Parution du nunéro de septembre 2013 de la revue québécoise Relations

Le numéro 767, septembre 2013, de la revue québécoise Relations vient de paraître. Son dossier s’intitule « Lire entre les lignes de l’analphabétisme ».

 

Lire entre les lignes de l’analphabétisme , Emiliano Arpin-Simonetti

La pauvreté, berceau de l’analphabétisme , Nicole Jetté

Contre une perspective utilitaire , Christiane Tremblay

Le droit d’apprendre , Daniel Baril et Ronald Cameron

Vivre analphabète , Joane Bergeron

Un apprentissage mutuel , Richard Latendresse

Conjuguer alphabétisation et francisation , Joseph Sauveur

Alphabétisation populaire : regard Nord-Sud , Martine Fillion

Lire et écrire à l’ère du numérique , Hervé Fischer

Site web de Relations : http://www.revuerelations.qc.ca/

 

Extraits du sommaire

Artiste invitée

Artiste invitée : Muriel Faille

Éditorial : L’autre 11 septembre , Jean-Claude Ravet

Actualités

Converger vers la souveraineté populaire? , Emiliano Arpin-Simonetti

Journées sociales du Québec , Normand Breault

Vers une Politique nationale en itinérance , Pierre Gaudreau

Horizons

Pour une justice transitionnelle , Elias Omondi Opongo, s.j.

Le Carnet

À quoi sert la littérature? , Naïm Kattan

Soifs – Chronique littéraire

Sofialorène, si loin de la délivrance , texte: Marie-Célie Agnant, illustration: Ronald Mevs

Ailleurs

Tchétchénie : un conflit en mutation , Pierre Jolicoeur

Regard

Vieillir dans la rue , Jean Gagné et Mario Poirier

Débat – Le travail est-il un droit?

Évolutif et structurant, le droit au travail est un pilier de l’édifice des droits humains , Lucie Lamarche

Le travail dont le capital a besoin, fait d’exploitation et de concurrence entre salariés, ne peut être revendiqué comme un droit , Rolande Pinard

Multimédias

Huguette Oligny, le goût de vivre , réalisation: Pascal Gélinas

Livres

Spiritualités et biomédecine : enjeux d’une intégration , Guy Jobin, Jean-Marc Charron et Michel Nyabenda (dir.)

Les prostitueurs : Sexe à vendre… Les hommes qui achètent du sexe , Victor Malarek

Les répondantes diocésaines à la condition des femmes : 25 ans d’histoire 1981-2006. Tome V : Des questions de femmes qui interpellent , Denise Veillette (dir.)

Théologie pratique de libération au Chili de Salvador Allende , Yves Carrier

Spectacle-bénéfice avec la chanteuse Claire Pelletier le mercredi 30 octobre, à 20 h, à la salle du Gesù, à Montréal.

Pour la deuxième année consécutive, Relations a remporté le Prix d’excellence de la SODEP dans la catégorie meilleur dossier pour «La mémoire vivante» (no 758, août 2012).

Revue Relations / Centre justice et foi.

L’analphabétisme dans le monde. Le Québec, terre d’analphabètes.

L’ONU MOBILISE LES GOUVERNEMENTS POUR S’ATTAQUER À L’ANALPHABÉTISME

Source : Centre de nouvelles ONU pour plus d’information http://www.un.org/french/newscentre/

New York, 7 septembre 2012

À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation observée chaque année le 8 septembre, des responsables de l’ONU ont rappelé vendredi le lien fondamental qui existe entre l’alphabétisation et la paix.

« Nous avons le devoir de ne pas laisser les conflits priver les enfants et les adultes des formidables opportunités qu’ouvre l’alphabétisation. L’alphabétisation est un droit fondamental de la personne humaine et la base de toute forme d’éducation et d’apprentissage tout au long de la vie », a déclaré la Directrice générale de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Irina Bokova, dans son message à l’occasion de la Journée.

« L’alphabétisation transforme la vie des hommes en leur permettant de faire des choix éclairés et en leur donnant les moyens de devenir des acteurs du changement. Pour s’installer durablement, la paix dépend de l’essor d’une citoyenneté par l’alphabétisation et de l’accès à l’éducation pour tous. Face aux bouleversements politiques et à la montée de la violence que connaissent de nombreuses régions du monde, l’alphabétisation doit être une priorité dans les plans de construction de la paix de toutes les nations », a-t-elle ajouté.

Cette année marque la fin de la Décennie des Nations Unies pour l’alphabétisation, proclamée en 2002 afin de mobiliser les gouvernements du monde entier dans la lutte contre l’analphabétisme. Au cours de la décennie, et en dépit des efforts considérables et quelques grandes réalisations, 775 millions de personnes sont toujours considérées comme analphabètes –; 85% d’entre elles vivent dans 41 pays.

« La paix et le développement durable sont dépendants l’un de l’autre, et il est primordial que l’un et l’autre se développent et se renforcent simultanément. L’alphabétisation est également un accélérateur du développement, car elle permet aux sociétés d’avoir une croissance plus inclusive et durable », a souligné Mme Bokova.

De son côté, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a rappelé dans son message que le mouvement mondial pour l’éducation a besoin d’une nouvelle dynamique. Pour cela, il a annoncé le lancement de la nouvelle initiative « l’éducation avant tout ».

Cette initiative est axée sur trois priorités: faire en sorte que chaque enfant soit scolarisé; améliorer la qualité de l’enseignement; et encourager la citoyenneté mondiale.

« J’appelle les dirigeants mondiaux et tous les acteurs concernés à s’y associer. Il est bien plus onéreux de laisser des millions d’enfants et de jeunes en marge de la société que de financer la réalisation des objectifs d’éducation arrêtés au niveau international », a indiqué M. Ban.

« Même en temps de guerre et dans les zones sinistrées où l’accès à la nourriture, aux soins de santé et au logement pourrait être considéré comme un besoin prioritaire, tout parent dira souhaiter que son enfant reçoive une éducation. Et l’enfant à qui on demande ce qu’il veut devenir quand il sera grand citera toujours un métier qui s’apprend. L’éducation est le préalable à la réalisation de toutes ces aspirations », a précisé le Secrétaire général.

« Un monde dans lequel chacun sait lire et écrire est un monde plus paisible, plus harmonieux et en meilleure santé », a-t-il ajouté. « À l’occasion de cette journée internationale, engageons-nous donc à œuvrer ensemble en faveur de l’alphabétisation ».

Sep 7 2012 5:50PM

Veuillez consulter le site du Centre de nouvelles ONU pour plus d’information http://www.un.org/french/newscentre/

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Le règne heureux de l’analphabétisme

Jean-François Nadeau, Le Devoir, 25 août 2012

Texte tiré de http://www.ledevoir.com/culture/livres/357571/le-regne-heureux-de-l-analphabetisme

L’analphabétisme ? Il se porte bien, merci. Un adulte de la planète sur cinq est analphabète. Est-ce là pour autant un drame tel qu’on le croit le plus souvent ?

Au Québec, 49 % des Québécois éprouvent des difficultés sérieuses à lire et à comprendre ensuite ce qu’ils ont lu. Ainsi, près de la moitié de la population n’atteint pas le niveau minimal prescrit afin de s’assurer, comme disent les enquêtes internationales, une existence moderne dans une humanité digne de ce nom.

Par ailleurs, un cinquième de la population adulte québécoise n’est tout simplement pas à même de lire. Lire, oui. Ce qui s’appelle lire : l’élémentaire b-a ba. À ce chapitre, le Québec se situe parmi les derniers rangs à l’échelle canadienne.

Le taux de décrochage scolaire confirme déjà tout cela, sans tambour ni trompette. Chez les garçons, l’affaire prend l’allure d’une vaste chorale d’éclopés. Un garçon sur quatre en moyenne quitte l’école avant d’avoir obtenu le moindre diplôme. C’est pire du côté des francophones. D’éducation, on parle pourtant bien peu dans cette campagne électorale…

La notion d’analphabétisme et l’inquiétude qu’elle suscite sont récentes. En fait, l’économie triomphante s’en est toujours fort bien accommodée, quoi qu’elle en dise. Et elle continue de le faire, malgré ses prétentions à soutenir le contraire.

Dans le gazouillis conservateur qui tient globalement lieu de campagne électorale, pas étonnant que la culture, tributaire de l’alphabétisation et de l’éducation, soit elle aussi passée sous silence par tous les partis, à gauche comme à droite. Selon les études d’Influence communication, la culture est de loin le thème le moins abordé de cette campagne. Il arrive au 17e rang des sujets traités. C’est que ceux qui ont la charge aujourd’hui de conduire les affaires de la communauté ont des objectifs qui s’accommodent bien de la situation présente. Pourquoi ?

L’État s’est aligné sur les priorités fixées par le marché. Un bon soldat de l’économie se meut privé de mémoire sociale, disponible à tout, à commencer par le discours relayé par la télévision. Il montre sans cesse des capacités d’adaptation étonnantes qui varient en fonction de son incompréhension générale. Ignorant sa place dans le monde, jamais cet homme d’aujourd’hui n’est frappé du désaveu de sa conscience d’hier. Il est heureux. Et cela suffit. Il se fait donc le défenseur absolu du chiffre d’affaires tant vénéré.

Cet homme-là, diplômé ou pas, ne sera jamais abandonné par la société. Pourquoi le serait-il alors que c’est elle qui le produit et le reproduit ? Il est au contraire soutenu, encouragé, valorisé. On le voit d’ailleurs de plus en plus apparaître partout, fier de lui. En politique, il occupe désormais les premières places, souriant, ânonnant son discours à la gloire de gros jambons.

Or voilà qu’au Québec cette situation est dénoncée depuis des mois par des milliers de personnes qui descendent dans la rue et se font entendre par de nouveaux moyens. L’État, disent-elles, doit régler sa politique de l’éducation. Il doit, dans un cadre éducatif, envisager des perspectives plus larges et résolument ouvertes sur le savoir.

Pour ces gens, la Révolution tranquille n’était pas un point d’arrivée, mais un simple point de départ.

Comment se fait-il qu’aujourd’hui les bibliothèques scolaires demeurent aussi pauvres ? Pourquoi les Québécois ignorent-ils globalement leur littérature ? Qu’est-ce qui fait que des individus qui ne savent à peu près ni lire ni écrire nous entretiennent aujourd’hui de productivité et de croissance comme s’il s’agissait des mamelles de l’humanité ? Notre société a perdu le nord.

Au Devoir, le maintien d’un cahier littéraire solide au milieu de l’ensemble de nos pages dédiées à la culture s’inscrit dans une volonté ferme de voir une véritable avancée sociale survenir.

Nous croyons à la place primordiale que prend la culture dans l’avenir d’une société.

À cet égard, nous sommes patients. Nous continuons d’avancer. Avec vous, lecteurs.

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L’analphabétisme au Québec – Un fléau pour toute la société

«Notre système scolaire produit des analphabètes et les abandonne»

Hélène Roulot-Ganzmann, collaboratrice du Devoir

Le Devoir, 3 septembre 2011

Texte tiré de http://www.ledevoir.com/societe/education/330606/l-analphabetisme-au-quebec-un-fleau-pour-toute-la-societe

Ce sont 49 % des Québécois qui ont des difficultés de lecture, qui cherchent à éviter les situations où ils ont à lire et, lorsqu’ils parviennent à décoder une phrase, qui n’en saisissent pas forcément le sens. Or, si l’on pouvait s’arranger de la situation à une époque où la majorité des emplois se situaient dans le secteur manufacturier, il n’en va pas de même aujourd’hui, alors que la plupart des postes à pourvoir résident dans le tertiaire. «Le monde a changé, les stratégies doivent changer», clame Maryse Perreault, p.-d.g. de la Fondation pour l’alphabétisation… sans être réellement entendue.

Les enquêtes internationales instituent cinq niveaux d’alphabétisation, le niveau 3 étant établi comme le seuil «souhaité» pour naviguer aisément dans la vie de tous les jours en tant que travailleur, citoyen, parent, consommateur, et être capable de suivre le mouvement dans une société où les exigences sont croissantes et nécessitent une grande capacité d’adaptation.

Or l’Enquête internationale sur l’alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA, 2003) a révélé que, au Québec, près de la moitié de la population n’atteint pas ce niveau 3, que 16 % des 16-65 ans, soit 800 000 personnes, se classent au niveau 1 de l’échelle de compréhension des textes et qu’ils sont donc considérés comme analphabètes. Une situation en deçà des résultats obtenus pour l’ensemble du Canada, où 42 % de la population est de niveau 1 ou 2 et où seules les provinces maritimes affichent des statistiques plus inquiétantes que dans l’ensemble du pays.

«Plus l’écart entre les riches et les pauvres est grand, plus il y a une concentration des richesses et plus le taux d’analphabétisme est élevé, relève Maryse Perreault. En comparaison, les États-Unis comptent 53 % de niveau 1 ou 2, alors que les champions de l’alphabétisation sont les pays scandinaves, avec 66 % de la population qui atteint au moins le niveau 3.»

L’autre décrochage

Alors, pourquoi ces résultats médiocres et, qui plus est, en relative stabilité depuis plusieurs décennies? «La valeur de l’éducation n’est pas très forte au Québec, estime Mme Perreault. C’est l’héritage d’une société basée sur l’extraction des matières premières. Mais l’économie est en profonde mutation et on ne peut pas parler d’analphabétisme comme on en parlait il y a 25 ans, lorsque j’ai commencé dans ce domaine. Prenez par exemple les salariés d’Electrolux… Ce sont des gens qui n’ont pas dépassé le secondaire 3… Quelque 40 % d’entre eux ont moins de 46 ans. Il s’agit de notre main-d’oeuvre pour encore 15 à 20 ans. Or leur niveau ne leur permet pas de suivre une formation continue pour s’adapter au marché du travail. Ils vont se retrouver au chômage ou accepter une voie de garage, à la moitié de leur salaire actuel. Des cas comme celui-là, il y en aura de plus en plus à l’avenir. Le problème est donc loin d’être marginal, mais il est traité comme tel dans les priorités gouvernementales

Le Québec ferait donc trop peu et trop tard en se concentrant sur le décrochage scolaire. Selon la Fondation pour l’alphabétisation, il faudrait mettre plus de moyens dès la petite école pour l’apprentissage de la lecture. Et rapprocher les familles de l’école. Car l’analphabétisme engendre l’analphabétisme.

«Dans un quartier ouvrier comme Hochelaga-Maisonneuve à Montréal, par exemple, illustre Maryse Perreault, il y a un héritage qui se transmet et qui dit que l’école, ce n’est pas pour nous. Et rien n’est fait de manière cohérente pour lutter contre cette perception. Il y a des enfants qui grandissent sans un livre à la maison. Or il y a tant de choses qu’on apprend en se faisant lire une histoire par ses parents le soir, en voyant ses parents lire le journal, sa mère lire un roman, son père aussi… Les parents décrocheurs scolaires ne vont pas pouvoir suivre les progrès de leur enfant, ils restent très loin de l’école. Notre système d’éducation est formaté pour la classe moyenne, or 25 % des Québécois sont proches du seuil de la pauvreté.»

Pauvres quartiers

Dans une société dominée par les emplois dans le secteur tertiaire et où l’on trouve de moins en moins d’emplois susceptibles d’être occupés par des niveaux 1 ou 2, le degré de scolarisation est de plus en plus étroitement corrélé au revenu familial. «Quand on parlait de quartiers ouvriers, les gens n’étaient pas riches mais ils avaient accès à l’emploi, ils n’étaient pas dans l’exclusion, note la p.-d.g. de la Fondation pour l’alphabétisation. Aujourd’hui, la population traditionnelle d’Hochelaga-Maisonneuve, c’est-à-dire les francophones pauvres sous-scolarisés, se retrouve sur le bord du chemin. Il va rester de la place pour des emplois manufacturiers, mais ce sont des emplois à forte valeur ajoutée et on ne peut pas faire de valeur ajoutée sans une base de formation solide… Un niveau 2 ne sera pas capable de faire un rapport de production ou de planifier son travail lui-même, par exemple, et il n’a pas non plus les compétences pour accéder à la formation continue qui lui permettrait d’évoluer vers ces nouvelles pratiques.»

Au-delà du drame économique et social pour ces populations, c’est toute la société québécoise qui pâtit de ce fléau. «L’alphabétisation ou la maîtrise de la lecture est au coeur de tout, estime Maryse Perreault. Une personne mieux éduquée prend plus soin de sa santé, est plus sensible aux enjeux de l’environnement, prend des responsabilités plus grandes, va être un meilleur parent d’une manière générale. Il n’y a pas de désavantages à avoir une population alphabétisée, alors que le contraire a des répercussions importantes sur le plan économique et social… Plus le temps passe et plus les compétences demandées dans les milieux de travail augmentent, poursuit-elle avant de conclure sur une note assez pessimiste: notre crainte, c’est que ce chiffre de 49 % d’analphabètes fonctionnels explose… Qu’est-ce qui dit que, dans dix ans, le niveau « souhaitable » pour naviguer aisément dans un milieu de travail ne sera pas le niveau 4?» Ce serait alors pas moins de 85 % de la population active qui se retrouverait marginalisée…

Et, en décembre dernier, la multinationale suédoise a annoncé la fermeture en 2013 de son usine de cuisinières à L’Assomption.

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