Colloque : Le miracle de guerre dans la chrétienté occidentale (4e-21e s.). OU Les interventions du surnaturel dans le cadre de conflits.

Source : https://www.crhidi.be/2017/09/01/colloque-le-miracle-de-guerre-dans-la-chr%C3%A9tient%C3%A9-occidentale-4e-21e-s/ vu le 15 mars 2017

Colloque : Le miracle de guerre dans la chrétienté occidentale (4e-21e s.) 

3 EXTRAITS

1 – Depuis les années 1980, et spécialement les travaux de Franco Cardini, le concept de « culture de guerre » s’est largement diffusé dans l’historiographie. Il tend à expliquer et à analyser la manière dont les contemporains ont perçu et vécu un conflit, ce qui détermine leurs comportements, leurs peurs, leurs espoirs, leurs pratiques…

2 – L’objectif consistera à examiner les interventions du surnaturel dans le cadre de conflits. C’est-à-dire la confrontation des hommes en tension, en opposition dans un contexte terrestre et matériel, à des forces qui les dépassent. Celles-ci sont susceptibles d’influencer, de modifier le cours des choses en faveur d’une des parties. Au-delà du cadre strict de la guerre, la destinée des vaincus, des prisonniers peut être envisagée sous cet angle également.

Ce cadre conflictuel doit être considéré au sens large. On pense bien entendu en premier lieu au fait d’armes, à l’affrontement militaire au cours d’un conflit, d’une bataille. Et les échelles sont en la matière des plus variables (de la guerre privée à la guerre publique dans toutes ses extensions). Le miracle peut se produire également dans le cadre d’une opposition confessionnelle ; la « divinité » soutient ici ses partisans – séparant d’initiative le bon grain de l’ivraie. La lutte catholicisme/protestantisme ou christianisme/Islam en sont des illustrations.

3 – Comment la perception de ces miracles va-t-elle évoluer face à la montée de l’esprit philosophique et de la rationalité ?

Ce colloque est co-organisé par l’Institut supérieur d’étude des religions et de la laïcité (ISERL) de l’Université Lyon II et le Centre de recherches en histoire du droit et des institutions (CRHiDI) de l’Université Saint-Louis – Bruxelles.

Lieux

septembre 2017 : Lyon, Université Lyon II

octobre 2017 : Bruxelles, Université Saint-Louis – Bruxelles

Comité organisateur :

Prof. Ph. Desmette (Université Saint-Louis – Bruxelles)

Prof. Ph. Martin (Université Lyon II)

Comité scientifique

Philippe Desmette (Université Saint-Louis – Bruxelles)

Robert Godding (Société des Bollandistes)

Philippe Martin (Université Lyon II)

Silvia Mostaccio (Université catholique de Louvain)

Christian Sorrel (Université Lyon II)

Catherine Vincent (Université Paris Ouest Nanterre La Défense)

 Contact : philippe.desmette@usaintlouis.be

Un imam et un pasteur engagés dans une lutte contre la religion de l’autre, hier.

Source : Relations, no 727 septembre 2008, http://www.cjf.qc.ca/fr/relations/article.php?ida=1441

L’Imam et le Pasteur

Gregory Baum

L’auteur est théologien

Il est bien connu que la religion peut devenir source de conflit entre les humains, surtout si les groupes de diverses religions ont un accès inégal à la richesse ou au pouvoir politique. Ce qui est moins connu, c’est que la religion peut aussi, au nom de la foi, générer une charité capable de transcender les conflits, de guérir les blessures infligées de part et d’autre et de conduire à la réconciliation. C’est là le sujet du film L’Imam et le Pasteur, présenté par Initiatives et Changement en avril 2008 à l’Amphithéâtre du Gesù à Montréal. Après des années de conflit sanglant entre musulmans et chrétiens de Kaduna, ville du Nigeria central – conflit qui a causé des milliers de morts – deux leaders religieux, l’imam Mohammed Ashafa et le pasteur James Wuye, ayant compris que leur foi respective condamnait la vengeance et commandait l’amour, sont devenus des amis. Ils ont fondé un mouvement de réconciliation et réussi à convaincre la population de Kaduna que vivre ensemble en paix et dans le respect mutuel est la volonté de Dieu.

Les interviews avec les deux hommes nous font connaître ce conflit et nous révèlent la carrière extraordinaire de ces deux leaders religieux. Tous deux, au départ, étaient engagés dans une lutte contre la religion de l’autre. Ils avaient le cœur rempli de haine et citaient des textes scripturaires, l’un la Bible, l’autre le Coran, à l’appui de leur action violente. « Nous avons planté la semence de génocide et avons utilisé l’Écriture pour le faire. »

Le pasteur et l’imam ont expérimenté une conversion spirituelle d’une manière similaire, grâce à l’interpellation d’un sage de leur tradition respective. Mohammed Ashafa a commencé à se convertir quand un soufi lui a dit : « Avec la haine au cœur, tu ne traverseras pas l’océan. » James Wuye, quant à lui, se mit à relire l’Évangile avec des yeux nouveaux et y trouva l’appel à l’amour, après qu’un pasteur l’eut pris à part en lui disant : « Tu ne peux pas prêcher Jésus avec la haine au cœur. »

Le film nous montre comment ces leaders religieux s’adressent dorénavant à leurs fidèles, en ayant recours à des textes scripturaires qui soulignent que Dieu désire la justice et la paix. Ils utilisent aussi des arguments rationnels : vivant dans la même ville, les deux communautés expérimenteront la sécurité, la paix et la coopération si les croyants sont prêts à se pardonner les uns les autres et à respecter leurs voisins. La population de Kaduna a accueilli favorablement ce message. Depuis, elle célèbre une nouvelle amitié au-delà des différences religieuses.

Ce que le film ne montre pas, cependant, c’est que ces deux hommes, devenus de grands amis, ont fondé un mouvement de réconciliation interreligieuse et développé un programme d’enseignement approprié. Ils ont eu beaucoup de succès avec un code d’éthique destiné à l’instruction religieuse dans des écoles. Ils ont créé des instituts au Nigeria et même hors de leur pays qui ont pour objectif de transmettre leur message aux croyants vivant dans des régions menacées par des conflits religieux et de fonder des clubs de paix pour les jeunes ainsi que des centres de « déprogrammation » pour jeunes endoctrinés. On trouve de l’information sur ce mouvement au : <www.ashoka.org/node/3874>.

Pour connaître l’origine des conflits entre les musulmans et les chrétiens dans cette région du Nigeria, l’article d’Eliza Griswold, « God’s Country », paru dans The Atlantic Monthly en mars 2008, est éclairant (<www.newamerica.net/publications/articles/2008/gods_country_6742>). On y trouve une analyse très fine des tensions entre ces deux communautés et des conflits à l’intérieur de chacune des deux traditions.

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Les religions, outils de paix ou de guerre ?

I

Mathieu Ricard, docteur et ancien chercheur en génétique cellulaire, adepte du bouddhisme :

« Les religions […] doivent faire des efforts particuliers en faveur de la paix. Historiquement, elles n’ont guère été les instruments de paix que leurs idéaux prônent pourtant. Elles sont devenues des ferments de division et non d’union. »

(Mathieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme. La force de la bienveillance, Paris, NIL éditions, © 2013, page 517) (Docteur et ancien chercheur en génétique cellulaire, Mathieu Ricard est devenu un adepte du bouddhisme.)

II

Jean-Claude Breton, doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal :

Toutes les religions, à ma connaissance, se disent en faveur de la paix. Mais cela n’empêchent pas, dans les faits, les guerres et les conflits de se multiplier au nom même des appartenances religieuses. Il semble donc y avoir une contradiction entre ce que les religions veulent faire en principe et ce qu’elles réalisent dans les faits. Comment cela se fait-il? Est-ce parce que les religions sont hypocrites, menteuses ou tout simplement pas très préoccupées par la question de la paix? Est-ce qu’elles ne parviennent pas à contrôler leurs membres ou est-ce qu’elles s’en servent à des fins cachées et inavouables? Ou est-ce parce que les religions ne s’entendent pas sur le sens du mot paix.

[…]

C’est bien beau de dire que la paix veut favoriser la bonne entente, l’harmonie et le progrès, ou que je crois que la bonne entente, l’harmonie et le progrès sont des facteurs de paix. Encore faut-il s’entendre sur quelques principes; sur ce qu’on appelle souvent les valeurs. Les religions ont en effet des convictions et même des propositions de foi sur lesquelles elles ne sont pas toutes d’accord et surtout qui leur apparaissent non négociables. Il y a déjà là une première occasion de conflits et on sait que dans l’histoire ces conflits ont souvent pris le chemin de la guerre ou de la persécution. Pensons ici aux conflits entre juifs et chrétiens, mais aussi avec les musulmans et même entre chrétiens. C’est un premier cas de guerres de religions, mais pas toujours le plus sanglant, même s’il y a eu parfois pas mal de carnage.

Mais quand on pense aujourd’hui aux conflits favorisés ou entretenus par les religions, on a moins en tête les querelles doctrinales que je viens d’évoquer. Ce qui nous frappe surtout, ce sont les conflits entre pays ou entre parties de pays au nom de l’appartenance religieuse. Les exemples ne manquent pas autour de nous et dans un passé pas si lointain. En Irak, on observe des conflits entre chiites et sunnites deux groupes différents de musulmans. Au Pakistan, en Indes, des groupes se font aussi la guerre au nom de leur appartenance religieuse. Au Liban, les religions ont amené des conflits internes et externes au cours des dernières décennies. Je passe par-dessus le conflit apparemment permanent entre Israël et la Palestine, qui dévoile une autre situation, et je reviendrai sur ce qu’on appelait la guerre d’Irlande du Nord. Souvent en effet, on parle de guerres de religions pour identifier des conflits qui sont d’abord d’origine politique, historique ou économique, mais où la religion ne joue qu’un second rôle. Par exemple, le sionisme à l’origine de l’état d’Israël a été soutenu et défendu par des juifs incroyants, qui peuvent difficilement se faire les artisans d’une guerre religieuse. Il ne faut jamais oublier qu’il est parfois facile d’utiliser les religions pour légitimer des conflits qui n’ont pas grand-chose de religieux. Mais comme on dit chez nous; «La religion a le dos large!»

Je pourrais résumer mes propos comme ceci. La paix apparaît comme un bien hautement recherché par à peu près tout le monde. Mais la paix est aussi un bien fragile, qui est exposé aux règles que les religions se donnent et veulent observer à tout prix. Quand je parle de règles ici, je pense aux explications, aux interdits, aux condamnations qui naissent de l’existence des conflits et que les religions viennent couvrir ensuite de la volonté de Dieu. Enfin, la paix ne pèse pas lourd aux yeux de certains leaders qui ne se gênent pas pour utiliser la religion pour légitimer ou entretenir des conflits qui satisfont leurs ambitions. Alors est-ce que les religions sont pour la paix ou pour la guerre?

[…]

Si les religions, qui sont en faveur de la paix, ont souvent servi à entretenir des guerres, c’est en raison de l’utilisation qu’on a fait d’elles. En soi, appartenir à une religion devrait plutôt rendre pacifiste, mais il arrive qu’on assiste à un mouvement contraire et que les membres d’une religion deviennent belliqueux. Pourquoi?

[…]

Enfin, il faut aussi dire que les religions ont eu tendance à régler les rapports de leurs membres avec le monde. Si on regarde comment cela s’est vécu dans notre propre tradition, on voit que les choses ont bien changé à travers les siècles et qu’elles peuvent donc changer encore. […] Les intérêts politiques et surtout économiques, sans oublier les coutumes rattachées aux convictions religieuses (je pense ici à des pratiques alimentaires, mais aussi à des visions du monde), font souvent manquer les occasions de rapprochement et les transforment plutôt en lieux de conflits et parfois même de guerre, surtout quand le pétrole entre en jeu!

On voit donc par ces brèves évocations, que la vocation même des religions les expose à devenir facteurs de paix ou de guerre selon la façon dont on gère cette vocation. Ces considérations sont par ailleurs très générales et pourront donner des conséquences bien différentes selon la façon dont une religion établira ses priorités, mais aussi selon les pratiques des individus au coeur de l’une ou l’autre religion. Dans le premier cas, il est facile de constater que toutes les religions ne vivent pas le même équilibre, ni les mêmes objectifs dans les rapports qu’elles proposent avec Dieu, entre leurs membres et à l’égard du monde. La place de la foi et la qualité des oeuvres ne sont pas comprises de la même manière dans toutes les religions. Ces différences sont encore multipliées par les attitudes personnelles des membres. Dans ce cas-ci, on devine que la dynamique psychologique des personnes, leur éducation personnelle et les contextes culturels dans lesquels elles se sont développées influent profondément leur manière d’appartenir à leur religion et de la pratiquer. Comment imaginer qu’on va réussir à orienter les religions à bon escient et à en faire des artisans de paix? Comment y voir clair et ajuster les moyens aux objectifs poursuivis?

(Jean-Claude Breton, doyen de la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Montréal, Religions pour la paix ou la guerre ? Conférences Notre-Dame. Basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec, 4 mars 2012)

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Conquête musulmane

« Dans les siècles qui ont suivi la prédication de Mahomet, le monde musulman s’est d’abord constitué par la conquête militaire. »

(Encyclopédie Larousse, http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/islam/62732#Fi3cRbYXATZeW8sR.99)

 

Croisades chrétiennes

« Une fois les villes conquises, les troupes chrétiennes et leurs chefs, se livraient à des atrocités qui faisaient frémir les chroniqueurs chrétiens qui en avaient été les témoins, certains se plaisaient à pratiquer le cannibalisme. »

(Histoire-France, http://www.histoire-france.net/moyen/croisades)