Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.

« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour », selon le poète français Pierre Reverdy, 1889-1960, déclaré « né de père et de mère inconnus ».


LA SAINT VALENTIN EN 1945: MON ARRIÈRE-GRAND-MÈRE RACONTE

La Saint Valentin après la guerre, pour mon arrière-grand-mère alsacienne, ce n’était pas facile. Son amoureux était en prison, car allemand. Voici comment ils se retrouvèrent.

Pour lire la suite, allez au https://blogs.mediapart.fr/schams-el-ghoneimi/blog/140218/la-saint-valentin-en-1945-mon-arriere-grand-mere-raconte?utm_source=20180214&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EREC-83-%5BQUOTIDIENNE%5D-20180214&xtloc=&url=&M_BT=3898047948.

LECTURES SUGGÉRÉES

Marie Kock et Stylist, C’est quoi une vraie preuve d’amour? Slate, 22.06.2015, http://www.slate.fr/story/103063/vraie-preuve-damour

« Et si la formule du poète Paul Reverdy « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour » trouvait aussi à s’appliquer à l’amitié ? Depuis toujours, l’amitié se traduit en gestes. »

Emmanuelle Lucas, Il n’y a pas d’amitié, il n’y a que des preuves d’amitié, La Croix, le 15/11/2017, https://preprod.aws.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Ethique/Il-pas-damitie-preuves-damitie-2017-11-15-1200885309

Jean-François Dortier, Qu’est-ce que l’amour ? Sciences humaines, https://www.scienceshumaines.com/qu-est-ce-que-l-amour_fr_14434.html, Mis à jour le 25/09/2015

Le monde regorge de beautés. Les yeux qu’on ne peut voir sans être amoureux, par exemple.

Arletty_yeux 2_1896 - Version 2

 

Les plaisirs sont doux

Poème de Charles d’Orléans (1394-1465)

Extrait

Les plaisirs sont doux

D’être au-près de vous, la belle.

Je soupire à vos genoux

Et je brûle d’amour pour vous.

Les plaisirs sont doux, demoiselle

D’être auprès de vous.

Peut-on voir vos yeux

Sans être amoureux, la belle,

Ils sont doux et gracieux,

Ils sont tout remplis de feu

Peut-on voir vos yeux, demoiselle,

Sans être amoureux.

Les vieux couples d’amoureux ou Le papillon et les tourterelles

Le papillon et les tourterelles

Poème de Jean-Baptiste-Joseph Willart de Grécourt (né à Tours, 1683-1743)

 

Un papillon, sur son retour,

Racontait à deux tourterelles,

Combien dès l’âge de l’amour

Il avait caressé de belles :

« Aussitôt aimé qu’amoureux,

Disait-il, ô l’aimable chose,

Lorsque, brûlant de nouveaux feux,

Je voltigeais de rose en rose !

Maintenant on me suit partout,

Et partout aussi je m’ennuie ;

Ne verrai-je jamais le bout

D’une si languissante vie ?

Les tourterelles sans regret

Répondirent : « Dans la vieillesse

Nous avons trouvé le secret

De conserver notre tendresse ;

À vivre ensemble nuit et jour

Nous goûtons un plaisir extrême;

L’amitié qui vient de l’amour

Vaut encor mieux que l’amour même. »

Le monde regorge de beautés. Exemple : Les secondes d’éternité.

 

 

LE JARDIN

 

Des milliers et des milliers d’années

Ne sauraient suffire

Pour dire

La petite seconde d’éternité

Où tu m’as embrassé

Où je t’ai embrassée

Un matin dans la lumière de l’hiver

Au parc Montsouris à Paris

À Paris

Sur la terre

La terre qui est un astre.

 

Jacques Prévert (1900-1977), Paroles, © 1949, Le Livre de poche, 1964, p.195

 

S’aimer longtemps, la main dans la main

S’aimer bras dessus, bras dessous

Texte de Mylène Moisan publié le 7 juin 2013 dans Le Soleil (quotidien de Québec) (extraits)

 

Avenue D’Estimauville, juste avant la bretelle pour prendre l’autoroute, un vieux couple traverse la rue devant moi. Le pas lent, très lent. Ils marchent bras dessus, bras dessous, comme si chacun empêchait l’autre de partir au vent.

[]

Ils ne se tiennent pas par la main comme de jeunes amoureux. Ils se tiennent collés un sur l’autre, s’épaulent, marchent au pas cadencé. Si un des deux devait s’arrêter, l’autre s’arrêterait aussi. []

 

Elle porte un joli chapeau blanc, lui une discrète casquette bleue. Ils ont de gros manteaux, les vieux sont parfois frileux. Mains froides, coeurs chauds. Ils clopinent heureux dans la grisaille d’un printemps pluvieux.

 

[]

 

Je leur aurais demandé le secret de l’amour qui dure, ils n’auraient pas su quoi répondre. Ils ne se sont jamais posé la question, trop occupés qu’ils étaient à travailler, à élever les enfants. Ne pas se poser de questions est peut-être une partie de la réponse. Quand on ne passe pas sa vie à se demander si c’est le bon, si on peut trouver mieux, on apprend à tirer le mieux de ce qu’on a.

 

Il était inévitable que je pense au texte de Madame Moisan, le 8 juin 2013, pendant la messe, à l’église des Saint-Martyrs-Canadiens, à Québec; je l’avais lu la veille, et aimé. Devant moi, un couple ayant atteint un âge avancé; je vous le montre (il a accepté que je publie cette photo) :

 

Un bel et vieil amour_Eglise des Sts-Martyrs-Canadiens - Version 2

 

Pendant la messe, cette femme et cet homme se tiennent la main, sauf quand il leur faut tourner les pages du Prions en église. Tantôt, c’est Madame qui offre sa main avant Monsieur, tantôt c’est Monsieur qui offre sa main avant Madame; tous les deux désirent tenir la main de l’autre.

Avant la communion, le prêtre dit aux fidèles : « Donnez-vous la paix ». Le vieil homme et la vieille femme ne se sont pas donné une poignée de main d’une seule main, ni une poignée de main des deux mains; au geste de la paix, ils ont préféré le baiser de paix, le baiser.

Je vous ai trouvé beaux, Madame et Monsieur, et beau votre amour qui dure. Si le Dieu célébré par le prêtre et les fidèles s’est rendu compte de mes distractions pendant l’office, il va me les pardonner, c’est sûr.

On trouve l’article de Mylène Moisan au http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201306/06/01-4658623-saimer-bras-dessus-bras-dessous.php.

Roger Martel (le Passeur de la Côte)

Le monde regorge de beautés. Exemple : le coffre secret des vieux époux.

Le coffre secret des vieux époux n’est pas sculpté, mais il est beau. Il est riche et précieux. Il est résistant, il continuera sans doute de tenir. Le coffre secret des vieux époux n’accueille que le passé, mais la vie y bat très fort. C’est un grand écrin; lieu de la Beauté, du Bien, du Bonheur, de la Vie facile; lieu aussi de passages douloureux; lieu de l’Amour et de la Tendresse. Seuls les époux le connaissent vraiment, intimement; c’est leur secret, et un grand lien qui les unit.

 Roger Martel (le Passeur de la Côte)

 

Le Balcon

 

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses,

Ô toi, tous mes plaisirs! ô toi, tous mes devoirs!

Tu te rappelleras la beauté des caresses,

La douceur du foyer et le charme des soirs,

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses!

 

Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon,

Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.

Que ton sein m’était doux! que ton coeur m’était bon!

Nous avons dit souvent d’impérissables choses

Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon.

 

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!

Que l’espace est profond! que le coeur est puissant!

En me penchant vers toi, reine des adorées,

Je croyais respirer le parfum de ton sang.

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées!

 

La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison,

Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles,

Et je buvais ton souffle, ô douceur! ô poison!

Et tes pieds s’endormaient dans mes mains fraternelles.

La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison.

 

Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses,

Et revis mon passé blotti dans tes genoux.

Car à quoi bon chercher tes beautés langoureuses

Ailleurs qu’en ton cher corps et qu’en ton coeur si doux?

Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses!

 

Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis,

Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes,

Comme montent au ciel les soleils rajeunis

Après s’être lavés au fond des mers profondes?

Ô serments! ô parfums! ô baisers infinis!


– Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

 

 

Ici-bas

 

Ici-bas tous les lilas meurent,

Tous les chants des oiseaux sont courts ;

Je rêve aux étés qui demeurent

Toujours –

 

Ici-bas les lèvres effleurent

Sans rien laisser de leur velours ;

Je rêve aux baisers qui demeurent

Toujours –

 

Ici-bas tous les hommes pleurent

Leurs amitiés ou leurs amours ;

Je rêve aux couples qui demeurent

Toujours –


– Sully Prudhomme, Stances Et Poèmes