Il n’est pas douteux que, sous les uniformes modernes, les clans militaires japonais de 1941 aient vécu très exactement au seizième siècle.

Le péril du décalage chronologique.

Il n’est pas douteux que, sous les uniformes modernes, les clans militaires japonais de 1941 aient vécu très exactement au seizième siècle.

Source : René Grousset (historien de l’Orient), Bilan de l’histoire, Paris, Librairie Plon, © 1946, collection Le Monde en 10 / 18, dépôt légal : 2e trimestre 1962, p. 102-104

Les astronomes nous apprennent que les diverses parties du ciel, bien que nous les embrassions du même regard à la même seconde, ne sont pas synchroniques. Des étoiles qui paraissent nous envoyer un rayonnement tout semblable, sont séparées non seulement par des gouffres d’espace, mais aussi par des abîmes de temps. Telle d’entre elles qui semble encore briller sur nos têtes est, en réalité, éteinte depuis déjà des millions d’années. D’autres sont nées, dont le rayon n’a pas encore eu le temps de parvenir jusqu’à nous. Il n’en va pas autrement des peuples. Sous la rubrique apparente du même millésime, d’effroyables décalages chronologiques les séparent. L’Islam date des éphémérides du quatorzième siècle de l’Hégire, et il est exact que nombre de ses fidèles vivent encore à l’époque de notre Trecènto [quatorzième siècle]. Le moins que l’on puise dire de l’invasion hitlérienne, c’est qu’elle était contemporaine d’Alaric* et de Genséric**. Des zones entières de l’âme allemande sont encore éclairées par le soleil du pré-Moyen Age, et il n’est pas douteux que, sous les uniformes modernes, les clans militaires japonais de 1941 aient vécu très exactement au seizième siècle. Par contre, les plus évolués des peuples occidentaux, les Scandinaves, donnaient l’impression d’avoir déjà atteint le port de l’an 2000.

Ce décalage chronologique constitue pour l’humanité le plus grave péril. La plupart de nos malheurs viennent de ce que les peuples, ne vivant pas à la même époque, n’obéissent ni à la même logique ni à la même morale. Combien de guerres a causées ce dénivellement culturel! Les camps de concentration allemands nous ont même, à cet égard, révélé le plus effroyable secret : sur de nombreux secteurs nous sommes restés contemporains de l’humanité primitive.

Or, une voix d’outre-tombe, celle d’un homme d’État américain, vient de nous rappeler que – plus que jamais – la Terre est ronde ». Il est en effet certain que le progrès scientifique, encore accélérée par la dernière guerre, a à ce point raccourci les distances que tous les peuples désormais se touchent. La théorie de la dérive des continents joue, cette fois, en sens inverse : les voilà de nouveau agglomérés. Des peuples que nous venons de voir séparés par des abîmes psychologiques et culturels devront vivre en étroite symbiose, cohabiter dans une maison commune aux parois soudains resserrées, aux cloisons abattues. Dans un prochain conflit la nation la plus inoffensive, la plus résolument neutre, se trouverait impliquée d’office. L’exemple de la Norvège, pour ne citer que celui-là, est un avertissement.

C’est que l’Occident semble avoir oublié le maître-mot qui était comme la clé de sa civilisation. Ce mot magique autour duquel s’était ordonnée la pensée européenne, cette idée-force qui aura été la grande motrice des derniers siècles, c’était l’idée de liberté. Liberté de pensée, libertés civiques, indépendance des peuples, c’était vers cet idéal que depuis la R de l’humanité s’était mise en marche.

Pour lui, elle avait, pendant des décades, peiné et souffert. Au commencement du vingtième siècle, elle l’avait à peu près atteint. Du moins tous les peuples, même les moins évolués, je veux dire les éléments les plus cultivés chez tous les peuples, se piquaient-il de se modeler sur le libéralisme dont les nations anglo-saxonnes donnaient l’exemple et qui était considéré comme la formule même de la civilisation. Les traités de 1919 s’efforcèrent de reconstruire le monde sur ses bases.

Mais il arriva que lorsque nos contemporains eurent à peu près atteint le but pour lequel étaient morts leurs pères, ils parurent s’en désintéresser. Entre 1919 et 1939 nous avons assisté à cet étonnant spectacle : une société qui a cessé de croire à sa raison d’être et qui, pareil à l’Athénien de la Vie d’Aristide, se trouvant lasse d’entendre sans cesse l’éloge de la Liberté et de la Justice, inscrit le nom de ces deux déesses sur ses ostraka*. En dehors du domaine anglo-saxon, on eût dit que, du jour au lendemain, le sens de ces mots s’était perdu. C’est que, contre la doctrine officielle, des négateurs s’étaient dressés, qui, procédant à la manière des encyclopédistes du dix-huitième siècle, mais en sens inverse, sapaient par la base les théories libérales.

* Alaric : « (delta du Danube vers 370-Cosenza 410), roi wisigoth de 396 à 410. Il ravagea les pays balkaniques et envahit l’Italie. Le sac de Rome par ses troupes en 410 eut un immense retentissement dans l’Empire romain d’Occident. » (https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Alaric_Ier/104526)

** Genséric : « Roi des Vandales de 427 à 477, et des Alains de 428 à 477, Genséric est né vers 399 sur les rives du lac Balaton et mort le 25 janvier 477 à Carthage. » (https://www.universalis.fr/encyclopedie/genseric-geiseric/)

« Les Vandales sont un peuple germanique oriental. Ils s’illustrèrent en pillant successivement la Gaule, la Galice et la Bétique (en Espagne), l’Afrique du Nord et les îles de la Méditerranée occidentale lors des Grandes invasions, au Ve siècle de l’ère chrétienne. Ils fondèrent également un éphémère « royaume vandale d’Afrique », ou « royaume de Carthage » (439–533). » (https://www.histoiredumonde.net/-les-vandales-.html)

*** ostrakon : origine ostrakon, morceau de poterie sur lequel on inscrivait son vote à Athènes) Ce système fut instauré dans les poleis au moment de l’établissement de la démocratie. L’assemblée des citoyens avait le droit, par vote plus que majoritaire, d’exiler des individus qu’elle jugeait n’avoir pas bien rempli leurs fonctions politique, militaire ou judiciaire. L’ostracisme était une punition très grave. [Ostracism] (http://faculty.marianopolis.edu/c.belanger/civilisation/textes/glossaireo-z.htm

Attentat de Québec, 29 janvier 2017 – Le respect de la vie.

L’affirmation de la vie est l’acte spirituel par lequel l’homme cesse de se laisser vivre et commence à se dévouer avec respect à sa propre vie pour lui donner sa véritable valeur. Affirmer la vie, c’est rendre plus profonde, plus intérieure sa volonté de vivre et c’est aussi l’exalter.

L’homme qui pense éprouve le besoin de témoigner le même respect de la vie à toute volonté de vivre autre que la sienne. Il ressent cette autre vie dans la sienne. Il considère comme bon de conserver la vie et d’élever à sa plus haute valeur toute vie susceptible de développement. Il considère comme mauvais de détruire la vie, de nuire à la vie, d’empêcher de croître une vie susceptible de se développer. Tel est le principe absolu, fondamental de l’éthique, ainsi que le postulat fondamental de la pensée.

[Albert Schweitzer, Ma vie et ma pensée, Paris, Albin Michel, 1960)

Fumier et civilisation

« Croyez-le ou non, le fumier est le commencement de la civilisation. Qui a osé proférer cette pensée ? […] Elle est tirée d’un écrit du célèbre docteur Schweitzer * […] paroles outrageantes pour les précieux et les précieuses, mais salutaires et vraies. » (Jean-Claude Magnan **, Le fumier est le commencement de la civilisation, in La Terre de chez nous ***, 6 février 1963)

Au https://www.youtube.com/watch?v=4yzkHpoQzYA) on entend M. Schweitzer répondre à la question suivante : « Quel est le commencement de la civilisation ? »

Réponse : « C’est le fumier. Parce que le fumier permet aux hommes de rester sédentaires. Et quand il n’y a pas de fumier on est toujours semi-nomades. »

Ce n’est pas tout…

« L’Oriental manque de moralité, d’honnêteté, de franchise, de caractère; il est mythomane, intriguant, menteur, voleur, trompeur, hypocrite, rapace, paresseux, superficiel, antiscientifique. Et pourtant, c’est d’Orient qu’est venue la civilisation. »

(Elie de Tchiokardeck, Amour, femme, jeune fille, mariage, 1928. Texte reproduit par Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière, Dictionnaire de la bêtise et des erreurs de jugement, Paris, Robert Laffont, © 1965, p. 356)

Et ceci maintenant :

« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. »

(Aimé Césaire ****, Discours sur le colonialisme, 1955)

St-Francois-de-la-Riv.-du-Sud CdS Neige et fumier 23-2-2004

Un village de la Côte-du-Sud : Saint-François-de-la-Rivière-du-Sud le 23 février 2004 (photo de Roger Martel)

Notes

* Albert Schweitzer, né en France en 1875, mort au Gabon en 1966, était théologien protestant, musicologue et médecin. À Lambaréné (Gabon), il mit sur pied un hôpital pour lutter contre la lèpre et la maladie du sommeil. Il a reçu le prix Nobel de la paix en 1952.

** Jean-Claude Magnan a été le chef du Service de l’Enseignement agricole du ministère de l’Agriculture du Québec. De 1947 à 1961 il a dirigé Jeunesse agricole, périodique publié par le Service.

*** La Terre de chez nous est un hebdomadaire du Québec destiné au monde rural; il a été crée en 1929. Allez voir son site web : http://www.laterre.ca.

**** Aimé Césaire (1913-2008) – « Écrivain engagé par excellence, Aimé Césaire fut un homme politique de première grandeur pour son île natale. Chez Césaire, le poète ne se sépare pas de l’élu, qui assura notamment le passage de la Martinique au statut de département d’outre-mer en 1946. Maire de Fort-de-France (1945-2001) et député de la Martinique (1946-1993), d’abord apparenté au groupe communiste, Aimé Césaire rompit avec le PCF en 1956 – année de l’invasion de Budapest par les chars de l’Armée rouge. Il fonda deux ans plus tard le Parti progressiste martiniquais.

        » Son Discours sur le colonialisme (1955) est un pamphlet montrant la nécessité pour le tiers-monde de se ressourcer et de dégager la particularité des nations qui le composent. Quant à son Toussaint Louverture (1962) – étude historique sur le général haïtien, qui proclama son intention de fonder la première république noire et fut interné en France –, il sert à élucider le passé glorieux des peuples noirs et à en percevoir les erreurs face aux menées colonialistes. » (Source : Larousse, http://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Aimé_Césaire/112418)

Les supplices en Occident, en Orient, hier, aujourd’hui…

supplice ecartèlement de Ravaillac - 2

« Les supplices usités par nos ancêtres n’étaient guère moins barbares que tous ceux que les Orientaux ont imaginés. L’Écartèlement de Ravaillac, d’après une gravure du temps. » (La Revue populaire, Montréal, juillet 1927)

François Ravaillac (1577-1610)

« Il [François Ravaillac] se croit investi de la mission de délivrer la France du « tyran » Henri IV, coupable à ses yeux de protéger les protestants et de vouloir faire la guerre au pape. Après plusieurs tentatives infructueuses, il revient à Paris en 1610 dans l’intention d’exécuter son projet, alors qu’Henri IV s’apprête à entrer en guerre contre le Saint Empire. Le 14 mai 1610, profitant d’un encombrement qui immobilise la voiture royale dans la rue de la Ferronnerie, il poignarde le roi, qui expire presque immédiatement. Arrêté et torturé, Ravaillac nie obstinément avoir été l’instrument d’une conspiration ourdie par les jésuites et par l’Espagne. Si son geste semble bien être celui d’un individu isolé, il doit être mis en relation avec la diffusion des thèses légitimant le tyrannicide, développées notamment par les jésuites Mariana (De rege et regis institutione, 1598) et Sâ (Institutions des confesseurs, 1593), et qui influencèrent de nombreux « Ravaillac en puissance » (Roland Mousnier). Au terme d’un procès instruit par le parlement de Paris, Ravaillac est condamné le 27 mai à être écartelé et brûlé. Le même jour, le parlement fait condamner par la Sorbonne les thèses de Mariana, dont l’ouvrage sera brûlé le 8 juin.« 

Source : Larousse, http://www.larousse.fr/archives/histoire_de_france/page/1028

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France a-t-il raison ?

« Ce que les hommes appellent civilisation, c’est l’état actuel des moeurs et ce qu’ils appellent barbarie, ce sont les états antérieurs. Les moeurs présentes, on les appellera barbares quand elles seront des moeurs passées. »

Anatole France – 1844-1924 – Sur la pierre blanche – 1905

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Des progrès futurs de l’esprit humain (texte de la fin du siècle des Lumières)

Le texte reproduit ci-dessous a été écrit par Nicolas de Condorcet (1743-1794), mathématicien, philosophe et homme politique français. Je l’ai découvert dans le livre L’Histoire de Jean Ehrard et Guy Palmade (McGraw-Hill et Armand Colin, 1964). Sa lecture est très intéressante pour les citoyens des années 2000. Ehrard et Palmade le présentent ainsi :

« Lorsqu’ils scrutent le passé, les « philosophes » n’oublient jamais le présent. Il leur arrive même de rêver l’histoire de l’avenir. »

Roger Martel

Texte de Condorcet :

Esquisse d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain

Dixième époque. Des progrès futurs de l’esprit humain.

Si l’homme peut prédire, avec une assurance presque entière les phénomènes dont il connaît les lois ; si, lors même qu’elles lui sont inconnues, il peut, d’après l’expérience du passé, prévoir, avec une grande probabilité, les événements de l’avenir ; pourquoi regarderait-on comme une entreprise chimérique, celle de tracer, avec quelque vraisemblance, le tableau des destinées futures de l’espèce humaine, d’après les résultats de son histoire ? Le seul fondement de croyance dans les sciences naturelles, est cette idée, que les lois générales, connues ou ignorées, qui règlent les phénomènes de l’univers, sont nécessaires et constantes ; et par quelle raison ce principe serait-il moins vrai pour le développement des facultés intellectuelles et morales de l’homme, que pour les autres opérations de la nature ? Enfin, puisque des opinions formées d’après l’expérience du passé, sur des objets du même ordre, sont la seule règle de la conduite des hommes les plus sages, pourquoi interdirait-on au philosophe d’appuyer ses conjectures sur cette même base, pourvu qu’il ne leur attribue pas une certitude supérieure à celle qui peut naître du nombre, de la constance, de l’exactitude des observations ?

Nos espérances sur l’état à venir de l’espèce humaine peuvent se réduire à ces trois points importants : la destruction de l’inégalité entre les nations ; les progrès de l’égalité dans un même peuple ; enfin, le perfectionnement réel de l’homme. Toutes les nations doivent-elles se rapprocher un jour de l’état de civilisation où sont parvenus les peuples les plus éclairés, les plus libres, les plus affranchis de préjugés, tels que les français et les anglo-américains ? Cette distance immense qui sépare ces peuples de la servitude des nations soumises à des rois, de la barbarie des peuplades africaines, de l’ignorance des sauvages, doit-elle peu à peu s’évanouir ?

Y a-t-il sur le globe des contrées dont la nature ait condamné les habitants à ne jamais jouir de la liberté, à ne jamais exercer leur raison ?

Cette différence de lumières, de moyens ou de richesses, observée jusqu’à présent chez tous les peuples civilisés entre les différentes classes qui composent chacun d’eux ; cette inégalité, que les premiers progrès de la société ont augmentée, et pour ainsi dire produite, tient-elle à la civilisation même, ou aux imperfections actuelles de l’art social ? Doit-elle continuellement s’affaiblir pour faire place à cette égalité de fait, dernier but de l’art social, qui, diminuant même les effets de la différence naturelle des facultés, ne laisse plus subsister qu’une inégalité utile à l’intérêt de tous, parce qu’elle favorisera les progrès de la civilisation, de l’instruction et de l’industrie, sans entraîner, ni dépendance, ni humiliation, ni appauvrissement ; en un mot, les hommes approcheront-ils de cet état où tous auront les lumières nécessaires pour se conduire d’après leur propre raison dans les affaires communes de la vie, et la maintenir exempte de préjugés, pour bien connaître leurs droits et les exercer d’après leur opinion et leur conscience ; où tous pourront, par le développement de leurs facultés, obtenir des moyens sûrs de pourvoir à leurs besoins ; où enfin, la stupidité et la misère ne seront plus que des accidents, et non l’état habituel d’une portion de la société ?

Enfin, l’espèce humaine doit-elle s’améliorer, soit par de nouvelles découvertes dans les sciences et dans les arts, et, par une conséquence nécessaire, dans les moyens de bien-être particulier et de prospérité commune ; soit par des progrès dans les principes de conduite et dans la morale pratique ; soit enfin par le perfectionnement réel des facultés intellectuelles, morales et physiques, qui peut être également la suite, ou de celui des instruments qui augmentent l’intensité et dirigent l’emploi de ces facultés, ou même de celui de l’organisation naturelle de l’homme ?

En répondant à ces trois questions, nous trouverons, dans l’expérience du passé, dans l’observation des progrès que les sciences, que la civilisation ont faits jusqu’ici, dans l’analyse de la marche de l’esprit humain et du développement de ses facultés, les motifs les plus forts de croire que la nature n’a mis aucun terme à nos espérances.

Si nous jetons un coup d’œil sur l’état actuel du globe, nous verrons d’abord que, dans l’Europe, les principes de la constitution française sont déjà ceux de tous les hommes éclairés. Nous les y verrons trop répandus, et trop hautement professés, pour que les efforts des tyrans et des prêtres puissent les empêcher de pénétrer peu à peu jusqu’aux cabanes de leurs esclaves ; et ces principes y réveilleront bientôt un reste de bon sens, et cette sourde indignation que l’habitude de l’humiliation et de la terreur ne peut étouffer dans l’âme des opprimés.

[…]

Telles sont les questions dont l’examen doit terminer cette dernière époque. Et combien ce tableau de l’espèce humaine, affranchie de toutes ces chaînes, soustraite à l’empire du hasard, comme à celui des ennemis de ses progrès, et marchant d’un pas ferme et sûr dans la route de la vérité, de la vertu et du bonheur, présente au philosophe un spectacle qui le console des erreurs, des crimes, des injustices dont la terre est encore souillée, et dont il est souvent la victime ! C’est dans la contemplation de ce tableau qu’il reçoit le prix de ses efforts pour les progrès de la raison, pour la défense de la liberté. Il ose alors les lier à la chaîne éternelle des destinées humaines : c’est là qu’il trouve la vraie récompense de la vertu, le plaisir d’avoir fait un bien durable, que la fatalité ne détruira plus par une compensation funeste, en ramenant les préjugés et l’esclavage. Cette contemplation est pour lui un asile, où le souvenir de ses persécuteurs ne peut le poursuivre ; où, vivant par la pensée avec l’homme rétabli dans les droits comme dans la dignité de sa nature, il oublie celui que l’avidité, la crainte ou l’envie tourmentent et corrompent ; c’est là qu’il existe véritablement avec ses semblables, dans un élysée que sa raison a su se créer, et que son amour pour l’humanité embellit des plus pures jouissances.

(Le texte de Condorcet présenté ci-dessus est tiré dehttp://fr.wikisource.org/w/index.php?title=Esquisse_d%E2%80%99un_tableau_historique_des_progr%C3%A8s_de_l%E2%80%99esprit_humain/Texte_entier&printable=yes)

……

Le 20 septembre 2013, Lise Payette, Québécoise, indépendantiste, ministre au gouvernement du Québec entre 1976 et 1981, femme de combat, animatrice à la radio et à la télévision, auteure de téléromans, Lise Payette répondrait-elle à Condorcet ? Lisez-la.

Lise Payette, À tous les dieux qui règnent dans les cieux

Chronique parue dans Le Devoir le 20 septembre 2013

http://www.ledevoir.com/politique/quebec/387926/a-tous-les-dieux-qui-regnent-dans-les-cieux

Vous avez beau faire la sourde oreille, vous ne pourrez pas continuer à faire semblant de ne pas entendre les Terriens qui vous crient après pour que vous daigniez les aider à sortir du bourbier dans lequel vous les avez laissés. Je comprends que ça doit être pas mal plus drôle au paradis, car personne n’est jamais revenu nous dire que la vie éternelle, quand les conditions sont réunies, c’est un gros plus.

Sur terre, c’est l’enfer. Les efforts qui ont été dépensés depuis des siècles et des siècles pour faire marcher la petite planète, notre gros lot à nous, n’ont jamais rien donné. On continue de s’entre-tuer un peu partout dans le monde. Chaque jour fournit son lot de bombes et de produits chimiques pour permettre à un Tout-Puissant (il y en a même plusieurs qui ne se privent pas) de s’en donner à coeur joie. Les humains, souvent, crèvent de faim. Ils sont frappés et méprisés. Certains fous qui les dirigent vont même jusqu’à les torturer, les brûler ou les exécuter sur la place publique. Ne perdez pas votre temps, vous, les dieux, à lever votre verre à la santé de ces pauvres gens, ça ne servirait à rien.

La planète elle-même s’épuise. Nous finirons par manquer de tout (…).

 

FIN

 

Madame Payette continue le combat.