Dangereux, les diplômes frauduleux.

Lévis, le 14 janvier 2020

Monsieur Guillaume Boivin, directeur

Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

52, côte du Passage, Lévis (Québec)

Monsieur,

Un document que Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles a publié dans son son site web le 27 février 2018, contient ce passage :

« Après des études universitaires de 3e cycle en littérature française et une expérience de 7 années comme professeur de lettres dans son pays, le Sénégal, Aliou Gueye débarque à Montréal le 5 avril 2011 avec l’ambition d’y poursuivre sa carrière. Rapidement confronté à l’impossibilité de faire reconnaître ses diplômes et à la difficulté de travailler, malgré son trilinguisme, il tente sa chance en dehors de la Métropole et s’établit à Lévis à l’été 2012 avec l’idée de reprendre ses études. Il y trouve rapidement un emploi bien rémunéré [dans une usine – note du soussigné] et s’inscrit à l’université. » (http://www.letremplinlevis.com/actualite-le-tremplin/evenements/bibliotheque-vivante-raconte-moi-ton-histoire-un-succes-sur-toute-la-ligne)

À Lévis, s’il y a un organisme qui devrait comprendre pourquoi les pays qui accueillent des immigrants mettent parfois beaucoup de temps à déterminer s’ils peuvent reconnaître les diplômes présentés par des étrangers, c’est bien Le Tremplin. Parce que le Tremplin sait que les connaissances exigées aux examens dans les écoles ou facultés de Chine, du Congo ou du Venezuela, par exemple, peuvent ne pas être tout à fait les mêmes que celles des facultés du Canada, par exemple, et les agents de l’État, au Québec et ailleurs, doivent donc comparer les programmes d’études. Le Tremplin n’ignore pas non plus que les faux diplômes produits à l’étranger (peut-être même au Canada) se comptent par millions. Il s’en crée énormément en Chine : [Source : https://www.refworld.org/docid/527a38d74.html (Le document provient de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada.)]

Malheureusement, le Sénégal produit lui aussi des diplômes frauduleux (l’ambassade du Canada au Sénégal a fait un signalement à ce sujet en 2014) :

https://www.leral.net/Trafic-de-faux-diplomes-Une-dizaine-d-etudiants-de-l-Ucad-en-garde-a-vue-a-la-Dic_a131465.html

On aurait tort de laisser entendre que les fonctionnaires du Québec se traînent les pieds. Les vérifications qu’ils effectuent sont souvent difficiles et laborieuses. Il faut qu’ils les fassent pour protéger tout le monde, au Québec. Évidemment, il ne faut pas exclure que des éléments québécois soient malheureusement plus intéressés par la défense de leurs intérêts égoïstes que par la recherche du bien commun, du mieux-être de la société.

Roger Martel, citoyen de Lévis

P.-S. Le Tremplin écrit que M. Aliou Gueye a fait des études universitaires de troisième cycle (hors du Canada), il écrit que l’État du Québec n’a pas reconnu les diplômes de M. Aliou Gueye. Le Tremplin pourrait suggérer à ce dernier de rendre public le diplôme qui a couronné ses études universitaires en littérature française. Le Tremplin pourrait aussi conseiller à M. Gueye de publier son mémoire ou sa thèse (dans le site web du Tremplin, peut-être).

Je ne puis savourer les fruits de la modernité en toute quiétude si je ne suis pas sûr que les générations à venir pourront les savourer tout autant.

Extrait du livre Le Dérèglement du monde écrit par Amin Maalouf.

(Le Dérèglement du monde, essai, Paris, Éditions Grasset & Fasquelle, © 2009; édition de mars 2018, p. 12-14)

QUI EST AMIN MAALOUF

Amin Maalouf est né au Liban en 1949. Il est l’auteur de romans (il a reçu le Prix Goncourt pouLe Rocher de Tanios, le Prix France-Liban pour Léon l’Africain, et plusieurs autres prix); il a aussi écrit des essais : Les Identités meurtrières, 1998; Origines, 2004; Un fauteuil sur la Seine : Quatre siècles d’histoire de France, 2016; Le Naufrage des civilisations, 2019. Journaliste, Amin Maalouf a été le rédacteur en chef du périodique Jeune Afrique. Enfin, Amin Maalouf est docteur honoris causa de plusieurs universités et a été élu à l’Académie française en 2011.

 

« Mon inquiétude […] est celle d’un adepte des Lumières, qui les voit vaciller, faiblir et, en certains pays, sur le point de s’éteindre; c’est celle d’un passionné de la liberté, qui la croyait en passe de s’étendre sur l’ensemble de la planète et qui voit à présent se dessiner un monde où elle n’aurait plus sa place; c’est celle d’un partisan de la diversité harmonieuse, qui se voit contraint d’assister, impuissant, à la montée du fanatisme, de la violence, de l’exclusion et du désespoir; et c’est d’abord, tout simplement, celle d’un amoureux de la vie, qui ne veut pas se résigner à l’anéantissement qui guette.

[…] je ne puis savourer les fruits de la modernité en toute quiétude si je ne suis pas sûr que les générations à venir pourront les savourer tout autant. […] le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive, sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse, et […] il faudrait un sursaut, d’urgence, pour éviter le naufrage. […] Le temps n’est plus notre allié, c’est notre juge, et nous sommes déjà en sursis.

[…] l’humanité est confrontée [aujourd’hui] à de nouveaux périls, sans équivalents dans l’Histoire, et qui exigent des solutions globales inédites; si celles-ci n’étaient pas trouvées dans un proche avenir, rien de ce qui fait la grandeur et la beauté de notre civilisation ne pourra être préservé; […] bien des signes donnent […] à penser que le dérèglement du monde est déjà à un stade avancé, et il […] sera difficile d’empêcher une régression.

 

En 2019, Amin Maalouf a dit :

Quel lien de cause à effet faites-vous entre le « naufrage » actuel du Levant (Proche-Orient) et celui des autres civilisations ?

Je suis persuadé que mon Levant natal avait vocation à offrir au reste de l’humanité un modèle de coexistence harmonieuse, de prospérité et de progrès. Cette région, où sont nées les trois grandes religions monothéistes et où se sont côtoyées pendant des siècles des populations venues d’Orient et d’Occident, était en quelque sorte une préfiguration de ce qu’aurait pu constituer l’humanité mondialisée d’aujourd’hui. La désintégration de ces sociétés plurielles a causé une dégradation morale qui affecte à présent toutes les sociétés humaines, et qui déchaîne sur notre monde des barbaries insoupçonnées.

Amin Maalouf, propos rapportés par Chantal Cabé, “L’humanité a les moyens d’avancer vers la liberté, mais elle fait l’opposé”, La Vie (périodique français membre du groupe auquel appartient aussi le prestigieux quotidien Le Monde, 23/04/2019, http://www.lavie.fr/medias/cartes/amin-maalouf-l-humanite-a-les-moyens-d-avancer-vers-la-liberte-mais-elle-fait-l-oppose-17-04-2019-97746_534.php

 

Que sont les Lumières ?

Le mouvement des Lumières tire son nom de la volonté des philosophes européens du xviiie siècle de combattre les ténèbres de l’ignorance par la diffusion du savoir. L’Encyclopédie, dirigée par Diderot et d’Alembert, est le meilleur symbole de cette volonté de rassembler toutes les connaissances disponibles et de les répandre auprès du public – d’un public éclairé.

[…]

Confiants en la capacité de l’homme de se déterminer par la raison, les philosophes des Lumières exaltent aussi la référence à la nature et témoignent d’un optimisme envers l’histoire, fondé sur la croyance dans le progrès de l’humanité. L’affirmation de ces valeurs les conduit à combattre l’intolérance religieuse et l’absolutisme politique.

(Larousse, https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res/130660 )

La pensée du siècle des Lumières se développe autour de deux thèmes majeurs : le retour à la nature, la recherche du bonheur. Les philosophes dénoncent dans les religions et les pouvoirs tyranniques des forces obscurantistes responsables de l’apparition du mal, dans un monde où l’homme aurait dû être heureux. Ils réhabilitent donc la nature humaine, qui n’est plus entachée par un péché originel ou une tare ontologique ; ils substituent à la recherche chrétienne du salut dans l’au-delà la quête ici-bas du bonheur individuel. À la condamnation des passions succède leur apologie : l’homme doit les satisfaire, à condition qu’elles ne s’opposent pas au bonheur d’autrui.

(Larousse, https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/si%C3%A8cle_des_Lumi%C3%A8res/130660)

Sortir l’islam de l’impasse. Appel aux musulmans.

Le Monde des religions, http://www.lemondedesreligions.fr/chroniques/editorial/mauvaise-foi-07-01-2019-7704_161.php

La revue française LE MONDE DES RELIGIONS appartient au même groupe que le prestigieux quotidien français LE MONDE.

« Rédactrice en chef du magazine Le Monde des religions (groupe Le Monde), Virginie Larousse est spécialiste des religions, de la laïcité et de la spiritualité. Elle est diplômée de l’université Paris 4-Sorbonne et de l’École du Louvre. » (https://expertes.fr/expertes/67697-virginie-larousse).

Madame Larousse est l’auteure du livre La théologie chrétienne publié par les Éditions Garnier en 2013.

L’ÉDITO Mauvaise foi (extraits)

Virginie Larousse – publié le 07/01/2019

Il avait fui les talibans d’Afghanistan il y a une quinzaine d’années pour venir chercher une vie paisible en France. C’est pourtant sous les balles d’un islamiste que Kamal Naghchband est tombé lors de l’attentat de Strasbourg (…) Nous n’en avons pas encore terminé avec ce mal, cette mauvaise foi qui conduit certains individus à se prendre pour Dieu. Pour un Dieu vengeur et rageur, en l’occurrence.

(…) C’est précisément pour endiguer la diffusion d’idéologies religieuses violentes que le président Macron a annoncé vouloir réformer l’organisation de l’islam. (…) L’État ne peut dédiaboliser Dieu, extirper les pulsions meurtrières des fanatiques de cette « mauvaise foi » en un Dieu cruel et sanguinaire. Ce travail revient à tout un chacun – théologiens, philosophes, citoyens. Il revient surtout aux musulmans eux-mêmes.

J’ai la chance de côtoyer, au quotidien, des musulmans d’exception. Des musulmans ouverts à l’altérité, totalement acquis à la libre conscience, qui cultivent la beauté, l’intelligence sous toutes ses formes, qui donnent beaucoup d’eux-mêmes, avec courage, pour sortir l’islam de l’impasse. Lors d’un débat organisé au Monde en octobre dernier, l’écrivain Kamel Daoud avait eu ces mots à leur adresse. « L’espoir c’est vous, ici [en Europe, ndlr]. Si vous réussissez à humaniser, à universaliser, à relativiser une pratique, une approche du texte, vous pouvez être en Occident les vecteurs d’un possible changement, d’une réforme de l’autre côté [de la Méditerranée]. Vous serez l’incarnation de cette possibilité. Mais si vous échouez ici, la catastrophe sera immense de l’autre côté. » À l’aube de 2019, osons espérer, mais surtout oeuvrer, pour que la lumière parvienne à percer l’obscurité.

Soirée d’échanges entre musulmans et non musulmans, ou propagande religieuse, à Lévis (Québec).

Lévis, le 14 novembre 2019

Monsieur Elhadjid Mamadou Diarra, président, Conseil d’administration

Le Tremplin, Centre pour personnes immigrantes et leurs familles

52, côte du Passage, Lévis

Monsieur,

En 2017, vous avez organisé avec la Mosquée de Lévis et son imam, M. Karim Elabed, une activité publique appelée « soirée d’échanges ». Le but de cette soirée, avez-vous affirmé, était de démystifier l’islam, c’est-à-dire de le montrer tel qu’il est.

La soirée a eu lieu au Patro de Lévis le 17 ou le 18 mai 2017; j’étais présent, bien accompagné. Les conférenciers chargés de démystifier l’islam étaient l’imam Karim Elabed et une femme convertie à l’islam (Mme Marie-Josée Coulombe, porte-parole de la communauté musulmane de Québec, selon Le Tremplin), deux personnes très attachées à la confession musulmane, on le devine. Était également présente Mme Isabelle Potvin (probablement une croyante musulmane) dont le Tremplin a publié un « témoignage » dans son site web.

Voici un extrait du texte de Mme Potvin, qui parle des musulmans / musulmanes et des Québécoises / Québécois non-musulmans :

« Mais il n’y a pas que nos goûts culinaires qui se rejoignent. Nous sommes similaires à plusieurs niveaux, bien plus que nous le croyons! Lors de discussions avec l’Imam, celui-ci nous a confié que le Canada était un pays où les valeurs musulmanes étaient vraiment incarnées, de façon très concrète : la compassion, l’entraide, la solidarité, la tolérance, la fraternité, la paix, la justice, la liberté, etc. Nous avons alors pris conscience que les valeurs profondes qui sont prônées par les religions catholiques et musulmanes se ressemblent beaucoup! »

(On trouve le texte de Mme Potvin au http://www.letremplinlevis.com/actualite-le-tremplin/evenements/soiree-d-echange-avec-la-communaute-musulmane-beau-temoignage-d-une-participante?highlight=WyJwb3R2aW4iXQ)

Le soussigné peut-il vous poser des questions, Monsieur Diarra, et vous demander de les transmettre à Mme Potvin?

La TOLÉRANCE est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que les homosexuels soient persécutés dans des pays musulmans, et que l’Arabie saoudite interdise la construction d’églises, et que dans un tableau récent dans lequel sont énumérés les pays où les chrétiens sont persécutés dans le monde, neuf des dix plus grands persécuteurs sont des pays musulmans? Comment expliquez-vous que le Coran pousse à l’intolérance religieuse, ici :  « Et quiconque désire une religion autre que l’Islam, ne sera point agréé, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants » (III, 85, traduction de l’islamologue Denise Masson), et ici : « Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier, ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite; ceux qui, parmi les gens du Livre [croyants du judaïsme et du christianisme], ne pratiquent pas la vraie Religion »; (IX, 29, traduction de D. Masson)?

La PAIX est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que les membres des deux plus importantes branches de l’islam, les sunnites et les chiites, s’entretuent depuis le septième siècle (des musulmans qui s’entretuent…)? Comment expliquez-vous qu’à l’heure où vous me lisez les sunnites et les chiites s’affrontent au Yémen, armes aux poings? Comment expliquez-vous que l’islam, pour s’étendre, a mené de très nombreuses luttes armées aux 7e et 8e siècles, et après : « [] entre 632 et le milieu du VIIIe siècle, les musulmans s’emparèrent, du côté de la Méditerranée, de la Syrie et de l’Égypte byzantine, de la Tripolitaine, du Maghreb (Tunisie, Algérie, Maroc actuels), de l’Espagne wisigothe (d’où ils pénétrèrent en Gaule […]). Au nord et à l’est, ils soumirent la Mésopotamie (Irak), l’Arménie, la Perse (Iran), le Turkestan (à l’est de la mer Caspienne); ils atteignirent même la Chine. Par la suite, l’Islam s’installe aussi dans une partie de l’Inde et en Malaisie, tandis qu’en Europe les Arabes menaçaient de leurs raids l’Italie et la Gaule. » (Jean Monnier et Marcel Pacaut, Histoire. Rome – Le Moyen Age jusqu’au XIVe siècle, Paris, Fernand Nathan, ©1954, p. 180-181. Jean Monnier était inspecteur général  d’histoire; Marcel Pacaut enseignait à la Faculté des Lettres de Lyon.) Je rappelle aussi qu’après la mort de Mahomet, « Les conflits sanglants, qui ont […] opposé les partisans de ‘Alî à ceux qui contestaient son autorité, continuent à traumatiser la conscience des musulmans. On les évoque encore sous le nom de « la grande discorde » ( al-fitna al-kubrâ) : des compagnons du prophète, « promis au paradis » et donnés comme modèle à suivre, se sont entretués, dressant les musulmans les uns contre les autres dans une guerre fratricide plus sanglante que toutes les guerres menées jusqu’alors contre des non musulmans ! La « grande discorde » marque, de façon tragique, la fin du Califat de Médine. Elle a débouché sur l’institution de la violence comme mode quasi exclusif de l’accès au pouvoir d’une dynastie, ou d’un autocrate. La violence devient le moyen principal d’exercer le pouvoir et de s’y maintenir pour ne le quitter que mort ou chassé par une action violente » (Mohamed Chérif Ferjani, Islam, paix et violence, in Revue Projet 2004/4, https://www.cairn.info/revue-projet-2004-4-page-47.htm).

[« Né en 1951, en Tunisie, Mohamed-Chérif Ferjani est professeur à l’Université Lyon-II. Auteur de travaux concernant l’islam et le monde arabe, il a notamment publié Les Voies de l’islam, approche laïque des faits islamiques (CRDP de Franche-Comté / Éditions du Cerf, 1996), Islamisme, laïcité et droits de l’homme (L’Harmattan, 1992) et Le Politique et le religieux dans le champ islamique (Fayard, 2005).]

La JUSTICE est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous qu’en Iran les autorités jettent en prison les musulmanes qui manifestent pacifiquement contre le port du voile? Comment expliquez-vous que la justice musulmane puisse être inhumaine au point de punir le voleur de l’amputation de l’une de ses mains, au point de tuer à coups de pierres la femme adultère? Dites-nous si c’est agir d’une manière conforme à la justice que d’ordonner aux musulmans de tuer les chrétiens et les juifs (c’est écrit, dans le Coran, de les tuer) et d’autoriser les hommes musulmans à battre leur femme quand elle n’accepte pas d’obéir, de se soumettre (l’autorisation est donnée dans le Coran)?

La COMPASSION est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. (Note : Selon la Charte de la compassion, le précepte de compassion implique « de s’abstenir d’infliger de la souffrance à autrui, en tout temps et en toutes circonstances, que ce soit dans la sphère publique ou privée » (http://agora.qc.ca/dossiers/La_Charte_de_la_compassion). Y-a-t-il de la compassion dans ce verset du Coran : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’en faire un grand carnage. Et serrez les entraves [chaînes ou liens] des captifs que vous aurez faits » (Coran 47, 4). Le musulman fait-il preuve de compassion quand il punit le vol à main armée ou le meurtre par décapitation par sabre (« Trois Iraniens, condamnés en Arabie saoudite pour trafic de drogue, ont été décapités au sabre à Damman ce dimanche », a écrit le quotidien Le Parisien le 8 novembre 2015), quand il oblige les enfants à apprendre le Coran par cœur, quand il persécute des chrétiens? Y-a-t-il de la compassion dans ces paroles du Coran : « La Géhenne [enfer représenté comme un feu éternel] aux aguets sera un refuge pour les rebelles. Ils y demeureront des siècles sans goûter ni fraîcheur, ni boisson – à part une eau bouillante et une boisson fétide – Ce sera une rétribution équitable [] Goûtez donc! Nous n’augmenterons, à votre intention, que le châtiment. » (Coran LXXVIII, 21-30; traduction de l’islamologue Denise Masson)

La LIBERTÉ est une valeur musulmane, a écrit Mme Potvin. Comment expliquez-vous que l’islam interdise aux musulmanes d’épouser une personne d’une autre religion que la leur? Comment expliquez-vous que l’on condamne à mort, en terres d’islam, les croyants musulmans qui abandonnent leur religion [en 2014, en Mauritanie, un musulman âgé de 30 ans, a été reconnu coupable d’apostasie et condamné à mort (https://www.france24.com/fr/20141225-mauritanie-musulman-condamne-a-mort-apostasie-islam-justice]? Comment expliquez-vous que « L’esclavage en terres d’Islam apparaît […] comme un fait important, qui toucha pendant des siècles des millions d’hommes et de femmes et brassa une très grande quantité d’argent » [Tatiana Pignon, L’Esclavage en terres d’islam (viie-xvie siècles), Revue Les Clés du Moyen-Orient, 26/12/2014, https://www.lesclesdumoyenorient.com/L-esclavage-en-terres-d-Islam-VIIe-XVIe-siecles)? Comment expliquez-vous que l’islam interdise aux musulmanes et aux musulmans de changer de religion e-prophete-peine-capitale-mohamed-cheikh-ould-mohamed)]? Il vaut la peine de dire un mot de la liberté de la presse : « De nombreux pays musulmans occupent les dernières places du classement mondial de la liberté de la presse établi par « Reporters sans frontières ». [] Dans de nombreux pays musulmans, les journalistes doivent systématiquement faire face à des menaces et sont exposés à des représailles. » (Human Rights Watch, https://www.humanrights.ch/fr/dossiers-droits-humains/islam/tensions/liberte-expression/

Les lignes précédentes démontrent que le texte de Mme Isabelle Potvin est trompeur; pourquoi, Monsieur Diarra, votre Tremplin l’a-t-il publié?

Il est bon que je mentionne ici que le 18 mars 2018 M. Mohamed Labidi (alors président du Centre culturel islamique de Québec) a prononcé une conférence dans un lieu appartenant à l’Église catholique de Québec, le Montmartre, une conférence destinée en particulier, selon le conférencier lui-même, à démontrer que les croyants musulmans et les catholiques sont « très proches [selon le journaliste Philippe Vaillancourt, M. Labidi a déclaré à son auditoire majoritairement catholique : « Vous allez voir que nous sommes très proches » (http://presence-info.ca/article/pour-une-relance-du-dialogue-islamo-chretien-a-quebec]. La conférence de M. Labidi a été trompeuse : les croyants musulmans et les catholiques ne sont pas « très proches » (je pense l’avoir prouvé au https://lepasseurdelacote.com/?s=Labidi).

Quel objectif visaient Mme Isabelle Potvin en écrivant dans le site web du Tremplin : « les valeurs profondes qui sont prônées par les religions catholiques et musulmanes se ressemblent beaucoup », et M. Mohamed Labidi en affirmant que les croyants musulmans et les catholiques sont « très proches »? Quand on veut vivre en harmonie avec ses voisins, on ne cherche pas à les induire en erreur.

POUR TERMINER, DES PAROLES SUR LA CHARIA :

Extraits du texte La charia est-elle compatible avec les droits de l’homme ? https://eclj.org/religious-freedom/pace/la-charia-est-elle-compatible-avec-les-droits-de-lhomme-?lng=fr)

(L’ECLJ est titulaire du statut consultatif spécial auprès des Nations Unies / ECOSOC depuis 2007. L’ECLJ agit dans les domaines judiciaires, législatifs et culturels et défend en particulier le droit à la liberté religieuse, la vie et la dignité des personnes devant la Cour européenne des droits de l’homme et à travers les autres mécanismes offerts par les Nations-Unies, le Conseil de l’Europe, le Parlement européen et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe.)

a) « Certains principes énoncés dans la loi islamique [charia] contreviennent aux principes ayant qualité de droits de l’homme, au premier rang desquels la liberté religieuse. Selon la charia, un musulman n’a pas le droit de quitter sa religion pour une autre ou pour l’athéisme. Il s’agit d’un acte d’apostasie qui engendre sa mort civile (ouverture de sa succession) et qui mérite la peine de mort. »

b) La charia est « une justice islamique contraire à la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Extrait du livre Le Retour turbulent de Dieu. Politique, religion et laïcité, auteur : Sami Aoun *, Médiaspaul, © 2011, p. 109-111

« … les conflits entre l’interprétation de la charia et les droits de l’homme sont multiples. La charia n’a pas permis d’abolir carrément et expressément l’esclavage, même si ses règles font de la libération d’un esclave converti un acte méritoire et récompensé. Les châtiments corporels (hudûd) vont à l’encontre des droits de l’homme, mais sont prescrits explicitement par la charia.

[…]

« La liberté de culte est également problématique dans ce contexte. En effet, le verset coranique édictant qu’il n’y a point de contrainte dans la religion ne peut pas faire oublier d’autres prescriptions coraniques discriminantes envers ceux considérés comme apostats, tel : « Quand vous rencontrerez les infidèles, tuez-les jusqu’en faire un grand carnage. Et serrez les entraves des captifs que vous aurez faits. » (Coran 47 : 4). Il en va de même de la situation de la femme qui comprend la légitimité religieuse du port du voile. Ce dernier est sujet de débat jusqu’à aujourd’hui entre une mouvance majoritaire soucieuse de préserver le voile de la femme comme un ordre divin, et une autre, religieuse aussi, mais dissidente, qui le rejette expressément. La polygamie perçue comme une injustice par la Déclaration des droits de l’homme de 1948, reste une pratique sauvegardée par les dispositions de la charia et perpétuée par le droit interne des pays de l’espace musulman. La même perception s’applique à la procédure du divorce par l’homme et la demande du divorce par la femme, ainsi qu’à la question de l’héritage où la charia a institué un droit de la femme à hériter la moitié de la part du garçon.

« En conclusion, il faut noter que les sujets de controverse, aussi bien du côté chrétien que du côté musulman, constituent un blocage sérieux pour le dialogue islamo-chrétien, qui exige de respecter la liberté de conscience de l’interlocuteur. Ce dialogue est appelé à englober les droits de l’homme, seul garant du « vivre ensemble ».

* Politologue, spécialiste du Moyen-Orient, Sami Aoun est professeur titulaire à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke (Québec). Il a écrit : Aujourd’hui l’Islam Fractures, intégrisme et modernité;  L’Islam entre tradition et modernité; Mots-clés de l’islam; etc.

Extrait de l’article « La version locale de la charia islamique légalise, légitime et sacralise l’esclavage », Le Point, 28.12.2017, https://lesobservateurs.ch/2017/12/28/islam-mauritanie-la-version-locale-de-la-charia-islamique-legalise-legitime-et-sacralise-lesclavage/

 En 2017 et en 2018, qui commence, environ 20 % des Noirs mauritaniens sont possédés par des citoyens mauritaniens arabo-berbères, le plus légalement du monde. La version locale de la charia islamique légalise, légitime et sacralise cette pratique.

[…]

La loi fondamentale sacralise ainsi un code négrier, dont les visées esclavagistes dénient, de facto, l’égalité entre les races noire et blanche et autorise des musulmans à réduire en esclavage d’autres musulmans. »

Extrait du livre Chair et charia, auteure : Shereen El FekiL, http://www.revuedesdeuxmondes.fr/article-revue/chair-et-charia/, juin 215

chaque jour, hélas, apporte son nouveau lot d’intolérances et de répressions sexuelles dans le monde musulman.

Extrait du texte L’État et la religion sur la scène internationale, auteure : Anne Saris,

publié dans le livre Les religions sur la scène mondiale sous la direction de : Solange Lefebvre, Robert Crépeau, Québec, Presses de l’Université Laval, © 2010, p. 39-57. Mme Saris est professeure au Département des sciences juridiques, Université du Québec à Montréal.

la Déclaration islamique universelle sur les droits de l’homme prise par la Ligue arabe en 1981 (dont les articles 12 et13 posent le droit à la liberté de religion dans les limites de la shari’a [charia].

Extrait de l’article Entretien avec Malek Chebel, auteure : Léna Mauger, Revue des deux mondes, http://www.revue21.fr/zoom_sur/entretien-avec-malek-chebel

[C’est Malek Chebel, islamologue et auteur de nombreux livres, y compris une traduction en français du Coran, qui parle.]

Des prédicateurs affirment aujourd’hui qu’une femme non voilée n’est pas un être humain, mais une exhibitionniste, voire une hystérique. Soyons sérieux ! S’il faut voiler la femme pour en faire une musulmane, que faire des millions de femmes dévoilées pendant quatorze siècles ? Étaient-elles de mauvaises musulmanes ? Et les -Asiatiques non voilées, et les Africaines non -voilées, sont-elles encore musulmanes ? Je défends un islam du cœur, pas un islam du fichu.

Extrait de Faut-il avoir peur de la charia ? http://www.europe1.fr/international/faut-il-avoir-peur-de-la-charia-78681,9, 26 octobre 2011

« Au nom de la charia, l’Afghanistan tolère encore la lapidation des femmes adultères. »

Si vous pensez, Monsieur Diarra, ne pas avoir commis une faute en organisant, avec la Mosquée de Lévis et son imam (M. Karim Elabed), la « soirée d’échanges » de mai 2017, soirée de propagande en faveur d’une religion, l’islam, à laquelle vous appartenez, à laquelle appartient une musulmane qui était membre du conseil d’administration du Tremplin à l’époque où la « soirée d’échanges » a été organisée (j’ignore si cette personne, Mme Nawel Bahria, a voté en faveur de l’organisation de ladite soirée) (j’ignore si le conseil d’administration comptait d’autres personnes de religion musulmane dans ses rangs, en 2017), si vous pensez pas, Monsieur Diarra, ne pas avoir commis une faute en organisant, avec la Mosquée de Lévis et son imam (M. Karim Elabed), la « soirée d’échanges » de mai 2017, essayez de me convaincre que vous avez raison.

J’attends votre réponse avec impatience, Monsieur Diarra; je lirai celle de Mme Isabelle Potvin avec intérêt.

Je publierai la présente et votre réponse (ainsi que celle de Mme Isabelle Potvin) au www.lepasseurdelacote.com.

Bien à vous,

Roger Martel, citoyen de Lévis (Québec)

P.-S. Pour organiser et présenter la « soirée d’échanges » de mai 2017, le Tremplin a utilisé des fonds publics, de l’argent des citoyens du Québec et du reste du Canada, et de l’argent des citoyens de la Ville de Lévis. Cet argent n’avait pas été remis au Tremplin pour qu’il fasse de la propagande religieuse en faveur d’une religion.

La reconnaissance faciale n’est pas du goût du tout le monde.

https://www.france24.com/fr/20191018-tech24-reconnaissance-faciale-alicem-visage-liberte-rgpd-cnil-quadrature-net-pixel4

Émissions / Tech 24

Reconnaissance faciale : la résistance s’organise

Publié le : 18/10/2019     Par : Marjorie PAILLON

Extrait  :

… la reconnaissance faciale n’est pas du goût du tout le monde. De Paris à Hong Kong, en passant par San Francisco, associations, artistes et startups organisent la résistance. Quadrature du Net dénonce notamment une banalisation du recours à l’identification faciale. Son juriste, Martin Drago, nous en dit plus.

La France va donc devenir le premier pays européen à mettre en place la reconnaissance faciale pour accéder à ses portails administratifs en ligne. Mais ce dispositif, qui aura coûté plus de 3 millions d’euros, pose la question des libertés individuelles. Comment fonctionne-t-il ailleurs ? Reportage avec Julien Chehida.


L’islam n’interdit pas aux enseignantes musulmanes de ne pas porter leur voile au travail.

L’islam n’interdit pas aux enseignantes musulmanes de ne pas porter leur voile au travail

Les femmes et les hommes politiques en campagne électorale qui vitupèrent ces semaines-ci la Loi sur la laïcité du Québec modifieraient leur discours s’ils connaissaient mieux l’islam (et ne craignaient pas de perdre l’appui d’électeurs). Honnêtes, ils demanderaient aux enseignantes musulmanes québécoises d’accepter de bon cœur de ne pas porter leur voile islamique en classe. Pourquoi? Parce qu’ils sauraient que les musulmans obtiennent l’approbation de leur conscience pour mettre en oeuvre des solutions ou pour conclure des accommodements dans des situations plus difficiles pour eux que celle que la Loi sur la laïcité crée pour des enseignantes musulmanes. Exemple :

Il existe en islam des obligations fondamentales (fondamentales!) appelées piliers : la récitation des cinq prières quotidiennes imposées par le Coran en est une. Chaque prière doit obligatoirement être dite à une heure déterminée de la journée ou de la nuit; c’est le Coran, donc la parole de Dieu selon les musulmans, qui l’exige. Bien des musulmans des deux sexes ne tiennent pas compte de l’horaire des prières; ils ne s’y soumettent pas parce que leur métier les astreint à un emploi du temps contraignant, par exemple; certains disent toutes les prières avant d’aller travailler, un accommodement généralement bien accepté dans leur milieu, par leurs coreligionnaires. Comme le port du voile islamique n’est pas une obligation fondamentale (des penseurs musulmans soutiennent que ce n’est même pas une obligation secondaire), il est incompréhensible que des musulmans s’opposent à l’obligation faite aux enseignantes musulmanes (seulement à celles qui ne travaillaient pas dans une école publique avant l’adoption de la Loi sur la laïcité) de ne pas porter leur voile au travail, seulement, seulement pendant leurs heures de travail. Si l’islam trouve acceptable que des musulmans « contournent » l’obligation fondamentale du Coran concernant les cinq prières quotidiennes, il ne saurait reprocher aux enseignantes musulmanes de travailler à l’école publique sans porter un vêtement dont le port n’est pas une obligation fondamentale, n’est même pas jugé obligatoire par une partie du monde musulman.

Roger Martel, citoyen de Lévis

Le voile de l’islam. Parlons-en encore !

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« MA SŒUR NE PORTE PAS DE FOULARD.

MA FUTURE FEMME

NE PORTERA PAS DE FOULARD »,

déclare le mufti de la Grande mosquée de Marseille,

Soheib Bencheikh.

Mufti : interprète officiel de la loi musulmane. (Jurisconsulte, il rend des sentences, les fatwa.)

(Dictionnaire Larousse en ligne)

« Je ne suis pas pour le foulard. Ma sœur ne porte pas de foulard. Ma future femme ne portera pas de foulard. Si j’ai des filles, elles ne porteront pas le foulard. Je répète que le foulard n’est pas un signe religieux, mais une manifestation de pudeur. »

Cité par Martine Gozlan, L’Islam et la République. Des musulmans de France contre l’intégrisme, Paris, Belfond, 1994, pp. 103-104. La déclaration du mufti est reproduite par Pascal Buresi dans son livre Géo-histoire de l’Islam, © Éditions Belin 2005 pour la première édition, © Éditions Belin/Humensis 2018, p. 370. Pascal Buresi est directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (France) et directeur d’études à L’École des hautes études en sciences sociales. Il dirige l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (France).


Il n’y a pas longtemps,

le voile…

Jusqu’à la fin des années 1960, c’est-à-dire avant que l’islamisme ne s’impose, le hidjab (le voile qui couvre les cheveux) était considéré comme une sorte d’archaïsme, provenant de traditions tribales et de coutumes plus anciennes que l’islam lui-même. Dans les villes, peu de femmes portaient le voile et celles qui le portaient le faisaient surtout par commodité, pour éviter que leur chevelure ne soit gâtée par la poussière. Dans les campagnes, il s’agissait d’un voile traditionnel qui n’avait pas la même signification que le hidjab actuel. Cela dit, et il s’agit d’une précision essentielle à mes yeux, ce n’est pas parce que le voile a été introduit pour des motifs fondamentalistes que les femmes qui le portent aujourd’hui le font pour ces motifs.

(Rachad Antonius *, in Bélisle, Mathieu & Roy, Alain, L’islam et L’occident : D’où vient le malentendu ? Entretien avec Rachad Antonius, L’Inconvénient, (61), 8–13, 2015)

*Professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal. Affilié au Consortium Inter-universitaire pour les études arabes et du Proche-Orient (ICAMES).


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Vu d’Arabie Saoudite.

Femmes musulmanes en Occident, enlevez le voile !

Que Dieu me préserve ! Jamais je n’oserais dire une chose pareille. Car si je le faisais, je me ferais lapider. Et pourtant, il faudrait le dire. Seul pourrait le faire un homme de religion, expert des textes religieux et qui en connaisse les subtilités. Un tel homme existe. Il s’agit [du Saoudien] Mohamed Al-Issa, secrétaire général de la Ligue islamique mondiale [organisation saoudienne de promotion de l’islam à travers le monde]. Mohamed Al-Issa a auparavant été ministre de la Justice en Arabie Saoudite]. Il s’est penché sur la question du port du voile par des musulmanes en Occident et a donné son avis d’un point de vue de la charia lors d’une conférence devant des femmes voilées dans la capitale autrichienne :

« Quand un pays décide démocratiquement de ne pas autoriser le voile, il faut l’accepter. Si l’on veut rester, il faut enlever le voile. Sinon, il faut partir.”


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Le voile est devenu un signe ostentatoire d’adhésion

à l’islam le plus rigoriste.

Malek Chebel (1953-2016) : islamologue égyptien, anthropologue des religions, psychanalyste, auteur d’une traduction en français du Coran, du Manifeste pour un islam des Lumières, du Dictionnaire amoureux de l’islam et de nombreux autres ouvrages.

Malek Chebel (1953-2016) a écrit :

« Aujourd’hui, à la faveur de l’implantation de l’islam dans de nouvelles régions qui n’étaient pas musulmanes au départ, et du fait de la politisation extrême de cette religion, le voile est devenu un signe ostentatoire d’adhésion à l’islam le plus rigoriste, un signe religieux qui charrie autour de lui de nombreuses idéologies plus ou moins restrictives. La première est celle de l’affirmation sans équivoque des signes de foi par rapport à un univers politique neutre, aseptisé ou tout simplement laïc. La seconde est une idéologie de reconquête des terres musulmanes par le biais de la réislamisation des peuple qui, dans l’histoire, ont déjà été gagnés par la prédication mohammédienne. Enfin, dans une perspective messianique, ce sont les régions non musulmanes qui rentrent maintenant dans le champ de l’activisme idéologique et politique de tous les mouvements, associations, sectes et branches de l’islam des fondements. C’est dire que l’islam – ou ceux qui ont la charge de l’interpréter – fait jouer à la femme des rôles qui ne sont pas les siens, ou pas seulement les siens. »

(Malek Chebel, Manifeste pour un islam des Lumières, Hachette Littératures, 2004; Librairie Arthème Fayard, collection Pluriel, 2010, 2011, p. 82-83)


La sacralisation du hidjab est relativement récente et intimement liée à l’émergence de courants intégristes représentant l’extrême droite religieuse.

Yolande Geadah *, Le Devoir, Protéger les minorités ou le rigorisme religieux? 10 avril 2019, https://www.ledevoir.com/opinion/idees/551801/proteger-les-minorites-ou-le-rigorisme-religieux

* Auteure de Femmes voilées. Intégrisne démasqué et de La prostitution : un métier comme un autre ?– D’origine égyptienne, Yolande Geadah vit au Québec depuis quarante ans, écrit son éditeur (VLB). Elle travaille dans le domaine du développement international et des relations interculturelles.

Rappelons que la sacralisation du hidjab est relativement récente et intimement liée à l’émergence de courants intégristes représentant l’extrême droite religieuse. L’insistance sur le port du hidjab ou du niqab est justifiée par une lecture rigoriste des textes sacrés, selon laquelle le corps des femmes est awra, qui signifie honteux ou impudique, et qu’il doit être soustrait au regard des hommes pour éviter de susciter leur désir et de provoquer la fitna, qui désigne le chaos social.

C’est à partir des années 1970 que des groupes organisés, financés par les pétrodollars, ont martelé ce discours misogyne. Outre leur obsession pour le hidjab, ces groupes promeuvent, à travers les mosquées réelles et virtuelles, une vision réductrice du rôle des femmes et ils placent le religieux au coeur de tout système politique, ce qui nie les principes de démocratie et d’égalité.

Cette vision patriarcale, théocratique et liberticide est de plus en plus combattue au sein des sociétés musulmanes, avec l’appui de penseurs islamiques prônant une lecture ouverte des textes sacrés. Les conflits déchirant les sociétés à majorité musulmane découlent en grande partie de cette lutte idéologique, dont le symbole le plus visible est le hidjab, et qui se déroule au niveau transnational.


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https://lop.parl.ca/sites/PublicWebsite/default/fr_CA/ResearchPublications/201160E

Gouvernement du Canada, Liberté de religion et signes religieux dans l’espace public, Étude générale, par Laura Barnett, Division des affaires juridiques et législatives, 2011-07-25, révisé le : 2013-01-15

1 Introduction (extrait)

Le « voile islamique », ou hijab, est l’un des signes religieux les plus contestés dans les débats actuels. Porté par les femmes, ce voile couvre généralement les cheveux, les oreilles et le cou. Le mot hijab désigne aussi la modestie vestimentaire féminine et, pour certaines musulmanes, toutefois, signifie porter un grand vêtement ample qui couvre les mains et le visage – une burqa; ou un voile qui ne laisse qu’une fente pour les yeux – un niqab. Le hijab fait partie intégrante de l’enseignement coranique pour une grande partie du monde musulman, mais les opinions sont très divisées sur l’obligation qu’il entraîne1.

CONCLUSION (extrait)

« Il ressort clairement de cette analyse que, même si les questions de liberté de religion font l’objet de débats devant des tribunaux partout dans le monde et dans des contextes très différents, le foulard islamique semble avoir provoqué des tensions culturelles dans de nombreux pays européens. On pourrait soutenir que, soutenus par la CEDH [Commission européenne des droits de l’homme], de nombreux États se tournent vers la laïcité pour protéger la société des complexités du multiculturalisme, empêchant ainsi, dans les faits, l’expression libre d’un droit que garantissent des lois constitutionnelles internationales et nationales. »


L’APPLICATION DE LA CHARIA

DANS UN ÉTAT COMME LE CANADA

Les États du monde occidental où les populations identifiées comme musulmanes sont minoritaires, d’implantation récente, mais en forte progression démographique, sont de plus en plus régulièrement confrontés à des problématiques juridiques et des revendications qui mettent un jeu une normativité islamique. Ces États, de tradition laïque ou séculière, paraissent plus ou moins bien armés pour répondre à cette demande de normativité islamique, dans un contexte général de défiance à l’égard de la charia, entretenu par des représentations réductrices et simplificatrices du droit islamique, auxquelles les musulmans ne manquent d’ailleurs pas de contribuer eux-mêmes.

[]

… l’arrangement est impossible quand l’application de la charia (tout du moins celle qui découle des représentations que s’en font les acteurs communautaires du droit) conduit à des violations explicites du droit positif * , ce qui renvoie au cas de figure des mariages forcés, des mariages exclusivement religieux, sans procédures civiles, des mariages polygames, des répudiations ou des crimes d’honneur. Mais c’est dans les zones grises que surgissent de la manière la plus vive les affaires publiques, quand la liberté contractuelle est susceptible de constituer le défaut de virginité de l’épouse en cause d’annulation du mariage (l’affaire du mariage de Lille), quand les sharia councils britanniques sont suspectés de n’être rien d’autre que des sharia courts, formant un isolat judiciaire communautaire, avec les conséquences attendues sur la condition juridique des femmes et des enfants. Et d’en appeler au retour de la loi, à la restriction des libertés contractuelles ou du champ de l’arbitrage…

* « … ensemble des règles applicables dans un espace juridique déterminé qu’il s’agisse d’un Etat unitaire comme la France, ou d’un ensemble d’États comme la Communauté Européenne » (Serge Braudo, Définition de Droit positif, https://www.dictionnaire-juridique.com/definition/droit-positif.php)

(Jean-Philippe Bras*, in La charia aujourd’hui. Usages et référence au droit islamique, sous la direction de Baudoin Dupret **, Paris, La Découverte, 2012, p. 287 et 289-290)

* Professeur de droit à l’Université de Rouen. Ancien directeur de l’Institut de recherche sur le Maghreb contemporain)

** « Baudouin Dupret est le directeur du centre Jacques-Berque à Rabat (Maroc), directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (France)


http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-La_charia-9782707174246.html 

LA CHARIA DANS LE MONDE.

CONSTATATIONS D’UNE ÉTUDE RÉALISÉE DE 2008 À 2012

PAR LE PEW RESEARCH CENTER.

« Une majorité des musulmans dans le monde veulent que la charia, la loi islamique, devienne la loi de leur pays, tout en montrant des opinions disparates sur ce qu’elle recouvre, indique mardi une étude de l’institut Pew.

« Cette vaste étude, réalisée de 2008 à 2012 auprès de 38 000 personnes dans 39 pays, porte sur le thème de Religion, politique et société dans la communauté musulmane, forte de 1,6 milliard d’individus, la deuxième religion au monde après la religion chrétienne.

« Une majorité des musulmans notamment en Asie, Afrique et Moyen-Orient, veulent l’établissement de la charia, avec des disparités géographiques – 8 % en Azerbaïdjan, mais 99 % en Afghanistan -, affirme Pew qui l’explique par l’histoire des pays et la séparation de l’Église et de l’État.

« L’étude montre que l’application de la charia est surtout souhaitée dans la sphère privée, pour régler les affaires familiales ou foncières, par les musulmans habitant des pays où siègent déjà des cours religieuses de ce type.

« L’exécution de musulmans convertis à une autre religion ou les supplices des coups de fouet ou des mains coupées pour les voleurs recueillent une minorité d’avis favorables, sauf pour une forte majorité en Afghanistan et Pakistan et un peu plus d’une personne sur deux au Moyen-Orient et Afrique du Nord.

Source : Agence France-Presse, Une étude de l’institut Pew – Une majorité des musulmans pour la charia, mais laquelle? 1 mai 2013, Le Devoir, https://www.ledevoir.com/monde/377020/une-majorite-des-musulmans-pour-la-charia-mais-laquelle

Pew Research Center is a nonpartisan fact tank that informs the public about the issues, attitudes and trends shaping the world. It conducts public opinion polling, demographic research, media content analysis and other empirical social science research. Pew Research Center does not take policy positions. It is a subsidiary of The Pew Charitable Trusts. (https://www.pewresearch.org/global/) – Pew Research Center, https://www.pewresearch.org/

The Pew Charitable Trusts est une organisation à but non lucratif indépendante et non gouvernementale fondée en 1948. Elle dispose aujourd’hui de plus de 5 milliards de dollars d’actifs. Sa mission est de se mettre au service de l’intérêt public pour « améliorer les politiques publiques, informer le public et stimuler la vie civique »1. (https://fr.wikipedia.org/wiki/The_Pew_Charitable_Trusts)


Ligue des droits humains (Belgique)

http://www.liguedh.be/position-de-la-ligue-des-droits-de-lhomme-concernant-le-voile-islamique/

L’article 18 de la DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME énonce :

Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction [il est interdit aux musulmans de renoncer à leur religion] ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites.”

Par ailleurs, si l’on se réfère à l’article 29 paragraphe 2 de cette Déclaration :

Dans l’exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n’est soumis qu’aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d’assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d’autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l’ordre public et du bien-être général dans une société démocratique”.


Ligue des droits humains (Belgique)

http://www.liguedh.be/position-de-la-ligue-des-droits-de-lhomme-concernant-le-voile-islamique/

La CONVENTION EUROPÉENNE DE SAUVEGARDE DES DROITS DE L’HOMME, quant à elle, énonce en son article 9 :

  1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction [il est interdit aux musulmans de renoncer à leur religion], ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites.
  2. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet d’autres restrictions que celles qui, prévues par la loi, constituent des mesures nécessaires, dans une société démocratique, à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui.»


Bruno Bertrand, magistrat, François Braize, Inspecteur général des affaires culturelles honoraire et Jean Petrilli, avocat, Les 4 principales questions que pose l’islam radical à notre Etat de droit, Marianne, 12/01/2017, https://www.marianne.net/debattons/tribunes/les-4-principales-questions-que-pose-l-islam-radical-notre-etat-de-droit

IV – Peut-on, au delà des interdictions existant déjà en France[9], prohiber davantage les signes religieux ostensibles afin de lutter contre le prosélytisme de l’islamisme radical ?

Notre Etat de droit (Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 et Convention européenne des Droits de l’Homme) nous interdit, du fait de la liberté de conscience et de la liberté individuelle, d’instaurer une prohibition générale des signes religieux dans l’espace public, ou, du fait des principes d’égalité et de non discrimination, de ne les interdire que pour certaines confessions et pas pour d’autres. […]

En revanche, notre Etat de droit nous autorise à étendre, en défense de nos principes fondamentaux, les interdictions qui existent déjà (aujourd’hui, dans les services publics et à l’école en conformité avec notre Etat de droit) à d’autres domaines pourvu que de nouvelles interdictions soient nécessaires et proportionnées aux objectifs et enjeux[10] *. De telles extensions pourront être envisagées d’autant mieux qu’on aura renforcés nos principes et valeurs fondamentaux en codifiant dans la Convention européenne des droits de l’homme la jurisprudence de la Cour de Strasbourg sur l’islam radical et la charia, ou, à défaut, en le faisant dans la loi française[11] **.

De la sorte, en conformité avec notre Etat de droit ainsi renforcé, la loi française pourrait :

faire prévaloir l’intérêt du petit enfant sur l’intérêt confessionnel des parents en interdisant les signes religieux ostensibles dans tout le cadre pré-scolaire, public ou privé,

faire prévaloir la protection de l’intérêt de l’enfant mineur vis-à-vis des idéologies contraires à nos valeurs démocratiques ou à nos principes fondamentaux en soumettant à autorisation d’exercice et à un contrôle par l’Etat les établissements d’enseignement privés et en prévoyant une exigence plus importante pour ceux bénéficiant d’un financement public,

considérer les parents accompagnateurs d’activités ou de sorties scolaires de l’enseignement public comme des collaborateurs du service public soumis aux mêmes obligations de neutralité que les agents publics,

donner aux universités, aux entreprises, aux affectataires des bâtiments des services publics, ainsi qu’aux associations, la faculté de prévoir dans leur règlement intérieur d’une part des limites à l’expression en leur sein des convictions notamment religieuses comme cela a été prévu pour les entreprises par la loi du 8 août 2016 (dite loi Travail) et, d’autre part, d’interdire l’expression des idéologies déclarées contraires aux valeurs démocratiques et à nos principes fondamentaux, identifier les signes religieux prosélytes, notamment vestimentaires, exprimant une idéologie récusant les valeurs démocratiques ainsi que nos principes fondamentaux (et notamment le principe d’égalité entre les femmes et les hommes) et interdire de tels signes dans l’espace public tout comme cela a été fait pour l’idéologie nazie (actuel article R 645-1 du code pénal).

* [10] Article 9-2 de la CEDH qui n’admet les restrictions à l’expression des convictions que si cette expression est contraire à « à la sécurité publique, à la protection de l’ordre, de la santé ou de la morale publiques, ou à la protection des droits et libertés d’autrui »

** [11] Codifier une jurisprudence consiste à inscrire dans un texte normatif (loi ou convention internationale), les principes posés par le juge pour l’interprétation et l’application de ce texte. Ici, en codifiant la jurisprudence de la CEDH sur l’islam radical et la charia, que cette Cour a déclaré contraires aux valeurs démocratiques et à nos principes fondamentaux, on habiliterait clairement les Etats à agir plus efficacement contre la propagation de cette idéologie.


« Des penseurs de la mouvance religieuse

ont expressément rejeté la nécessité du port du voile,

entre autres,

en Égypte, Rifaa Tahtaoui et Qasim Amin au XIXe siècle, ou au Maroc, le malékite Moulay Bel Arabi Al Alaoui au milieu du XXe siècle.

Parmi les contemporains, citons Jamal Al Banna et Hassan Al Tourabi ».

(Sami Aoun, Mots-clés de l’Islam, Montréal et Paris, Médiaspaul, © 2007, p. 62.)

Sami Aoun est politologue, professeur titulaire à l’École de politique appliquée à l’Université de Sherbrooke et directeur de recherche sur les questions liées au Moyen-Orient à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’Université du Québec à Montréal.


AUJOURD’HUI, IL EXISTE À INTÉRIEUR MÊME DU MONDE MUSULMAN UNE REMISE EN CAUSE FONDAMENTALE DE L’OBLIGATION DE SE VOILER POUR LES FEMMES.

« En terre d’Islam, le port du voile – sous des formes diverses et variées – est u fait historique avéré, une obligation sur laquelle les oulémas anciens sont quasiment unanimes, tant elle leur paraît aller de soi. La question [du port du voile] devient polémique à l’époque moderne au contact avec l’Occident, puis à l’époque contemporaine avec la montée en puissance des mouvements islamistes qui en font un enjeu politico-théologique.

« Aujourd’hui, il existe à intérieur même du monde musulman une remise en cause fondamentale de l’obligation de se voiler pour les femmes qui, pour s’exprimer, est allée au contact du texte fondateur de l’Islam, le Coran. De nombreux penseurs musulmans remettent en cause à la fois le sens et la portée des versets coraniques pris comme référence et comme source de justification théologique. »

(Mathieu Guidère, Au commencement était le Coran, Paris, Gallimard, collection Folio actuel, 2018, p. 212)

Mathieu Guidère est professeur des universités à Paris-VIII et agrégé d’arabe. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont La Guerre des islamisme (Gallimard, 2017), Etat du monde arabe (De Boeck, 2015), Atlas des pays arabes. Des révolutions à la démocratie ? (Autrement, 2015).


LE PORT DU VOILE N’EST AUCUNEMENT LÀ

UNE PRESCRIPTION ABSOLUE DE LA LOI CORANIQUE.

« Il y eut, en Égypte par exemple, des « mouvements féministes » d’allure très occidentale, et les noms de plusieurs leaders féminins sont restés célèbre. Il y eut (il y a encore) des « Soeurs musulmanes », réplique des Frères musulmans, se déclarant attachées aux plus strictes lois de l’Islam. Et le voile sur le visage devient parfois un symbole d’attachement à la religion. Symbole trompeur, rétorquent les modernistes de toute tendance : ce n’est aucunement là une prescription absolue de la Loi coranique. Bien des États musulmans luttèrent contre le port du voile. En fait, il tend ou à disparaître, dans les milieux intellectuels surtout, ou du moins à laisser le visage découvert. Sur ce point, les coutumes varient encore selon les pays et les classes sociales. Mais on en fait de moins en moins. semble-t-il, une stricte obligation islamique. Il est caractéristique que les Soeurs musulmanes elles-mêmes, après avoir arboré un grand voile noir masquant le visage, se bornent souvent à porter un simple voile, blanc ou de couleur, sur la tête. »

Louis Gardet, Les Hommes de l’Islam. Approche des mentalités, © Librairie Hachette 1977, © 1984 Éditions Complexe, p. 371 – Louis Gardet, spécialiste de la pensée et de la civilisation islamiques, a enseigné l’islamologie au Collège international de Philosophie de Toulouse. On lui doit entre autres La cité musulmane, vie sociale et politique (1954), L’Islam, religion et communauté (1967), L’Islam : hier, demain (en collaboration avec Mohammed Arkoun, 1978).


« MA SŒUR NE PORTE PAS DE FOULARD.

MA FUTURE FEMME

NE PORTERA PAS DE FOULARD »,

déclare le mufti de la Grande mosquée de Marseille,

Soheib Bencheikh.

Mufti : interprète officiel de la loi musulmane. (Jurisconsulte, il rend des sentences, les fatwa.) (Dictionnaire Larousse en ligne)

« Je ne suis pas pour le foulard. Ma sœur ne porte pas de foulard. Ma future femme ne portera pas de foulard. Si j’ai des filles, elles ne porteront pas le foulard. Je répète que le foulard n’est pas un signe religieux, mais une manifestation de pudeur. »

Cité par Martine Gozlan, L’Islam et la République. Des musulmans de France contre l’intégrisme, Paris, Belfond, 1994, pp. 103-104. La déclaration du mufti est reproduite par Pascal Buresi dans son livre Géo-histoire de l’Islam, © Éditions Belin 2005 pour la première édition, © Éditions Belin/Humensis 2018, p. 370. Pascal Buresi est directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (France) et directeur d’études à L’École des hautes études en sciences sociales. Il dirige l’Institut d’études de l’Islam et des sociétés du monde musulman (France).


LE VOILE ISLAMIQUE

Texte du sociologue québécois Jacques B. Gélinas

http://lautjournal.info/20140120/le-voile-islamique2014/01/20

Le voile dont se couvrent de nombreuses musulmanes dans le monde entier est une vieille tradition d’inspiration religioso-patriarcale qui n’est pas propre à l’Islam. (Il n’y a pas si longtemps, au Québec, les femmes devaient se couvrir la tête à l’église.) Mais pour les fondamentalistes de cette confession le port du voile a pris, ces dernières années, une telle importance qu’ils en font presque le sixième pilier de l’Islam.

Rappelons les principaux modèles de voiles islamiques : la burqa qui couvre le corps de la tête aux pieds, avec un grillage pour la vue ; le tchador portée surtout par les femmes chiites, qui couvre la tête et le corps mais non les mains ; le niqab, un voile intégral qui ne laisse qu’un fente pour les yeux ; le hidjab qui couvre les cheveux, les oreilles et le cou. La même philosophie de soumission et d’infériorisation de la femme traversent ces différents modèles ; ce qui les différencie n’est qu’une question de degré.

Un symbole d’infériorisation des femmes

Si l’on admet comme la plupart des mouvements et organisations féministes1 que « le voile est un symbole d’infériorisation des femmes », force est de reconnaître que le voile islamique est non seulement un signe religieux, mais aussi et surtout un marqueur social. Il s’agit d’une prescription patriarcale qui marque la place des femmes dans la société. Dans la conjoncture actuelle d’une montée notoire de l’Islam et de l’intégrisme islamique à l’échelle mondiale2, la symbolique socio-politique l’emporte sur la symbolique religieuse. C’est en raison de sa signification socio-politique et de l’idéologie militante qui la sous-tend, que le voile islamique soulève tant de polémiques, et cela, non seulement au Québec, mais partout dans le monde et même dans les pays à dominance musulmane. Dans les pays occidentaux, la stratégie des mouvements islamistes consiste à réclamer toujours plus d’espace social et juridique, au nom de la liberté religieuse.

Le port du voile évoque une vision de la société qui rejette le mode dit « occidental » d’émancipation des femmes. Or, il s’agit non pas d’un modèle occidental, mais d’un droit reconnu universellement fondé sur l’égalité absolue des sexes en droit, en devoir et en dignité. Ce droit se trouve inscrit dans de nombreuses déclarations et conventions internationales, dont la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’endroit des femmes. Un document dûment signé par le Canada.

Dans la vision islamiste de la société, la femme est perçue non seulement comme séductrice et responsable des dérèglements libidi


aux des hommes, mais comme inférieure et soumise aux hommes. Les contraintes morales, sociales et familiales que cette idéologie contre-nature entraîne sont souvent imposées de façon violente. Car le discours qui prône la supériorité des hommes sur l’autre moitié de l’humanité s’accompagne nécessairement de violence et de mépris à l’égard des femmes. Aujourd’hui, sous nos yeux, partout dans le monde, un nombre saisissant de femmes sont brimées, battues, violées et même tuées pour refus de se soumettre.

L’obsession des dirigeants religieux et des fondamentalistes pour tout ce qui regarde, de près ou de loin, les affaires du sexe cache un objectif politique : réprimer l’énergie érotique pour la convertir en soumission et en obéissance.


Christian Rioux, Rupture anthropologique, Le Devoir, 9 octobre 2015, https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/452222/rupture-anthropologique

EXTRAITS

Pensons-y un peu. À Paris comme à Montréal, dans les dîners de chambres de commerce, le port de la cravate est obligatoire. Dans toutes les cérémonies un peu prestigieuses, à Cannes ou à l’ADISQ, la tenue de soirée est de rigueur. Dans n’importe quelle activité sportive, l’uniforme s’impose. Mais, dans ce qui est censé être l’une des cérémonies les plus solennelles, on pourrait se présenter le visage couvert. Le seul fait de poser une question aussi extravagante montre bien que le culte des minorités et le délire multiculturel sont sur le point de faire perdre tout sens des réalités à une partie de nos élites. Heureusement que le peuple, lui, garde encore un peu de sens commun, ainsi que l’illustre la déconvenue bien méritée du NPD dans les sondages.

Ce qui frappe en effet dans ce débat, ce n’est ni sa durée, ni le fait qu’il ait probablement été instrumentalisé, ni le petit nombre de ces femmes voilées. C’est plutôt qu’il ait été limité à un simple et banal débat sur les droits. Ainsi, a-t-on vu d’un côté les défenseurs tous azimuts des droits des minorités religieuses soutenir que, pour peu qu’une religion le prescrive, on devrait avoir le droit dans n’importe quelle cérémonie de marcher sur la tête ou de se présenter nu. Selon ces derniers, non seulement les minorités ont-elles tous les droits, mais les religions en ont un peu plus que les autres.

Pourtant, ce qui frappe aussi, c’est qu’en face, les opposants n’ont eu à la bouche que les droits, toujours les droits. Pour ces derniers en effet, se présenter en niqab dans une cérémonie de citoyenneté représenterait essentiellement un affront aux droits des femmes. Une façon de désigner la femme comme source du péché et de consacrer son infériorité.

Il n’est pas question de nier ce dernier argument qui a d’ailleurs ému Thomas Mulcair au point de le rendre « inconfortable » — et de lui faire perdre son français ! Pourtant, il ne permet pas à lui seul de justifier l’interdiction du niqab. Ce débat, entre les droits absolus des religions et ceux tout aussi absolus des femmes, ne mène qu’à un cul-de-sac. Surtout quand ces femmes choisissent volontairement de porter le niqab.

On ne peut en sortir qu’en se rappelant que nos sociétés ne sont pas fondées que sur des droits, mais aussi sur des traditions, des moeurs, des cultures sans lesquelles elles sont inévitablement vouées au délitement. Or, dissimuler son visage en public représente ce que j’appellerai une rupture anthropologique avec tout ce que nous sommes.

Dans nos sociétés, depuis toujours, on ne cache son visage que durant le carnaval. Pour le reste, se présenter à visage découvert est la condition sine qua non de toute civilité et donc de toute fraternité.

[…]

On parle ici de principes fondamentaux qui garantissent l’existence même de nos civilisations depuis toujours. Dans son tout dernier livre (Situation de la France, Desclée de Brouwer), le philosophe Pierre Manent propose une « alliance républicaine » avec l’islam — un projet par ailleurs très controversé. Mais il n’en refuse pas moins toute concession à l’égard du niqab. « Donner à voir le refus d’être vue est une agression permanente contre la coexistence humaine, écrit-il. Jamais les Européens n’ont caché leur visage, sauf celui du bourreau. » Face à une femme qui dissimule son visage, renchérissait la philosophe féministe Élisabeth Badinter, on est « condamné à s’adresser à cette personne humaine comme à un objet ».


https://www.franceculture.fr/emissions/revue-de-presse-internationale-14-15/liberation-ou-liberte-individuelle

REVUE DE PRESSE INTERNATIONALE par Cécile de Kervasdoué

LIBÉRATION OU LIBERTÉ INDIVIDUELLE 13/10/2009

Comme ceux de ses concurrents … à New York ou à Londres … les bureaux d’acier et de verre de la société Rotana grouillent de jeunes salariées maquillées … pomponnées … et … faut-il le préciser … victimes de la mode … Dans les couloirs aux allures de podiums … les assistantes défilent … et parfois même vacillent perchées sur des chaussures acquises à prix d’or … tandis que les cadres … elles … paradent … tailleurs pour les unes … jupes crayons pour les autres … une panoplie censée affirmer haut et fort leur statut hiérarchique … Seulement voilà … la dite société n’est pas basée à New York ou à Londres mais … à Ryad … écrit THE TIME MAGAZINE

… Ryad … capitale de l’Arabie Saoudite … autrement-dit … un pays où les femmes obéissent généralement à un code vestimentaire nettement plus stricte … et qui se résume pour l’essentiel en un long manteau noir … un foulard … et un voile agrémenté d’un simple filet pour les yeux. Et l’histoire ne s’arrête pas là écrit l’hebdomadaire américain … L’autre raison pour laquelle de nombreux saoudiens pourraient être choqués a priori par cette étrange compagnie … et bien c’est que les hommes et les femmes travaillent … tenez-vous bien … côte à côte … Or … un tel spectacle étant de nature à agacer généralement bon nombre de représentants de la gente masculine … et bien la responsable des ressources humaines … nous explique le journal … a dû mettre au point un stratagème afin de tester l’aptitude des candidats à travailler dans un bureau mixte … Lors de chaque entretien individuel … elle convient avec sa secrétaire du moment où celle-ci aura pour tâche d’interrompre brusquement la conversation … et … de là commence donc l’observation du mâle et de sa réaction … Perte de confiance … agacement … Parfois d’ailleurs il n’est pas besoin de pousser si loin la malice puisque bon nombre d’hommes se décomposent tout simplement … à l’idée même d’être interrogés par une femme … et de devoir qui plus est … comble de l’humiliation … lui réclamer un travail. Et pourtant … poursuit THE TIME MAGAZINE … les saoudiens feraient bien de s’habituer à vivre de telles expériences … Bien entendu … la société Rotana reste encore aujourd’hui une anomalie en Arabie Saoudite … grâce notamment aux idéaux progressistes de son directeur … Dans la société saoudienne … aucune femme n’a encore le droit de sortir seule … pour faire ses emplettes … ou même chercher du travail … sans l’autorisation formelle de l’un des membres de sa famille … issu … cela va de soit … du sexe fort … Mais … toujours est-il que sous la conduite de la famille royale … et en particulier de l’actuel monarque Abdallah … le Royaume évolue progressivement … Les lieux de travail mixtes sont de plus en plus fréquents … notamment dans les banques et les hôpitaux où il n’est pas rare désormais de rencontrer des femmes médecins … Le gouvernement a également lancé le mois dernier la première université mixte du Royaume précise l’article … Enfin … l’Etat c’est vrai … s’efforce à présent d’encourager l’entrée des femmes dans la vie active moderne … Qu’on se le dise … les femmes arrivent … déclare ainsi l’une des 6 représentantes nommées cette année au Conseil de la Shura … Alors c’est une première étape précise-t-elle dans les colonnes de l’hebdomadaire … Bien sûr il serait encore exagéré de parler d’un mouvement de libération de la femme … Nous ne sommes toujours pas libres mais … les saoudiennes peuvent aujourd’hui vivre et s’exprimer d’une manière totalement inédite jusqu’à présent … Et c’est ainsi … conclut THE TIME MAGAZINE que l’Arabie Saoudite perçue généralement comme l’antre de l’Islam radical est en train de changer. Non loin de là … au Koweït cette fois-ci … cette tendance semble … là encore se vérifier à l’aune d’une proposition d’amendement soumise dimanche dernier par une femme … Rula Dashti … laquelle non seulement refuse de porter le voile au Parlement … écrit THE DAILY TELEGRAPH … mais suggère également d’expurger un article de loi imposant aux femmes de se conformer à la charia … la loi islamique … Une proposition … précise le quotidien britannique … qui s’inscrit plus largement dans un vaste mouvement au sein du monde arabo-musulman … mouvement visant donc à réformer les codes vestimentaires imposées à la gente féminine. Le port du voile fait polémique … titrait d’ailleurs quelques jours plus tôt le site d’information arabe ELAPH en référence à une autre affaire … égyptienne celle-ci … C’était il y a tout juste une semaine … L’imam de la prestigieuse mosquée d’Al-Azhar effectuait une tournée dans un lycée pour s’assurer de l’application des mesures antigrippe … raconte le journaliste … lorsqu’il a été choqué de voir une collégienne coiffée d’un voile intégrale … alors qu’elle était en cours … Il lui a alors demandé d’ôter son voile … affirmant que le niqab n’était qu’une tradition … et qu’il n’avait pas de lien avec la religion ni de près ni de loin … Depuis … l’imam s’est dit déterminé à interdire officiellement à toute personne portant le voile d’entrer dans les lycées … Quant au ministre de l’Enseignement supérieur … il a décidé pour sa part d’interdire l’accès des cités universitaires aux étudiantes portant le voile. Alors pour terminer ce condensé de revendications favorables à l’émancipation … ou du moins … à la liberté de choix pour les femmes musulmanes je citerai un article paru récemment dans LE TEMPS en Suisse … Elle est apparue voilée à la mosquée … moitié décidée … moitié hésitante écrit le journaliste … Cette femme qui se serait mariée et convertie à l’Islam scandait autrefois avec appétit mais sans haine … son refus des catégories … son envie de n’être ni pute ni soumise … son ambition de faire jeu égal avec les hommes sans leur déclarer la guerre … Cette silhouette musulmane … c’est Diam’s … la rappeuse … Alors pour le pré-quinquagénaire helvétique que je suis écrit l’éditorialiste … cette chanteuse a réussi c’est vrai à empoigner l’air du temps … C’est une figure qui chante la rage comme toute résistance … N’empêche conclut le journaliste … les diamants qui prennent aujourd’hui le voile tirent à présent le rideau de nos espoirs bénévoles.


« En couverture toujours, Le Point se demande «comment chrétiens et juifs peuvent cohabiter avec « les musulmans ». « Que reproche-t-on à l’islam ? », questionne cette publication, avant de répondre: « Son intolérance, le peu de place qu’il laisse au libre-arbitre. Mais aussi ses contradictions, sa rigidité, son conservatisme et surtout sa violence. Violence du terrorisme aveugle. Violence contre les femmes. Violence des textes, aussi. Le Coran ne dit-il pas, à propos des non-musulmans: « Dieu n’aime pas les transgresseurs ! Tuez-les où que vous les rencontriez »? » Une historienne britannique d’origine égyptienne déclare ici: « L’Europe s’est soumise à l’islam sans se battre ».

Revue de presse des hebdomadaires du 13/3/2005, Radio France Internationale, http://www1.rfi.fr/actufr/articles/063/article_34715.asp


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Au pays du Québec

La musulmane croyante qui proteste depuis mille jours contre un projet de loi du gouvernement du Québec n’arrête pas de demander

qu’on la jette en prison.

Le premier ministre du Québec lui dit qu’il n’en est pas question, qu’elle a le droit de protester.


IMAGE (DRAPEAU DU QC)

Si un extraterrestre se voyait obligé de venir habiter la Terre, il choisirait, après une étude objective de la situation, le Québec.

Ça vous étonne ? C’est que vous prêtez trop l’oreille aux râleurs ou au maire de Hampstead. Le Québec, certes, n’est pas parfait. La pauvreté continue d’affecter trop de ses habitants, ses hivers sont trop longs et ses urgences d’hôpitaux, trop bondées. Il n’empêche que, quand on fait le portrait d’ensemble et qu’on le compare non pas à un idéal fantasmé mais aux réalités d’ailleurs, le Québec fait envie.

En 2012, en se fondant sur l’indice « Vivre mieux » de l’OCDE, qui mesure le bien-être des populations à partir de vingt indicateurs reliés aux conditions de vie matérielle et à la qualité de vie, les chercheurs Luc Godbout et Marcelin Joanis en arrivaient à la conclusion que le Québec était l’endroit qui offrait la meilleure qualité de vie au monde.

Louis Cornellier, Le Québec au cœur, Le Devoir,* 4 mai 2019 https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/553504/le-quebec-au-coeur* Chronique consacrée au livre de Josée Boileau, J’ai refait le plus beau voyage, Somme toute, Montréal, 2019, 144 p.


La Presse, https://www.lapresse.ca/debats/nos-collaborateurs/boucar-diouf/201402/21/01-4741330-ce-que-je-dirais-a-un-immigrant.phpPublié le 22 février 2014

Ce que je dirais à un immigrant      Extraits

BOUCAR DIOUF ( L’auteur est humoriste, conteur, biologiste et animateur. )

Avant de partir du Sénégal pour le Québec, en 1991, on m’avait parlé de choc culturel, de température, de liberté, d’ouverture, d’humour et de bien d’autres aspects de l’identité et de la culture des gens d’ici. Mais personne ne m’a informé de cette singulière relation que la majorité des Québécois entretiennent avec la religion. Pourtant, à mon avis, il est plus qu’important de mentionner aux gens qui veulent venir ici que s’expatrier au Québec n’est pas la même chose que de s’installer dans le reste du Canada. Le Québec a un rapport avec la religion, et l’égalité des sexes, que même l’Ouest du pays peine à comprendre. (…)

L’extrémisme religieux ne peut en aucun cas s’amalgamer avec la culture québécoise francophone. En fait, si je devais entretenir un candidat à l’immigration sur le sujet, je lui dirais ceci:

«Monsieur, avant de partir, vous devez savoir que depuis la désertion massive des églises, provoquée par la Révolution tranquille, les Québécois ont majoritairement un rapport particulier avec la religion. Le Québec afficherait peut-être même le plus haut taux de citoyens agnostiques en Amérique du Nord. Si bien qu’aujourd’hui, ce sont des missionnaires du Sud, principalement de l’Amérique latine et de l’Afrique, qui tentent timidement de rallumer la foi dans certaines contrées de la belle province.

«Autrefois très pieuse, cette nation est devenue le territoire des plus grands blasphémateurs de la galaxie. Ici, non content d’avoir transformé des églises en condos, on a aussi recyclé les accessoires liturgiques en autant de jurons et sacres qui rythment le langage populaire (…)

«Vous vous préparez à aller dans la nation la plus ouverte et pacifique de l’Amérique du Nord. Vous allez dans la nation où les femmes sont parmi les plus affirmées et égalitaristes du monde occidental; où la simple évocation de la droite religieuse provoque une crise générale d’urticaire; où le droit à l’avortement est un acquis non négociable; où les hommes ont droit à des congés de paternité; où le mariage n’est plus une institution sacrée et un couple sur deux divorce quand ça ne marche plus; où les adolescents, à la puberté, sont autorisés à s’embrasser et à se fréquenter; où gais et lesbiennes manifestent ostensiblement leur identité et ont le droit de se marier; où changer de sexe pour retrouver son homéostasie existentielle est aussi bien accepté.

«C’est toutes ces qualités qui font aussi du Québec, sans être parfait, une terre de liberté, d’ouverture et de tolérance, pour celui qui accepte de s’ouvrir. Si je vous raconte tout ça, c’est que certains de ces acquis sociaux très progressistes, qui cimentent fièrement notre identité collective, sont incompatibles avec une lecture rigoriste des dogmes religieux. Ce qui pourrait amener des extrémistes à nous regarder comme des représentants de Satan sur terre.

(…)

Oui, Fatima Houda-Pepin [politologue québécoise], vous avez raison de penser que les intégristes sont les véritables ennemis de la laïcité! Je rajouterai qu’ils sont aussi les ennemis de la grande majorité de croyants, à qui ils font beaucoup de tort par ricochet.


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