M. l’archevêque G.-C. Lacroix, les chrétiens et les musulmans sont-ils « très proches » ?

Lévis, le 15 novembre 2019

Monsieur Gérald Cyprien Lacroix, archevêque

Archidiocèse catholique de Québec

1073, boulevard René-Lévesque Ouest

Québec (Québec), G1S 4R5

Monsieur,

J’attends toujours la réponse aux communications que je vous ai envoyées en 2018 au sujet de la conférence prononcée le 18 mars 2018 au Montmartre, Centre de culture et de foi (ce Centre est un bien de l’Église catholique) par M. Mohamed Labidi (alors président du Centre culturel islamique de Québec). Monseigneur Pelchat, votre collaborateur, m’a bien appelé, mais j’ai eu l’impression qu’il ne visait qu’à noyer le poisson.

Le message principal de M. Mohamed Labidi était celui-ci : les musulmans et les catholiques sont « très proches ». On peut en conclure que les catholiques pourraient facilement passer du christianisme à l’islam (mais les musulmanes et les musulmans… le Coran, œuvre de Dieu selon Mahomet et ses compagnons, leur interdit de renoncer à leur religion, donc pas question pour eux de porter l’habit catholique…). Diriez-vous, vous, M. Lacroix, que les catholiques et les musulmans sont « très proches » (malgré le fait que l’Arabie saoudite interdit la construction d’églises sur son territoire, malgré le fait que … etc.)?

La location d’une salle du Montmartre a coûté combien de dollars à M. Mohamed Labidi ou au Centre culturel islamique de Québec (qui gère la Grande Mosquée de Québec et la Mosquée Annour)?

Je publierai la présente et votre réponse (si vous me répondez) au www.lepasseurdelacote.com.

Je vous prie, Monsieur, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, citoyen de Lévis

Membre de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) de 1981 à 2007. Ancien employé du Bureau de la traduction du Gouvernement du Canada. Principal artisan (bénévole) de la publication de huit numéros de la revue trimestrielle de la Société d’histoire régionale de Lévis (2006-2008). Pendant douze ans (1986-1998), principal artisan (bénévole), après les élèves, du journal de l’école primaire Saint-Dominique de Lévis en qualité de père d’élèves, puis de parent d’anciens élèves. Membre fondateur de la Société québécoise d’histoire de la pharmacie. Travailleur bénévole au Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles depuis 2013. Libre d’antécédents judiciaires.


COMMUNICATIONS TRANSMISES AVANT NOVEMBRE 2019

Lévis, le 21 décembre 2018

Monsieur Gérald Cyprien Lacroix, archevêque

Archidiocèse catholique de Québec

1073, boulevard René-Lévesque Ouest

Québec (Québec), G1S 4R5

Monsieur,

Le 2 octobre 2018, je vous ai écrit (mon courriel est reproduit ci-dessous). Je pense qu’il serait important que vous me répondiez pour la raison suivante : des faits permettent de penser qu’il est vraisemblable que l’église catholique de Québec ait contribué à propager l’islam quand elle a ouvert les portes de son Montmartre, Centre de culture et de foi, le 18 mars 2018, afin que M. Mohamed Labidi (alors président du Centre culturel islamique de Québec) y prononce une conférence destinée en particulier, selon le conférencier lui-même, à démontrer que les musulmans et les catholiques sont « très proches », ce qui est faux comme une autre partie du présent envoi le démontre [selon le journaliste Philippe Vaillancourt, M. Labidi a déclaré à son auditoire : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec].

Vous savez, Monsieur Lacroix, que l’islam proclame être la meilleure religion, vous avez lu ce que dit la Déclaration Islamique des Droits de l’Homme :

« … la Communauté islamique (oummah), la meilleure communauté que Dieu ait créée et qui a donné à l’humanité une civilisation universelle équilibrée, alliant la vie présente à l’au-delà, et la connaissance à la foi, et réaffirmant le rôle espéré que cette communauté devrait jouer aujourd’hui pour guider l’humanité plongée dans la confusion à cause de croyances et d’idéologies différentes et antagonistes, et pour apporter des solutions aux problèmes chroniques de cette civilisation matérialiste. » (La Déclaration Islamique des Droits de l’Homme Suivie de leurs spécificités dans la Charia Islamique, https://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-internationaux/regionaux/arabe/ consulté le 18 mai 2018)

Dans le Coran (48, 28), vous avez lu, Monsieur Lacroix, que l’islam vise à devenir, doit devenir la religion dominante partout :

« C’est lui [Dieu] qui a envoyé son Prophète [Mahomet]

avec la Direction et la Religion vraie

pour la faire prévaloir sur toute autre religion. »

(Le Coran, traduction de Denise Masson, Folio Classique, tome II, p. 638)

Prétendre au Montmartre que les musulmans et les catholiques sont « très proches », c’est faire de la propagande, c’est chercher à propager l’islam, à faire accroire aux catholiques (en particulier à ceux qui, malheureusement, sont crédules ou ne connaissent pas ou très peu l’islam) qu’il n’y a presque pas de barrières à franchir pour passer du catholicisme à l’islam.

L’imam qui fait l’éloge au Québec de la charia (ou loi islamique) devant un auditoire composé principalement de catholiques ou de personnes ayant grandi dans une famille catholique, fait de la propagande (l’iman en question est celui de Lévis, M. Karim Elabed; il a prononcé son éloge le 18 mai 2017 au Patro, dans une chapelle dépouillée de son caractère sacré). [Des penseurs musulmans rejettent la charia. C’est le cas du célèbre islamologue, historien et professeur Mohamed Talbi : « Il n’y a que le Coran qui m’oblige », écrivait-il dans Penseur libre en islam (Albin Michel, 2002). « Je ne crois qu’au Coran et pas à la charia », déclarait-il à [la revue] Jeune Afrique en 2015. Le premier est l’œuvre de Dieu, la seconde n’est qu’une « production humaine » qui « n’a rien à voir avec l’islam » et dont les musulmans « doivent se délivrer », affirmait-il au Monde dès 2006. » [Le Monde, quotidien français] (https://www.lemonde.fr/afrique/article/2017/05/05/mohamed-talbi-l-eclaireur-du-coran_5123219_3212.html)

À mon avis, il est essentiel que vous disiez aux personnes qui habitent dans votre archidiocèse si l’idée du Montmartre de présenter la conférence de M. Mohamed Labidi était bonne, ou si le Montmartre a fait un faux pas.

La présente et votre réponse (si me me répondez) seront publiées au www.lepasseurdelacote.com.

L’appel téléphonique de M. Marc Pelchat, évêque auxiliaire à Québec, n’a pas répondu à ma question principale.

Je vous prie, Monsieur, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel

www.lepasseurdelacote.com

Membre de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) de 1981 à 2007. Ancien employé du Bureau de la traduction du Gouvernement du Canada. Principal artisan (bénévole) de la publication de huit numéros de la revue trimestrielle de la Société d’histoire régionale de Lévis (2006-2008). Pendant douze ans (1986-1998), principal artisan (bénévole), après les élèves, du journal de l’école primaire Saint-Dominique de Lévis en qualité de père d’élèves, puis de parent d’anciens élèves. Membre fondateur de la Société québécoise d’histoire de la pharmacie. Travailleur bénévole au Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles de 2013 à 2018. Libre d’antécédents judiciaires.

P.-S. Est-ce le Montmartre, Centre de culture et de foi qui a invité M. Mohamed Labidi ou le Centre culturel islamique de Québec à prononcer une conférence chez lui, ou est-ce M. Mohamed Labidi ou le Centre culturel islamique de Québec qui a pris l’initiative de louer une salle au Montmartre?


Lévis, le 2 octobre 2018

Monsieur Gérald Cyprien Lacroix, archevêque

Archidiocèse catholique de Québec

1073, boulevard René-Lévesque Ouest

Québec (Québec) G1S 4R5

Téléphone : 418 688-1211- Télécopieur : 418 688-1399 – Courriel : info@ecdq.org

Monsieur,

Le 10 septembre 2018, j’ai écrit au Montmartre, Centre de culture et de foi, qui est un élément de l’Église catholique de Québec, au sujet de la conférence prononcée au Montmartre le 18 mars 2018 par le président du Centre culturel islamique de Québec, M. Mohamed Labidi (mon courriel était adressé à M. Édouard Shatov). Le 12 septembre 2018, M. Marcel Poirier, supérieur provincial des Augustins de l’Assomption de l’Amérique du Nord, a accusé réception de mon courriel. Le 12 septembre 2018, j’ai demandé à M. Poirier si son accusé  de réception était la réponse du Montmartre à mon courriel? M. Poirier ne m’a pas répondu.

Vous trouverez ci-jointes les communications mentionnées ci-dessus.

Je vous demanderais de bien vouloir réagir aux courriels que j’ai envoyés à MM. Shatov et Poirier, ainsi qu’à la réponse de M. Poirier. Mon petit doigt me dit que vous ne ferez pas comme le supérieur provincial des Augustins de l’Assomption de l’Amérique du Nord : traiter ma demande comme une pub de McDo.

[…]

Être xénophobe n’est pas bien. Être islamophobe n’est pas bien. Il est bien de faire obstacle à la mauvaise foi, au mensonge, à l’hypocrisie, à la tromperie, à la dissimulation.

Je vous prie, Monsieur, d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel

Membre de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) de 1981 à 2007. Ancien employé du Bureau de la traduction du Gouvernement du Canada. Principal artisan (bénévole) de la publication de huit numéros de la revue trimestrielle de la Société d’histoire régionale de Lévis (2006-2008). Pendant douze ans (1986-1998), principal artisan (bénévole), après les élèves, du journal de l’école primaire Saint-Dominique de Lévis en qualité de père d’élèves, puis de parent d’anciens élèves. Membre fondateur de la Société québécoise d’histoire de la pharmacie. Travailleur bénévole au Tremplin Centre pour personnes immigrantes et leurs familles depuis 2013. Libre d’antécédents judiciaires.

P.-S. La présente sera publiée au www.lepasseurdelacote.com, de même que la réponse que le destinataire voudra bien lui donner.


Lévis, le 10 septembre 2018

Père Édouard Shatov

Le Montmartre, Centre de culture et de foi

1679, chemin St-Louis, Québec (Québec), G1S 1G5

culture-foi@lemontmartre.ca

Monsieur,

Auriez-vous l’amabilité de transmettre la présente à la direction du Montmartre?

Le 18 mars 2018, Monsieur Mohamed Labidi, président du Centre culturel islamique de Québec, a prononcé une conférence au Montmartre canadien. Selon le journaliste Philippe Vaillancourt, M. Labidi a dit à son auditoire : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (le pronom nous désigne ici les musulmans et les chrétiens). (http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec)

Avant d’accepter que M. Labidi s’adresse à des chrétiens et peut-être aussi à des non-chrétiens dans son enceinte, le Montmartre s’était-il assuré que M. Labidi avait les qualités requises pour traiter du sujet qu’il semble avoir choisi lui-même : la similitude, réelle ou non, entre les musulmans et les chrétiens. Pour parler d’un tel sujet, je suppose qu’il faut avoir de bonnes connaissances en théologie chrétienne et en théologie musulmane. M. Labidi en a-t-il? M. Labidi est présenté comme un homme d’affaires qui aurait été aussi fonctionnaire (on ne sait pas quel poste il occupait, quel métier il exerçait dans la fonction publique).

Dans l’auditoire de M. Labidi, y avait-il une ou plusieurs personnes en mesure de discuter de la question de la similitude, réelle ou non, entre les musulmans et les chrétiens? Ces personnes ont-elles pu interroger, dialoguer avec M. Labidi? Quelle formation avaient-elles?

Le Montmartre a-t-il écrit et publié un compte rendu de la conférence de M. Labidi?

Le Montmartre loue des salles. M. Labidi ou le Centre culturel islamique de Québec, présidé par M. Labidi, aurait-il loué une salle au Montmartre pour traiter de la similitude, réelle ou non, entre les musulmans et les chrétiens?

Je demanderais à la direction du Montmartre de lire le texte reproduit ci-dessous, que j’ai écrit et publié au http://www.lepasseurdelacote.

Je vous remercie de votre aide, M. Shatov, et vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Roger Martel, citoyen de Lévis

Membre de la Société des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ) de 1981 à 2007. Ancien employé du Bureau de la traduction du Gouvernement du Canada. Principal artisan de la publication de huit numéros de la revue trimestrielle de la Société d’histoire régionale de Lévis (2006-2008). Pendant douze ans (1986-1998), principal artisan, après les élèves, du journal de l’école primaire Saint-Dominique de Lévis en qualité de père d’élèves, puis de parent d’anciens élèves. Membre fondateur de la Société québécoise d’histoire de la pharmacie.


Réponse de M. Marcel Poirier reçue par Roger Martel le 12 septembre 2018

Monsieur Martel,

Nous accusons réception du document que vous avez envoyé au P. Édouard Shatov le 10 septembre dernier.

 Bonne journée !

 Marcel Poirier, a.a.

Montmartre

 

Réponse de Roger Martel au courriel de M. Marcel Poirier daté du 12 septembre 2018

Bonjour, Monsieur Poirier.

L’accusé  de réception du Montmartre est-il sa réponse à mon courriel?

Bonne journée.

Roger Martel

M. MARCEL POIRIER N’A PAS RÉPONDU À CE COURRIEL.


LETTRE À M. MOHAMED LABIDI, PRÉSIDENT

CENTRE CULTUREL ISLAMIQUE DE QUÉBEC

Introduction

Depuis 2017, le spectacle La Perle est présenté aux Émirats arabes unis, à Dubai. Une soixantaine d’artistes provenant de plus de vingt pays y déploient leurs talents. Chacun a son bagage culturel; un certain nombre pratiquent une religion : islam, catholicisme… d’autres sont incroyants; dans les coulisses, on parle plusieurs langues. Leur spectacle est magnifique, dit-on. Leurs différences les ont-ils empêché de le créer? Non. Ensemble, ne forment-ils pas un instrument dont la justesse est bien réglée? On nous dit que oui. Plusieurs fois par semaine, ne parviennent-ils pas à ravir les spectatrices et les spectateurs? On nous dit que oui. La grande Terre des humains, immensément riche de beautés créées par ses habitants, pourrait être une plus belle scène, vous en conviendrez; les humains pourraient y jouer un plus beau spectacle, vous en conviendrez. Ces temps-ci, je parle de religions, surtout de l’islam et du christianisme; c’est parce que je compte sur les filles, c’est parce que je compte sur les gars, comme a dit le poète Paul Fort (Si tous les gars du monde, poème).

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec), août 2018

Lévis, le 30 août 2018

Monsieur Mohamed Labidi, président

Centre culturel islamique de Québec, Québec

Monsieur,

Le 18 mars 2018, vous avez prononcé une conférence au Montmartre canadien, propriété du Diocèse catholique de Québec que dirige le cardinal Gérald Cyprien Lacroix. Vous avez dit à votre auditoire : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (le pronom nous désigne ici les musulmans et les chrétiens). (Philippe Vaillancourt, journaliste, http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec)

Je ne comprends pas, pour une, deux ou trois raisons, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches. Je ne comprends pas que vous puissiez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches quand le Centre que vous présidez affirme que Jésus n’était pas le fils de Dieu, que Jésus n’a pas été crucifié, que Jésus est monté vivant au ciel et que Judas Iscariote a été crucifié à sa place (Le Vatican en panique…, http://cciq.org/2014/05/22/le-vatican-en-panique-levangile-de-barnabe-annoncait-la-venue-de-mohammed-monotheisme-tolerant/). Avez-vous dit aux chrétiennes et aux chrétiens venus vous entendre au Montmartre canadien que le Centre que vous présidez soutient que Jésus n’était pas le fils de Dieu, que Jésus n’a pas été crucifié, que Jésus est monté vivant au ciel et que Judas Iscariote a été crucifié à sa place? Leur avez-vous dit que l’apôtre Paul est un imposteur selon la « bible » que l’on dit avoir été trouvée en Turquie et dont parle le Centre dans son texte Le Vatican en panique? Si Paul est un imposteur, l’Église abuse-t-elle autrui par des mensonges, de fausses promesses (voyez la définition du mot imposteur)?

AFFIRMER QUE JÉSUS N’A PAS ÉTÉ CRUCIFIÉ ET QU’IL EST MONTÉ VIVANT AU CIEL, DONC QU’IL N’A JAMAIS RESSUSCITÉ, CE N’EST PAS BANAL, OH QUE NON  : « LA RÉSURRECTION DU CHRIST EST AU CŒUR DE LA FOI CHRÉTIENNE. SANS RÉSURRECTION, DIT SAINT PAUL (1 CO 15, 17), LA FOI EST VAINE : RIEN DU CHRISTIANISME N’EXISTERAIT. »

(Théo, L’encyclopédie catholique pour tous, Paris, Éditions Droguet-Ardant\Fayard, dépôt légal mai 1993, imprimatur Paris le 6 février 1989, M. Vidal, vicaire épiscopal, p. 678)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Les pierres d’achoppement entre la religion musulmane et la religion catholique sont nombreuses. Qu’il s’agisse de la personne de Jésus, du dogme de La  Trinité, du concept de Révélation, de la liberté religieuse, de la prière, du statut de la femme etc. À la racine de toutes ces divergences, un rapport différent à nos « Écritures » respectives. » (Alain Feuvrier, jésuite et spécialiste de l’islam, Quelles différences entre l’islam et le christianisme? https://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Islam/Quelles-differences-entre-l-islam-et-le-christianisme, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : (François Jourdan, islamologue et théologien eudiste, est l’auteur de Islam et Christianisme, comprendre les différences de fond publié en 2015; il répond ici à cette question de la journaliste Eléonore de Vulpillières : « Une fois que le concile Vatican II a « ouvert les portes de l’altérité et du dialogue », écrivez-vous « on s’est installé dans le dialogue superficiel, le dialogue de salon, faussement consensuel ». Comment se manifeste ce consensualisme sur l’islam? ») (Réponse  de F. Jourdan 🙂 « Par l’ignorance, ou par les connaissances vues de loin et à bon compte: c’est la facilité. Alors on fait accréditer que l’islam est « abrahamique », que « nous avons la même foi », que nous sommes les religions « du Livre », et que nous avons le « même » Dieu, que l’on peut prier avec les « mêmes » mots, que le chrétien lui aussi doit reconnaître que Muhammad est « prophète » et au sens fort « comme les prophètes bibliques » et que le Coran est « révélé » pour lui au sens fort « comme la Bible » alors qu’il [le Coran] fait pourtant tomber 4/5e de la doctrine chrétienne… Et nous nous découvrons, par ce forcing déshonnête, que « nous avons beaucoup de points communs »! C’est indéfendable. » (Islam et christianisme : les impasses du dialogue interreligieux, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/01/22/31004-20160122ARTFIG00344-islam-et-christianisme-les-impasses-du-dialogue-interreligieux.php, 22/01/2016)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « la charia est coranique, et l’islam doit supplanter toutes les autres religions (Coran 48,28; 3,19.85; et 2,286 récité dans les jardins du Vatican devant le Pape François et Shimon Pérès en juin 2014). D’ailleurs Boumédienne (président de l’Algérie (1932-1978), « il instaure un régime militaire qui provoque une opposition interne, réduite au silence (1967-1968) », écrit Larousse,) Kadhafi (Homme d’État libyen, 1942-2011) et Erdogan (homme d’état turc né en 1954), l’ont déclaré sans ambages ». (François Jourdan, islamologue et théologien eudiste, cité par la journaliste Eléonore de Vulpillières, http://www.lefigaro.fr/vox/religion/2016/01/22/31004-20160122ARTFIG00344-islam-et-christianisme-les-impasses-du-dialogue-interreligieux.ph,p, 22/01/2016)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « L’un des plus douloureux malentendus concerne […] la personne de Jésus. Musulmans et chrétiens le revendiquent. Mais peut-on affirmer qu’il s’agit de la même personne ? En islam, Jésus (Aïssa) est l’un des nombreux prophètes musulmans envoyés par Dieu pour rappeler le pacte primordial entre Dieu et sa création. À l’instar des nombreux prophètes musulmans des temps passés (Adam, Abraham, Noé, Moïse etc.), Jésus (Aïssa) est lui aussi un grand prophète musulman, mais juste en dessous de Mohammed. Comme ce dernier, Jésus est prophète-envoyé : il a apporté un livre, l’Évangile (al-Indjîl), dont les chrétiens se réclament, mais qu’ils ont falsifié ; cette terrible accusation induit que, pour connaître l’authentique figure de Jésus, on doit recourir au Coran, seule révélation crédible. » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Enfin, le malentendu est redoublé puisque le Coran est, pour tout musulman, l’ultime Écriture donnée à Mohammed, sceau de toute prophétie. Or, il est impossible aux chrétiens de reconnaître Mohammed comme prophète, ni même comme l’exemple de toute fidélité à Dieu. Tout au plus peuvent-ils le voir comme un personnage des premiers âges de l’Ancien Testament, avant que la parole de Dieu n’ait policé les mœurs. Sur ce point, la distance entre chrétiens et musulmans est immense. Quant à Jésus, il est, entre chrétiens et musulmans, à la fois un lien très fort et « comme une pomme de discorde », écrit le penseur musulman Mohammed Talbi, qui poursuit : « L’islam le revendique et le glorifie. Mais, de ce fait, corollaire inévitable, Jésus est aussi un point focal des divergences qui opposent chrétiens et musulmans. Honnêtement, reconnaissons que nos divergences sont insurmontables. » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « De cette relation radicalement (au sens de « racine ») différente à leurs Écritures respectives découle, entre chrétiens et musulmans, le malentendu concernant le dogme chrétien de la Trinité. […] Ne nous arrêtons pas aux polémiques, bien présentes dans le Coran, concernant la « triade » chrétienne (un dieu « père », un dieu « fils » et Marie) (Coran 5, 116). Force est de constater que c’est là un point d’achoppement majeur. Les musulmans s’estiment en effet les seuls monothéistes authentiques. Puisque le Coran interdit formellement d’« associer » à Dieu d’autres dieux, les chrétiens sont taxés, en toute bonne foi, de polythéistes. Et le polythéisme est, en islam, le seul péché impardonnable ! » (Alain Feuvrier, 13 janvier 2015)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Pour les musulmans : Dieu ne peut pas être un en trois personnes (mystère chrétien de la Trinité). Par conséquent, Jésus ne peut pas être Dieu (mystère chrétien de l’Incarnation). Mais il est Verbe de Dieu, né de la Vierge Marie, Messie. Il n’est pas mort, on lui a substitué un sosie, il reviendra à la fin des temps. Dès lors, pas de salut en Jésus-Christ (mystère chrétien de la Rédemption); la notion de faute universelle et donc de Rédemption est d’ailleurs étrangère à l’islam; chacun sera jugé par Dieu selon ses oeuvres. Le Coran est l’expression définitive de la Révélation, la « récapitulation » et le « sceau » de toute prophétie; la Torah de Moïse  et l’Évangile de Jésus ne sont que l’expression de Révélations partielles, par surcroît déformées par les juifs et les chrétiens. » (Théo, L’Encyclopédie catholique pour tous, Paris, Éditions Droguet/Ardant, © 1992, Imprimatur Paris le 6 février 1989, p. 142)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches. Je ne comprends pas parce « c’est […] avec la chrétienté latine, sous l’égide de Rome, que l’islam aura eu ses démêlés les plus durs et, hélas, les plus sanglants. » (Youakim Moubarac, Islam et arabité. Le dialogue islamo-chrétien. Les questions que le catholicisme se pose au sujet de l’islam*, http://youakimmoubarac.org/textes/12_-_YM_-_Les_questions_que_le_catholicisme_se_pose_au_sujet_de_l%27islam%5B,%20dossier%20h,%20p%20221.pdf – Y. Moubarac était un prêtre maronite libanais; il a écrit Les Musulmans : consultation islamo-chrétienne, paru en 1971)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « L’islam peut être […] considéré comme la plus grande tourmente qui se soit jamais abattue sur l’histoire de l’Église. » (Youakim Moubarac, La Pentalogie islamo-chrétienne, T. III, L’islam et le dialogue islamo-chrétien, Beyrouth, Cénacle libanais, 1972-73)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Nigeria : montée des tensions entre chrétiens et musulmans. Après des attentats qui ont visé les chrétiens le soir de Noël et qui ont fait 50 morts, les tensions au Nigeria entre chrétiens et musulmans semblent plus fortes que jamais. En ce mardi 3 janvier, les islamistes de la secte Boko Haram viennent d’ailleurs de poser un ultimatum aux chrétiens du nord du pays. Analyse de la situation avec Daniel Bach, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Nigeria.

Que se passe-t-il entre chrétiens et musulmans aujourd’hui au Nigeria ?

Les sources de conflits potentiels entre chrétiens et musulmans ont toujours été nombreuses au Nigeria, qu’il s’agisse des débats autour du champ d’application de la loi islamique (sharia), de la création de nouveaux Etats ou du statut des populations dites ‘non indigènes’. (propos recueillis par Matthieu Mégevand – publié le 03/01/2012, http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/nigeria-montee-des-tensions-entre-chretiens-et-musulmans-03-01-2012-2159_118.php)

Je ne comprends pas comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches parce que : « Chrétiens en terre d’Islam : l’impossible cohabitation ? Flambées de violence au Nigeria, expulsions au Maroc, fusillades en Égypte, exode en Irak… Les conflits interreligieux et les persécutions contre les minorités chrétiennes se multiplient dans les pays musulmans. Enquête sur un phénomène planétaire inquiétant. (Elise Collette, revue Jeune Afrique, http://www.jeuneafrique.com/197831/societe/chr-tiens-en-terre-d-islam-l-impossible-cohabitation/, 30 mars 2010)

Je ne comprends pas, Monsieur Labidi, comment vous pouvez affirmer que les musulmans et les chrétiens sont très proches, je ne comprends pas parce que :  « Les relations entre les chrétiens et les juifs d’un côté, les musulmans de l’autre, traversent au Moyen Orient une phase critique et décisive. Critique parce que les tensions semblent s’intensifier. Les attaques meurtrières sont de plus en plus violentes, elles sont perpétrées au nom même d’une appartenance religieuse. Critique, mais aussi décisive en raison de la présence des chrétiens de plus en plus timide. Timide à cause des vexations et des dangers au quotidien. Timide également et surtout suite à la diminution numérique notable dans plusieurs pays. Dès qu’ils peuvent, les chrétiens quittent leur pays natal, pour trouver refuge dans des lieux plus sûrs, au moins sur le plan sécuritaire. C’est un des constats majeurs du synode spécial pour les chrétiens d’Orient qui souligne avec force cette réalité. » (Michel Younès, maître de conférences à l’université catholique de Lyon, Présence Mariste, N° 267, avril 2011,

http://www.presence-mariste.fr/Les-relations-des-chretiens-avec-les-Juifs-et-les-musulmans.html)

Les musulmans et les chrétiens ne sont pas très proches les uns des autres; on vient de le voir. Les musulmans eux-mêmes ne sont pas très proches les uns des autres. « Les musulmans sont divisés, en fait très divisés, écrit Jean Daniel (essayiste et créateur du magazine d’actualité Le Nouvel Observateur). On ne voit pas, a priori, comment, depuis leur sein, surgirait l’imagination d’une grande réforme qui entraînerait une fraternité réelle. En fait, comme il s’agit de ce fameux « vivre ensemble » à partager entre chrétiens, juifs et musulmans, la question ne peut échapper aux querelles théologales : dans quelle mesure les croyants des trois religions monothéistes pourraient-ils conclure des accords sans aggraver leurs propres désaccords ? C’est là un obstacle majeur, car mille difficultés peuvent surgir dès qu’il s’agit de sexe, d’héritage, ou de projets matrimoniaux. »  (Jean Daniel, A propos du débat avec l’islam : il faut savoir vivre ensemble, https://www.nouvelobs.com/edito/20180424.OBS5681/a-propos-du-debat-avec-l-islam-il-faut-savoir-vivre-ensemble.html, 25 avril 2018)

DERNIERS MOTS

Les musulmans refusent une religion réduite au for intérieur, ils refusent l’affirmation des droits de l’homme au détriment des droits de Dieu

« Ainsi ce qui distingue et oppose Christianisme et Islam, c’est d’abord l’affirmation de l’unicité divine et le refus de la divinité du Christ; le christianisme est sapé à sa base. C’est ensuite le refus des évolutions anthropologiques survenues en Occident, tant le refus d’une religion réduite au for intérieur, inimaginable en Islam, que le refus de l’humanisme. Ce qu’accepte l’Islam, c’est « une Déclaration de l’Homme musulman » d’après le Coran, mais certainement pas une Déclaration des Droits de l’homme à l’occidentale. De plus, dans le cas de l’Islam laïcité et sécularisation ne peuvent s’envisager sous la forme qu’elles ont revêtues contre l’Eglise catholique : l’Islam n’a pas de clergé sur lequel agir en le réduisant à des fonctions sans écho réel dans la société civile. Et s’il peut s’envisager des liens entre Christianisme et Islam, c’est peut-être, ou certainement, dans la direction de la spiritualité qu’on peut les établir – à condition que l’on n’insiste pas d’abord sur la spécificité de la mystique chrétienne. Ces diverses formes d’opposition entre les deux religions ne sont pas près d’être surmontées. »

(Bernard Chédozeau, Formes successives des conflits théologiques entre christianisme et islam, Académie des sciences et lettres de Montpellier, Séance du 21/06/2004, Conférence n° 3871. – Bernard Chédozeau est professeur d’université, agrégé de lettres, docteur ès lettres; il est l’auteur de La Bible et la liturgie en français : l’Eglise tridentine et les traductions bibliques et liturgiques, 1600-1789, Paris, Éditions du Cerf, 1990, 296 p.)

Les musulmans refusent une religion réduite au for intérieur, ils refusent l’affirmation des droits de l’homme au détriment des droits de Dieu. Cette situation présentera-t-elle un jour une issue favorable? Que répondez-vous, Monsieur Labidi?

Veuillez, Monsieur, agréer mes salutations distinguées.

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

FIN

Soirée d’échanges entre musulmans et non musulmans, ou propagande religieuse, à Lévis (Québec).

Lévis, le 14 novembre 2019

Monsieur Elhadjid Mamadou Diarra, président, Conseil d’administration

Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

52, côte du Passage, Lévis

Monsieur,

En 2017, vous avez organisé avec la Mosquée de Lévis et son imam, M. Karim Elabed, une activité publique appelée « soirée d’échanges ». Le but de cette soirée, avez-vous affirmé, était de démystifier l’islam, c’est-à-dire de le montrer tel qu’il est.

La soirée a eu lieu au Patro de Lévis le 17 ou le 18 mai 2017; j’étais présent, bien accompagné. Les conférenciers chargés de démystifier l’islam étaient l’imam Karim Elabed et une femme convertie à l’islam (Mme Marie-Josée Coulombe, porte-parole de la communauté musulmane de Québec, selon Le Tremplin), deux personnes très attachées à la confession musulmane, on le devine. Était également présente Mme Isabelle Potvin (probablement une croyante musulmane) dont le Tremplin a publié un « témoignage » dans son site web.

Voici un extrait du texte de Mme Potvin, qui parle des musulmans / musulmanes et des Québécoises / Québécois non-musulmans :

« Mais il n’y a pas que nos goûts culinaires qui se rejoignent. Nous sommes similaires à plusieurs niveaux, bien plus que nous le croyons! Lors de discussions avec l’Imam, celui-ci nous a confié que le Canada était un pays où les valeurs musulmanes étaient vraiment incarnées, de façon très concrète : la compassion, l’entraide, la solidarité, la tolérance, la fraternité, la paix, la justice, la liberté, etc. Nous avons alors pris conscience que les valeurs profondes qui sont prônées par les religions catholiques et musulmanes se ressemblent beaucoup! »

(On trouve le texte de Mme Potvin au http://www.letremplinlevis.com/actualite-le-tremplin/evenements/soiree-d-echange-avec-la-communaute-musulmane-beau-temoignage-d-une-participante?highlight=WyJwb3R2aW4iXQ)

Le soussigné peut-il vous poser des questions, Monsieur Diarra, et vous demander de les transmettre à Mme Potvin?

La TOLÉRANCE est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que les homosexuels soient persécutés dans des pays musulmans, et que l’Arabie saoudite interdise la construction d’églises, et que dans un tableau récent dans lequel sont énumérés les pays où les chrétiens sont persécutés dans le monde, neuf des dix plus grands persécuteurs sont des pays musulmans? Comment expliquez-vous que le Coran pousse à l’intolérance religieuse, ici :  « Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants » (III, 85, traduction de l’islamologue Denise Masson), et ici : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier, ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite; ceux qui, parmi les gens du Livre [croyants du judaïsme et du christianisme], ne pratiquent pas la vraie Religion »; (IX, 29, traduction de D. Masson)?

La PAIX est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que les membres des deux plus importantes branches de l’islam, les sunnites et les chiites, s’entretuent depuis le septième siècle (des musulmans qui s’entretuent…)? Comment expliquez-vous qu’à l’heure où vous me lisez les sunnites et les chiites s’affrontent au Yémen, armes aux poings? Comment expliquez-vous que l’islam, pour s’étendre, a mené de très nombreuses luttes armées aux 7e et 8e siècles, et après : « [] entre 632 et le milieu du VIIIe siècle, les musulmans s’emparèrent, du côté de la Méditerranée, de la Syrie et de l’Égypte byzantine, de la Tripolitaine, du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc actuels), de l’Espagne wisigothe (d’où ils pénétrèrent en Gaule […]). Au nord et à l’est, ils soumirent la Mésopotamie (Irak), l’Arménie, la Perse (Iran), le Turkestan (à l’est de la mer Caspienne); ils atteignirent même la Chine. Par la suite, l’Islam s’installe aussi dans une partie de l’Inde et en Malaisie, tandis qu’en Europe les Arabes menaçaient de leurs raids l’Italie et la Gaule. » (Jean Monnier et Marcel Pacaut, Histoire. Rome – Le Moyen Age jusqu’au XIVe siècle, Paris, Fernand Nathan, ©1954, p. 180-181. Jean Monnier était inspecteur général  d’histoire; Marcel Pacaut enseignait à la Faculté des Lettres de Lyon.) Je rappelle aussi qu’après la mort de Mahomet, « Les conflits sanglants, qui ont […] opposé les partisans de ‘Alî à ceux qui contestaient son autorité, continuent à traumatiser la conscience des musulmans. On les évoque encore sous le nom de « la grande discorde » ( al-fitna al-kubrâ) : des compagnons du prophète, « promis au paradis » et donnés comme modèle à suivre, se sont entretués, dressant les musulmans les uns contre les autres dans une guerre fratricide plus sanglante que toutes les guerres menées jusqu’alors contre des non musulmans ! La « grande discorde » marque, de façon tragique, la fin du Califat de Médine. Elle a débouché sur l’institution de la violence comme mode quasi exclusif de l’accès au pouvoir d’une dynastie, ou d’un autocrate. La violence devient le moyen principal d’exercer le pouvoir et de s’y maintenir pour ne le quitter que mort ou chassé par une action violente » (Mohamed Chérif Ferjani, Islam, paix et violence, in Revue Projet 2004/4, https://www.cairn.info/revue-projet-2004-4-page-47.htm).

[« Né en 1951, en Tunisie, Mohamed-Chérif Ferjani est professeur à l’Université Lyon-II. Auteur de travaux concernant l’islam et le monde arabe, il a notamment publié Les Voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques (CRDP de Franche-Comté / Éditions du Cerf, 1996), Islamisme, laïcité et droits de l’homme (L’Harmattan, 1992) et Le Politique et le religieux dans le champ islamique (Fayard, 2005).]

La JUSTICE est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous qu’en Iran les autorités jettent en prison les musulmanes qui manifestent pacifiquement contre le port du voile? Comment expliquez-vous que la justice musulmane puisse être inhumaine au point de punir le voleur de l’amputation de l’une de ses mains, au point de tuer à coups de pierres la femme adultère? Dites-nous si c’est agir d’une manière conforme à la justice que d’ordonner aux musulmans de tuer les chrétiens et les juifs (c’est écrit, dans le Coran, de les tuer) et d’autoriser les hommes musulmans à battre leur femme quand elle n’accepte pas d’obéir, de se soumettre (l’autorisation est donnée dans le Coran)?

La COMPASSION est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. (Note : Selon la Charte de la compassion, le précepte de compassion implique « de s’abstenir d’infliger de la souffrance à autrui, en tout temps et en toutes circonstances, que ce soit dans la sphère publique ou privée » (http://agora.qc.ca/dossiers/La_Charte_de_la_compassion). Y-a-t-il de la compassion dans ce verset du Coran : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’en faire un grand carnage. Et serrez les entraves [chaînes ou liens] des captifs que vous aurez faits » (Coran 47, 4). Le musulman fait-il preuve de compassion quand il punit le vol à main armée ou le meurtre par décapitation par sabre (« Trois Iraniens, condamnés en Arabie saoudite pour trafic de drogue, ont été décapités au sabre à Damman ce dimanche », a écrit le quotidien Le Parisien le 8 novembre 2015), quand il oblige les enfants à apprendre le Coran par cœur, quand il persécute des chrétiens? Y-a-t-il de la compassion dans ces paroles du Coran : « La Géhenne [enfer représenté comme un feu éternel] aux aguets sera un refuge pour les rebelles. Ils y demeureront des siècles sans goûter ni fraîcheur, ni boisson – à part une eau bouillante et une boisson fétide – Ce sera une rétribution équitable [] Goûtez donc! Nous n’augmenterons, à votre intention, que le châtiment. » (Coran LXXVIII, 21-30; traduction de l’islamologue Denise Masson)

La LIBERTÉ est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que l’islam interdise aux musulmanes d’épouser une personne d’une autre religion que la leur? Comment expliquez-vous que l’on condamne à mort, en terres d’islam, les croyants musulmans qui abandonnent leur religion [en 2014, en Mauritanie, un musulman âgé de 30 ans, a été reconnu coupable d’apostasie et condamné à mort (https://www.france24.com/fr/20141225-mauritanie-musulman-condamne-a-mort-apostasie-islam-justice]? Comment expliquez-vous que « L’esclavage en terres d’Islam apparaît […] comme un fait important, qui toucha pendant des siècles des millions d’hommes et de femmes et brassa une très grande quantité d’argent » [Tatiana Pignon, L’Esclavage en terres d’islam (viie-xvie siècles), Revue Les Clés du Moyen-Orient, 26/12/2014, https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-esclavage-en-terres-d-Islam-VIIe-XVIe-siecles)? Comment expliquez-vous que l’islam interdise aux musulmanes et aux musulmans de changer de religion e-prophete-peine-capitale-mohamed-cheikh-ould-mohamed)]? Il vaut la peine de dire un mot de la liberté de la presse : « De nombreux pays musulmans occupent les dernières places du classement mondial de la liberté de la presse établi par « Reporters sans frontières ». [] Dans de nombreux pays musulmans, les journalistes doivent systématiquement faire face à des menaces et sont exposés à des représailles. » (Human Rights Watch, https://www.humanrights.ch/fr/dossiers-droits-humains/islam/tensions/liberte-expression/

Les lignes précédentes démontrent que le texte de Mme Isabelle Potvin est trompeur; pourquoi, Monsieur Diarra, votre Tremplin l’a-t-il publié?

Il est bon que je mentionne ici que le 18 mars 2018 M. Mohamed Labidi (alors président du Centre culturel islamique de Québec) a prononcé une conférence dans un lieu appartenant à l’Église catholique de Québec, le Montmartre, une conférence destinée en particulier, selon le conférencier lui-même, à démontrer que les croyants musulmans et les catholiques sont « très proches [selon le journaliste Philippe Vaillancourt, M. Labidi a déclaré à son auditoire majoritairement catholique : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec]. La conférence de M. Labidi a été trompeuse : les croyants musulmans et les catholiques ne sont pas « très proches » (je pense l’avoir prouvé au https://lepasseurdelacote.com/?s=Labidi).

Quel objectif visaient Mme Isabelle Potvin en écrivant dans le site web du Tremplin : « les valeurs profondes qui sont prônées par les religions catholiques et musulmanes se ressemblent beaucoup », et M. Mohamed Labidi en affirmant que les croyants musulmans et les catholiques sont « très proches »? Quand on veut vivre en harmonie avec ses voisins, on ne cherche pas à les induire en erreur.

POUR TERMINER, DES PAROLES SUR LA CHARIA :

Extraits du texte La charia est-elle compatible avec les droits de l’homme ? https://eclj.org/religious-freedom/pace/la-charia-est-elle-compatible-avec-les-droits-de-lhomme-?lng=fr)

(L’ECLJ est titulaire du statut consultatif spécial auprès des Nations Unies / ECOSOC depuis 2007. L’ECLJ agit dans les domaines judiciaires, législatifs et culturels et défend en particulier le droit à la liberté religieuse, la vie et la dignité des personnes devant la Cour européenne des droits de l’homme et à travers les autres mécanismes offerts par les Nations-Unies, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.)

a) « Certains principes énoncés dans la loi islamique [charia] contreviennent aux principes ayant qualité de droits de l’homme, au premier rang desquels la liberté religieuse. Selon la charia, un musulman n’a pas le droit de quitter sa religion pour une autre ou pour l’athéisme. Il s’agit d’un acte d’apostasie qui engendre sa mort civile (ouverture de sa succession) et qui mérite la peine de mort. »

b) La charia est « une justice islamique contraire à la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Extrait du livre Le Retour turbulent de Dieu. Politique, religion et laïcité, auteur : Sami Aoun *, Médiaspaul, © 2011, p. 109-111

« … les conflits entre l’interprétation de la charia et les droits de l’homme sont multiples. La charia n’a pas permis d’abolir carrément et expressément l’esclavage, même si ses règles font de la libération d’un esclave converti un acte méritoire et récompensé. Les châtiments corporels (hudûd) vont à l’encontre des droits de l’homme, mais sont prescrits explicitement par la charia.

[…]

« La liberté de culte est également problématique dans ce contexte. En effet, le verset coranique édictant qu’il n’y a point de contrainte dans la religion ne peut pas faire oublier d’autres prescriptions coraniques discriminantes envers ceux considérés comme apostats, tel : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’en faire un grand carnage. Et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits. » (Coran 47 : 4). Il en va de même de la situation de la femme qui comprend la légitimité religieuse du port du voile. Ce dernier est sujet de débat jusqu’à aujourd’hui entre une mouvance majoritaire soucieuse de préserver le voile de la femme comme un ordre divin, et une autre, religieuse aussi, mais dissidente, qui le rejette expressément. La polygamie perçue comme une injustice par la Déclaration des droits de l’homme de 1948, reste une pratique sauvegardée par les dispositions de la charia et perpétuée par le droit interne des pays de l’espace musulman. La même perception s’applique à la procédure du divorce par l’homme et la demande du divorce par la femme, ainsi qu’à la question de l’héritage où la charia a institué un droit de la femme à hériter la moitié de la part du garçon.

« En conclusion, il faut noter que les sujets de controverse, aussi bien du côté chrétien que du côté musulman, constituent un blocage sérieux pour le dialogue islamo-chrétien, qui exige de respecter la liberté de conscience de l’interlocuteur. Ce dialogue est appelé à englober les droits de l’homme, seul garant du « vivre ensemble ».

* Politologue, spécialiste du Moyen-Orient, Sami Aoun est professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke (Québec). Il a écrit : Aujourd’hui l’Islam Fractures, intégrisme et modernité;  L’Islam entre tradition et modernité; Mots-clés de l’islam; etc.

Extrait de l’article « La version locale de la charia islamique légalise, légitime et sacralise l’esclavage », Le Point, 28.12.2017, https://lesobservateurs.ch/2017/12/28/islam-mauritanie-la-version-locale-de-la-charia-islamique-legalise-legitime-et-sacralise-lesclavage/

 En 2017 et en 2018, qui commence, environ 20 % des Noirs mauritaniens sont possédés par des citoyens mauritaniens arabo-berbères, le plus légalement du monde. La version locale de la charia islamique légalise, légitime et sacralise cette pratique.

[…]

La loi fondamentale sacralise ainsi un code négrier, dont les visées esclavagistes dénient, de facto, l’égalité entre les races noire et blanche et autorise des musulmans à réduire en esclavage d’autres musulmans. »

Extrait du livre Chair et charia, auteure : Shereen El FekiL, http://www.revuedesdeuxmondes.fr/article-revue/chair-et-charia/, juin 215

chaque jour, hélas, apporte son nouveau lot d’intolérances et de répressions sexuelles dans le monde musulman.

Extrait du texte L’État et la religion sur la scène internationale, auteure : Anne Saris,

publié dans le livre Les religions sur la scène mondiale sous la direction de : Solange Lefebvre, Robert Crépeau, Québec, Presses de l’Université Laval, © 2010, p. 39-57. Mme Saris est professeure au Département des sciences juridiques, Université du Québec à Montréal.

la Déclaration islamique universelle sur les droits de l’homme prise par la Ligue arabe en 1981 (dont les articles 12 et13 posent le droit à la liberté de religion dans les limites de la shari’a [charia].

Extrait de l’article Entretien avec Malek Chebel, auteure : Léna Mauger, Revue des deux mondes, http://www.revue21.fr/zoom_sur/entretien-avec-malek-chebel

[C’est Malek Chebel, islamologue et auteur de nombreux livres, y compris une traduction en français du Coran, qui parle.]

Des prédicateurs affirment aujourd’hui qu’une femme non voilée n’est pas un être humain, mais une exhibitionniste, voire une hystérique. Soyons sérieux ! S’il faut voiler la femme pour en faire une musulmane, que faire des millions de femmes dévoilées pendant quatorze siècles ? Étaient-elles de mauvaises musulmanes ? Et les -Asiatiques non voilées, et les Africaines non -voilées, sont-elles encore musulmanes ? Je défends un islam du cœur, pas un islam du fichu.

Extrait de Faut-il avoir peur de la charia ? http://www.europe1.fr/international/faut-il-avoir-peur-de-la-charia-78681,9, 26 octobre 2011

« Au nom de la charia, l’Afghanistan tolère encore la lapidation des femmes adultères. »

Si vous pensez, Monsieur Diarra, ne pas avoir commis une faute en organisant, avec la Mosquée de Lévis et son imam (M. Karim Elabed), la « soirée d’échanges » de mai 2017, soirée de propagande en faveur d’une religion, l’islam, à laquelle vous appartenez, à laquelle appartient une musulmane qui était membre du conseil d’administration du Tremplin à l’époque où la « soirée d’échanges » a été organisée (j’ignore si cette personne, Mme Nawel Bahria, a voté en faveur de l’organisation de ladite soirée) (j’ignore si le conseil d’administration comptait d’autres personnes de religion musulmane dans ses rangs, en 2017), si vous pensez pas, Monsieur Diarra, ne pas avoir commis une faute en organisant, avec la Mosquée de Lévis et son imam (M. Karim Elabed), la « soirée d’échanges » de mai 2017, essayez de me convaincre que vous avez raison.

J’attends votre réponse avec impatience, Monsieur Diarra; je lirai celle de Mme Isabelle Potvin avec intérêt.

Je publierai la présente et votre réponse (ainsi que celle de Mme Isabelle Potvin) au www.lepasseurdelacote.com.

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

P.-S. Pour organiser et présenter la « soirée d’échanges » de mai 2017, le Tremplin a utilisé des fonds publics, de l’argent des citoyens du Québec et du reste du Canada, et de l’argent des citoyens de la Ville de Lévis. Cet argent n’avait pas été remis au Tremplin pour qu’il fasse de la propagande religieuse en faveur d’une religion.

Soirée dite d’échanges entre musulmans et non musulmans à Lévis (Québec).

Lévis, le 14 novembre 2019

Monsieur Guillaume Boivin, directeur ou coordonnateur

Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

52, côte du Passage, Lévis (Québec)

Monsieur,

En 2017, vous avez organisé avec la Mosquée de Lévis et son imam, M. Karim Elabed, une activité publique appelée « soirée d’échanges ». Le but de cette soirée, avez-vous affirmé, était de démystifier l’islam, c’est-à-dire de le montrer tel qu’il est.

La soirée a eu lieu au Patro de Lévis le 17 ou le 18 mai 2017; j’étais présent, bien accompagné. Les conférenciers chargés de démystifier l’islam étaient l’imam Karim Elabed et une femme convertie à l’islam (Mme Marie-Josée Coulombe, porte-parole de la communauté musulmane de Québec, selon le Tremplin), deux personnes très attachées à la confession musulmane, on le devine. Était également présente Mme Isabelle Potvin (probablement une croyante musulmane) dont le Tremplin a publié un « témoignage » dans son site web.

Voici un extrait du texte de Mme Potvin, qui parle des musulmans / musulmanes et des Québécoises / Québécois non-musulmans :

« Mais il n’y a pas que nos goûts culinaires qui se rejoignent. Nous sommes similaires à plusieurs niveaux, bien plus que nous le croyons! Lors de discussions avec l’Imam, celui-ci nous a confié que le Canada était un pays où les valeurs musulmanes étaient vraiment incarnées, de façon très concrète : la compassion, l’entraide, la solidarité, la tolérance, la fraternité, la paix, la justice, la liberté, etc. Nous avons alors pris conscience que les valeurs profondes qui sont prônées par les religions catholiques et musulmanes se ressemblent beaucoup! »

(On trouve le texte de Mme Potvin au http://www.letremplinlevis.com/actualite-le-tremplin/evenements/soiree-d-echange-avec-la-communaute-musulmane-beau-temoignage-d-une-participante?highlight=WyJwb3R2aW4iXQ)

Le soussigné peut-il vous poser des questions, Monsieur Boivin, et vous demander de les transmettre à Mme Potvin?

La TOLÉRANCE est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que les homosexuels soient persécutés dans des pays musulmans, et que l’Arabie saoudite (environ 37 millions de musulmans) interdise la construction d’églises, et que dans un tableau récent dans lequel sont énumérés les pays où les chrétiens sont persécutés dans le monde, neuf des dix plus grands persécuteurs sont des pays musulmans? Comment expliquez-vous que le Coran pousse à l’intolérance religieuse, ici :  « Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants » (III, 85, traduction de l’islamologue Denise Masson), et ici : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier, ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite; ceux qui, parmi les gens du Livre [croyants du judaïsme et du christianisme], ne pratiquent pas la vraie Religion »; (IX, 29, traduction de D. Masson)?

La PAIX est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que les membres des deux plus importantes branches de l’islam, les sunnites et les chiites, s’entretuent depuis le septième siècle (des musulmans qui s’entretuent…)? Comment expliquez-vous qu’à l’heure où vous me lisez les sunnites et les chiites s’affrontent au Yémen, armes aux poings? Comment expliquez-vous que l’islam, pour s’étendre, a mené de très nombreuses luttes armées aux 7e et 8e siècles, et après : « [] entre 632 et le milieu du VIIIe siècle, les musulmans s’emparèrent, du côté de la Méditerranée, de la Syrie et de l’Égypte byzantine, de la Tripolitaine, du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc actuels), de l’Espagne wisigothe (d’où ils pénétrèrent en Gaule […]). Au nord et à l’est, ils soumirent la Mésopotamie (Irak), l’Arménie, la Perse (Iran), le Turkestan (à l’est de la mer Caspienne); ils atteignirent même la Chine. Par la suite, l’Islam s’installe aussi dans une partie de l’Inde et en Malaisie, tandis qu’en Europe les Arabes menaçaient de leurs raids l’Italie et la Gaule. » (Jean Monnier et Marcel Pacaut, Histoire. Rome – Le Moyen Age jusqu’au XIVe siècle, Paris, Fernand Nathan, ©1954, p. 180-181. Jean Monnier était inspecteur général  d’histoire; Marcel Pacaut enseignait à la Faculté des Lettres de Lyon.) Je rappelle aussi qu’après la mort de Mahomet, « Les conflits sanglants, qui ont […] opposé les partisans de ‘Alî à ceux qui contestaient son autorité, continuent à traumatiser la conscience des musulmans. On les évoque encore sous le nom de « la grande discorde » ( al-fitna al-kubrâ) : des compagnons du prophète, « promis au paradis » et donnés comme modèle à suivre, se sont entretués, dressant les musulmans les uns contre les autres dans une guerre fratricide plus sanglante que toutes les guerres menées jusqu’alors contre des non musulmans ! La « grande discorde » marque, de façon tragique, la fin du Califat de Médine. Elle a débouché sur l’institution de la violence comme mode quasi exclusif de l’accès au pouvoir d’une dynastie, ou d’un autocrate. La violence devient le moyen principal d’exercer le pouvoir et de s’y maintenir pour ne le quitter que mort ou chassé par une action violente » (Mohamed Chérif Ferjani, Islam, paix et violence, in Revue Projet 2004/4, https://www.cairn.info/revue-projet-2004-4-page-47.htm).

[« Né en 1951, en Tunisie, Mohamed-Chérif Ferjani est professeur à l’Université Lyon-II. Auteur de travaux concernant l’islam et le monde arabe, il a notamment publié Les Voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques (CRDP de Franche-Comté / Éditions du Cerf, 1996), Islamisme, laïcité et droits de l’homme (L’Harmattan, 1992) et Le Politique et le religieux dans le champ islamique (Fayard, 2005).]

La JUSTICE est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous qu’en Iran les autorités jettent en prison les musulmanes qui manifestent pacifiquement contre le port du voile? Comment expliquez-vous que la justice musulmane puisse être inhumaine au point de punir le voleur de l’amputation de l’une de ses mains, au point de tuer à coups de pierres la femme adultère? Dites-nous si c’est agir d’une manière conforme à la justice que d’ordonner aux musulmans de tuer les chrétiens et les juifs (c’est écrit, dans le Coran, de les tuer) et d’autoriser les hommes musulmans à battre leur femme quand elle n’accepte pas d’obéir, de se soumettre (l’autorisation est donnée dans le Coran)?

La COMPASSION est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. (Note : Selon la Charte de la compassion, le précepte de compassion implique « de s’abstenir d’infliger de la souffrance à autrui, en tout temps et en toutes circonstances, que ce soit dans la sphère publique ou privée » (http://agora.qc.ca/dossiers/La_Charte_de_la_compassion). Y-a-t-il de la compassion dans ce verset du Coran : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’en faire un grand carnage. Et serrez les entraves [chaînes ou liens] des captifs que vous aurez faits » (Coran 47, 4). Le musulman fait-il preuve de compassion quand il punit le vol à main armée ou le meurtre par décapitation par sabre (« Trois Iraniens, condamnés en Arabie saoudite pour trafic de drogue, ont été décapités au sabre à Damman ce dimanche », a écrit le quotidien Le Parisien le 8 novembre 2015), quand il oblige les enfants à apprendre le Coran par cœur, quand il persécute des chrétiens? Y-a-t-il de la compassion dans ces paroles du Coran : « La Géhenne [enfer représenté comme un feu éternel] aux aguets sera un refuge pour les rebelles. Ils y demeureront des siècles sans goûter ni fraîcheur, ni boisson – à part une eau bouillante et une boisson fétide – Ce sera une rétribution équitable [] Goûtez donc! Nous n’augmenterons, à votre intention, que le châtiment. » (Coran LXXVIII, 21-30; traduction de l’islamologue Denise Masson)

La LIBERTÉ est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que l’islam interdise aux musulmanes d’épouser une personne d’une autre religion que la leur? Comment expliquez-vous que l’on condamne à mort, en terres d’islam, les croyants musulmans qui abandonnent leur religion [en 2014, en Mauritanie, un musulman âgé de 30 ans, a été reconnu coupable d’apostasie et condamné à mort (https://www.france24.com/fr/20141225-mauritanie-musulman-condamne-a-mort-apostasie-islam-justice]? Comment expliquez-vous que « L’esclavage en terres d’Islam apparaît […] comme un fait important, qui toucha pendant des siècles des millions d’hommes et de femmes et brassa une très grande quantité d’argent » [Tatiana Pignon, L’Esclavage en terres d’islam (viie-xvie siècles), Revue Les Clés du Moyen-Orient, 26/12/2014, https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-esclavage-en-terres-d-Islam-VIIe-XVIe-siecles)? Comment expliquez-vous que l’islam interdise aux musulmanes et aux musulmans de changer de religion (e-prophete-peine-capitale-mohamed-cheikh-ould-mohamed)]? Il vaut la peine de dire ici un mot de la liberté de la presse : « De nombreux pays musulmans occupent les dernières places du classement mondial de la liberté de la presse établi par « Reporters sans frontières ». [] Dans de nombreux pays musulmans, les journalistes doivent systématiquement faire face à des menaces et sont exposés à des représailles. » (Human Rights Watch, https://www.humanrights.ch/fr/dossiers-droits-humains/islam/tensions/liberte-expression/)

Les lignes précédentes démontrent que le texte de Mme Isabelle Potvin est trompeur; pourquoi, Monsieur Boivin, votre Tremplin l’a-t-il publié?

Il est bon que je mentionne ici que le 18 mars 2018 M. Mohamed Labidi (alors président du Centre culturel islamique de Québec) a prononcé une conférence dans un lieu appartenant à l’Église catholique de Québec, le Montmartre, une conférence destinée en particulier, selon le conférencier lui-même, à démontrer que les croyants musulmans et les catholiques sont « très proches », [selon le journaliste Philippe Vaillancourt, M. Labidi a déclaré à son auditoire majoritairement catholique : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec]. La conférence de M. Labidi a été trompeuse : les croyants musulmans et les catholiques ne sont pas « très proches » (je pense l’avoir prouvé au https://lepasseurdelacote.com/?s=Labidi).

Quel objectif visaient Mme Isabelle Potvin en écrivant dans le site web du Tremplin : « les valeurs profondes qui sont prônées par les religions catholiques et musulmanes se ressemblent beaucoup », et M. Mohamed Labidi en affirmant que les croyants musulmans et les catholiques sont « très proches »? Quand on veut vivre en harmonie avec ses voisins, on ne cherche pas à les induire en erreur.

POUR TERMINER, DES PAROLES SUR LA CHARIA, SI VOUS LEVOULEZ BIEN :

Extraits du texte La charia est-elle compatible avec les droits de l’homme ? https://eclj.org/religious-freedom/pace/la-charia-est-elle-compatible-avec-les-droits-de-lhomme-?lng=fr)

(L’ECLJ est titulaire du statut consultatif spécial auprès des Nations Unies / ECOSOC depuis 2007. L’ECLJ agit dans les domaines judiciaires, législatifs et culturels et défend en particulier le droit à la liberté religieuse, la vie et la dignité des personnes devant la Cour européenne des droits de l’homme et à travers les autres mécanismes offerts par les Nations-Unies, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.)

a) « Certains principes énoncés dans la loi islamique [charia] contreviennent aux principes ayant qualité de droits de l’homme, au premier rang desquels la liberté religieuse. Selon la charia, un musulman n’a pas le droit de quitter sa religion pour une autre ou pour l’athéisme. Il s’agit d’un acte d’apostasie qui engendre sa mort civile (ouverture de sa succession) et qui mérite la peine de mort. »

b) La charia est « une justice islamique contraire à la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Extrait du livre Le Retour turbulent de Dieu. Politique, religion et laïcité, auteur : Sami Aoun *, Médiaspaul, © 2011, p. 109-111

« … les conflits entre l’interprétation de la charia et les droits de l’homme sont multiples. La charia n’a pas permis d’abolir carrément et expressément l’esclavage, même si ses règles font de la libération d’un esclave converti un acte méritoire et récompensé. Les châtiments corporels (hudûd) vont à l’encontre des droits de l’homme, mais sont prescrits explicitement par la charia.

[…]

« La liberté de culte est également problématique dans ce contexte. En effet, le verset coranique édictant qu’il n’y a point de contrainte dans la religion ne peut pas faire oublier d’autres prescriptions coraniques discriminantes envers ceux considérés comme apostats, tel : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’en faire un grand carnage. Et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits. » (Coran 47, 4). Il en va de même de la situation de la femme qui comprend la légitimité religieuse du port du voile. Ce dernier est sujet de débat jusqu’à aujourd’hui entre une mouvance majoritaire soucieuse de préserver le voile de la femme comme un ordre divin, et une autre, religieuse aussi, mais dissidente, qui le rejette expressément. La polygamie perçue comme une injustice par la Déclaration des droits de l’homme de 1948, reste une pratique sauvegardée par les dispositions de la charia et perpétuée par le droit interne des pays de l’espace musulman. La même perception s’applique à la procédure du divorce par l’homme et la demande du divorce par la femme, ainsi qu’à la question de l’héritage où la charia a institué un droit de la femme à hériter la moitié de la part du garçon.

« En conclusion, il faut noter que les sujets de controverse, aussi bien du côté chrétien que du côté musulman, constituent un blocage sérieux pour le dialogue islamo-chrétien, qui exige de respecter la liberté de conscience de l’interlocuteur. Ce dialogue est appelé à englober les droits de l’homme, seul garant du « vivre ensemble ».

* Politologue, spécialiste du Moyen-Orient, Sami Aoun est professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke (Québec). Il a écrit Aujourd’hui l’Islam Fractures, intégrisme et modernité;  L’Islam entre tradition et modernité; Mots-clés de l’islam; etc.

Extrait de l’article « La version locale de la charia islamique légalise, légitime et sacralise l’esclavage », Le Point, 28.12.2017, https://lesobservateurs.ch/2017/12/28/islam-mauritanie-la-version-locale-de-la-charia-islamique-legalise-legitime-et-sacralise-lesclavage/

 En 2017 et en 2018, qui commence, environ 20 % des Noirs mauritaniens sont possédés par des citoyens mauritaniens arabo-berbères, le plus légalement du monde. La version locale de la charia islamique légalise, légitime et sacralise cette pratique.

[…]

La loi fondamentale sacralise ainsi un code négrier, dont les visées esclavagistes dénient, de facto, l’égalité entre les races noire et blanche et autorise des musulmans à réduire en esclavage d’autres musulmans. »

Extrait du livre Chair et charia, auteure : Shereen El FekiL, http://www.revuedesdeuxmondes.fr/article-revue/chair-et-charia/, juin 215

chaque jour, hélas, apporte son nouveau lot d’intolérances et de répressions sexuelles dans le monde musulman.

Extrait du texte L’État et la religion sur la scène internationale, auteure : Anne Saris,

publié dans le livre Les religions sur la scène mondiale sous la direction de : Solange Lefebvre, Robert Crépeau, Québec, Presses de l’Université Laval, © 2010, p. 39-57. Mme Saris est professeure au Département des sciences juridiques, Université du Québec à Montréal.

la Déclaration islamique universelle sur les droits de l’homme prise par la Ligue arabe en 1981 (dont les articles 12 et13 posent le droit à la liberté de religion dans les limites de la shari’a [charia].

Extrait de l’article Entretien avec Malek Chebel, auteure : Léna Mauger, Revue des deux mondes, http://www.revue21.fr/zoom_sur/entretien-avec-malek-chebel

[C’est Malek Chebel, islamologue et auteur de nombreux livres, y compris une traduction en français du Coran, qui parle.]

Des prédicateurs affirment aujourd’hui qu’une femme non voilée n’est pas un être humain, mais une exhibitionniste, voire une hystérique. Soyons sérieux ! S’il faut voiler la femme pour en faire une musulmane, que faire des millions de femmes dévoilées pendant quatorze siècles ? Étaient-elles de mauvaises musulmanes ? Et les -Asiatiques non voilées, et les Africaines non -voilées, sont-elles encore musulmanes ? Je défends un islam du cœur, pas un islam du fichu.

Extrait de Faut-il avoir peur de la charia ? http://www.europe1.fr/international/faut-il-avoir-peur-de-la-charia-78681,9, 26 octobre 2011

« Au nom de la charia, l’Afghanistan tolère encore la lapidation des femmes adultères. »

Alors, Monsieur Boivin, avez-vous envie d’imiter l’imam Karim Elabed et de faire l’éloge de la charia?

Si vous pensez, Monsieur Boivin, ne pas avoir commis une faute en organisant, avec la Mosquée de Lévis et son imam (M. Karim Elabed), la « soirée d’échanges » de mai 2017, soirée de propagande en faveur d’une religion, l’islam, à laquelle appartient le président du conseil d’administration du Tremplin, M. Elhadjid Mamadou Diarra, à laquelle appartient une musulmane qui était membre du conseil d’administration du Tremplin à l’époque où la « soirée d’échanges » a été organisée (j’ignore si cette personne, Mme Nawel Bahria, a voté en faveur de l’organisation de ladite soirée) (j’ignore si le conseil d’administration comptait d’autres personnes de religion musulmane dans ses rangs, en 2017), si vous pensez, Monsieur Boivin, ne pas avoir commis une faute en organisant, avec la Mosquée de Lévis et son imam (M. Karim Elabed), la « soirée d’échanges » de mai 2017, essayez de me convaincre que vous avez raison.

J’attends votre réponse avec impatience, Monsieur Boivin; je lirai celle de Mme Isabelle Potvin avec intérêt.

Je publierai la présente et votre réponse (ainsi que celle de Mme Isabelle Potvin) au www.lepasseurdelacote.com.

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. Pour organiser et présenter la « soirée d’échanges » de mai 2017, le Tremplin a utilisé des fonds publics, de l’argent des citoyens du Québec et du reste du Canada, et de l’argent des citoyens de la Ville de Lévis. Cet argent n’avait pas été remis au Tremplin pour qu’il fasse de la propagande religieuse en faveur d’une religion.

Les musulmans au Québec

Par Ali Daher

« Ali Daher détient un doctorat en sociologie de l’UQAM. Chercheur autonome s’intéresse depuis plus de 25 ans aux processus de la construction de l’islamité québécoise et l’intégration sociale des musulmans. Vous trouvez certains de ses articles en cliquant ici »

(https://quebec.huffingtonpost.ca/author/ali-daher/)

http://cjf.qc.ca/revue-relations/publication/article/les-musulmans-au-quebec/

Les musulmans au Québec

Relations, numéro 685, juin 2003

La revue québécoise Relations

« Fondée en 1941, la revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d’analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites. Depuis plus de 75 ans, elle œuvre à la promotion d’une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les appauvris. Libre et indépendante, la revue pose un regard critique sur les enjeux sociaux, culturels, économiques, politiques, environnementaux et religieux de notre époque.

Le texte suivant a été repris au https://www.vigile.quebec/articles/ali-daher-les-musulmans-au-quebec le 26 octobre 2010. On le trouve aussi au http://classiques.uqac.ca/contemporains/daher_ali/musulmans_au_quebec/musulmans_qc.html (Les Classiques des sciences sociales, Université du Québec à Chicoutimi).

– – –

L’immigration musulmane au Québec s’est accélérée ces dernières années. Elle crée une situation totalement inédite. Les questions nouvelles qui surgissent ne trouveront de réponses que dans une recherche commune, menée au Québec et non à l’extérieur du pays.

La première mention de l’existence de musulmans au Canada remonte aux années 1870. On les appelait les Turcos, car ils étaient originaires des pays dominés par la Turquie. Leur croissance fut très lente à cause de la po­litique d’immigration qui, jusqu’au milieu du XXe siècle, restreignait l’entrée du Canada à des personnes de religion chrétienne. Selon les statistiques, ils étaient 478 en 1921. Quand le Canada a aboli les lois qui sélectionnaient les immigrants selon la religion et l’ethnie, le nombre de musulmans a commencé à augmenter. Ils sont passés de 40 000 au début des années 1970 à 100 000 en 1981 et à un peu plus de 250 000 en 1991. Actuellement leur nombre dépasse les 600 000 dans l’ensemble du Canada.

Cette arrivée s’est faite par vagues, en lien direct avec des points chauds du monde : la vague européenne de l’Est, l’indo-pakistanaise, l’égyptienne et la libanaise. Nous en sommes actuellement à la vague algérienne. Compte tenu de la situation socio-économique et politique qui sévit dans les pays islamiques, de la position difficile des musulmans en Europe et aux États-Unis, ainsi que de l’arrêt de l’immigration dans les autres parties du monde, le Canada reste aujourd’hui une terre d’accueil pour les musulmans.

Au Québec, ce n’est que dans les années 1960 que leur nombre va croissant et qu’ils commencent à s’organiser. On assiste alors à la fondation d’institutions islamiques. La première mosquée, celle du Centre islamique du Québec, fut cons­truite en 1965, à Ville Saint-Laurent.

À partir des années 1970, l’immigration musulmane est montée en flèche : 45 000 en 1991 selon Statistique Canada, dont 41 000 à Montréal; 100 000 en 1995 selon certaines sources non officielles; plus de 200 000 actuellement selon leurs leaders. La présence des musulmans n’est donc plus marginale.

LA SPÉCIFICITÉ DE L’ISLAMITÉ QUÉBÉCOISE

Ces changements en nombre nous permettent d’affirmer qu’une islamité québécoise est en train de se construire. L’immigration musulmane représente une part non négligeable des arrivants de la « Belle Province » qui vise une immigration francophone pour combler ses besoins démographiques et consolider ses assises au sein de la Confédération. Le renforcement du fait français y est donc crucial. Or, parmi les immigrants francophones, les Algériens, les Marocains, les Tunisiens et les Libanais représentent un bassin important.

Sous certains aspects, l’islamité québécoise ne diffère pas beaucoup de celle qui se construit en Europe. Ici aussi, les musulmans actualisent les références islamiques dans leur vie quotidienne, travaillent à mettre sur pied des organismes et régulent l’image de l’islam qu’ils rendent visible sur la scène publique québécoise.

Mais l’islamité québécoise diffère aussi, par certains aspects, de celle qui se construit dans les autres pays occidentaux, à cause de l’implantation récente de la communauté musulmane au Québec, de l’absence de domination d’un groupe ethnique sur les autres groupes (comme c’est le cas des Maghrébins en France, des Turcs en Allemagne et des Indo-Pakistanais en Grande-Bretagne), de la faiblesse et de la dé­pendance du leadership. Le fait que les politiciens soient très sensibles au pouls électoral des minorités donne, à ces der­nières, une bonne marge de négociation en matière de droits collectifs et de revendications. Elles ont plus de latitude pour défendre leurs particularités et se cantonnent donc da­vantage dans leur identité collective. Ces éléments spécifiques en­gendrent un rapport particulier à l’intégration. Il s’agit d’une intégration communautaire plutôt que d’une intégration individuelle.

La grande majorité de ces immigrants musulmans s’est installée dans le Grand Montréal. Ils résident et travaillent partout dans l’Île, de Longue-Pointe et de Mercier à Ville Saint-Laurent et à Laval; d’Anjou et de Saint-Léonard à Pier­refonds et à Beaconsfield. On observe une concentration à Pierrefonds, à Notre-Dame-de-Grâce, à Park Extension, à Ville Saint-Laurent, à Saint-Léonard, à Montréal-Nord et à Côte-des-Neiges. Montréal compte de plus en plus de lieux de culte islamiques. Il y en aurait actuellement une soixantaine au Québec, dont 95 % dans la région métropolitaine. La plupart d’entre eux sont tenus par des associations islamiques qui s’organisent généralement, mais pas exclusivement, à partir des nationalités.

Jusqu’à un passé récent, les immigrants musulmans préféraient s’installer dans les quartiers anglophones ou mixtes. Certains facteurs influençaient cette préférence, à savoir la langue anglaise de la première vague indopa­kistanaise, l’existence des écoles anglophones dans les parties ouest de la métropole (avant l’adoption de la Loi sur les langues officielles), leur penchant et leur adhésion à la po­litique fédérale multiculturelle, ainsi que l’influence d’un discours anglophone au Québec qui se veut défenseur des minorités non francophones.

UNE GRANDE DIVERSITÉ

Les musulmans, au Québec, sont loin de constituer une communauté homogène. Outre leur appartenance sunnite ou chiite, ils se différencient par leurs nationalités, leurs pays d’origine, leurs ethnies. Leur communauté est multiethnique et multilingue. Ils se différencient aussi par les classes d’âge, les statuts socioprofessionnels, leurs orientations politiques, etc. On distingue, entre autres, les musulmans pratiquants, so­ciologiques et politisés. Les musulmans croyants et pra­tiquants peuvent ne pas être politisés. Les musulmans so­ciologiques sont désignés ainsi parce qu’ils appartiennent à l’islam par leur naissance et leur origine, sans pour autant être pratiquants. Enfin, les musulmans politisés peuvent ne pas être pratiquants, mais sont engagés politiquement pour défendre l’Islam.

Une grande majorité des musulmans qui ont immigré au Québec adhère aux principes de tolérance, de vie en harmonie avec les autres, de respect de la loi. Quelques éléments bruyants et intolérants, de type intégriste, attirent l’attention et occupent la une de certains médias. Mais cette couverture médiatique voile l’islam de la majorité paisible et accorde à l’islam des intégristes une visibilité démesurée.

Depuis le 11 septembre 2001, se manifeste un bouillonnement dans la communauté arabo-musulmane. Une nouvelle lecture de l’islam commence à émerger, même parmi les intellectuels ou les leaders de la communauté. Cette nouvelle lecture concerne la participation citoyenne dans la société.

Après le 11 septembre, les musulmans se sont trouvés acculés au pied du mur. Cet événement les a forcés à réfléchir à leur situation. Certains concepts comme la Oumma (la communauté), le Jihad et l’utilisation de la force, ont été mis en relation avec ceux de citoyenneté, de recherche de paix et de justice, de promotion du bien et d’interdiction du mal. Les musulmans qui vivent ici essaient de concilier l’islam avec cette ouverture dans la lecture du Coran. Certains respon­sables s’engagent dans la défense des droits de la personne.

LA PERSISTANCE D’UNE MÉCONNAISSANCE DE L’ISLAM

Un des grands problèmes qui entravent les liens entre les Québécois non musulmans et les Québécois de religion mu­sulmane est l’image de ces derniers qui est véhiculée dans la société. Trop d’amalgames, de préjugés et de raccourcis circulent à leur propos et provoquent chez eux une réaction de repli. Le pire obstacle à l’ouverture de l’autre est le stéréotype que la société d’accueil lui associe. Un discours simplificateur affirme que les musulmans, du Québec ne s’intègrent pas à la société québécoise et rejettent les valeurs occidentales. Il faudrait donc soit les écarter, soit les assimi­ler. Et ces propos leur font peur, les poussent à s’éloigner ou à se replier.

Une méconnaissance de l’islam persiste. Le présent, et surtout le passé, sont ignorés. Certains discours aux sources douteuses véhiculent les pires choses sur le compte des mu­sulmans. La foi islamique, sa spiritualité, ses principes et son exigence de justice et de paix sont peu connus. Or, la mauvaise compréhension entre les peuples crée une peur et une méfiance entre les gens. Il est difficile de vivre ensemble en s’ignorant. Le respect mutuel et la confiance, plus que la seule tolérance, demandent l’écoute de l’autre et une meilleure connaissance mutuelle.

Les musulmans sont aussi victimes d’une tendance qui érige les « vérités » propres à une culture particulière en catégories universelles, selon lesquelles toutes les autres cultures sont approchées et jugées. Cette démarche est à l’origine de typologies classant les cultures et les religions en vraies ou fausses, civilisées ou primitives, naturelles ou barbares. La persistance à vouloir considérer l’islam et les musulmans comme forcément inférieurs est une attitude qui engendre la frustration et qui creuse un fossé entre les Québécois de religion musulmane et les autres Québécois.

La majorité québécoise se réfère à une morale, à une culture et à une mentalité judéochrétiennes. Cela est parti­culièrement sensible lorsqu’on étudie l’histoire de la science et de la culture : on passe de la Grèce à la Renaissance sans évoquer l’époque arabo-islamique. Les musulmans ne supportent pas d’entendre dire que l’Occident se résume « à la Bible et aux Grecs ». Cette omission de l’apport de la civilisation islamique à la Renaissance et à la civilisation mondiale les met sur la touche. Dans cette optique, il faudrait revoir les livres d’histoire utilisés dans les écoles et changer l’attitude des institutions d’enseignement qui ne donnent qu’une information minimaliste sur l’islam, les musulmans et la civilisation arabo-islamique.

QUEL PACTE AVEC LEUR NOUVEAU PAYS?

Mais les difficultés viennent aussi des musulmans eux-mêmes. Leur implantation est récente au Québec. Leurs responsables, qui dans leur grande majorité sont nés à l’extérieur du Québec, s’intéressent davantage à ce qui passe dans leurs pays d’origine qu’au Québec et laissent de côté la question identitaire. Ils n’ont pas encore réussi, sauf pour une petite minorité d’entre eux, à trouver un équilibre entre leur appartenance au peuple québécois et leur appartenance à l’islam. Pour beaucoup de musulmans, ces deux appartenances sont antinomiques et non complémentaires. Selon eux, être Québécois signifie s’éloigner de l’islam. Et la formule : « Nous sommes des Québécois de confession musulmane » n’est pas très répandue. La majorité des musulmans n’est pas encore arrivée à bien comprendre sa situation par rapport à la question identitaire. Leurs responsables actuels n’ont pas encore réussi à développer un vrai sentiment d’attachement à l’identité québécoise. Le poids de la variable islamique de leur identité est grandement amplifié. Est-ce qu’un musulman doit ou peut s’identifier à l’identité d’un peuple qui n’est pas origi­nellement musulman? Cette question est posée et se discute, mais elle n’est pas encore résolue.

Les questions de citoyenneté québécoise et de participation citoyenne non plus ne sont pas encore claires pour les Québécois de foi musulmane. Plusieurs musulmans optent pour la promotion de la communauté spirituelle musulmane. La communauté géographique les intéresse moins. Ils sont éloignés mentalement du cadre local. Ils ne vivent pas le Québec, ils vivent au Québec. Ils s’intéressent peu aux événements sociaux, culturels et politiques de la société québécoise. Ils apprécient ce que la société québécoise offre à ses citoyens en termes de droit à la liberté, à l’égalité et au pluralisme, mais ils restent critiques par rapport à cette société. Peut-être parce qu’elle est laïque et que la laïcité est pour eux synonyme d’athéisme? Athée signifie à leurs yeux infidèle, impie, païen ou simplement opposé à l’islam. Une vraie et juste compréhension de la conception de la laï­cité leur manque. N’importe quel incident montre rapidement la fragilité des musulmans par rapport la société québécoise.

La jurisprudence islamique a largement élaboré la question des droits et des obligations des communautés non mu­sulmanes vivant dans une société à majorité musulmane. Mais une jurisprudence islamique traitant des questions de l’identité, de la citoyenneté et de la participation citoyenne dans une situation où les musulmans sont minoritaires n’existe pas et, si elle existe, elle est encore dans une phase embryonnaire. Ces questions ne se posent pas à n’importe quel jurisconsulte dont l’érudition doit se fonder sur une bonne connaissance du Coran, des hadiths (les dits du prophète de l’islam) et des autres sources islamiques. Elles se posent aux Québécois de foi musulmane qui connaissent l’islam et la si­tuation dans laquelle ils vivent. Ils sont mieux équipés pour répondre à ces questions. C’est de leurs réponses que dépendent leur vie, leur bien-être et leur avenir.

Mais, au lieu de développer leur propre vision de leur si­tuation originale au Québec, plusieurs Québécois de foi mu­sulmane empruntent de fausses pistes pour résoudre leurs problèmes : soit en allant chercher les réponses auprès de jurisconsultes musulmans de pays lointains qui n’ont jamais vécu la situation de minorité dans une société occidentale à majorité non musulmane; soit en essayant d’appliquer des recettes juridiques anciennes qui ont été produites dans le passé pour une situation qui est loin d’être comparable à la situation québécoise.

Comment les Québécois de foi musulmane doivent-ils se comporter dans la nouvelle société à majorité non musulmane dans laquelle ils ont immigré? Doivent-ils revoir leurs comportements, laisser tomber certaines coutumes héritées qui ne sont pas liées aux dogmes et aux éléments de la foi pour faciliter l’intégration et non l’assimilation?

À de telles questions, l’islam est capable de donner des réponses qui découlent de la notion d’alliance ou de pacte. Dans ce domaine, l’islam va très loin [jusqu’où?]. Le pacte est sacré et a la priorité sur les autres liens [qu’est-ce qu’un lien?]. Un visa, la permission de s’établir dans un pays, un passeport sont des pactes qui imposent des engagements et demandent le respect des lois et des éléments essentiels [qui détermine qu’une loi ou un élément est essentiel?] sur lesquels la société d’accueil est établie. Une fois que le musulman a accepté le visa et la ci­toyenneté, il conclut un pacte avec le nouveau pays. Il devient donc de son devoir religieux de respecter son engagement envers les lois [les lois essentielles] de son nouveau pays.

Manifeste pour un islam des Lumières.

INTRODUCTION

http://www.revue21.fr/zoom_sur/entretien-avec-malek-chebel/

ENTRETIEN AVEC MALEK CHEBEL

Par Léna Mauger

D’où vous est venue l’expression « islam des Lumières » ?

Le 11 septembre 2011, quand deux avions ont détruit les tours du World Trade Center, les concepts ont vacillé, la peur de l’islam s’est installée. La France, qui s’était endormie avec quatre millions de travailleurs immigrés sur son sol, s’est réveillée avec quatre millions de musulmans. J’écrivais un livre sur l’actualité de l’islam et j’ai voulu traiter de l’islam et la modernité. Le titre Islam des Lumières s’est naturellement imposé.

Face à un islam fondamentaliste, il s’agit de proposer un islam moderne, actif, réactif, une religion compatible avec le vivre ensemble et le temps présent, mais aussi avec les raffinements exquis qu’elle a inventés. Dans cinquante ans, les musulmans seront deux milliards, croyez-vous que les interdits seuls arriveront à les canaliser ? Non, il faut nourrir une culture du débat, l’ouverture d’esprit, la tolérance, le respect de l’autre. Si certains veulent vivre au Moyen Âge, c’est leur choix. Mais ils ne peuvent l’imposer en règle universelle. Les politiques et les théologiens du monde arabo-musulman ont verrouillé l’expression de paroles alternatives. Comme à l’époque des Lumières, les libres penseurs, les intellectuels, les philosophes doivent jouer un rôle d’éclaireurs.



Extraits du livre Manifeste pour un islam des Lumières, oeuvre de Malek Chebel publiée en 2004, p. 194-195

(édition imprimée en 2018, © Librairie Arthème Fayard, 2010, 2011, collection Pluriel)

( Anthropologue de l’islam contemporain, historien et psychanalyste né en Égypte, Malek Chebel (mort en 2016) a écrit une quarantaine d’ouvrages, dont une traduction en français du Coran et le Dictionnaire amoureux de l’islam. )

On peut légitimement se demander si l’islam, dont l’humanisme universaliste, reconnu par tout et professé par la plupart, est encore capable, dans le concret, d’inventer ses prophètes de la non-violence, ses Mahatma Gandhi et ses Martin Luther King. Autrement dit, l’islam est-il en mesure de se r.former au point de refuser en son sein toute forme de violence, sachant que la violence met en péril tous les efforts que les responsables font ou vont faire sur le court et le moyen terme? Si tel était le cas, à quelles conditions cette autre mutation – la non-violence comme vertu suprême – pourra-t-elle se produire?

[…]

Enfin, la libre pensée pourra—t-elle s’exercer en dehors de toute pression morale, religieuse ou politique? Parallèlement, le musulman a-t-il vocation – comme tout autre croyant de par le monde – è exprimer des doutes, à refuser le népotisme de certains de ses imams et à adorer un Dieu qui soit dégagé du jeu malsain des influences humaines, un Dieu libéré. Des chapelles, des obédiences, des appétits stratégiques de tel ou tel pays, un Dieu au-dessus de la prévarication.

L’islam pourra-t-il se saisir de impératif des « Lumières », en faire, sinon son credo, du moins l’une des problématiques majeures des temps future?

L’image désastreuse que l’islam inspire, selon un penseur musulman.


Extrait du livre Manifeste pour un islam des Lumières, oeuvre de Malek Chebel publié en 2004, p. 195 (édition imprimée en 2018, © Librairie Arthème Fayard, 2010, 2011, collection Pluriel)

Anthropologue de l’islam contemporain, historien et psychanalyste né en Égypte, Malek Chebel (mort en 2016) a écrit une quarantaine d’ouvrages, dont une traduction en français du Coran et le Dictionnaire amoureux de l’islam.

« L’une des conclusions pessimistes à laquelle aboutit ce livre, c’est le constat que tout paraît bloqué en terre d’islam. Face au réel, les musulmans eux-mêmes, qui ragent de l’intérieur, donnent l’impression d’être catatoniques [la catatonie se caractérise par une inertie et un négativisme, selon Vulgaris médical] et leurs dirigeants désarmés, ou plus exactement faussement désarmés, En effet, leur immobilisme structurel face à la rapidité des événements qui secouent la planète est sans commune mesure avec leur capacité à renforcer leur protection et à protéger par tous les moyens, légaux et illégaux, le régime qu’ils ont installé. Il faut garder en mémoire que l’univers musulman a subi coup sur coup les deux guerres du Golfe, la guerre d’Afghanistan, la situation au Proche-Orient et la déstabilisation américaine qui vise les supposés « États voyous », – l’ « axe du mal » – démoralisant ainsi les plus ascètes et les plus utopistes. Le monde musulman a dès lors pris conscience de l’image désastreuse qu’il inspire aux partenaires extérieurs. À l’annonce du danger, les régimes autoritaires arabes ou musulmans n’ont pas d’autre réflexe que de se calfeutrer encore plus, renforçant leur citadelle et attribuant plus de pouvoir à leurs proches., surtout leurs fils. Lorsque le passage aux urnes paraît nécessaire, les tenants actuels du pouvoir n’hésitent pas à bourrer avantageusement celles-ci au risque de saper durablement les chances de l’aspiration démocratique. »


Manifeste pour un Islam des lumières, quatrième page de couverture (édition imprimée en 2018, © Librairie Arthème Fayard, 2010, 2011, collection Pluriel)

https://www.fayard.fr/manifeste-pour-un-islam-des-lumieres-9782213676999

Malek Chebel

Manifeste pour un Islam des lumières

Parution : 18/12/2012 – 224 pages –

Associer l’islam aux Lumières peut paraître ambitieux et téméraire. Il n’en est rien. Cette relation est inscrite dans la dynamique amorcée au XIXe siècle et poursuivie par les nombreux réformistes qui ont voulu changer le visage de cette religion en s’appuyant sur le travail de la raison. Ces penseurs ont été taxés d’hérésie.

Aujourd’hui, le débat est plus que jamais d’actualité : l’islam est-il compatible avec la République ? Quelle est la place et le statut de la parole libre, de la laïcité, de l’égalité des sexes, de la tolérance ou de la démocratie ? Faut-il adapter l’islam à la modernité ou au contraire adapter la modernité à l’islam, ainsi que le prétendent les fondamentalistes ?

En vingt-sept propositions, Malek Chebel répond à ces interrogations sans masquer les contradictions de l’islam ni éluder les questions difficiles. Interprétation des textes, guerre sainte et fatwa, statut de la femme, corruption, châtiments corporels, crime d’honneur et assassinat politique, démocratie, liberté d’expression et de conscience… tels sont quelques-uns des thèmes qu’aborde l’auteur de ce manifeste appelé à devenir la charte d’un islam nouveau.

Malek Chebel se fait ici le théoricien de l’« autre islam », un islam fondé sur le réel, dynamique et moderne, tolérant et positif, mais surtout capable de s’insérer dans le monde d’aujourd’hui et de demain.


 

Manifeste pour un islam de liberté et de citoyenneté. Par des Québécois de culture musulmane.

https://quebec.huffingtonpost.ca/hassan-jamali/manifeste-islam-liberte-citoyennete_b_14905492.html

Manifeste pour un islam de liberté et de citoyenneté

21/02/2017  | Actualisé 23/02/2017

TEXTE COLLECTIF

Par Hassan Jamali Écrivain et conférencier, auteur de «Coran et déviation politique: l’art de détourner une religion»

Noomane Raboudi Islamologue et politologue, professeur à l’Université d’Ottawa

Mounia Aït Kabboura Chargée de cours à l’UQAM, doctorante en philosophie

Nadia El-Mabrouk Professeure à l’Université de Montréal, membre de PDF Québec et de l’Association québécoise des Nord-Africains pour la laïcité

S.E.K. Beddiari Poète et écrivain

PRÉAMBULE

Le manifeste qui suit a été écrit au courant du mois de janvier 2017, avant l’attentat raciste qui a visé des musulmans – parce que musulmans – dans la ville de Québec le 29 janvier 2017, et qui a fait six morts, cinq blessés graves, et un nombre incalculable de victimes, blessées au plus profond d’elles-mêmes. Ces événements nous ont convaincus, plus que jamais, de la pertinence de notre démarche. Cet attentat a aussi ravivé la mémoire de beaucoup de citoyens originaires des pays qui ont vécu le terrorisme islamiste.

Nous présentons avant tout nos condoléances envers les familles des victimes et leur exprimons toute notre solidarité. Les pertes qu’elles ont subies sont irréparables.

Les réactions massives qu’il y a eu, les dénonciations, les remises en question et les actes de solidarité démontrent bien que les accusations de racisme généralisé envers la société québécoise sont infondées et injustes. Il y a bien sûr du racisme au Québec comme ailleurs, mais il y a aussi de l’ouverture et de la solidarité. Les prises de positions de toutes les forces politiques sont allées bien au-delà du minimum nécessité par les relations publiques, et ont démontré une véritable volonté de vivre ensemble.

Nous déplorons la récupération de la tragédie et son instrumentalisation par ceux qui veulent se faire du capital politique alors que le moment était au recueillement et au respect envers les familles endeuillées.

Certains activistes en ont profité pour se faire passer pour « les » porte-parole d’une prétendue « communauté », alors qu’il y a des groupes nombreux et diversifiés qui se réclament de l’islam comme religion, bien sûr, mais comme culture aussi, avec un rapport extrêmement diversifié à la croyance et à la pratique religieuse. Et il y a aussi ceux et celles qui veulent avant tout être des citoyens et des citoyennes, et non pas membres d’une communauté religieuse. C’est à ce titre que nous signons ce manifeste.

MANIFESTE POUR UN ISLAM DE LIBERTÉ ET DE CITOYENNETÉ

Montréal, 28 janvier 2017

Nous, les sousigné.e.s, étant de cultures musulmanes et ayant des rapports très diversifiés avec la foi et la pratique religieuse, déclarons ce qui suit.

Nous nous considérons avant tout citoyen, et c’est en tant que citoyennes et citoyens que nous voulons occuper pleinement notre place dans la société québécoise. Notre démarche s’inscrit également dans le contexte des résistances à l’intérieur même des sociétés musulmanes face à l’islamisme et ses manifestations sociales.

Les citoyens de cultures musulmanes du Québec sont originaires d’une trentaine de pays et sont de cultures et de traditions très diversifiées. Nul n’a le monopole de leur représentation. Nous déplorons le détournement de la foi musulmane par les courants de l’islam politique présents à l’échelle internationale, et nous contestons leur prétention de représenter les musulmans du Québec. Ces courants sont en partie responsables des impasses profondes auxquelles sont confrontées les sociétés musulmanes. Leurs stratégies identitaires et leurs interprétations rigides des obligations religieuses entraînent inévitablement un repli identitaire qui compromet l’épanouissement des musulmans dans les sociétés occidentales.

Tout en étant conscients des injustices que génèrent les politiques des puissances occidentales au Proche-Orient et dans le reste du monde musulman, nous condamnons l’usage fait par les islamistes de ces injustices pour justifier des violences contre des innocents et pour promouvoir la préparation idéologique qui est faite en amont, et qui légitimise la violence djihadiste.

Nous n’approuvons pas toutes les demandes d’accommodements religieux, surtout celles qui remettent en question la notion même de citoyenneté et les acquis du Québec en matière d’égalité et de neutralité de l’État et des institutions publiques.

Nous n’approuvons pas toutes les demandes d’accommodements religieux, surtout celles qui remettent en question la notion même de citoyenneté et les acquis du Québec en matière d’égalité et de neutralité de l’État et des institutions publiques. En général, ces mesures ne favorisent pas l’intégration des immigrants, mais ont plutôt l’effet inverse de fragiliser ou d’empêcher leur insertion professionnelle. Le caractère souple et accommodant qui a caractérisé l’islam durant des siècles signifie que les musulmans ont le droit et l’obligation d’adapter leurs pratiques religieuses aux conditions dans lesquelles ils vivent, de façon à faciliter l’harmonie et la bonne entente avec les sociétés d’accueil. Cette attitude, légitimée par l’histoire des sociétés musulmanes, est conforme aux valeurs universelles définies par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et elle est en opposition aux valeurs sectaires que défend l’islamisme.

Le sensationnalisme des médias, qui accordent une place énorme à des comportements choquants, mais marginaux, donne une fausse image des musulmans du Québec et il contribue à faire mousser l’hostilité qui s’exprime envers l’ensemble des citoyens de cultures musulmanes. Nous appelons les médias à assumer leur responsabilité sur cette question, car c’est le climat social tout entier qui en est affecté.

Les images sensationnalistes et stéréotypées de l’islam dans certains médias ont amplifié les insécurités identitaires dans la société québécoise. Les calculs électoraux fondés sur l’exploitation de ces insécurités sont à courte vue : ils valident dans la population québécoise une méfiance envers l’ensemble des citoyens de cultures musulmanes, et ils instaurent une dynamique du soupçon qui a des effets discriminatoires envers eux et des effets très néfastes sur le climat social en général.

Parallèlement, nous rejetons les tentatives de manipuler le concept d’islamophobie pour museler toute opposition aux courants islamistes, qui sont, en grande partie, responsables du climat d’hostilité envers l’ensemble des musulmans. Cette hostilité est fondée sur la confusion entre islam et islam politique. Elle valide le discours de victimisation des islamistes, qui est fondamental dans leur stratégie, ainsi que la prétention des islamistes et de leurs alliés d’être les défenseurs des musulmans « persécutés ».

Cette confusion est dangereuse et contribue à vulnérabiliser l’ensemble de la société québécoise.

Dans ce contexte, il faut reconnaître le caractère distinct de la société québécoise, déjà fragilisée par son statut minoritaire en Amérique du Nord et qui tente de maintenir ses spécificités. Il faut reconnaître que la grande majorité des citoyens de cultures musulmanes s’épanouissent dans cette société et souhaitent y vivre. Tout en étant conscients de certaines attitudes racistes qu’on y trouve, mais qui restent marginales, ils voient aussi de nombreux signes d’ouverture envers eux dans le quotidien ainsi que dans des situations spéciales, telles que l’accueil fait aux réfugiés syriens.

Les tendances non fondamentalistes très diversifiées de l’islam (rationnelles, laïques, libérales, soufies, etc.) sont désarmées face à l’islamisme. Elles ont besoin de soutien pour contrer les énormes moyens financiers, médiatiques et politiques mis à sa disposition par les monarchies pétrolières et par d’autres acteurs qui veulent l’instrumentaliser. Nous déplorons que certains courants dans la société civile, par crainte de nourrir l’islamophobie, prennent la défense des pratiques les plus fondamentalistes en s’opposant à la critique qui leur est adressée par les tendances les plus ouvertes de l’islam. L’islamisme est de plus en plus contesté dans l’espace même de l’islam, par des voix qui sont combattues et moins visibles. La lutte idéologique contre l’islamisme ne sera gagnée que de l’intérieur, mais elle a besoin d’appuis. Cette lutte est aussi la nôtre.

Signataires :

Hassan Jamali, professeur retraité et écrivain,

Mounia Ait Kabboura, philosophe de formation, chercheuse, Chaire UNESCO-UQAM (FPJD),

Noomane Raboudi, islamologue-politologue, université Ottawa,

Nadia El Mabrouk, Professeure en informatique, université de Montréal,

Salah Beddiari, écrivain, poète, Leila Lesbet, enseignante,

Ali Daher, sociologue, chercheur indépendant,

Khaled Sulaiman, écrivain,

Mohamed Ourya, Politologue, université Sherbrooke,

Nezar Hammoud, Chercheur,

Ali Kaidi, Doctorat en philosophie,

Oussama Abou Chakra, chercheur et écrivain,

Nadia Ghalmi, gestionnaire et ancienne journaliste,

Karima Bensouda, Ingénieur,

Joulnar El Husseini, interprète,

Hind Snaiki, coordinateur de projet,

Khaled A.Baki, ingénieur,

Seba Alnabhan, éducatrice,

Nezar Hammoud, biochimiste et nutritionniste clinicien,

Farid Kettani, consultant retraité,

Fatima Aboubakr, directrice de garderie,

Samira Boualem, kinésithérapeute et orthothérapeute,

Karim Lassel, Consultant en développement organisationnel,

El Mostapha Aboulhamid, Professeur retraité, Informatique, Université de Montréal,

Salimata Ndoye Sall, Travailleuse sociale,

Mohand Abdelli, ingénieur retraité,

Nacer Irid: Ingénieur automatisation.

L’islam n’interdit pas aux enseignantes musulmanes de ne pas porter leur voile au travail.

L’islam n’interdit pas aux enseignantes musulmanes de ne pas porter leur voile au travail

Les femmes et les hommes politiques en campagne électorale qui vitupèrent ces semaines-ci la Loi sur la laïcité du Québec modifieraient leur discours s’ils connaissaient mieux l’islam (et ne craignaient pas de perdre l’appui d’électeurs). Honnêtes, ils demanderaient aux enseignantes musulmanes québécoises d’accepter de bon cœur de ne pas porter leur voile islamique en classe. Pourquoi? Parce qu’ils sauraient que les musulmans obtiennent l’approbation de leur conscience pour mettre en oeuvre des solutions ou pour conclure des accommodements dans des situations plus difficiles pour eux que celle que la Loi sur la laïcité crée pour des enseignantes musulmanes. Exemple :

Il existe en islam des obligations fondamentales (fondamentales!) appelées piliers : la récitation des cinq prières quotidiennes imposées par le Coran en est une. Chaque prière doit obligatoirement être dite à une heure déterminée de la journée ou de la nuit; c’est le Coran, donc la parole de Dieu selon les musulmans, qui l’exige. Bien des musulmans des deux sexes ne tiennent pas compte de l’horaire des prières; ils ne s’y soumettent pas parce que leur métier les astreint à un emploi du temps contraignant, par exemple; certains disent toutes les prières avant d’aller travailler, un accommodement généralement bien accepté dans leur milieu, par leurs coreligionnaires. Comme le port du voile islamique n’est pas une obligation fondamentale (des penseurs musulmans soutiennent que ce n’est même pas une obligation secondaire), il est incompréhensible que des musulmans s’opposent à l’obligation faite aux enseignantes musulmanes (seulement à celles qui ne travaillaient pas dans une école publique avant l’adoption de la Loi sur la laïcité) de ne pas porter leur voile au travail, seulement, seulement pendant leurs heures de travail. Si l’islam trouve acceptable que des musulmans « contournent » l’obligation fondamentale du Coran concernant les cinq prières quotidiennes, il ne saurait reprocher aux enseignantes musulmanes de travailler à l’école publique sans porter un vêtement dont le port n’est pas une obligation fondamentale, n’est même pas jugé obligatoire par une partie du monde musulman.

Roger Martel, citoyen de Lévis