Le monde regorge de beautés. Exemple : la poésie populaire.

Et moi je m’enfouiyais

 

En passant près d’un moulin

Que le moulin marchait,

Et dans son joli chant disait :

Ketiketiketac, ketiketiketac ;

Moi je croyais qu’il disait :

Attrape, attrape, attrape, attrape, attrape, attrape,

Et moi j’ m’enfouiyais…

Et moi j’ m’enfouiyais.

 

En passant près d’un’ prairie,

Que les faucheurs fauchaient,

Et dans leur joli chant disaient :

Ah ! l’beau faucheur, ah l’beau faucheur

Moi je croyais qu’ils disaient :

Ah v’là l’voleur, ah v’là l’voleur !

Et moi je m’enfoui-foui…

Et moi j’ m’enfouiyais.

 

En passant près d’une église,

Que les chantres chantaient,

Et dans leur joli chant disaient :

Alleluia ! Alleluia !

Moi je croyais qu’il disaient :

Ah ! le voilà, ah ! le voilà !

Et moi je m’enfoui-foui…

Et moi je m’enfouiyais.

 

En passant près d’un poulailler

Que les poules chantaient,

Et dans leur joli chant disaient :

Coucouricou, coucouricou ;

Moi je croyais qu’ell’s disaient :

Coupons-y l’cou ! coupons-y l’cou !

Et moi je m’enfoui-foui…

Et moi je m’enfouiyais.

 

(Claude Roy, Trésor de la poésie populaire, textes choisis avec la collaboration de Claire Vervin, Paris, Seghers, 1967, p. 63-64)

Le monde regorge de beautés. Exemple : le premier concert de Gabrielle, enfant, avec Marie-Sophie, sa maman

À Lévis, au Québec

De très doux et très beaux moments à l’ancienne église Sainte-Jeanne-d’Arc, quand Marie-Sophie Martel et sa fille, Gabrielle Lapointe, accompagnées d’un guitariste, ont chanté ce dimanche 21 juillet 2013. Marie-Sophie Martel est soprano; en 1994 elle a reçu le Prix Raoul-Jobin de l’Opéra de Québec. Gabrielle a beaucoup de talent (elle n’a jamais suivi de cours de chant), elle est spontanée, amusante, adorable; elle a neuf ans, presque dix; c’était sa première prestation publique, si l’on excepte sa participation, avec sa mère, à une messe célébrée à l’église Notre-Dame-de-la-Victoire, à Lévis. – Marie-Sophie Martel est originaire de Lévis, elle a fréquenté le Couvent de Lévis ( École Marcelle-Mallet ).

Bon vent, Gabrielle, bon vent à ta maman et à ton papa.

Le Passeur de la Côte (Roger Martel)

chapelle d adoration Ste-Jeanne d Arc_Levis 2013

Chapelle d’adoration (ancienne église Sainte-Jeanne-d’Arc)

Lapointe, Gabrielle, avec Marie-Sophie Martel,  et

Gabrielle Lapointe, Marie-Sophie Martel et

Lapointe, Gabrielle fille de Marie-Sophie Martel et de J.-F. Lapointe - Version 3

Gabrielle Lapointe

Photos prises le 20 juillet 2013 par Roger Martel ( qui n’est pas parent avec Marie-Sophie Martel )

Le monde regorge de beautés. Les diamants dans la gravelle, par exemple.

Extraits d’un article de Frédérique Doyon :

« Avec sa nouvelle pièce [Les mains dans la gravelle], Simon Boulerice rappelle aux enfants que la beauté est partout, même dans l’indigence. »

« Simon Boulerice puise dans ses souvenirs d’enfance pour aborder une réalité de l’ombre, la pauvreté, ou plutôt la perception parfois altérée qu’en ont les enfants. »

« J’avais surtout envie de parler de la perception de la pauvreté : quand on est enfant, on a souvent un regard biaisé sur les choses », dit celui qui, petit, se croyait riche avec sa maison et sa cour asphaltée, alors qu’« Isabelle vivait dans un logement avec sa mère avec une cour de gravelle que j’ai associée à la pauvreté. J’avais envie de rétablir la justice, alors j’ai inversé l’histoire ».

« Il y a une phrase de Vincent Van Gogh qui synthétise l’idée que j’ai envie de dire aux enfants : “Trouve beau tout ce que tu peux.”

Source : Frédérique Doyon, Des diamants dans la gravelle, Le Devoir, 15 avril 2013 –

http://www.ledevoir.com/culture/theatre/375715/des-diamants-dans-la-gravelle

Simon Boulerice est comédien-danseur et auteur. Les mains dans la gravelle, destinée aux enfants de 7 à 10 ans, mise en scène par Serge Marois, est présentée à la Maison Théâtre du 17 avril au 2 mai 2013 (c’est à Montréal).

Adresse de la Maison Théâtre : http://www.maisontheatre.com/fr/mains.php

Le monde regorge de beautés. Exemple : un livre qu’on a hâte de lire.

On ne sait jamais ce que nous apportera une visite au magasin Écolivres, à Lévis (Québec). Écolivres vend des livres, des revues et des disques usagés (c’est une entreprise d’économie sociale). Vous entrez, vous n’êtes pas venu chercher un livre en particulier, vous furetez, et vous faites de belles découvertes, vous partez avec deux ou trois livres que vous avez hâte de lire. C’est merveilleux !

Le Passeur de la Côte connaît le poète français Jacques Prévert (1900-1977) : il a lu La pluie et le beau temps, Paroles, etc. Hier, 17 janvier 2013, chez Écolivres il a mis la main sur le recueil Choses et autres. De retour chez lui, il feuillette son nouveau Prévert, il lit :

Frontières

– Votre nom ?

– Nancy.

– D’où venez-vous ?

– Caroline.

– Où allez-vous ?

– Florence.

– Passez.

 

– Votre nom ?

– On m’appelle Rose de Picardie, Blanche de Castille,

Violette de Parme ou Bleue de Méthylène.

– Vous êtes mariée ?

– Oui.

– Avec qui ?

– Avec Jaune d’Oeuf.

– Passez.

 

Le lecteur, sa lecture terminée, a dit : « Merci, Monsieur Prévert! »

Le Passeur de la Côte, hier, a quitté Écolivres avec une autre beauté du monde : ce poème de la poétesse française Marie Noël (1883-1967) :

Chanson

Quand il est entré dans mon logis clos,
J’ourlais un drap lourd près de la fenêtre.
L’hiver dans les doigts, l’ombre sur le dos…
Sais-je depuis quand j’étais là sans être?

Et je cousais, je cousais, je cousais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu faisais?

Il m’a demandé des outils à nous.
Mes pieds ont couru, si vifs, dans la salle,

Qu’ils semblaient – si gais, si légers, si doux -,
Deux petits oiseaux caressant la dalle.

De-ci, de-là, j’allais, j’allais, j’allais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu voulais?

Il m’a demandé du beurre, du pain.
– Ma main en l’ouvrant caressait la huche –
Du cidre nouveau, j’allais, et ma main
Caressait les bols, la table, la cruche.

Deux fois, dix fois, vingt fois je les touchais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu cherchais?

Il m’a fait sur tout trente-six pourquoi.
J’ai parlé de tout, des poules, des chèvres,
Du froid et du chaud, des gens, et ma voix
En sortant de moi caressait mes lèvres…

Et je causais, je causais, je causais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu disais?

Quand il est parti, pour finir l’ourlet
Que j’avais laissé, je me suis assise…
L’aiguille chantait, l’aiguille volait.
Mes doigts caressaient notre toile bise…

Et je cousais, je cousais, je cousais…
– Mon coeur, qu’est-ce que tu faisais?

 

« Grand-maman, pourrais-tu me tricoter un beau cache-cou bien chaud ? »

Chanceux que nous sommes : le web contient cette autre beauté : Madame Christine Mattei-Barraud qui lit merveilleusement, pour nous, le poème de Marie Noël; allez vite au http://www.youtube.com/watch?v=4B_q1wrC1zM&list=UUp1-VNFTqhqv59Vp_1ahUAg&index=10.

Marie Noël, Les Chansons et les Heures, 1920

ÉCOLIVRES
42, rue Charles A.-Cadieux
Lévis (Qc), G6V 7Z6
Tél : 418 835-5150

info@ecolivres.org

http://www.ecolivres.org/fr/index.php

Le monde regorge de beautés. Exemple : l’accompagnement des morts et des personnes endeuillées, la solidarité entre les vivants et les morts.

Solidarite avec les morts - 13

Hathor accueille Sethi premier dans le Monde des morts, dont elle est la souveraine.

Solidarite avec les morts - 01

Saint-Damien (Bellechasse, au Québec), cimetière des Soeurs

Solidarite avec les morts - 02

Saint-Lazare  (Côte du Sud, au Québec)

Solidarite avec les morts - 03

Saint-François de la Rivière du Sud (Côte du Sud, au Québec)

St-Francois Cimetiere 2008-11-12 (26)

Saint-François de la Rivière du Sud (Côte du Sud, au Québec)

Solidarite avec les morts - 05

Lévis (au Québec), cimetière du Mont-Marie

Solidarite avec les morts - 06

Saint-François de la Rivière du Sud (Côte du Sud, au Québec)

Solidarite avec les morts - 07

Saint-François de la Rivière du Sud (Côte du Sud, au Québec)

Solidarite avec les morts - 09

Saint-François de la Rivière du Sud (Côte du Sud, au Québec)

Solidarite avec les morts - 11

Armagh (Côte-Du-Sud, au Québec)

Solidarite avec les morts - 12

Lévis-Saint-Nom (France)

Photos : Roger Martel (sauf la première)

Le monde regorge de beautés

Le 9 mai 2012, au Centre municipal de Cap-Rouge (à Québec), l’astrophysicien Hubert Reeves a prononcé une conférence à l’invitation du club d’astronomie Véga de Cap-Rouge et du président de ce dernier, M. Philippe Moussette.

M. Reeves a dit que les trois plus grandes beautés du monde sont l’art, la culture (à laquelle appartient la science) et la compassion.

La compassion

Compatir avec une personne, c’est prendre part à sa misère, à sa douleur, à sa souffrance. On compatit avec un ami qui a perdu un être cher, par exemple. Compatir, c’est aussi souffrir devant la souffrance d’autrui. Cette souffrance peut amener celui qui l’éprouve à aider celui ou ceux dont il connaît la souffrance, à alléger ou à faire disparaître leur souffrance ou même à lutter pour que sa cause soit éliminée.

M. Reeves a raison : La compassion est vraiment une grande beauté du monde.

Le Passeur de la Côte (Roger Martel)

 

Le texte suivant provient de http://www.zen-occidental.net/sutras/daihishin1.html.

Kanzeon à mille mains et mille yeux : Comme le titre l’indique, Avalokiteshvara possède dans ce sûtra rien moins que mille mains et mille yeux. Cette forme extraordinaire est connue au Japon sous différentes appellations : le bodhisattva Kanzeon à mille mains et mille yeux (jap. senju sengen kanzeon bosatsu), bien sûr, mais aussi Kannon à mille bras (jap. senbi Kannon), Kannon à mille rayons (jap. senkô Kannon) ou simplement Kannon de la grande compassion (jap. daihi Kannon).

Le chiffre mille symbolise la compassion illimitée du bodhisattva qui peut à la fois voir toutes les souffrances du monde (avec ses mille yeux) et leur venir en aide (avec ses mille mains). Cette forme, vénérée très tôt au Japon, reste très populaire dans l’archipel. Comme il est difficile de peindre ou de sculpter mille bras, les représentations ont généralement 42 bras, deux joignent les paumes (jap. gasshô), les 40 autres étant disposés autour du corps en éventail. Chaque main vient en aide aux êtres des 25 divisions des six domaines de transmigration (40 x 25 = 1.000). La tête peut avoir onze ou vingt-sept visages.

La tradition japonaise veut que les personnes souffrant de problèmes oculaires prient spécifiquement Kanzeon aux mille mains et aux mille yeux.

Le monde regorge de beautés ! Exemple : les bons moments avec ses proches.

Le monde regorge de beautés. Exemple : les mille milliards de beaux moments que vivent les enfants, les femmes, les hommes, année après année, et qui sont parfois rendus immortels grâce à une photographie. Une photo comme celle-ci :

Un très bon moment dans une famille du Québec dans les années 1950 ou 1960

Glanures de lectures 20 décembre 2011

Comme dans un champ où on glane, on s’en va d’épi en épi,

il s’en allait de chose en chose.

(C. F. Ramuz, Aimé Pache, 1911)

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INTERNET ET LES ENFANTS

Vous avez des enfants qui naviguent sur Internet? Consultez http://www.internetsanscrainte.fr/accueil.

 Voici un extrait du texte que contient le site susmentionné :

 Comment aider mon enfant à développer son sens critique ?

 Conseils clés :

Remettre en cause le statut même de l’internet n’est pas forcément une mauvaise idée. Internet, c’est comme la météo ou les informations au télé-journal, ça peut se tromper ou n’être pas totalement objectif…

Aider l’enfant à identifier et vérifier ses sources, à questionner la pertinence des informations trouvées lors d’une recherche, à se forger une opinion en croisant les informations

Publier avec eux : publier en ligne est parfois la meilleure manière de prendre de la distance avec les informations trouvées

Vérifier qu’il sait bien qui il accepte comme « ami » en ligne, et les raisons d’être du forum/ groupe qu’il souhaite rejoindre

Lui apprendre à sélectionner et à contrôler les informations personnelles qu’il met en ligne sur les sites, blogs, ou au sein des réseaux sociaux, notamment en y contrôlant les options de vie privée

L’inviter, avant de donner des informations sur un site, à se poser la question de leur utilisation… voire à lire la politique de celui-ci en matière de protection des données.

CAPITALISME THÉRAPEUTIQUE

 […] comme c’est le cas de l’ensemble des avancées invincibles de ce qu’on appelle le néolibéralisme, les apparences n’ont même plus à être sauvegardées. Adaptation, motivation, coaching: le continuum entre la thérapeutique, la gestion de la main-d’oeuvre au travail et l’assistance sociale – destinée à ceux qui ont le devoir de se réintégrer, fût-ce imaginairement, dans les circuits du travail – est tel que l’on peut désormais parler d’un « capitalisme thérapeutique ». (Isabelle Stengers, récipiendaire du grand prix de philosophie de l’Académie française en 1993, préface au livre En finir avec le capitalisme thérapeutique. Soin, politique et communauté, écrit par Josep RAFANELL I ORRA, La Découverte, Collection : Les Empêcheurs de penser en rond, 2011.

DES TARIFS ENCORE PLUS ÉLEVÉS, TOUJOURS PLUS ÉLEVÉS CHEZ VIDEOTRON

« Des hausses justifiées? «Je ne crois pas que ces augmentations soient justifiées», soutient Richard Paradis, consultant en communications et télécommunications au Groupe CIC. Selon lui, les résultats financiers de Vidéotron au trimestre clos le 30 septembre 2011 parlent d’eux-mêmes. Sa marge de profit a été de 45 %, soit un bénéfice d’exploitation de 275 millions sur un chiffre d’affaires de 612 millions. Bref, l’entreprise semble très rentable. «Vidéotron est la vache à lait de Quebecor», dit M. Paradis.


«Les marges de profit dans ce secteur sont généralement de 30 à 40 %. C’est plus que chez les pétrolières et les banques», souligne Anthony Hémond, analyste d’Internet et des télécommunications à l’Union des consommateurs.

 (PROTÉGEZ-VOUS, 24 NOV. 2011, http://www.protegez-vous.ca/technologie/videotron-encore-une-hausse-de-tarifs.html)

CROISSANCE

« Ce que nous savons désormais est que si nous serrons les dents et continuons à avoir confiance dans la croissance, nous allons, comme on dit, « droit dans le mur ». (Isabelle Stengers, récipiendaire du grand prix de philosophie de l’Académie française en 1993, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, Éditions La Découverte, Collection : Les Empêcheurs de penser en rond, 2009, p. 12)

EMPREINTE ÉCOLOGIQUE

Le consommateur est invité à mesurer son « empreinte écologique, c’est-à-dire le caractère irresponsable et égoïste de son mode de consommation ». (Isabelle Stengers, récipiendaire du grand prix de philosophie de l’Académie française en 1993, Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient, Éditions La Découverte, Collection : Les Empêcheurs de penser en rond, 2009, p. 15)

ÉVOLUTION

 «Cessons de confondre évolution technologique à évolution biologique. En reculant dans le temps se dégage certes “une tendance qui va vers la bipédie toujours plus perfectionnée, un accroissement de la taille corporelle, une augmentation du volume cérébral et une réduction de la face”. Pourtant, tous ces caractères n’évoluent pas de concert. Il y a 60 000 ans à peine, les Néandertaliens, guère plus corpulents que nous, avaient un cerveau plus grand (de l’ordre de 200 cm3). Il en était de même pour les hommes de Cro-Magnon… L’homme de l’an 2000, utilisant Internet, n’est pas différent, et certainement pas plus intelligent que celui qui a peint Lascaux.»

(P. Picq, Les origines de l’homme, Paris, Tallandier, 2005, cité par Line Mc Murray, Les technologies et la vie, texte publié dans l’Encyclopédie de l’Agora (ce texte est extrait de La beauté des petites bêtes que personne n’aime, Coll. Figures libres, Montréal, Liber, 2006) : http://agora.qc.ca/Documents/Animal–Les_technologies_et_la_vie_par_Line_Mc_Murray)

LE MONDE REGORGE DE BEAUTÉS !

À Lévis, par exemple, très beau est l’acte de bravoure exceptionnel d’une jeune père de famille, M. Patrick Grondin. Ce citoyen, véritable héros, s’est porté avec succès à la défense d’une femme blessée et poursuivie par un homme muni d’une machette. Il a reçu la médaille du civisme à l’Assemblée nationale du Québec. Félicitations !

Le monde regorge de beautés ! Exemple : le journal québécois Le Devoir.

De beautés le monde est plein à craquer! Il y a Le Devoir, journal quotidien du Québec, par exemple. Journal indépendant fondé en 1910 par Henri Bourassa, Le Devoir informe et éclaire ses lecteurs intelligemment et respectueusement.

Pour voir, lisez cet éditorial de Josée Boileau, rédactrice en chef, à qui il a valu le prix Judith-Jasmin dans la catégorie Opinion le 26 novembre 2011 :

Affaire Cantat – Un choix tragique

Josée Boileau – 7 avril 2011

On a largement fait appel à la réhabilitation et au pardon pour expliquer l’invitation faite à Bertrand Cantat de participer à la prochaine mise en scène de Wajdi Mouawad. Mais on a oublié que la première est un principe, le second, une vertu. Ni l’un ni l’autre ne relèvent de l’automatisme. Et qu’il faut du temps pour les apprivoiser.

Si nous étions des dieux, ceux de la tragédie grecque, que rapporteraient les conteurs qui nous voient nous agiter autour de l’affaire Cantat? Insisteraient-ils sur le dieu qui tend la main à un ami pour l’aider à sortir du gouffre dans lequel il s’est lui-même enfoncé? Ou feraient-ils plutôt voir que ce dieu créatif, encensé de tout le panthéon, ne provoque la clameur que pour nourrir sa réputation de provocateur de génie.

Et la déesse bien vivante, bien vibrante, qui ouvre ses portes au duo vedette, apparaîtrait-elle comme bienveillante ou bien naïve? Quant aux pleureuses qui rappellent l’horrible mort d’une femme aimée, seraient-elles reléguées dans l’ombre ou bien le fil conducteur de la pièce qui se joue…

C’est celui qui raconte qui donne un sens à l’agitation. C’est là la force de l’art, comme le démontraient avec brio les textes de Francis Dupuis-Déri, avec Mélissa Blais, et Gilbert Turp que Le Devoir publiait hier dans sa page Idées. Sophocle lui-même, que Wajdi Mouawad mettra en scène au Théâtre du Nouveau Monde et ailleurs en y faisant participer Bertrand Cantat, guide la réflexion sur la place à donner ou pas à l’ancien chanteur de Noir Désir.

Mais nous ne sommes pas des dieux, nous sommes des humains que nul ne regarde. Et nous sommes pris entre le coeur, les principes, la justice, l’indignation — chacun de ces mots étant évoqués tant par ceux qui pleurent Marie Trintignant, battue à mort, défigurée, et à travers elle toutes les femmes battues d’hier et d’aujourd’hui, que par ceux qui croient que pour Bertrand Cantat, qui l’a tuée, la rédemption est possible, comme elle doit s’envisager chaque fois qu’un crime a été sanctionné.

Dans cette version moderne de la tragédie grecque, nous négligeons toutefois un facteur essentiel: le temps. Même une faute avouée n’est qu’à moitié pardonnée, souligne le proverbe. Le reste vient avec le recul. Justice et sentiment ne vont pas au même rythme.

Le Québec n’est pas contre la réhabilitation: personne n’a envie de lancer des pierres à Cantat. Mais ce qui est demandé au public, et imposé aux abonnés du TNM, c’est d’applaudir le Cantat qui sera sur scène, de surcroît dans un spectacle qui met en scène la force destructrice des hommes. C’est à juste titre source de malaise collectif. Car le sentiment au Québec, c’est de condamner avec force la violence faite aux femmes. Cela nous distingue, et il faut s’en féliciter, de bien d’autres sociétés, même de la France qui ne s’inquiète que depuis peu de ce problème, ce qui peut expliquer que là-bas on ait accueilli avec moins d’émoi le retour sur scène de Cantat. Les Québécois n’ont pas à s’excuser de leurs propres réticences.

On brise la carrière du chanteur, dit-on. Non. Il a brisé une vie, sa carrière est maintenant en suspens. D’autres gens qui ont posé des gestes criminels ne peuvent pas non plus redevenir les professeurs, médecins ou comptables qu’ils étaient avant. La réhabilitation est un long processus, exigeant pour la société mais aussi pour l’auteur du crime. C’est à lui de prouver par des mots, des engagements, des «gestes continus de bonté», disait cette semaine à la télévision Michel Dunn, lui-même meurtrier et repenti, que la société peut l’accepter. Le retour en grâce, qui ne fera par ailleurs jamais l’unanimité, existe, mais certainement pas dans la précipitation.

 Ici, Bertrand Cantat ne parle pas, Wajdi Mouawad nous bouscule, Lorraine Pintal dénonce vertement les réactions, au nom de l’art comme catharsis. Mais il est trop tôt pour l’exorcisme auquel on nous invite. Que les intéressés l’admettent rapidement pour en contrer la récupération politique et la transformation en affaire d’État.

(http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/320555/affaire-cantat-un-choix-tragique)

Le Devoir raconte son histoire dans cette page : http://www.ledevoir.com/le-devoir/histoire.