Un discours anticapitaliste venu du Sud – Le pape François contre le « fumier du diable ».

Source : Radio Vatican, Le vibrant plaidoyer du Pape François pour un changement de système mondial, http://fr.radiovaticana.va/news/2015/07/10/le_vibrant_plaidoyer_du_pape_françois_pour_un_changement_de_système_mondial/1157310

François a déploré cette « dictature subtile », qui « porte atteinte au projet de Jésus », où l’« on est en train de châtier la terre, les peuples et les personnes de façon presque sauvage. Et derrière tant de douleur, tant de mort et de destruction, se sent l’odeur de ce que Basile de Césarée* appelait “le fumier du diable” ; l’ambition sans retenue de l’argent qui commande. Le service du bien commun est relégué à l’arrière-plan ». Un système qui ruine la société, détruit l’homme et le rend esclave.

( Pape François, Bolivie, 9 juillet 2015 ) .

* BASILE DE CÉSARÉE saint (330-379) – Évêque de Césarée de Cappadoce, sa ville natale, saint Basile le Grand est considéré par les chrétiens d’Orient comme le premier des grands docteurs œcuméniques ; ceux d’Occident le rangent parmi les principaux docteurs de l’Église. Son influence a été considérable dans le développement de la théologie de la Trinité, dans l’organisation de la vie monastique, dans l’exposition de la morale et de la doctrine sociale chrétiennes ainsi que dans la formation de la liturgie. (http://www.universalis.fr/encyclopedie/basile-de-cesaree/)


pape Francois en Bolivie Juill 2015Le pape François en Bolivie, en juillet 2015

Un discours anticapitaliste venu du Sud

Le pape contre le « fumier du diable »

En septembre, le chef de l’Eglise catholique doit visiter Cuba, puis les Etats-Unis, après avoir œuvré au rapprochement de ces deux pays. Ces deux dernières années, François, premier pape non européen depuis treize siècles, a décentré le regard de l’Eglise sur le monde. Promoteur d’une écologie « intégrale » socialement responsable, ce pasteur jésuite argentin vient aussi chatouiller les consciences aux Nations unies.

par Jean-Michel Dumay, septembre 2015

Source : Le Monde diplomatique, http://www.monde-diplomatique.fr/2015/09/DUMAY/53677

APERÇU

Devant un auditoire dense réuni au parc des expositions de Santa Cruz, la capitale économique de la Bolivie, un homme en blanc fustige « l’économie qui tue », « le capital érigé en idole », « l’ambition sans retenue de l’argent qui commande ». Ce 9 juillet, le chef de l’Eglise catholique s’adresse non seulement aux représentants de mouvements populaires et à l’Amérique latine, qui l’a vu naître, mais au monde, qu’il veut mobiliser pour mettre fin à cette « dictature subtile » aux relents de « fumier du diable ».

« Nous avons besoin d’un changement »,

proclame le pape François, avant d’inciter les jeunes, trois jours plus tard au Paraguay, à « mettre le bazar ». Dès 2013, au Brésil, il leur avait demandé « d’être des révolutionnaires, d’aller à contre-courant ». Au fil de ses voyages, l’évêque de Rome diffuse un discours de plus en plus musclé sur l’état du monde, sur sa dégradation environnementale et sociale, avec des mots très forts contre le néolibéralisme, le technocentrisme, bref, contre un système aux effets délétères : uniformisation des cultures et « mondialisation de l’indifférence ».

En juin, dans la même veine, François adressait à la communauté internationale une « invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète ». Dans cette encyclique sur l’écologie, Laudato si’ Loué sois-tu »), il appelle chacun, croyant ou non, à une révolution des comportements et dénonce un « système de relations commerciales et de propriété structurellement pervers ». Un texte « à la fois caustique et tendre », qui « devrait ébranler tous les lecteurs non pauvres », estime la New York Review of Books. En France, 100 000 exemplaires de ce petit manuel se sont envolés en six semaines.

Voici donc un pontife qui assure qu’un autre monde est possible, non pas au jour du Jugement dernier, mais ici-bas et maintenant.


Source : Radio Vatican, http://fr.radiovaticana.va/news/2015/07/10/le_vibrant_plaidoyer_du_pape_françois_pour_un_changement_de_système_mondial/1157310

S’interrogeant à voix haute, le Pape a demandé :

« reconnaissons-nous que les choses ne marchent pas bien dans un monde où il y a tant de paysans sans terre, tant de familles sans toit, tant de travailleurs sans droits, tant de personnes blessées dans leur dignité ? Reconnaissons-nous que les choses ne vont bien quand éclatent tant de guerres absurdes et que la violence fratricide s’empare même de nos quartiers ? Reconnaissons-nous que les choses ne vont pas bien quand le sol, l’eau, l’air et tous les êtres de la création sont sous une permanente menace ? ». La réponse de François ne s’est pas faite attendre : « disons-le sans peur : nous avons besoin d’un changement et nous le voulons. (…)

   On ne peut plus supporter ce système,

et la Terre non plus ne le supporte pas »


Benoît Lacroix et notre société : «Tout est à repenser».

«Tout est à repenser»

(article d’Amélie Daoust-Boivest paru dans le quotidien Le Devoir en 2012)

https://lepasseurdelacote.com/2014/09/01/point-chaud-tout-est-a-repenser-le-devoir/

 

 

«Tout est à repenser» « Les étudiants sont là pour nous le dire, à leur manière », affirme le père Benoît Lacroix, dominicain.

 

Benoît Lacroix est né le 8 septembre 1915 à Saint-Michel-de-Bellechasse (Québec). Il a célébré ses 75 ans de vie religieuse en 2012.

 

Paroles de Benoît Lacroix tirées de l’article d’Amélie Daoust-Boisvert :

 

ÂGE

Parlant de son âge, Benoît Lacroix dit : « Je me sens libre. Je n’ai pas de réputation à sauver. J’ai envie de dire ce que je pense. L’âge nous impose une liberté. »

 

CAPITALISME

« le capitalisme devrait disparaître le plus vite possible. Il n’a pas joué son rôle. Je suis d’accord avec certains jeunes qu’on qualifie de radicaux »

 

UNIVERSITÉ

« je comprends les rouages dans lesquels se retrouvent les universités. Nous sommes dans une société marchande, dans laquelle la métaphysique ne se vend pas. Il faut trouver des fonds. Composer avec les grandes compagnies minières et autres. Elles sont aux prises avec le capitalisme mondial et je ne sais pas comment elles vont s’en sortir. »

 

NATURE

« Je comprends ceux qui sont intéressés par le profit qu’ils pourraient tirer des régions vierges, de l’île d’Anticosti par exemple. Mais la nature n’est pas là pour être possédée. Elle est un don. »

L’économie est au service de la société et non le contraire.

 

Extrait d’un article intitulé Entre l’identité et les affaires : la politique et publié dans le numéro de juin 2014 de la revue québécoise Relations. Pour le lire en entier, on va au http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=3375&title=entre-lidentite-et-les-affaires-la-politique.

 

Par Jean-Claude Ravet, rédacteur en chef de Relations

 

Devant ces gestionnaires du réalisme capitaliste qui banalisent les profits éhontés, les paradis fiscaux, les inégalités sociales et la dilapidation des ressources naturelles, ne faudrait-il pas redonner ses droits à l’utopie dans sa fonction de subversion de l’état des choses existant afin de contrer la vaste entreprise d’imposition du sens et la servitude volontaire? Affirmer que l’économie est au service de la société et non le contraire, que le bien commun prime sur l’intérêt privé et la solidarité sur le rendement, c’est vouloir rompre avec la fatalité entretenue médiatiquement à coup de millions. La valeur marchande n’est pas la mesure de toute chose, tout comme la politique n’est pas la pure gestion des intérêts d’une élite.

 

On ne peut céder à la dépolitisation rampante de la société par dépit. La politique doit devenir une tâche collective pour aménager une manière de vivre attentive à la vie, à la dignité humaine et à la suite du monde. L’indépendance du Québec pourrait très bien être un pas dans cette direction.

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Au Québec, cessons vite de gérer le capitalisme avec le Parti libéral ou le Parti québécois! Il est temps de choisir la voie de la gauche!

Article – REVUE RELATIONS

Relations numéro 771, avril 2014 (http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=3342&title=la-voie-de-la-gauche)

La voie de la gauche

Par Jean-Claude Ravet (rédacteur en chef de Relations)

Il est consternant de voir que les partis qui briguent actuellement le pouvoir au Québec et qui ont des chances d’être élus n’aspirent qu’à gérer le capitalisme, sans remettre en question le productivisme et le consumérisme, dans l’espoir de briller dans le concert des nations. Ils se refusent à prendre les mesures nécessaires pour éviter la catastrophe annoncée de l’« agonie planétaire » (Edgar Morin), dont le réchauffement climatique n’est qu’une des multiples déclinaisons. Nous savons depuis longtemps que le Parti libéral chante à l’unisson avec le monde des affaires et n’a d’autre prétention que d’être le gestionnaire du statu quo. D’aucuns attendaient plus du Parti québécois, qui a longtemps maintenu vivante la fibre de la solidarité sociale, même si avec le temps elle s’est fragilisée. Prônant la souveraineté, il a longtemps eu la profondeur de vue que nécessite un tel projet et a su faire écho aux préoccupations écologiques et sociales d’une grande partie de la population durant le printemps érable. Mais après avoir joué d’une manière populiste la carte identitaire à des fins électoralistes, quitte à s’aliéner des alliés potentiels de la cause souverainiste au sein des communautés culturelles, voilà qu’il verse maintenant dans l’apologie de l’exploitation du pétrole de schiste, faisant miroiter des promesses de prospérité.
 
Toujours cette vieille manière de faire de la politique à courte vue, le nez collé sur le pouvoir et le profit : la gouvernance sans vision, la servilité bon enfant aux règles du jeu édictées par les lobbies et les puissances financières. Les riches finissent toujours par en sortir gagnants, inébranlablement confiants dans leurs moyens de se tirer d’affaire quoi qu’il arrive, quitte à sacrifier la nature ou des populations superflues pour leur jouissance paisible des choses – le monde, après eux, dût-il en périr.

Le temps presse pourtant de saisir l’enjeu de notre époque : la Terre, notre unique demeure, nous sommes en mesure de la détruire. Il nous faut en prendre soin. Dans le péril qu’elle fait planer sur le monde, la globalisation capitaliste a eu la conséquence « heureuse » de nous faire prendre conscience de notre responsabilité à son égard. Une politique nationale ne peut faire fi du souci écologique pour notre habitation commune, la Terre. Nous ne pouvons plus faire comme si nous étions déliés du reste du monde. Nul n’est une île, cela est vrai pour les individus autant que pour les États. Et toute affirmation nationale se doit d’être en même temps chemin d’évitement de l’autodestruction planétaire.

Pour sortir du cul-de-sac, il nous faudrait avoir le courage de prendre la voie de la gauche. Pas l’ancienne, productiviste, autoritaire et bureaucratique, ni la « nouvelle » gauche de façade qui promet la solidarité mais qui, une fois au pouvoir, met la table aux politiques néolibérales d’austérité qui ne servent qu’aux riches, comme on le voit en France. Mais celle de la résistance. Celle qui a pour volonté ferme de tirer le frein d’urgence du train du soi-disant progrès, qui roule à toute vitesse sur les rails de la démesure financière et technique et laisse derrière lui misère et désolation. Celle qui a pour visée le mieux-vivre, le partage et la préservation des conditions dignes de vie. Celle pour qui la terre est commune et non enjeu d’appropriation et d’expropriation, et pour qui l’économie est au service de la société et non l’inverse. Celle qui sait puiser à une longue tradition d’entraide et de solidarité avec les laissés-pour-compte, de lutte contre l’injustice, de participation démocratique et de défense du bien commun, et qui puise ainsi, même sans le savoir, à l’esprit de l’Évangile.

Récemment, le sociologue de droite, Mathieu Bock-Côté, dans une émission de Radio-Canada, taxait cette gauche d’utopiste, l’accusant de ne pas vouloir vivre « dans le monde réel ». Il est plus que temps de prendre conscience que ceux qui vivent dans l’illusion, ce sont ces « réalistes » qui soutiennent une manière de vivre qui dilapide les ressources, détruit les écosystèmes, creuse le fossé entre une infime minorité de riches et une multitude de pauvres. Ce « réalisme » des serviles, comme des maîtres, n’est plus tenable. Il s’appuie sur le fantasme de la domination et du profit sans limite d’une élite. Une autre voie est possible et urgente pour sortir l’humanité de l’impasse où cela nous a menés. À nous de l’investir.


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Le pape dénonce l’argent, «idole» qui «commande» tout.

Le Devoir, 23 septembre 2013 | Agence France-Presse

http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/388143/le-pape-denonce-l-argent-idole-qui-commande-tout

 

Le pape François, en visite pastorale en Sardaigne, a dénoncé dimanche l’argent, « idole » au centre d’un système économique mondial qui « commande » tout, et le manque de travail. « Luttons tous contre cette idole qu’est l’argent, contre un système sans éthique, injuste, dans lequel l’argent commande tout », a-t-il lancé. « Pour préserver ce système idolâtre, on abandonne les plus faibles, les vieux, ceux qui n’ont nulle part où loger. On est en train de parler d’une euthanasie dont on tairait le nom », a-t-il dit, improvisant de nouveau sur un thème qui lui est cher, celui des laissés-pour-compte de la crise. À la fin de la journée, en référence au double attentat suicide perpétré contre une église au Pakistan, qui a fait 70 morts, le pape a estimé qu’il s’agissait d’un « mauvais choix, de haine et de guerre ». Il a appelé la jeunesse à « construire un monde meilleur, un monde de paix ».

La tragédie de Lac-Mégantic : Victor-Lévy Beaulieu prend la parole

Le texte suivant a été diffusé par l’écrivain québécois Victor-Lévy Beaulieu le 25 juillet 2013.

Lac-Mégantic,

ô douleur, ô misère!

PAR VICTOR-LÉVY BEAULIEU

Lac-Mégantic. La mort s’un seul enfant innocent,

D’une seule femme innocente,

D’un seul homme innocent,

Est la mort de toute l’humanité, a dit Albert Camus.

Lac-Mégantic. L’humanité y est morte

Au moins cinquante fois

Assassinée par des locomotives

Devenues folles et déraillant

Sur une voie ferrée désuète.

Lac-Mégantic. Derrière les locomotives,

Des wagons-citernes non sécuritaires

Transportant des centaines de milliers de litres

De combustible hautement inflammable.

Lac-Mégantic. Explosion, destructions,

Corps carbonisés, souffrance et douleur.

Lac-Mégantic. Complicité meurtrière des gouvernements

Qui dérogent à leurs propres lois

Au nom d’un capitalisme sauvage

Pour lequel les marchandises

Passent avant le bien-être

Des enfants, des femmes et des hommes.

Lac-Mégantic. Ce n’est pas seulement les drapeaux

Du Québec et du Canada

Qu’on aurait dû mettre en berne pour la semaine,

Mais tous ces trains du capitalisme sauvage

Embrasant le ciel – ô tragédie!

Lac-Mégantic. Que s’éveille enfin notre conscience!

Que notre compassion devienne solidarité et action.

Aimer, c’est agir vraiment, c’est agir maintenant.

La mort d’un seul enfant innocent,

D’un seul homme innocent,

D’une seule femme innocente,

Est la mort de toute l’humanité.

Lac-Mégantic. Ô douleur, ô misère!

Le numéro d’août 2012 de la revue québécoise Relations vient de paraître.

Le dossier du numéro, intitulé La mémoire vivante, est composé de ces textes :

La mémoire vivante , Jean-Claude Ravet

Le danger d’oubli , Serge Cantin

Contrer la marchandisation de la mémoire , Amélie Descheneau-Guay

Notre passé religieux entre complaisance et mépris , Raymond Lemieux

Les Archives des Jésuites : lieu de mémoire et d’inspiration , Jacques Monet

Madeleine Parent, inspiratrice de nos luttes , Normand Breault

Traces d’histoire , Marie-Célie Agnant

La voix des ancêtres , Virginia Pésémapéo Bordeleau

Mémoires urbaines : le cas de Montréal , Jasmin Miville-Allard

Remémoration subversive , Jean-Claude Ravet

 

Le numéro renferme bien d’autres textes, dont ceux-ci :

Le bonheur public , Jean-Claude Ravet

Israel bloque « Bienvenue en Palestine » , Diane Lamoureux

Développement et Paix en crise , Raymond Levac

Le Vatican sévit contre des religieuses , Gregory Baum

Colloque international sur la décroissance , Louis Marion

La mission jésuite en Amazonie , Juan Fernando Lopez Perez, s.j.

Pour connaître le sommaire en entier, allez au http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/enkiosque.php?idp=121.

Extrait du texte d’introduction au dossier La Mémoire vivante :

Dans notre société technicienne et capitaliste où tout un chacun est réquisitionné, mobilisé, enrôlé au pas cadencé dans la production déchaînée de marchandises; où le passé – définitivement passé – est synonyme d’obsolescence et l’avenir sans horizon, écrasé sous les amas de « nouveautés » prêtes-à-jeter, valoriser la mémoire, c’est, sans conteste, faire œuvre de résistance. C’est actionner le frein d’urgence du train de l’histoire qui roule à toute vitesse vers la catastrophe, pour reprendre l’image de Walter Benjamin dans ses Thèses sur le concept d’histoire. Mais pas n’importe quelle mémoire, bien sûr. Pas celle qui érige le passé en maître du présent. Ni la mémoire pétrifiée et imposée comme horizon d’avenir, la mémoire-carcan au service de l’ordre établi. Mais une mémoire vivante, plurielle. Celle qui restitue au présent sa capacité d’inaugurer un nouveau commencement. Celle qui vivifie l’amour du monde, en nous rappelant notre appartenance à la Terre, à l’histoire humaine, notre condition fragile et digne, ouverte aux voix millénaires qui tissent notre humanité – toujours redevable des luttes, des débats de société, des histoires entremêlées, des institutions, de la culture et de la langue, du coin de terre qui nous est imparti. Une mémoire-souffle inspirante, interprétante – « c’est pas de la nostalgie, juste un entrebâillage sur des demains qui se pouvaient encore », dirait Fred Pellerin. Une mémoire qui rappelle qu’hier aussi était ouvert au possible. Et que, par conséquent, ce qui est peut être autrement.

Jean-Claude Ravet, La mémoire vivante, Relations, août 2012, http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=2938

L’Amérique latine : boussole des temps présents

Printemps arabe, Afghanistan, Iran, Union européenne… Il me semble qu’on n’entend pas souvent parler de l’Amérique latine dans nos gros médias. Pourtant, nous pourrions tirer des leçons utiles de ce qui s’y passe. Pour vous en convaincre, lisez le numéro de février 2012 de la revue québécoise Relations; ce numéro contient un dossier passionnant intitulé :

L’AMÉRIQUE LATINE : BOUSSOLE POUR LES TEMPS PRÉSENTS

« Alors que le néolibéralisme se consolide dans plusieurs pays, à la faveur de la crise, l’Amérique latine se distingue. On y trouve des gouvernements de gauche, on y invente de nouvelles formes de citoyenneté, on reconquiert de diverses façons les leviers nécessaires pour réaliser une plus grande justice sociale. Quel contexte a permis à ces initiatives d’émerger? Quelles difficultés, contradictions et luttes rencontre-t-on? Et surtout, quelle inspiration tirer de ces expériences? » (Texte tiré de http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/index.php)

L’Amérique latine : boussole pour les temps présents , Catherine Caron

Sur les traces du virage à gauche latino-américain , Pierre Mouterde

Des initiatives économiques émancipatrices , Dorval Brunelle

Audits de la dette : un exemple à suivre , Maria Lucia Fattorelli

La reconquête d’une destinée , Entrevue avec Franck Gaudichaud

La souveraineté dans la rue , Ricardo Peñafiel

Imaginaires religieux dans les luttes sociales , Marie-Christine Doran

L’étincelle écosocialiste , Luis Martínez Andrad

La nationalisation du pétrole , José Luis Fuentes

Extraits de l’un des articles susmentionnés

L’étincelle écosocialiste

Relations numéro 754, février 2012

http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/impr_article.php?ida=2817

Par Luis Martínez Andrad [L’auteur, doctorant en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales à Paris, a récemment publié Religión sin redención. Contradicciones sociales y sueños despiertos en América latina (Éd. de Medianoche, Zacatecas, 2011)]

L’Amérique latine se réveille, se soulève même. En cherchant à rompre avec le mode de production et de consommation dominant, elle brise le continuum de l’histoire et réclame la création d’un autre monde. Pour beaucoup, l’écosocialisme représente cette voie alternative.

Durant trois décennies (1970-2000), l’Amérique latine a souffert de l’expérience d’un système capitaliste à visage néocolonial. Certes, partout le système capitaliste se caractérise par le fétichisme du marché, l’accumulation du capital comme but en soi, l’appât du gain, la domination de la valeur d’échange de la marchandise, le productivisme et la logique du profit. Mais à la périphérie, comme en Amérique latine, la domination du capital prend des allures tragiques et grotesques, par le bouleversement des traditions et des identités, la rupture des liens sociaux et l’extinction des peuples et des cultures.

La modernité hégémonique masque le vrai visage du capitalisme : la marchandisation de la vie, le saccage des ressources naturelles, la pollution accrue des fleuves, des rivières et des mers, la déforestation – notamment l’agression de l’Amazonie –, bref, la destruction de la nature et la continuité sous bien des formes de l’exploitation humaine.

Mais en même temps, les groupes opprimés et les mouvements paysans et indigènes ont appris, essayé et développé des méthodes de résistance, voire des alternatives au modèle hégémonique. Ces pratiques à contre-courant se nourrissent non seulement d’éléments progressistes de la tradition (le respect de la nature, le primat du bien commun sur l’intérêt individuel, le lien avec la terre, l’éthique de la solidarité, l’économie morale), mais aussi des dimensions libératrices de la modernité. Parmi celles-ci, il y a la démocratie au sens non bourgeois du terme, c’est-à-dire la participation et la délibération populaires, et l’utilisation de la technologie en fonction des besoins de la société.

[…]

[Conclusion de l’auteur.]

Telles sont donc, brossées à gros traits, les étincelles écosocialistes des mouvements sociaux latino-américains. Il va sans dire que ces mouvements ne capituleront pas devant « l’eau glaciale du calcul égoïste » (Marx), dès lors que leurs rêves éveillés continueront à esquisser une société plus égalitaire, plus juste, plus démocratique. En ce sens, l’écosocialisme comme projet sociopolitique interpelle tous ceux et toutes celles qui rêvent d’un autre monde.

Car si on prend le cas du Brésil, en dépit de l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement « de gauche » comme celui du Parti des travailleurs de Lula, la réforme agraire reste une demande non satisfaite alors que la production d’éthanol ne cesse de croître. L’alliance que le gouvernement de Lula a établie avec l’agrobusiness a provoqué non seulement une hausse du prix des denrées alimentaires (en raison de la production de carburants à base de soja ou de sucre), mais aussi de terribles conséquences sur l’environnement. D’où l’urgence de pratiquer une démocratie radicale qui aura pour but de rompre avec le système hégémonique et de libérer la nature et les peuples opprimés.

© Revue Relations/Centre justice et foi. Tous droits réservés. Crédits | Reproduction autorisée avec mention complète de la source.

Pour découvrir le numéro de février 2012 deRelations, allez au

http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/enkiosque.php?idp=116

Pourquoi faut-il que les États payent 600 fois plus cher que les banques ?

LE MONDE, 2 janvier 2012

http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/02/pourquoi-faut-il-que-les-etats-payent-600-fois-plus-que-les-banques_1624815_3232.html#xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D-20120103-%5Btitres%5D

par Michel Rocard, ancien premier ministre, et Pierre Larrouturou, économiste

La Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

Ce sont des chiffres incroyables. On savait déjà que, fin 2008, George Bush et Henry Paulson avaient mis sur la table 700 milliards de dollars (540 milliards d’euros) pour sauver les banques américaines. Une somme colossale. Mais un juge américain a récemment donné raison aux journalistes de Bloomberg qui demandaient à leur banque centrale d’être transparente sur l’aide qu’elle avait apportée elle-même au système bancaire.

Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d’austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n’acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d’intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d’intérêt, les gouvernements sont « obligés » de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? « Etre gouverné par l’argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé », affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l’écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l’espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ?

Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour ouvrir les yeux ? Allons-nous attendre qu’il soit trop tard pour comprendre la gravité de la crise et choisir ensemble la métamorphose, avant que nos sociétés ne se disloquent ?

POUR LIRE LE RESTE DU TEXTE, ALLEZ AU http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/01/02/pourquoi-faut-il-que-les-etats-payent-600-fois-plus-que-les-banques_1624815_3232.html#xtor=EPR-32280229-%5BNL_Titresdujour%5D-20120103-%5Btitres%5D

NOTES

Les auteurs sont Français.

BLOOMBERG – « Bloomberg L.P. est un groupe financier américain spécialisé dans les services aux professionnels des marchés financiers et dans l’information économique et financière aussi bien en tant qu’agence de presse que directement, via de nombreux médias (télévision, radio, presse, internet et livres) dont les plus connus sont probablement ses propres chaînes de télévision par câble/satellite.» (http://fr.wikipedia.org/wiki/Bloomberg_LP#Articles_connexes)

Réserve fédérale américaine : banque centrale des États-Unis.

Occupons Québec. Images et mots d’un solidaire.

Occupons Québec 2011-11-05

OCCUPONS  QUÉBEC

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« LA RÉACTION DES JEUNES ISSUS DES GÉNÉRATIONS X ET Y DOIT AUSSI ÊTRE SOULIGNÉE. ON LE SAIT, CERTAINS D’ENTRE EUX SE QUESTIONNENT. CERTAINS ONT VU LEURS PARENTS VIVRE UNE CERTAINE PROSPÉRITÉ DONT ILS ONT EUX-MÊMES PROFITÉ. ILS CONSTATENT, PARVENUS À L’ÂGE ADULTE, QUE LE BASCULEMENT DU MONDE RÉSULTANT DE L’ACCÉLÉRATION DE LA MONDIALISATION A OBSCURCI LES CHEMINS DE LEUR AVENIR. Plusieurs ont la conviction qu’au soir de leur vie, ils auront connu un destin moins favorable et moins heureux que celui de leurs parents. Et que leurs aînés les auront mal préparés à s’insérer dans un monde où les opportunités sont plus rares ou plus difficiles à exploiter. À l’évidence, ils héritent de défis nombreux  : un héritage démographique inquiétant accompagné d’une lourde dette publique; une planète qui demande grâce; et, chapeautant ces défis, celui primordial du rétablissement d’une cohésion sociale, d’un projet commun. « Sous réserve de ce constat général, on trouve chez ces jeunes deux tendances : d’une part, ceux et celles pour qui la frustration est grande et à qui les espoirs de redressement apparaissent utopiques. Ils s’inquiètent et préfèrent profiter de la vie dès maintenant, l’avenir étant incertain. Une réaction qui nourrit aussi la cohorte des décrocheurs : décrocheurs de l’école, décrocheurs du travail, décrocheurs de la vie! D’autre part, IL Y A CEUX ET CELLES QUI, DÉÇUS DU MONDE DONT ILS HÉRITENT, VEULENT TOUT DE MÊME LE REFAIRE, À LEUR FAÇON ET SELON LEUR VISION. PLUSIEURS SONT DÉJÀ EN MARCHE, même si les visions de l’avenir ne sont pas homogènes à l’intérieur de cette génération, comme elles ne l’étaient pas dans les générations précédentes. »(Claude Béland, Plaidoyer pour une économie solidaire, Montréal, Médiaspaul, ©2009, p. 103-104)(C’est le Passeur de la Côte qui a mis en majuscules deux passages du texte de M. Béland.) ( Au moment de la parution de son Plaidoyer, M. Béland était professeur associé à l’École des sciences de la gestion; de 1987 à 2000, il a présidé le Mouvement Desjardins.)

« La moralisation consiste à rendre les comportements des individus conformes à l’ensemble des valeurs et des règles d’action reconnues comme normes dans une société. Moraliser le seul capitalisme ne suffit pas, il me semble, puisque le capitalisme s’inspire de plusieurs cultures et que d’autres systèmes existent. IL vaudrait mieux, je crois, moraliser le pouvoir économique dans son ensemble. De nos jours, des milliards de personnes sur la planète souhaitent un monde meilleur et plus égalitaire. Le souhait d’un monde plus égalitaire me semble une norme des sociétés démocratiques. Par conséquent, apparaissent contraires à l’éthique les écarts plus prononcés entre les riches et les autres; contraires aussi à l’éthique cette capacité de créer de la richesse et la résistance à la partager. […] IL N’EST PAS CONCEVABLE D’ÊTRE PARVENU À UN NIVEAU DE VALEURS QUI JUSTIFIE À CE POINT L’EXPLOITATION DE L’HOMME PAR L’HOMME, SANS QUE LES CONSCIENCES EN SOIENT QUESTIONNÉES. »

(Claude Béland, Plaidoyer pour une économie solidaire, Montréal, Médiaspaul, ©2009, p. 113-114)

(C’est le Passeur de la Côte qui a mis en majuscules un passage du texte de M. Béland.)

Occupons Québec 2011-11-05

Occupons Québec

Occupons Québec

[À ceux qui prient, Claude Béland propose une nouvelle prière.]

[Le matin :]  « Ce que je ferai aujourd’hui contribuera-t-il à créer un monde meilleur? »

[Le soir :]  « Ce que j’ai fait aujourd’hui a-t-il contribué à créer un monde meilleur? »

(Claude Béland, Plaidoyer pour une économie solidaire,

Montréal, Médiaspaul, ©2009, p. 123)

Occupons Québec

Photos : Roger Martel.