Il n’est pas douteux que, sous les uniformes modernes, les clans militaires japonais de 1941 aient vécu très exactement au seizième siècle.

Le péril du décalage chronologique.

Il n’est pas douteux que, sous les uniformes modernes, les clans militaires japonais de 1941 aient vécu très exactement au seizième siècle.

Source : René Grousset (historien de l’Orient), Bilan de l’histoire, Paris, Librairie Plon, © 1946, collection Le Monde en 10 / 18, dépôt légal : 2e trimestre 1962, p. 102-104

Les astronomes nous apprennent que les diverses parties du ciel, bien que nous les embrassions du même regard à la même seconde, ne sont pas synchroniques. Des étoiles qui paraissent nous envoyer un rayonnement tout semblable, sont séparées non seulement par des gouffres d’espace, mais aussi par des abîmes de temps. Telle d’entre elles qui semble encore briller sur nos têtes est, en réalité, éteinte depuis déjà des millions d’années. D’autres sont nées, dont le rayon n’a pas encore eu le temps de parvenir jusqu’à nous. Il n’en va pas autrement des peuples. Sous la rubrique apparente du même millésime, d’effroyables décalages chronologiques les séparent. L’Islam date des éphémérides du quatorzième siècle de l’Hégire, et il est exact que nombre de ses fidèles vivent encore à l’époque de notre Trecènto [quatorzième siècle]. Le moins que l’on puise dire de l’invasion hitlérienne, c’est qu’elle était contemporaine d’Alaric* et de Genséric**. Des zones entières de l’âme allemande sont encore éclairées par le soleil du pré-Moyen Age, et il n’est pas douteux que, sous les uniformes modernes, les clans militaires japonais de 1941 aient vécu très exactement au seizième siècle. Par contre, les plus évolués des peuples occidentaux, les Scandinaves, donnaient l’impression d’avoir déjà atteint le port de l’an 2000.

Ce décalage chronologique constitue pour l’humanité le plus grave péril. La plupart de nos malheurs viennent de ce que les peuples, ne vivant pas à la même époque, n’obéissent ni à la même logique ni à la même morale. Combien de guerres a causées ce dénivellement culturel! Les camps de concentration allemands nous ont même, à cet égard, révélé le plus effroyable secret : sur de nombreux secteurs nous sommes restés contemporains de l’humanité primitive.

Or, une voix d’outre-tombe, celle d’un homme d’État américain, vient de nous rappeler que – plus que jamais – la Terre est ronde ». Il est en effet certain que le progrès scientifique, encore accélérée par la dernière guerre, a à ce point raccourci les distances que tous les peuples désormais se touchent. La théorie de la dérive des continents joue, cette fois, en sens inverse : les voilà de nouveau agglomérés. Des peuples que nous venons de voir séparés par des abîmes psychologiques et culturels devront vivre en étroite symbiose, cohabiter dans une maison commune aux parois soudains resserrées, aux cloisons abattues. Dans un prochain conflit la nation la plus inoffensive, la plus résolument neutre, se trouverait impliquée d’office. L’exemple de la Norvège, pour ne citer que celui-là, est un avertissement.

C’est que l’Occident semble avoir oublié le maître-mot qui était comme la clé de sa civilisation. Ce mot magique autour duquel s’était ordonnée la pensée européenne, cette idée-force qui aura été la grande motrice des derniers siècles, c’était l’idée de liberté. Liberté de pensée, libertés civiques, indépendance des peuples, c’était vers cet idéal que depuis la R de l’humanité s’était mise en marche.

Pour lui, elle avait, pendant des décades, peiné et souffert. Au commencement du vingtième siècle, elle l’avait à peu près atteint. Du moins tous les peuples, même les moins évolués, je veux dire les éléments les plus cultivés chez tous les peuples, se piquaient-il de se modeler sur le libéralisme dont les nations anglo-saxonnes donnaient l’exemple et qui était considéré comme la formule même de la civilisation. Les traités de 1919 s’efforcèrent de reconstruire le monde sur ses bases.

Mais il arriva que lorsque nos contemporains eurent à peu près atteint le but pour lequel étaient morts leurs pères, ils parurent s’en désintéresser. Entre 1919 et 1939 nous avons assisté à cet étonnant spectacle : une société qui a cessé de croire à sa raison d’être et qui, pareil à l’Athénien de la Vie d’Aristide, se trouvant lasse d’entendre sans cesse l’éloge de la Liberté et de la Justice, inscrit le nom de ces deux déesses sur ses ostraka*. En dehors du domaine anglo-saxon, on eût dit que, du jour au lendemain, le sens de ces mots s’était perdu. C’est que, contre la doctrine officielle, des négateurs s’étaient dressés, qui, procédant à la manière des encyclopédistes du dix-huitième siècle, mais en sens inverse, sapaient par la base les théories libérales.

* Alaric : « (delta du Danube vers 370-Cosenza 410), roi wisigoth de 396 à 410. Il ravagea les pays balkaniques et envahit l’Italie. Le sac de Rome par ses troupes en 410 eut un immense retentissement dans l’Empire romain d’Occident. » (https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Alaric_Ier/104526)

** Genséric : « Roi des Vandales de 427 à 477, et des Alains de 428 à 477, Genséric est né vers 399 sur les rives du lac Balaton et mort le 25 janvier 477 à Carthage. » (https://www.universalis.fr/encyclopedie/genseric-geiseric/)

« Les Vandales sont un peuple germanique oriental. Ils s’illustrèrent en pillant successivement la Gaule, la Galice et la Bétique (en Espagne), l’Afrique du Nord et les îles de la Méditerranée occidentale lors des Grandes invasions, au Ve siècle de l’ère chrétienne. Ils fondèrent également un éphémère « royaume vandale d’Afrique », ou « royaume de Carthage » (439–533). » (https://www.histoiredumonde.net/-les-vandales-.html)

*** ostrakon : origine ostrakon, morceau de poterie sur lequel on inscrivait son vote à Athènes) Ce système fut instauré dans les poleis au moment de l’établissement de la démocratie. L’assemblée des citoyens avait le droit, par vote plus que majoritaire, d’exiler des individus qu’elle jugeait n’avoir pas bien rempli leurs fonctions politique, militaire ou judiciaire. L’ostracisme était une punition très grave. [Ostracism] (http://faculty.marianopolis.edu/c.belanger/civilisation/textes/glossaireo-z.htm

Madame ou Monsieur, imaginez que rien, absolument rien, ne vous est impossible, imaginez que vous décidez de créer un monde d’êtres et de choses…

 

Madame ou Monsieur, imaginez que créez un monde d’êtres et de choses…

Vous ne permettrez pas, n’est-ce pas? que, dans votre monde, il se déroule des événements comme celui que montre l’image ci-dessous.

 

Conquête de Rametta ; guerre en Sicile

entre les musulmans siciliens kalbites et les chrétiens Byzantins

vers 962 

 

Creusement des inégalités et érosion des programmes de sécurité sociale

Source : Guy Taillefer, Simplicité involontaire – Le Devoir, 27 décembre 2018 – ÉDITORIAL, https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/544331/retraites-simplicite-involontaire

EXTRAIT

Par Guy Taillefer, éditorialiste, Le Devoir
Dans l’empire de l’économie néolibérale qui tient le petit contribuable en laisse, le creusement des inégalités et l’érosion des programmes de sécurité sociale, là où ils existent, se sont accélérés en 2018, que les gouvernements pensent à droite ou qu’ils fassent semblant de pencher à gauche. […]
Moins médiatisée car plus éparpillée, cette exaspération s’est aussi manifestée cette année au sein d’une catégorie de citoyens qu’on ne voit pas souvent se mobiliser : les retraités. Leur courroux n’en est que plus éloquent.
De la France à la Russie en passant par le Nicaragua et l’Argentine, ils sont descendus dans la rue pour dénoncer des « réformes » promues par des gouvernements plus ou moins dysfonctionnels et déconnectés qui, de fait, se trouvent à approfondir la pauvreté des uns et à fragiliser les revenus de « classe moyenne » des autres au nom pratique d’impératifs budgétaires. Dans la dernière ligne droite de l’existence, trop de retraités — et de retraitées ! — deviennent, de force, des apôtres de la décroissance par simplicité involontaire. Dans le pire des cas, la religion du PIB à laquelle ils ont obéi toute leur vie les réduit à la mendicité.
[…]
Les programmes de sécurité sociale font partout débat, ici, là-bas. Mais il tombe sous le sens que lesdites réformes sont d’emblée injustes et que le dialogue social est inégal à partir du moment où ce sont les moins nantis qui paient la note et s’en trouvent davantage précarisés. Conçue pour les hautes castes, la réforme fiscale de Trump en est un cas grave en ce qu’elle creuse la tombe de programmes comme celui de la Social Security, le fonds finançant les retraites des Américains.
Comment peut-on parler de démocratie dans un monde où prospèrent les inégalités ? De plus en plus difficilement. Une solution radicale et salutaire consisterait évidemment à fermer les paradis fiscaux. Mais nos gouvernements en ont peu la volonté — ou n’y ont tout simplement pas intérêt. Le « vieillissement de la population » est une réalité qui continuera donc d’avoir le dos large. Et le pillage se poursuivra sur le dos de classes moyennes de plus en plus exsangues.

Les pauvres et les exclus : des humiliés et des offensés

Source : Jean-Claude Guillebaud, journaliste, écrivain et essayiste, Humiliés et offensés, revue La Vie, 12/11/2018 ,http://www.lavie.fr/debats/bloc-notes/humilies-et-offenses-12-11-2018-94292_442.php

 

Il m’a semblé discerner assez nettement la contradiction entre, d’une part, cette uniformisation accélérée de la planète, sous l’empire du libre-échange, de la domination américaine hystérisée par Donald Trump, du cosmopolitisme marchand et, d’autre part, la quête identitaire des peuples, précipités dans une anxiété confuse, le recours à l’histoire nationale, à l’enracinement, à la spécificité culturelle comme autant de refuges.

Contradiction, en somme, entre ce grand tout universaliste et marchand de la mondialisation et le besoin qu’éprouvent les peuples de retrouver des repères, de se redéfinir, voire de se barricader. […] Aujourd’hui, la défense des plus démunis, la colère des pauvres et des exclus n’est plus prise en charge nulle part par des forces politiques capables de gouverner. On a l’impression que les affaires du monde sont maintenant prises en charge par une élite internationaliste, médiatique, vaguement arrogante, qui a fait de la « modernité » son credo et du commerce international son souci.

Les élites qui expriment cette nouvelle vulgate se trouvent en effet coupées du peuple, oublieuses des petits, des exclus, des retardataires. Elles s’impatientent des peurs de l’opinion qu’elles interprètent comme autant d’archaïsmes. Se lamenter de cette situation ne sert pas à grand-chose. Il faudrait s’interroger sur ce qui l’a rendue possible. On n’a jamais le droit de déraciner autoritairement les peuples, écrivait Simone Weil. Même pour leur bien.

[…]

De quoi se plaignent ces « pauvres » d’Occident, qui sont quatre fois plus riches que ne l’étaient leurs parents ? Tel fut l’éternel refrain pour combattre le « populisme ».

Un refrain idiot. Repensons au premier grand roman de Dostoïevski, Humiliés et offensés (1861). Il nous rappelle que la pire des souffrances humaines n’est pas toujours la pauvreté, mais trop souvent l’humiliation, l’offense, le mépris. Les technocrates de droite, de gauche ou du centre n’ont jamais compris cela.

Selon un homme, la députée Catherine Dorion s’habille comme la chienne à Jacques. Devrait-elle s’habiller comme la femme à François Legault

La nouvelle et jeune députée Catherine Dorion devrait-elle porter des vêtements Grande-Allée à l’Assemblée nationale et ne pas sortir de chez elle quand elle enfile ses accoutrements Saint-Sauveur? Devrait-elle, au moins à l’Assemblée, respecter les règles de la civilité?

Regardez la photo : moi, je la trouve très bien, Catherine. Sa tenue vestimentaire est tout à fait acceptable.

Catherine Dorion à l’Assemblée nationale du Québec, 2018

Mais, c’était inévitable, certains trouvent que Catherine et ses vêtements inspirent moins confiance que les grandes personnalités mondiales que les organes d’information nous montrent tous les jours. Je pense à :

Bachar al-Hassad, maître de la Syrie, avec Moscou, et quelques-uns de ses chimistes.

Tenue impeccable, pour ce diplômé en ophtalmologie qui ne rate presque jamais la cible.

 

Mohamed ben Salmane, prince héritier de l’Arabie saoudite, en compagnie de Vladimir Poutine, empereur de Russie. Le prince porte de merveilleux vêtements, mais il faut craindre qu’on lui impose une fouille de la tête aux pieds, à l’Assemble nationale du Québec, avant de l’autoriser à aller entendre le premier ministre François Legault parler d’audace et de sa position d’homme d’affaires : ses vêtements volumineux pourraient cacher une scie à découper.

 

Macron, Emmanuel, et Trump, David. Leurs contribuables leur donnent des milliers de dollars pour qu’ils s’achètent des vêtements conformes aux règles de bienséance, sauf aux règles sacrées des peuples porteurs de l’étui pelvien (Macron, Trump, d’éternels déviants!)

 

Rob Ford, premier ministre de l’Ontario, autre carte de mode. Ce n’est pas demain que François Legault l’invitera pas à prendre la parole en anglais à l’Assemblée nationale, mais quand il le fera, il n’ordonnera pas que le service de sécurité le fouille : Ford entrera comme une lettre à la poste à l’Assemblée nationale, avec sa bière ontarienne à prix réduit dissimulée dans une poche de son blazer Paul Smith.

 

Monsieur Martin Robert et sa magnifique tenue vestimentaire. On n’a jamais vu Philippe Couillard, ancien premier ministre du Québec et médecin ayant exercé au Québec et en Arabie saoudite, aussi bien équipé pour impressionner le peuple. Monsieur Robert peut rêver de devenir premier ministre. Il fréquente des endroits très chics et très chers que connaissent d’anciens premiers ministres vivants. Il y a quelques jours, Monsieur Robert a participé, à l’Hôtel Windsor, endroit des plus chics à la grandiose fête destinée à marquer grandiosement son mariage. S’il a décidé de passer à l’état de citoyen marié, c’est peut-être pour accroître sa respectabilité aux yeux des électeurs. Imaginez-le postulant le poste de chef du Parti libéral du Québec, habillé comme un député, et marié, et amoureux : la victoire est dans le sac Dior!

Malheureusement

Le 7 décembre 2018, la journaliste Denise Bombardier a écrit dans Le Journal de Québec : « Québec solidaire n’a pas besoin d’adversaires. Ses quelque députés (Madame Bombardier parle de Catherine Dorion et de Sol Zanetti) déguisés en « monde ordinaire » dans les lieux hautement symboliques de l’Assemblée nationale ont réussi en quelques semaines à caricaturer définitivement leur parti. Ces ados trentenaires mènent une «révolution » en s’accoutrant de vêtements et de chaussures dont ils croient qu’ils sont des armes idéologiquement efficaces » (https://www.journaldemontreal.com/2018/12/07/la-politique-des-apparences). Elle a dit aussi que l’Assemblée nationale est la « Maison du peuple »; c’est ce que croyaient nos ancêtres… Elle reproche à Madame Dorion de porter des bottines DR Martens, « les chaussures dont raffolent, selon la chroniqueuse, les voyous casseurs »; elle soutient, tenez-vous bien, qu’ « À l’Assemblée nationale, l’habit fait le moine ». Elle a pourtant lu le grand fabuliste français : « Garde-toi, tant que tu vivras, De juger les gens sur la mine » (Jean de La Fontaine). Madame Bombardier n’ignore pas non plus que « sous pauvre casaque peut se trouver un homme robuste » (expression espagnole).( La casaque est un vêtement.)

Si vous croisez Madame Bombardier, soyez bons, dites lui : « Décriez le programme de Québec solidaire tant que vous voulez, contestez haut et fort ses idées, mais ne haïssez pas ses députés et ses membres (quand on vous lit, on jurerait que vous les exécrez), ça ne fait de bien à personne, ça doit vous faire mal ». Demandez-lui si elle connaît des religions qui refuseraient l’entrée de leurs lieux de culte à Madame Dorion et à Monsieur Zanetti, vêtus de vêtements qu’ils portent à l’Assemblée nationale, quand ils vont visiter leur papa et leur maman, quand ils bercent leurs enfants.

J’espère que Madame Dorion, au Parlement, ne sera pas jamais soumise à une fouille à nu. Si jamais on lui en impose une, qu’elle l’accepte, et qu’une fois nue elle se réfugie à l’Assemblée nationale, dont la séance ordinaire deviendra extraordinaire…

Roger Martel citoyen de Lévis

COMPLÉMENTS

Françoise David

« L’ancienne députée et ex-porte-parole solidaire Françoise David s’étonne des vives réactions provoquées par l’attitude de QS. Elle fait remarquer que ce qui a permis l’ascension du parti est maintenant critiqué.

« Le plus drôle, c’est qu’on demande aux politiciens de ne pas parler la langue de bois, d’avoir un franc-parler, de ne pas avoir de cassette, mais la minute où on déborde, on nous reproche d’être provocateurs. Est-ce qu’on peut savoir ce qu’on veut ? » demande-t-elle.

(Améli Pineda, Dévêtir la politique de son élitisme, Le Devoir, 8 décembre 2018, p. B5 de l’édition papier, https://www.ledevoir.com/politique/quebec/543192/devetir-la-politique-de-son-elitisme)

Jean-François Nadeau

Pendant l’essentiel de l’histoire de l’humanité, il fut possible de distinguer la position sociale des gens en société simplement en regardant comment ils étaient habillés. Un paysan n’avait jamais l’air d’un mineur. Le salarié d’une usine ne ressemblait pas à celui qui possédait les outils avec lesquels il s’usait. Par le raffinement de ses vêtements, conçus pour danser et causer, l’aristocrate révélait qu’il n’avait pas à travailler. […]

Aux premiers temps du Parlement, on portait la perruque, la redingote et la chemise bouffante, le tout hérité des pratiques d’une aristocratie dont les intérêts — comme par hasard — coïncidaient la plupart du temps avec les affaires traitées en cette enceinte.

Le complet de l’homme d’affaires va en venir à constituer le nouvel uniforme de la classe dirigeante. […]

Le veston et la cravate ne sont pas tombés du ciel. Ils témoignent de positions sociales et politiques dominantes, celles occupées par le monde des affaires et de ses valets au sein de ces institutions.

[…] Mais en vertu de quelle perversion de l’esprit le costume de l’homme d’affaires doit-il être considéré comme seule tenue correcte ? […]

Le scandale au fond n’est-il pas de refuser, derrière ce paravent commode des vêtements, de se poser de vraies questions sur ce qui est en mesure de garantir la dignité de nos institutions contre les faux-semblants de respectabilité de tous les bandits cravatés ?

(Jean-François Nadeau, Le paravent des vêtements, Le Devoir, 10 décembre 2018, https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/543253/le-paravent-des-vetements)

Francine Pelletier

Remercions donc l’audacieuse députée de Taschereau, plus poétique encore que Gérald Godin et bien plus branchée sur les « vraies affaires » que François Legault, d’avoir défoncé le plafond de verre du Salon bleu, plein de dorures et de guirlandes celui-là, et, surtout, de démontrer un tel talent à faire de « la politique autrement ». Il en faudrait plus comme elle.

(Francine Pelletier, Le corps d’une femme, Le Devoir, 12 décembre 2018, https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/543377/le-corps-d-une-femme?utm_source=infolettre-2018-12-12&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne)

Antoine Robitaille

« … attention aux anticonformistes autoproclamés qui divisent le monde de manière manichéenne en deux camps : eux, les rebelles, et les autres, les méchants conformistes détenant le pouvoir. Mr Monopoly, aujourd’hui, porterait, à l’instar de bien des oligarques russes d’ailleurs, jeans et espadrilles mondialisés.

En somme, non seulement l’anticonformisme vestimentaire peut cacher un conformisme d’allure, voire d’esprit, il ne nous aide en plus aucunement à saisir plusieurs des vraies questions de notre temps.

(Antoine Robitaille, Attention aux rebelles autoproclamés, Le Journal de Québec, 11 décembre 2018, https://www.journaldemontreal.com/2018/12/11/attention-aux-rebelles-autoproclames

Les gilets jaunes en France : « Dieu se rit des hommes qui déplorent des effets dont ils chérissent les causes. »

La Vie (revue française), http://www.lavie.fr//debats/bloc-notes/une-detestation-inguerissable-04-12-2018-94798_442.php, décembre 2018

EXTRAIT

Il appartiendra aux historiens de comprendre pourquoi un jeune président [Emmanuel Macron], élu en 2017, nanti d’une majorité à sa main, d’un noyau de fidèles et d’obligés, et d’une sympathie de principe, aura pu déclencher si vite un rejet exaspéré. Il va bien plus loin que l’impopularité terminale de ses prédécesseurs. La détestation, cette fois, est viscérale. Pourquoi et comment ?

On répond généralement en évoquant l’arrogance, l’inclination pour les riches, le profil technocratique, etc. Mais pour ne pas rester vague, donnons ici quelques exemples : les « fainéants »,« ceux qui ne sont rien », ceux qui aiment « foutre le bordel », les « extrémistes », les chômeurs« multirécidivistes » du « refus d’embauche », ceux qui « feraient mieux de travailler » pour « se payer un costard », ceux qui se contentent d’être « illettrés », les « classes laborieuses », etc.

Un président qui s’exprime doit savoir qu’il alimente, jour après jour, une aversion spécifique. Et durable ! À propos de l’Arc de triomphe et de la tombe du Soldat inconnu, ajoutons que cette antipathie aura gagné les rangs de la police et l’armée elle-même. La parution récente d’un livre de ma consœur Nathalie Guibert, Qui c’est le chef ? (Robert Laffont) revient sur le sujet. Son premier chapitre – publié par Le Monde – dit à lui seul de quoi il s’agit : « Ce jour où Macron a pulvérisé l’honneur du général de Villiers. »

À ce stade une question se pose : comment gérer pareille détestation afin d’aller jusqu’au bout d’un quinquennat mal engagé ? Et cela, en tablant sur la seule police et sur un maintien de l’ordre « musclé » ? Suggérons à Emmanuel Macron, à propos de sa prétendue arrogance technocratique, de relire cette phrase de Bossuet, que le pape François avait reprise en février 2014 dans son discours aux ambassadeurs:

« Dieu se rit des hommes qui déplorent des effets dont ils chérissent les causes. »

Bossuet, théologien et écrivain français ordonné prêtre en 1652

Macron tu nous prends pour des cons

maintenant subis notre révolution


« …  les gilets jaunes sont le contraire de nantis. Ils sont, par définition, des perdants de l’économie mondialisée et libérale. »

(Laurent Joffrin, journal français Libération, https://www.liberation.fr/politiques/2018/11/22/gilets-jaunes-insurrection-des-beaufs-ou-juste-colere-du-peuple_1693631?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot, 22 novembre 2018)


« En attendant de connaître le sort de leur mouvement, les gilets jaunes pourront toujours commenter une actualité qui est à la fois à des années-lumière et qui n’est pas tout à fait sans rapport avec la leur, puisque c’est encore une affaire de bagnoles et d’impôts. Voici la véridique histoire de Carlos Ghosn, l’homme qui gagnait treize millions d’euros par an et qui n’en avait jamais assez. Accusé par les dirigeants de Nissan d’avoir dissimulé au fisc une partie de ses revenus, et autres malversations, il est aujourd’hui en garde à vue à Tokyo. Le vertige de la toute-puissance et de l’impunité a fini par le faire chuter. Il pourra se dire, comme Mirabeau (la formule, paraît-il, est de lui) que « la roche Tarpéienne est proche du Capitole ». Car même dans la jungle du capitalisme financier tout n’est pas possible. Encore que le vrai scandale est celui des salaires de ces grands patrons qui s’auto-augmentent sans vergogne. La confrontation de cette affaire avec le mouvement des gilets jaunes offre une illustration de la question à laquelle tout nous ramène toujours, celle du partage des richesses. Les gilets jaunes penseront sans doute que Ghosn appartient à une autre planète. Mais non, c’est sur la même planète qu’un homme estime valoir six cents fois plus que son salarié smicard. Et c’est un peu comme une insulte à la condition humaine. »

(Denis Sieffert, La stratégie du pourrissement, revue française Politis, 21 novembre 2018, https://www.politis.fr/articles/2018/11/la-strategie-du-pourrissement-39635/)

 

Des gilets jaunes au Québec?

 

Le 17 novembre [2018], la France s’est réveillée en jaune. Près de 290.000 Français ont manifesté un ras-le-bol qui dépasse la hausse de la taxe carbone.

(Frédéric Legrand, Olivier Nouaillas, Jordan Pouille, Youna Rivallain et Pascale Tournier, Les “gilets jaunes”, une colère française, revue française La Vie, 20/11/2018, http://www.lavie.fr/actualite/france/les-gilets-jaunes-une-colere-francaise-20-11-2018-94490_4.php

 

les gilets jaunes sont le contraire de nantis. Ils sont, par définition, des perdants de l’économie mondialisée et libérale.

(La lettre politique de Laurent Joffrin, Journal Libération, 22 novembre 2018, https://www.liberation.fr/politiques/2018/11/22/gilets-jaunes-insurrection-des-beaufs-ou-juste-colere-du-peuple_1693631?xtor=EPR-450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot)

 

La plupart d’entre eux [les gilets jaunes] ont pour point commun de vivre désormais dans les territoires qui créent le moins d’emplois, à savoir dans les territoires ruraux, les petites villes et villes moyennes, comme la majorité des Français, d’ailleurs. Leur mouvement est une confirmation presque naturelle de ce qui se passe dans notre pays. Je le vois tous les jours en allant sur le terrain, dans les petites villes ou moyennes, mais aussi en banlieue. Il y a un ressentiment gigantesque.

(Christophe Guilluy : “Les gilets jaunes témoignent d’un conflit de classes” Interview Henrik Lindell, revue La Vie, 21/11/2018, http://www.lavie.fr/actualite/france/christophe-guilluy-les-gilets-jaunes-temoignent-d-un-conflit-de-classes-21-11-2018-94494_4.php)