Les étudiants du Québec et le droit de grève

Le conflit social au Québec

 

LA CLINIQUE JURIDIQUE JURIPOP SOULIGNE L’IMPORTANCE DE RECONNAÎTRE LE DROIT DE GRÈVE ÉTUDIANT

 

La Clinique juridique Juripop salue la pétition réclamant que l’Assemblée nationale procède à la reconnaissance du droit de grève et de son encadrement par les associations étudiantes. À la lumière des propos du Barreau du Québec, l’organisme en appelle aussi à la responsabilité du ministre de la Justice afin d’encadrer et de baliser ce moyen de pression traditionnellement reconnu au sein des institutions d’enseignement québécoises.

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Au même titre que la reconnaissance du droit de grève dans le Code du travail a permis d’encadrer une pratique déjà existante chez les travailleurs du Québec, une reconnaissance et un encadrement légaux du droit de grève étudiant éviteraient les conflits et baliseraient les moyens de pression utilisés par ceux-ci, selon l’organisme. [] Le droit d’association dont jouissent les associations étudiantes doit s’accompagner de la reconnaissance de la légitimité des moyens de pression adoptés démocratiquement.

 

Source : http://www.juripop.org/medias/nouvelles/juripop-souligne-limportance-dencadrer-le-droit-de-greve-etudiant/

 

Site web de la clinique juridique Juripop : http://www.juripop.org/

Victor-Lévy Beaulieu et le « démon » Gabriel

Communiqué

MERCI, GABRIEL!

PAR VICTOR-LÉVY BEAULIEU

 

Depuis le début de la grève étudiante, le gouvernement et la plupart des éditorialistes et commentateurs ne cessent de s’en prendre à Gabriel Nadeau-Dubois, le leader de la CLASSE. Pourquoi donc? Parce qu’il est le seul à garder le cap sur la raison qui a amené les étudiants à entrer en grève : la hausse des frais de scolarité. Sans Gabriel Nadeau-Dubois, ce réveil des étudiants et, plus généralement, de la population québécoise, aurait-il lieu?

 

Permettez-moi d’en douter. Ce ne sont certainement pas les grandes centrales syndicales, devenues si veules, qui auraient pu marquer ce réveil. Quand le président de la FTQ se permet à la fin d’une conférence de presse de ridiculiser Gabriel Nadeau-Dubois, sous les rires gras des journalistes, le message me paraît clair : « Tasse-toi, le jeune. Mononque va prendre tout ça en main.  Mononque est habitué à négocier, c’est-à-dire à ménager le chou et la chèvre.»

 

Cette semaine encore, la FTQ et les autres centrales syndicales auraient voulu « contrôler » la grande manifestation de Montréal. Ça n’a pas marché vraiment, et toujours pour la même raison : même les grandes centrales syndicales ne veulent pas parler de la hausse des frais de scolarité. Évidemment, Jean Charest a tout de suite frappé sur son vieux clou rouillé : à l’entendre, seul Gabriel Nadeau-Dubois a vraiment défié la Loi 78!

 

Quant au PQ, il ne voit que le petit Léo dans sa soupe. Le petit Léo, qui semble si vulnérable, serait pour les accommodements raisonnables. Conseillé par mon ami Gilles Duceppe qui, par deux fois, a fait preuve de lâcheté en renonçant à faire la lutte à Matante Pauline, il garde un mutisme absolu sur la hausse des frais de scolarité.

 

Et que dire de la réaction de Michelle Courchesne hier? Son point de presse était de l’hystérie pure, à ce point qu’elle y a mis brutalement fin avant que les plombs ne sautent pour de bon! Évidemment, Michelle Courchesne s’est dite prête à « discuter » avec les leaders étudiants en exceptant toutefois Gabriel Nadeau-Dubois. Mais discuter de quoi? Pas des frais de scolarité ni d’un moratoire! Alors, de quoi? De rien, bien évidemment! Quand elle a été nommée ministre de l’Éducation, son mandat était de rencontrer les leaders étudiants pour « une simple mise en lieu » avant de faire rapport au premier ministre. On sait maintenant le pourquoi de cette initiative : le gouvernement de Jean Charest avait besoin d’une journée afin de peaufiner sa Loi 78!

 

Le nouvel appel lancé aux étudiants est aussi cousu de fils blancs : le gouvernement a besoin d’un peu de temps pour pouvoir incriminer les leaders de la CLASSE, et particulièrement Gabriel Nadeau-Dubois. Dans les entrevues accordées hier par les porte-parole de la police de Montréal, c’est ce qu’ils disaient, à mots à peine couverts. Encore une fois, le petit Léo va se faire rouler dans la farine par une ministre sournoise et hypocrite! Il n’en verra rien et le bon peuple non plus. Au contraire, la cote de popularité du bon petit Léo ne fera qu’augmenter : au Québec, on aime les leaders fragiles et vulnérables… un restant du temps que nos familles étaient nombreuses et qu’on prenait plus de temps à dorloter les enfants fragiles et vulnérables que les autres.

 

Aussi, vais-je le répéter : Merci, Gabriel. Comme l’a dit Jean-Paul Sartre, on n’est jamais assez radical, surtout quand on est jeune et qu’on a devant soi tous ces corps morts d’un passé révolu.

 

 

Victor-Lévy Beaulieu

23 mai 2012 

Pour une nouvelle société, pour un nouveau vivre-ensemble

Vient de paraître le numéro 757, juin 2012, de la revue Relations.

Relations est une revue québécoise soutenue par les Jésuites du Québec.

Pour un projet de société

Jean-Claude Ravet

Relations, juin 2012

Près de 300 000 personnes se sont rassemblées à Montréal, le 22 avril dernier, pour célébrer le Jour de la Terre en formant une immense main humaine. Belle idée, cette main collective. Une main protectrice en souci de la Terre, dressée contre ce qui la mutile et la ravage. Un immense stop à l’insouciance prédatrice. Une main comme un arbre dont les racines s’enfouissent dans nos pratiques quotidiennes et collectives, et les branches se déploient dans notre imaginaire. Comment ne pas y discerner aussi la sève printanière du mouvement étudiant qui irrigue le Québec, drainant avec elle le courage, la détermination, l’audace, la créativité et le rêve d’une société fraternelle et solidaire – et être soulevé par cette vague d’humanité!

Nous vivons à une époque charnière. Nous le pressentons dans les multiples mouvements de solidarité, dans la fébrilité des voix qui s’élèvent pour des causes sociales et environnementales : éducation, santé, Plan Nord, harnachement des rivières sauvages, gaz de schiste, etc. Toutes ces expressions citoyennes évoquent une aspiration à des changements majeurs touchant aux fondements de notre société. L’establishment politique et économique n’en est d’ailleurs pas dupe. Ses chroniqueurs attitrés revêtent leurs habits de combat, appelant à la ligne dure – surtout ne pas plier – devant la « menace » de la démocratie participative et de la désobéissance civile. Quand le quotidien au plus fort tirage au Québec, le Journal de Montréal, préfère consacrer sa une à un fait divers plutôt qu’à un événement historique de l’ampleur de celui du 22 avril, cela en dit long sur le malaise que celui-ci génère.

Un renouveau politique et social se dessine à l’horizon. Certains diraient un projet de société. Mais voilà un vilain mot dans une société gérée de plus en plus comme une entreprise : ce qui convient, c’est plutôt un plan d’affaires pour optimiser la mainmise économique et technique du monde en transformant tout en valeurs monnayables. Il faut que ça produise, rapporte et enrichisse les élites économiques et financières coûte que coûte. Et comme celles-ci sont de moins en moins rattachées et redevables aux communautés locales, suspendues qu’elles sont à la spéculation globalisée, leur seule préoccupation sera le rendement à court terme de leurs actions. Le souci du bien commun et du territoire, le bien-être de la population, la justice, l’égalité, le partage, la responsabilité n’entrent guère dans leur champ de vision, sinon comme des slogans vides de sens, dont on se sert pour légitimer le statu quo et maintenir les citoyens dociles et passifs dans leur rôle de clients et de consommateurs. « Je n’écoute que la majorité silencieuse », comme l’a dit si bien Jean Charest.

On se rappelle la bouffonnerie du premier ministre évoquant à demi-mot les camps de travail pour les manifestants chahutant aux portes du Salon du Plan Nord. Rires et applaudissements parmi les gens d’affaires rassemblés. Scandale ailleurs. On a moins insisté sur la chute de sa blague qui exprimait pourtant un profond mépris pour la démocratie et la citoyenneté. Il a, en effet, ajouté gloussant : «… en espérant que ça va tous nous permettre de travailler fort », comme si les revendications sociales, les débats publics sur une vision de l’éducation cohérente avec un projet de société démocratique n’étaient qu’empêchements à accomplir des choses sérieuses. François Legault n’a pas dit autre chose en interpellant les étudiants en grève pour qu’ils retournent en classe : « C’est fini la récréation! »

Mais les nombreuses manifestations publiques des derniers mois témoignent que nous avons la solidarité bien ancrée dans la mémoire collective. Le souffle de la liberté anime toujours notre existence que certains aimeraient rapetisser à la vie privée, domestiquer et asservir aux dieux du marché. En optant pour l’expression d’une manière d’être collective qui lui soit propre et digne d’exister, le peuple québécois n’est-il pas en train de puiser à même la source qui peut donner sens à son existence comme nation politique? Et le pousser à écrire enfin son acte de naissance politique : sa Constitution?

Le philosophe tchèque Karel Kosik disait que la grandeur d’une « petite nation tient à son esprit », à sa culture, à une « vérité spirituelle » qui innerve sa vie politique et l’empêche d’être un jouet entre les mains des grandes puissances économiques et militaires[1]. On l’oublie trop souvent, un citoyen est aussi un quêteur de sens. La politique n’est pas qu’affaire de sous et de gouvernance, comme voudraient le laisser croire ceux qui nous dirigent actuellement.

« On ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, est-il écrit dans les Évangiles, autrement les outres se rompent et le vin se répand. » Jean Charest est une vieille outre!

[1] La crise des temps modernes, Paris, Éd. de la Passion, 2003, p. 238.

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