Les vieux couples d’amoureux ou Le papillon et les tourterelles

Le papillon et les tourterelles

Poème de Jean-Baptiste-Joseph Willart de Grécourt (né à Tours, 1683-1743)

 

Un papillon, sur son retour,

Racontait à deux tourterelles,

Combien dès l’âge de l’amour

Il avait caressé de belles :

« Aussitôt aimé qu’amoureux,

Disait-il, ô l’aimable chose,

Lorsque, brûlant de nouveaux feux,

Je voltigeais de rose en rose !

Maintenant on me suit partout,

Et partout aussi je m’ennuie ;

Ne verrai-je jamais le bout

D’une si languissante vie ?

Les tourterelles sans regret

Répondirent : « Dans la vieillesse

Nous avons trouvé le secret

De conserver notre tendresse ;

À vivre ensemble nuit et jour

Nous goûtons un plaisir extrême;

L’amitié qui vient de l’amour

Vaut encor mieux que l’amour même. »

S’aimer longtemps, la main dans la main

S’aimer bras dessus, bras dessous

Texte de Mylène Moisan publié le 7 juin 2013 dans Le Soleil (quotidien de Québec) (extraits)

 

Avenue D’Estimauville, juste avant la bretelle pour prendre l’autoroute, un vieux couple traverse la rue devant moi. Le pas lent, très lent. Ils marchent bras dessus, bras dessous, comme si chacun empêchait l’autre de partir au vent.

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Ils ne se tiennent pas par la main comme de jeunes amoureux. Ils se tiennent collés un sur l’autre, s’épaulent, marchent au pas cadencé. Si un des deux devait s’arrêter, l’autre s’arrêterait aussi. []

 

Elle porte un joli chapeau blanc, lui une discrète casquette bleue. Ils ont de gros manteaux, les vieux sont parfois frileux. Mains froides, coeurs chauds. Ils clopinent heureux dans la grisaille d’un printemps pluvieux.

 

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Je leur aurais demandé le secret de l’amour qui dure, ils n’auraient pas su quoi répondre. Ils ne se sont jamais posé la question, trop occupés qu’ils étaient à travailler, à élever les enfants. Ne pas se poser de questions est peut-être une partie de la réponse. Quand on ne passe pas sa vie à se demander si c’est le bon, si on peut trouver mieux, on apprend à tirer le mieux de ce qu’on a.

 

Il était inévitable que je pense au texte de Madame Moisan, le 8 juin 2013, pendant la messe, à l’église des Saint-Martyrs-Canadiens, à Québec; je l’avais lu la veille, et aimé. Devant moi, un couple ayant atteint un âge avancé; je vous le montre (il a accepté que je publie cette photo) :

 

Un bel et vieil amour_Eglise des Sts-Martyrs-Canadiens - Version 2

 

Pendant la messe, cette femme et cet homme se tiennent la main, sauf quand il leur faut tourner les pages du Prions en église. Tantôt, c’est Madame qui offre sa main avant Monsieur, tantôt c’est Monsieur qui offre sa main avant Madame; tous les deux désirent tenir la main de l’autre.

Avant la communion, le prêtre dit aux fidèles : « Donnez-vous la paix ». Le vieil homme et la vieille femme ne se sont pas donné une poignée de main d’une seule main, ni une poignée de main des deux mains; au geste de la paix, ils ont préféré le baiser de paix, le baiser.

Je vous ai trouvé beaux, Madame et Monsieur, et beau votre amour qui dure. Si le Dieu célébré par le prêtre et les fidèles s’est rendu compte de mes distractions pendant l’office, il va me les pardonner, c’est sûr.

On trouve l’article de Mylène Moisan au http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201306/06/01-4658623-saimer-bras-dessus-bras-dessous.php.

Roger Martel (le Passeur de la Côte)