ce sont des hommes et des femmes qui n’en peuvent plus de ne pas être respectés, d’avoir peur pour leurs enfants et de vivre dans un environnement qui n’a cure des humiliations qu’ils subissent.

Je veux que le monde sache que je ne suis pour rien dans notre manie de dénigrer les religions des autres”

[] Que je n’y suis pour rien dans les accusations adressées aux juifs et aux chrétiens et les théories selon lesquelles ils auraient falsifié la Bible. Je n’y suis pour rien dans la négation du bouddhisme, du zoroastrisme, de l’hindouisme, du confucianisme… ni dans notre manie de dénigrer les religions des autres et de décortiquer leurs dogmes, alors même que ceux qui s’en prennent à nos propres figures religieuses se font égorger.

[]

Celui qui tient la barre chez nous, c’est celui qui instille l’élixir de la mort et qui empoisonne les cervelles des jeunes hommes. Ils rêvent de céder à la tentation du péché et finissent par croire que la mort est le passage obligé pour un coït sans fin. Des peuples qui appellent à tuer leurs intellectuels, ce sont des peuples qui tuent le rêve.

Mes excuses au Moyen-Orient, que nous avons transformé en enfer. Nous en avons effacé le passé de milliers d’années d’empires, d’arts et de patrimoine. [] Je présente mes excuses pour la mort de centaines de fidèles à La Mecque en 1979. Je m’excuse pour les explosions dans un immeuble à Khobar, dans l’Est saoudien en 1996. Pour chaque chiite tué dans la mosquée de Qatif [en Arabie Saoudite]. Pour les morts dans l’explosion à l’ambassade américaine de Beyrouth en 1983. Pour avoir défiguré Bali [en 2002].

Pardon à l’Afrique, continent ravagé, pauvre et misérable. Pardon pour les morts du Cameroun, du Tchad, du Nigeria… Pardon pour la prise d’otages de 276 élèves nigérianes, mariées de force ou réduites à l’état d’esclaves sexuelles [par l’organisation islamiste Boko Haram en 2014]. Pardon pour celles qu’on oblige à porter le voile. Pas de place pour la féminité dans la grammaire terroriste. Pardon pour l’assassinat de centaines de personnes dans les attentats contre les ambassades de Nairobi, au Kenya, et de Dar es-Salaam, en Tanzanie, en 1998.

Pardon pour Paris, New York, Madrid, Stockholm, Londres…”

Pardon aux familles des 21 coptes assassinés en Libye [février 2015]. Pardon pour la mort de 20 fidèles lors de la prière dans l’attentat du Pakistan. Pardon à la France, pays des Lumières. Que Dieu ait en sa miséricorde les âmes de ces Français fauchés en novembre 2015. Pardon aux Américains. Nous n’avons pas compris votre culture, alors nous l’avons infiltrée pour faire près de 3 000 morts lors des attentats du 11 septembre 2001. Pardon pour la mort de 39 touristes sur une plage tunisienne [à Sousse en 2015]. Pardon pour la mort des dizaines de fidèles dans une mosquée du Koweït [juin 2015]. Pardon pour l’assassinat des bonnes sœurs au Yémen [5 mars 2016], dont le seul tort était de soigner des personnes âgées.

Pardon à la Russie, pays d’art et de littérature, dont nous avons fait exploser un avion [31 octobre 2015]. Pardon au théâtre de Moscou où a eu lieu l’attaque de terroristes tchétchènes en 2002. Pardon pour les centaines de morts à Madrid en 2004. Pour les attentats de Stockholm en 2010. Pour ceux de Londres en 2005, pour ceux de Bulgarie, du Caire, d’Istanbul…

Des excuses à tous les Libanais, à toutes les victimes des crispations confessionnelles depuis des dizaines d’années. Pardon, cher Occident. Nous avons tué vos photographes, vos journalistes, vos orientalistes. Faut-il prolonger la liste ? Je pense que j’ai dépassé le nombre de signes autorisés. Et je sais aussi que je n’arriverai pas à énumérer la totalité de nos massacres.

Le chemin du paradis est maculé de sang. []

Nadine Al-Bdear

  • SOURCE : SHAFFAF Paris http://www.metransparent.com – “Transparence” est un site d’information arabe créé en 2006. Il publie des articles reflétant un point de vue libéral et propose également des rubriques en anglais et en français.

QUI EST COURRIER INTERNATIONAL ?

Courrier international appartient au même groupe que des publications aussi réputées que le quotidien Le Monde et le mensuel Le Monde diplomatique, publiés en France.

« Courrier international est un hebdomadaire d’actualité créé en novembre 1990 qui propose à ses lecteurs une sélection du meilleur de la presse étrangère, traduit en français. Le contenu du journal et de son site Internet proviennent de plus de 1 500 sources du monde entier : du mensuel américain Wired au quotidien chinois Huanqiu Shibao en passant par le pure player libanais Raseef22. Qu’il s’agisse de sites, journaux, blogs, à temporalité quotidienne, hebdomadaire ou mensuelle, Courrier international sélectionne des sujets politiques, économiques, sociétaux mais aussi culturels, en restant à l’affût des nouvelles tendances.

« Grâce à l’apport de « la plus grande rédaction du monde », Courrier international suit l’actualité française et étrangère, cherche à l’anticiper et offre à ses lecteurs, par la confrontation des points de vue, une ouverture pertinente sur la complexité et la diversité du monde.

(https://www.courrierinternational.com/page/qui-sommes-nous)

 


Je ne puis savourer les fruits de la modernité en toute quiétude si je ne suis pas sûr que les générations à venir pourront les savourer tout autant.

Extrait du livre Le Dérèglement du monde écrit par Amin Maalouf.

(Le Dérèglement du monde, essai, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, © 2009; édition de mars 2018, p. 12-14)

QUI EST AMIN MAALOUF

Amin Maalouf est né au Liban en 1949. Il est l’auteur de romans (il a reçu le Prix Goncourt pouLe Rocher de Tanios, le Prix France-Liban pour Léon l’Africain, et plusieurs autres prix); il a aussi écrit des essais : Les Identités meurtrières, 1998; Origines, 2004; Un fauteuil sur la Seine : Quatre siècles d’histoire de France, 2016; Le Naufrage des civilisations, 2019. Journaliste, Amin Maalouf a été le rédacteur en chef du périodique Jeune Afrique. Enfin, Amin Maalouf est docteur honoris causa de plusieurs universités et a été élu à l’Académie française en 2011.

 

« Mon inquiétude […] est celle d’un adepte des Lumières, qui les voit vaciller, faiblir et, en certains pays, sur le point de s’éteindre; c’est celle d’un passionné de la liberté, qui la croyait en passe de s’étendre sur l’ensemble de la planète et qui voit à présent se dessiner un monde où elle n’aurait plus sa place; c’est celle d’un partisan de la diversité harmonieuse, qui se voit contraint d’assister, impuissant, à la montée du fanatisme, de la violence, de l’exclusion et du désespoir; et c’est d’abord, tout simplement, celle d’un amoureux de la vie, qui ne veut pas se résigner à l’anéantissement qui guette.

[…] je ne puis savourer les fruits de la modernité en toute quiétude si je ne suis pas sûr que les générations à venir pourront les savourer tout autant. […] le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive, sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse, et […] il faudrait un sursaut, d’urgence, pour éviter le naufrage. […] Le temps n’est plus notre allié, c’est notre juge, et nous sommes déjà en sursis.

[…] l’humanité est confrontée [aujourd’hui] à de nouveaux périls, sans équivalents dans l’Histoire, et qui exigent des solutions globales inédites; si celles-ci n’étaient pas trouvées dans un proche avenir, rien de ce qui fait la grandeur et la beauté de notre civilisation ne pourra être préservé; […] bien des signes donnent […] à penser que le dérèglement du monde est déjà à un stade avancé, et il […] sera difficile d’empêcher une régression.

 

En 2019, Amin Maalouf a dit :

Quel lien de cause à effet faites-vous entre le « naufrage » actuel du Levant (Proche-Orient) et celui des autres civilisations ?

Je suis persuadé que mon Levant natal avait vocation à offrir au reste de l’humanité un modèle de coexistence harmonieuse, de prospérité et de progrès. Cette région, où sont nées les trois grandes religions monothéistes et où se sont côtoyées pendant des siècles des populations venues d’Orient et d’Occident, était en quelque sorte une préfiguration de ce qu’aurait pu constituer l’humanité mondialisée d’aujourd’hui. La désintégration de ces sociétés plurielles a causé une dégradation morale qui affecte à présent toutes les sociétés humaines, et qui déchaîne sur notre monde des barbaries insoupçonnées.

Amin Maalouf, propos rapportés par Chantal Cabé, “L’humanité a les moyens d’avancer vers la liberté, mais elle fait l’opposé”, La Vie (périodique français membre du groupe auquel appartient aussi le prestigieux quotidien Le Monde, 23/04/2019, http://www.lavie.fr/medias/cartes/amin-maalouf-l-humanite-a-les-moyens-d-avancer-vers-la-liberte-mais-elle-fait-l-oppose-17-04-2019-97746_534.php

 

Que sont les Lumières ?

Le mouvement des Lumières tire son nom de la volonté des philosophes européens du xviiie siècle de combattre les ténèbres de l’ignorance par la diffusion du savoir. L’Encyclopédie, dirigée par Diderot et d’Alembert, est le meilleur symbole de cette volonté de rassembler toutes les connaissances disponibles et de les répandre auprès du public – d’un public éclairé.

[…]

Confiants en la capacité de l’homme de se déterminer par la raison, les philosophes des Lumières exaltent aussi la référence à la nature et témoignent d’un optimisme envers l’histoire, fondé sur la croyance dans le progrès de l’humanité. L’affirmation de ces valeurs les conduit à combattre l’intolérance religieuse et l’absolutisme politique.

(Larousse, https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res/130660 )

La pensée du siècle des Lumières se développe autour de deux thèmes majeurs : le retour à la nature, la recherche du bonheur. Les philosophes dénoncent dans les religions et les pouvoirs tyranniques des forces obscurantistes responsables de l’apparition du mal, dans un monde où l’homme aurait dû être heureux. Ils réhabilitent donc la nature humaine, qui n’est plus entachée par un péché originel ou une tare ontologique ; ils substituent à la recherche chrétienne du salut dans l’au-delà la quête ici-bas du bonheur individuel. À la condamnation des passions succède leur apologie : l’homme doit les satisfaire, à condition qu’elles ne s’opposent pas au bonheur d’autrui.

(Larousse, https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res/130660)

Sortir l’islam de l’impasse. Appel aux musulmans.

Le Monde des religions, http://www.lemondedesreligions.fr/chroniques/editorial/mauvaise-foi-07-01-2019-7704_161.php

La revue française LE MONDE DES RELIGIONS appartient au même groupe que le prestigieux quotidien français LE MONDE.

« Rédactrice en chef du magazine Le Monde des religions (groupe Le Monde), Virginie Larousse est spécialiste des religions, de la laïcité et de la spiritualité. Elle est diplômée de l’université Paris 4-Sorbonne et de l’École du Louvre. » (https://expertes.fr/expertes/67697-virginie-larousse).

Madame Larousse est l’auteure du livre La théologie chrétienne publié par les Éditions Garnier en 2013.

L’ÉDITO Mauvaise foi (extraits)

Virginie Larousse – publié le 07/01/2019

Il avait fui les talibans d’Afghanistan il y a une quinzaine d’années pour venir chercher une vie paisible en France. C’est pourtant sous les balles d’un islamiste que Kamal Naghchband est tombé lors de l’attentat de Strasbourg (…) Nous n’en avons pas encore terminé avec ce mal, cette mauvaise foi qui conduit certains individus à se prendre pour Dieu. Pour un Dieu vengeur et rageur, en l’occurrence.

(…) C’est précisément pour endiguer la diffusion d’idéologies religieuses violentes que le président Macron a annoncé vouloir réformer l’organisation de l’islam. (…) L’État ne peut dédiaboliser Dieu, extirper les pulsions meurtrières des fanatiques de cette « mauvaise foi » en un Dieu cruel et sanguinaire. Ce travail revient à tout un chacun – théologiens, philosophes, citoyens. Il revient surtout aux musulmans eux-mêmes.

J’ai la chance de côtoyer, au quotidien, des musulmans d’exception. Des musulmans ouverts à l’altérité, totalement acquis à la libre conscience, qui cultivent la beauté, l’intelligence sous toutes ses formes, qui donnent beaucoup d’eux-mêmes, avec courage, pour sortir l’islam de l’impasse. Lors d’un débat organisé au Monde en octobre dernier, l’écrivain Kamel Daoud avait eu ces mots à leur adresse. « L’espoir c’est vous, ici [en Europe, ndlr]. Si vous réussissez à humaniser, à universaliser, à relativiser une pratique, une approche du texte, vous pouvez être en Occident les vecteurs d’un possible changement, d’une réforme de l’autre côté [de la Méditerranée]. Vous serez l’incarnation de cette possibilité. Mais si vous échouez ici, la catastrophe sera immense de l’autre côté. » À l’aube de 2019, osons espérer, mais surtout oeuvrer, pour que la lumière parvienne à percer l’obscurité.

La tragédie occultée des chrétiens en pays musulmans

La tragédie occultée

des chrétiens

en pays musulmans

Par Jean Mohsen Fahmy, 2010

Jean Mohsen Fahmy est l’auteur de Chrétiens d’Orient : le courage et la foi, essai, Médiaspaul, Montréal, 2015, 192 pages. Il est né au Caire, en Égypte, en 1942, il habite aujourd’hui en Ontario. Il a obtenu une licence en lettres de l’Université du Caire, un brevet en psychopédagogie de l’Université du Québec à Montréal, une maîtrise en lettres françaises de l’Université de Montréal et un doctorat en littérature et linguistique de l’Université McGill.

Sources :

1. Association des auteures et des auteurs de l’Ontario français (AAOF), https://aaof.ca/membres/repertoire/jean-mohsen-fahmy/

2. VLB Éditeur, http://www.edvlb.com/jean-mohsen-fahmy/auteur/fahm1000



Le Devoir (quotidien de Montréal), https://www.ledevoir.com/opinion/idees/285020/la-tragedie-occultee-des-chretiens-en-pays-musulmans

La tragédie occultée des chrétiens en pays musulmans

Jean Mohsen Fahmy – Écrivain 16 mars 2010

Au cours des derniers mois, un certain nombre d’incidents survenus dans des pays à majorité musulmane ont retenu l’attention. Rappelons certains d’entre eux:

– En août 2009, sept membres d’une famille chrétienne pakistanaise — dont deux jeunes enfants — sont enfermés par des islamistes dans leur maison et brûlés vifs.

– Le 6 janvier 2010, des chrétiens coptes égyptiens, sortant de la messe de minuit de Noël dans la ville de Nagaa Hamadi, sont mitraillés par des islamistes circulant en voiture. Bilan: six morts.

– Le 23 février dernier, dans la ville de Mossoul, au nord de l’Irak, un commando islamiste fait irruption dans la maison d’une famille chrétienne irakienne et tue le père et ses deux fils, sous les yeux horrifiés de sa femme et de sa fille. Ce massacre couronnait une semaine où huit chrétiens de cette ville avaient été assassinés.

Traitement des chrétiens

Cette sinistre litanie peut être poursuivie à l’infini. Si l’on élargit la zone d’investigation et si l’on recule de quelques décennies, le portrait se précise et s’étoffe: partout, des islamistes s’attaquent aux chrétiens, dont l’écrasante majorité est autochtone. En Algérie, sept moines trappistes, vivant dans le désert, ont été froidement assassinés à Tibhirine. En Égypte, les Coptes sont régulièrement mitraillés, leurs maisons et leurs commerces brûlés, leurs filles kidnappées et mariées de force à des musulmans.

Des musulmans égyptiens, convertis au christianisme, sont menacés de mort et dépouillés par l’État de tout statut légal. En Palestine et Israël, les chrétiens arabes sont laminés entre l’extrémisme musulman et l’extrémisme juif. Ils représentaient 25 % de la population au début du siècle dernier, ils n’en représentent plus que 2 % aujourd’hui.

Au Liban, 40 % des chrétiens ont quitté le pays. En Irak, 400 000 chrétiens irakiens (sur un million) ont dû fuir le pays à la suite des menaces et des assassinats (dont ceux de certains évêques et de nombreux prêtres) et végètent dans des camps de réfugiés. Au Pakistan, une «Loi du Blasphème» inique permet de condamner à tour de bras des membres de l’infime minorité chrétienne pakistanaise. En Malaisie, une loi récente durcit le traitement des chrétiens.

Indifférence

Le plus tragique dans tout cela est que cette persécution se fait dans la passivité presque totale des gouvernements de ces pays et dans l’indifférence ennuyée de la grande majorité des musulmans de ces pays — ou avec l’approbation active de certains d’entre eux.

Une conclusion s’impose, qui a d’ailleurs été déjà tirée par de nombreux observateurs: un rejet des chrétiens, quelquefois subtil, d’autres fois violent, est en train de s’opérer dans le monde musulman. On y accepte de plus en plus difficilement la présence de ceux que l’on juge «infidèles», même si ce sont des citoyens à plein titre, même si leurs communautés sont enracinées dans ces terres depuis des millénaires.

Pourquoi ce drame est-il ignoré, et pourquoi devrait-il nous intéresser, ici au Québec, ici au Canada? Pour plusieurs raisons:

a) Le silence général des médias (surtout anglophones) et de l’opinion publique sur cette tragédie est assourdissant. Si un traitement pareil était réservé à tout autre groupe religieux, juif, musulman, bouddhiste, on s’en émouvrait, on le dénoncerait — et à juste titre, car toute atteinte aux droits humains est intolérable. Mais on semble perplexe quand il s’agit de chrétiens, surtout de chrétiens aussi exotiques que des chrétiens «coptes» ou «irakiens» ou «arabes» ou «pakistanais».

b) Partout en Occident, et très particulièrement au Québec, on trouve incongru de parler de persécution des chrétiens. Pour certains milieux québécois, dès qu’on dit le mot «chrétien», on évoque des images négatives, on rappelle une Église qui a longtemps été puissante, on a presque une réaction allergique. On a une extrême difficulté à imaginer des chrétiens en situation minoritaire, menacés, frappés d’ostracisme, persécutés. On ignore donc le problème.

c) Nos concitoyens musulmans, qui demandent, à juste titre, le respect de tous leurs droits de citoyens canadiens, n’auraient-ils pas un message à transmettre à ceux des leurs qui sont restés dans leurs pays d’origine? N’auraient-ils pas un rôle à jouer pour que cesse cette tragédie?

Nettoyage religieux

Si l’on est un défenseur des droits de la personne, la tragédie des chrétiens dans les pays à majorité musulmane, pour peu spectaculaire, ou plutôt, pour peu médiatisée qu’elle soit, est aussi digne d’intérêt et de compassion que celle des minorités opprimées ailleurs.

Si, enfin, l’on souhaite que la paix règne dans le monde, si l’on veut éviter la confrontation entre blocs religieux ou entre les «civilisations» dont l’Américain Samuel Huntington s’est fait le théoricien, on voudra voir les gens de différentes confessions coexister pacifiquement, et l’on refusera la logique de ségrégation et d’homogénéité religieuse qui ne peut que nous ramener aux pires aberrations de l’histoire.

Notre temps a inventé l’expression «nettoyage ethnique». Un «nettoyage religieux» qui s’étend dans l’étouffante et insidieuse durée, qui se réalise grâce à un impitoyable laminage quotidien, avec de soudaines flambées de violence meurtrière, n’est ni moins terrible ni moins condamnable.

Jean Mohsen Fahmy – Écrivain

Islamophobie : l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.

Rassemblez des gens, envoyez-les crier dans les rues de Québec et de Montréal que les Québécois bafouent les droits des musulmans et qu’ils briment la liberté des musulmans, et vous réussirez à jeter des jeunes et des moins jeunes dans les bras des djihadistes ou des terroristes, même si votre cri est mensonger.

Tout un chacun a le droit de critiquer l’islam, le christianisme, le judaïsme, le Parti Républicain de Donald Trump, mère Teresa, le roi Pelé, le maire de sa ville, et de dire qu’il aime plus la Fanfare de Saint-Tite que celle de Maubeuge…

« … la religion n’est pas une personne et encore moins une race. Nous devrions pouvoir sans crainte, dans un pays libre, l’examiner, la critiquer, la dénoncer si besoin, la tourner en dérision et même l’insulter : aboli en France dès la Révolution, le blasphème est un droit démocratique élémentaire, constitutif et inséparable de la liberté d’expression, garanti par la Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Vouloir intimider ou museler la population à propos d’une croyance religieuse, c’est faire le jeu de ses fidèles les plus sectaires et orthodoxes, au détriment de ceux et celles qui ont une pratique du culte beaucoup plus libérale. C’est aussi nous dire que l’héritage des Lumières mérite d’être abandonné. Si nous étions au XVIIIe siècle, les mêmes auraient cloué Voltaire, qui dénonçait l’intolérance religieuse et les crimes commis en son nom, au pilori. »

Alban Ketelbuters, Le concept d’islamophobie nous ramène deux siècles et demi en arrière, Le Monde des religions, 13/11/2019, http://www.lemondedesreligions.fr/une/le-concept-d-islamophobie-nous-ramene-deux-siecles-et-demi-en-arriere-13-11-2019-8375_115.php

( Alban Ketelbuters est coauteur de l’essai L’islamophobie (Dialogue Nord-Sud, 2016. De 2012 à 2017, il a publié des textes engagés relatifs à l’égalité des sexes, l’homosexualité et la laïcité, notamment dans Le Monde, Libération, Marianne, L’Humanité ou Le Devoir. Titulaire d’un master « Lettres, Arts et Pensée contemporaine » de l’Université Paris-Diderot – Paris VII, il prépare actuellement un doctorat en littérature et études féministes. – Source : Le Monde des religions, 13/11/2019 )

Pour Alban Ketelbuters*, l’intimidation de la population à propos d’une croyance religieuse fait le jeu de ses fidèles les plus sectaires.