Sur ce cimetière, je bâtirai ma paroisse.

LE CIMETIÈRE, LIEU D’ASILE, LIEU DE PEUPLEMENT

« Dans la formation de la paroisse rurale du Moyen Âge, le cimetière peut aussi jouer un rôle de premier plan. C’est sur sa limite que s’élèvent souvent la résidence du curé, les granges destinées à l’emmagasinement des dîmes.

« Lieu d’asile, il devient quelquefois même un centre de peuplement. Dans l’ouest de la France, aux XIe et XIIe siècles, sur les confins du duché de Normandie ravagés par des guerres fréquentes, il rend les mêmes services que la sauveté du Midi aquitain [une sauveté est une « bourgade rurale destinée à servir de refuge aux fugitifs et aux errants», écrit le Larousse encyclopédique]. Ce fut également la fonction des minihi bretons.

« Cette utilisation des cimetières compte parmi les origines du peuplement en franchise connu sous le nom de « bourg ». À Connerré, par exemple, en 1100, un bourg avec un four se construit dans le cimetière.

« Le terrain proprement dit du cimetière devient trop étroit; la franchise dont il jouit est alors étendue à d’autres terres pour accueillir les nouveaux colons.

« On en vient à faire passer ce rôle de lieu d’asile avant l’objet propre du cimetière. Entre 1157 et 1168, l’évêque de Rennes bénit un cimetière autour d’une chapelle dédiée à saint Aubert, « pour le seul refuge des vivants et non pour la sépulture des morts ». […]

« Le cimetière entourait l’église; il offrait donc la possibilité de se réfugier dans celle-ci immédiatement, à la première alerte, bêtes et gens.

« Il importe de ne pas oublier que le Moyen Âge vivait familièrement avec ses morts, sans cette angoissante aversion qu’éprouvent les modernes envers les champs du repos; pour eux ce n’était que l’antichambre de l’au-delà où toute la famille paroissiale se reformerait un jour. »

(Roger Grand et Raymond Delatouche, L’Agriculture au Moyen Âge de la fin de l’empire romain au XVIe siècle, Paris, E. de Boccard, Éditeur, 1950, p. 182-183)